ACTUALITÉ - Archives Mars 2015

Les titres de l'actualité du 20 Mars, 2015

Les titres de l'actualité du 13 Mars, 2015

Les titres de l'actualité du 6 Mars, 2015

Les titres de l'actualité du 20 Mars, 2015

ARRÊT TEMPORAIRE DE LA REVUE DE PRESSE

Cher abonnés,

Cette semaine, une revue incomplète. Dû à des circonstances personnelles, je doit arréter temporairement la revue de presse. J'en suis bien désolé.

Je ferais de mon mieux pour la reprendre le plus rapidement possible.

À la prochaine, bien amicalement,

César
© Magenta

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L’HOMMAGE AUX VICTIMES DE MERAH SE MUE EN MOBILISATION CONTRE L’OBSCURANTISME (France)

19/03/2015 - Toulouse a honoré jeudi avec ferveur les victimes assassinées par Mohamed Merah il y a trois ans à Toulouse et Montauban, dans un hommage qui s’est mué en une mobilisation contre l’obscurantisme, face à la multiplication des attentats des derniers mois de Paris à Tunis.

Deux mois à peine après la tuerie de Charlie Hebdo et celle de l’Hypercacher de Paris, qui ont fait 17 morts, une vingtaine de touristes sont morts mercredi dans le musée du Bardo à Tunis, sous les balles de jihadistes.

«Ils sont la mort, nous sommes la vie; ils sont la nuit, nous sommes le jour; nous continuons debout, fiers de vivre en France, d’être républicains, juifs, démocrates», résumait jeudi matin une mère d’élève, Myriam, à l’issue de la cérémonie organisée à l’école juive Ozar Hatorah (rebaptisée Ohr Torah) en hommage aux trois enfants juifs et au père de deux d’entre eux, tués par Merah le 19 mars 2012.

Mohamed Merah, un jeune délinquant toulousain de 23 ans, s’était lancé dans une série d’attentats jihadistes. Il avait successivement tué trois militaires dont deux musulmans, le 11 mars 2012 à Toulouse puis à Montauban le 15, avant d’attaquer l’école juive à l’heure de la rentrée, le 19 mars.

Lors du rassemblement de près de deux mille personnes le soir à la Halle au grains de Toulouse, la présidente régionale du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), Nicole Yardeni a souligné que cette journée portait un message de «mobilisation contre l’obscurantisme»

«On nous disait Mohamed Merah est un loup solitaire, mais l’Histoire nous a donné raison: il était le tenant d’une idéologie mortifère, qui porte la négation même de l’idée de culture», a-t-elle ajouté.

«Face à cette obscurité je suis fière d’avoir vu la République se lever le 11 janvier» a-t-elle lancé à l’unisson avec le président de la communauté juive toulousaine Arié Bensemhoun.

«C’est la guerre de la barbarie contre la civilisation», a ajouté M. Bensemhoun, tandis que le maire de Toulouse, Jean Luc-Moudenc, en appelait, face aux «répliques sismiques» des meurtres de Merah, à lutter contre le «nazislamisme», une formule chère à Bernard Henri-Levy.

Le combat passe par l’école
La ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, et le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, avaient apporté leur pierre à la lutte contre l’obscurantisme dans l’après-midi d’abord dans une école de la région toulousaine au côté de Latifa Ibn Ziaten, mère de la première victime de Merah, venue justement «faire passer le message du vivre ensemble» auprès de 25 élèves de CM2.

Les deux ministres avaient ensuite signé à la préfecture une «Charte de la fraternité», paraphée par les représentants toulousains de six grandes religions. «Cette charte est une magnifique occasion de tracer un chemin», a souligné Bernard Cazeneuve en ajoutant: «C’est notre projet commun, c’est par la République qu’on combattra la haine. Elle doit être forte dans ses valeurs, toujours debout».

Lors du rassemblement nocturne, auquel participait aussi l’ambassadeur d’Israël, Bernard Cazeneuve a réaffirmé l’attachement de la République aux Juifs de France tout comme l’ancien chef de l’Etat et président de l’UMP, Nicolas Sarkozy.

Les deux responsables politiques ont à quelques minutes d’intervalle conjuré les Juifs de ne pas quitter le pays pour trouver plus de sécurité ailleurs, particulièrement en Israël. «Vous appartenez à l’Histoire de la France, ses malheurs, son miracle: la France ne serait pas la France sans la présence du judaïsme et des Juifs de France» a déclaré M. Sarkozy.

Comme en écho le ministre de l’Intérieur a lancé: «Partir, quitter la France offrirait une insupportable victoire posthume aux assassins (...) si vous partez c’est la France qui se met à genoux».

Au-delà des victimes de Merah, a souligné la représentante du Crif, l’hommage a concerné «toutes les victimes du terrorisme jihadiste». Bernard Henri-Levy est intervenu en clôture de la cérémonie sur l’antisémitisme moderne.
© Libération

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LA CANDIDATE ISSUE DE L'IMMIGRATION NE VEUT PLUS «SERVIR DE FAIRE-VALOIR» (France)

19/03/2015 - A quatre jours du scrutin, la crise est ouverte dans le canton 6 qui regroupe l'ensemble des quartiers du Mirail où l'une des deux suppléants de Marc Biazotto et Marie-Jeanne Fouqué, a décidé de ne plus faire partie de l'équipe constituée par les deux adjoints de Jean-Luc Moudenc au Capitole. Carine Metallaoui, 39 ans, partie comme les deux candidats titulaires sous l'étiquette de la société civile mais avec le soutien de l'union de la droite et du centre, a jeté l'éponge hier.

Amokrane Siefer, 70 ans, l'autre suppléant du binôme, a indiqué hier à «La Dépêche du Midi» ne pas partager la décision de sa collègue. «Je reste candidat et fier de l'être», a-t-il indiqué. Dans un SMS adressé mardi soir à Marie-Jeanne Fouqué dont elle était la suppléante, et confirmé ce mercredi par un courrier officiel adressé au maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, elle annonce sa volonté de se retirer de la campagne avant le scrutin de dimanche.

Parmi les motivations qu'elle détaille dans son courrier de démission, Carine Metallaoui explique avoir été déçue par ce qu'elle considère comme une mise au placard. «Rapidement, cette campagne à quatre s'est transformée à deux (seulement les titulaires). Ma tâche consiste alors à distribuer uniquement les tracts avec mon équipe d'amis qui s'étaient joints aux bénévoles… Je n'ai été conviée à faire acte de présence que sur certains évènements (deux ou trois au total) qu'ils choisissaient de me faire partager. Mis à part ça, je n'ai ressenti aucune considération, ni marque de sympathie, à part mon nom et mon image sur une photo à quatre qui était distribuée en masse… Par ces différents actes, j'en ai donc conclu que dans cette campagne, je n'ai servi que de faire-valoir et d'appât de voix pour certains quartiers qu'il fallait conquérir par des tracts avec photo uniquement.», dénonce-t-elle dans le courrier adressé à Jean-Luc Moudenc.

Ce retrait de la suppléante de Marc Biazotto et Marie-Jeanne Fouqué ne devrait pas avoir de conséquence sur la tenue du scrutin. Les textes officiels prévoient en effet «qu'il n'est pas possible pour des candidats de se retirer juste avant la tenue des élections. Un engagement que souligne Franck Biasotto. «Notre remplaçante n'a peut-être pas saisi l'étendue de ses obligations et de son devoir», indique le candidat, qui dit sa surprise «de découvrir sa décision par voie de presse. Pour l'instant, je n'ai reçu qu'un SMS». L'élu toulousain conteste enfin les griefs qui lui sont adressés, tout comme à Marie-Jeanne Fouqué. «Notre remplaçante a été associée à tous les événements de la campagne».
© La Dépèche du Midi

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QUAND SERVICE CIVIQUE RIME AVEC CITOYENNETÉ (France)

Pour les jeunes en service civique, la Fol 36 organise des journées de formation où sont abordées des notions comme la discrimination ou la laïcité.

19/03/2015 - A compter du 1er juin, le service civique deviendra universel. Chaque jeune qui le souhaite pourra ainsi effectuer une mission en service civique, ce qui n'est pas le cas actuellement. Seul un jeune sur quatre, en moyenne, trouve « chaussure à son pied ».

Si certains y voient une alternative au chômage – chaque mission est rémunérée 500 € environ par mois –, le service civique est avant tout « une expérience citoyenne auprès des associations, dans un mode de fonctionnement démocratique », avance Laurent Texier, de la Fédération des organisations laïques (Fol) de l'Indre. Et pour bien comprendre les enjeux, les jeunes engagés en service civique doivent suivre deux journées de formation organisées par la Fol, à la demande de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de l'Indre.

Des exemples concrets qui confrontent les opinions de chacun
Au menu, par exemple, mardi dernier : une matinée consacrée aux discriminations, et un après-midi à la laïcité.
« Nous ne voulons pas faire de cours, distiller un savoir, mais aborder des concepts par des aspects pratiques », détaille Laurent Texier.

Mardi matin, assis autour d'une table, verre de jus d'orange où café à la main, une quinzaine de jeunes ont ainsi réfléchi ensemble sur différents cas de discriminations vécues. Et leurs réponses pénales. Comme cette employée amputée d'un avant-bras qui s'est vue refuser un emploi de vendeuse. Ou ce gérant de salle de fitness qui a bloqué l'accès de son établissement à un groupe d'étrangers. Les échanges fusent et les opinions se confrontent. « Nous ne partageons pas la même vision des choses, alors c'est bien s'échanger, de voir autre chose », estime Aurélien qui effectue un service civique au pôle espoir du club de foot de Châteauroux.

« Cela me permet, au fur et à mesure, de définir des concepts tels que les préjugés, les stéréotypes, les différents types de discrimination », complète Laurent Texier. On apprend ainsi qu'il existe des discriminations légales, qu'il faut savoir faire la différence entre discrimination et inégalité de traitement, ou encore bien prendre conscience que la discrimination est un acte, et non pas une pensée.

On est bien loin des cours de citoyenneté donnés au collège, plutôt « moralisateurs » estime Laurent Texier. Ici, il s'agit de donner des outils de réflexion citoyenne et de compréhension de la loi. Et de pointer du doigt, à l'occasion, le discours simpliste des extrêmes, entre stéréotypes et préjugés.

Élodie Corvée
© La Nouvelle République

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SARKOZY SUR TF1 : ISLAM ET DÉMOCRATIE NE SONT PAS OPPOSÉS. L'EX-PRÉSIDENT DOIT S'EXCUSER (France)

Invité par Gilles Bouleau sur le plateau du JT de TF1, Nicolas Sarkozy s'est exprimé sur différents sujets d'actualité. Il a notamment affirmé qu'il était contre les menus sans porc à la cantine et le port du voile à l'université, au nom de la "République" et de la "laïcité". Pour notre contributeur Béchir, étudiant en droit, l'ancien président ne fait qu'opposer les Français les uns aux autres.

18/03/2015 - Mardi soir, en regardant le JT de 20h, j'ai pour ainsi dire avalé mes merguez de travers. Ça faisait longtemps qu'on avait pas entendu Nicolas Sarkozy s'exprimer aussi violemment.

En trois phases, l'ancien président a d'une part nié l'existence même de notre constitution et du bloc de constitutionnalité, de la loi sur la laïcité de 1905 et il a proféré à l'égard d'une partie non négligeable de la population des remarques irrespectueuses et irresponsables.

Des polémiques de bas étage
À l'occasion d'un reportage sur le porc à la cantine, une nouvelle fois au cœur d'une polémique après la décision du maire UMP de Chalon-sur-Saône de supprimer les plats de substitution, Nicolas Sarkozy réagit en nous parlant de République :

"La France a une identité aussi, la France est une République, ce n'est pas simplement une démocratie [...] dans une République on est plus exigeant, la République c'est la laïcité".

Et il enchaîne en évoquant deux sujets tout droit tournés vers les musulmans. Sans m'étendre sur ces polémiques de bas étage dont on se fiche totalement et qui ne devraient même pas être évoquées, j'aimerais répondre, non pas en qualité de Français de confession musulmane, mais en qualité de républicain à Monsieur Sarkozy.

La République respecte toutes les croyances
La République, Monsieur Sarkozy, elle naît dans les tréfonds de notre Constitution : celle de 1958, adoptée le 28 septembre 1958 par référendum et finalement promulguée le 4 octobre de la même année, mais aussi de l'ensemble du bloc de constitutionnalité, à savoir le préambule de la Constitution de 1946 ou encore la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen.

La République, Monsieur Sarkozy, elle "respecte toutes les croyances" et elle permet que "nul ne [soit] inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble par l'ordre public établi par la Loi".

La République, Monsieur Sarkozy, c'est ce régime qui, au lendemain de l'un des pires massacres de notre histoire déclarait ceci :

"La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'État" (ce qui ne prend pas en compte leur "éducation" familiale qui peut être religieuse ou leur mode de vie, qui relève de l'autorité parentale).

La République, Monsieur Sarkozy, elle ne reconnaît pas la stricte égalité entre tous ses concitoyens, mais l'égalité de traitement, ainsi qu'il est rappelé dans l’article 1 de la DDHC :

"Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune".

La République refuse les stigmatisations
La République, Monsieur Sarkozy, elle ne reconnaît pas votre tradition républicaine qui consiste à stigmatiser une partie de la population. La République a une identité, en effet, mais celle-ci est autre que ce que vous nous racontez.

La République c'est une langue, le français ;c'est un emblème national, le drapeau tricolore bleu, blanc, rouge ; c'est un hymne national, "la Marseillaise" (que vous oubliez parfois de chanter) ; c'est une devise (dont vous oubliez toujours le troisième principe), "liberté, égalité, fraternité" et c'est aussi un principe fondateur (que vous n'avez jamais respecté) : "Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple".

La République, Monsieur Sarkozy, c'est le refus des stigmatisations, des discriminations, c'est la grande tradition de la laïcité française qui ne se conçoit que dans une logique de respect et non de la négation des religions.

Cette vraie tradition, elle naît au cœur de nos entrailles, dans les racines les plus profondes de notre démocratie : lorsque pour la première fois en 1905, des hommes se lèvent contre les églises et déclarent que la République ne doit pas tenir compte de leurs influences dans l'enseignement des enfants, mais qu'elle "assure la liberté de conscience" et qu'elle "garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public."

Nicolas Sarkozy sape nos valeurs
La République, Monsieur Sarkozy, c'est un principe que vous avez oublié, car à force de jouer à la voiture-balai derrière le Front national, vous omettez que vous avez été un jour président de ce pays.

Vous sapez nos valeurs, nos principes et bien que vous trempiez dans une dizaine d'affaires judiciaires, vous vous fichez de l'avis des Français et de la volonté d'établir une République exemplaire.

Enfin, la République, Monsieur Sarkozy, c'est un sujet tellement important pour les Français (et pour les jeunes d'origine étrangère comme moi), qu'on ne peut se permettre de le dévoyer pour des histoires de plat à la cantine ou de voile à l'université.

Respectez une fois pour toute la très large majorité des musulmans et excusez-vous de ces propos malencontreux, qui au détour d'une phrase nous ont fait croire que le "modèle de la République" était de manger du porc.

Il faut cesser d'agiter le chiffon rouge
Depuis tout petit, nous avons mangé des repas de substitution à la cantine, depuis tout petit, nous vivons ensemble et le fait de ne pas manger de porc ne m'empêche pas de partager avec mes amis l'amour de la République.

Il n'y a pas d'antagonisme entre islam et démocratie, il faudrait juste une fois pour toute cesser d'agiter le chiffon rouge et de vouloir nous opposer les uns aux autres.

Ça ne fonctionne que sur les faibles d'esprit : mais ça, vous ne le comprendrez sans doute jamais et c'est ce qui fait que vous ne serez jamais plus président de ce pays.
© Nouvel Observateur

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MARAUDES POUR LES SDF «FRANÇAIS DE SOUCHE» : L'EX-PORTE-PAROLE DES IDENTITAIRES RELAXÉ

L'ex-porte parole de Génération Identitaire et chargé de la communication du maire FN de Beaucaire était poursuivi pour provocation à la haine raciale, pour des propos en lien avec les distributions de nourriture organisées en faveur des «SDF Français de souche». Par Blandine Le Cain

18/03/2015 - La condamnation morale n'a pas engendré de peine judiciaire: l'ancien porte-parole du groupe d'extrême-droite Génération Identitaire, poursuivi pour provocation à la haine raciale, a été relaxé mardi. Damien Rieu, le pseudonyme sous lequel il est connu, était mis en cause pour des propos tenus en 2013 dans un reportage consacré aux maraudes à destination des SDF «Français de souche» initié par les jeunes identitaires lyonnais.

En janvier 2013, Damien Rieu et d'autres membres du groupe Rebeyne, qui rassemble les jeunes de Génération Identitaire à Lyon, annoncent la distribution de nourriture et couvertures à destination des SDF «Français de souche». Pour justifier l'opération médiatique, baptisée «Génération Identitaire-Génération Solidaire», l'organisation d'extrême-droite oppose «d'une part, les clandestins qui s'invitent de force dans notre pays, usent et abusent de notre générosité, squattent et profanent nos églises; d'autre part, les Européens qui crèvent la gueule ouverte dans la rue dans l'indifférence générale.»

Cette campagne suscite la colère d'associations antiracistes et antifascistes locales. SOS-Racisme dénonce les «distinctions physiques» que suppose cette distribution ciblée, pointant un «délit de faciès». Le Collectif de vigilance contre l'extrême-droite du Rhône dénonce de son côté une «distribution discriminatoire de nourriture», mode opératoire «bien connu des groupuscules identitaires et fascistes» que «la préfecture du Rhône n'aura de toute façon pas d'autre choix que de faire interdire».

Le précédent des «soupes au cochon»
L'initiative fait écho aux polémiques ayant entouré les distributions de «soupe au cochon» aux sans-abris dans certaines grandes villes: à Paris, l'association «Solidarité des Français» avait lancé en 2006 la distribution d'une soupe contenant du porc, exclu notamment du régime alimentaire des juifs et musulmans. L'opération avait finalement été interdite par un arrêté préfectoral, interdiction validée par une ordonnance du Conseil d'État en 2007. Mais dans le cas des maraudes «identitaires», le préfet du Rhône a choisi de ne pas intervenir, souhaitant éviter toute «publicité» à cette «méchante bêtise xénophobe». L'interdiction pour «trouble à l'ordre public» était par ailleurs impossible, selon lui, la distribution ne s'effectuant pas dans un lieu fixe.

SOS-Racisme a donc choisi d'engager une action en justice. «Initialement, on voulait attaquer contre le caractère discriminatoire des maraudes», explique au Figaro Olivier Borel, porte-parole du comité du Rhône. «Mais il aurait fallu pour cela qu'une victime qui se serait fait refuser une aide puisse être identifiée», précise l'associatif. L'organisation s'est donc appuyée sur les propos du communiqué de presse, ainsi que ceux tenus par Damien Rieu dans un reportage de la chaîne locale TLM. Damien Rieu y affirme face à la caméra que «les Français de souche vivent aujourd'hui dans la rue. Ils ne peuvent accéder aux centres d'hébergement et ont des problèmes de logement». «Nous on pense que, encore une fois, c'est le facteur immigration qui est responsable de cette situation», ajoute-t-il, avant de conclure: «Pour nous la priorité c'est d'aider les Français de souche, comme la priorité du gouvernement c'est d'aider les Roms et les immigrés dans ce pays.»

Damien Rieu, devenu directeur adjoint de la communication de la mairie FN de Beaucaire (Gard), est un habitué des actions coups de poing de Génération identitaire. On le retrouve sur la mosquée de Poitiers, sur le toit du siège du Parti socialiste ou encore parmi les initiateurs d'un rassemblement interdit à l'occasion du match France-Algérie de la Coupe du monde de football l'été dernier. «Même si j'avais été condamné, cela n'aurait pas été grave: la décision aurait déclenché un scandale car nous avons reçu de très nombreux soutiens», assure-t-il au Figaro, saluant la décision d'un «juge qui a su faire du droit et pas de la politique».

«On ne va pas faire demi-tour si on voit un Rom»
«Ça a fait polémique dans les rédactions et les associations antiracistes, mais pas pour la France d'en bas», affirme le militant d'extrême-droite. Selon lui, les maraudes identitaires ont d'ailleurs perduré à Lyon et dans d'autres villes. Difficile toutefois de comprendre leur fonctionnement. «On aide les gens qui sont dans la rue, on ne leur demande pas leur carte d'identité et on ne va pas faire demi-tour si on voit un Rom», précise Damien Rieu. Avant de constater, malgré tout, qu'«il y a beaucoup de Français» dans la rue, et de réaffirmer sa position en faveur d'une «priorité nationale dans les centres d'hébergement» pour sans-abris.

Malgré les six mois de sursis requis par le parquet lors de l'audience du 20 janvier, le tribunal a donc relaxé Damien Rieu. «Les propos incriminés n'excèdent pas les limites du débat public dans une société démocratique», peut-on lire dans le délibéré. «Les propos du communiqué n'ont pas été retenus, sans que l'on sache pourquoi», détaille Olivier Borel, qui souligne l'incompréhension de SOS-Racisme. «Ce sont pourtant des propos assez clairs d'appel à la discrimination.» L'association se prononcera dans les prochains jours sur un éventuel appel de la décision.
© Le Figaro

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INVOQUER LA SEULE MORALE CONTRE LE FRONT NATIONAL, QUELLE ERREUR?! (France)

Il faut parler aux électeurs sensibles aux sirènes du Front national de ce qui les concerne, de leurs intérêts, de leurs problèmes: chômage, misère, insécurité. Par André Comte-Sponville

18/03/2015 - Les élections départementales vont se dérouler, dimanche prochain, dans un étrange climat, fait d’inquiétude (surtout à gauche) et d’embarras (surtout à droite). Tout laisse craindre que l’abstention et le Front national y battent des records, marquant ainsi, une nouvelle fois, le discrédit dont les partis de gouvernement sont l’objet. On comprend que notre Premier ministre sonne le tocsin. Mais qui peut croire que cela suffira ?

Manuel Valls regrette que les intellectuels ne se mobilisent pas davantage contre l’extrême droite. Soit. Mais qu’attend-il de nous ? Que nous fassions, une fois de plus, la morale aux Français ? Que nous dénoncions le racisme et la xénophobie ? Pas besoin d’être un intellectuel pour ça – tous les médias, ou presque tous, le font depuis trente ans. Avec un succès limité, c’est le moins que l’on puisse dire, spécialement dans la dernière période ! Parce que Marine Le Pen est plus habile que son père ? Sans doute. Mais l’essentiel est ailleurs. Non dans le discours du Front national, mais dans notre façon d’y répondre.

L’erreur de toute la gauche bien-pensante, depuis trente ans, et celle aussi d’une bonne partie de la droite, c’est d’avoir mené, contre le Front national, un combat essentiellement moral –"sur le front des valeurs", comme on dit –, plutôt que sur celui des intérêts. C’était un contresens sur la politique. Celle-ci n’oppose pas les bons et les méchants, ni le bien et le mal, ni le camp de la vertu à celui du vice : elle oppose des intérêts différents (c’est ce que Marx appelait la lutte des classes) ou des visions différentes de l’intérêt commun. À ne parler que de morale – à des gens qui ont une vie tellement plus difficile que la nôtre ! –, on laisse entendre que cela pourrait en effet être leur intérêt que de voter Front national, mais que la morale, évidemment, l’interdit… Tragique erreur !

Car si l’on oppose ainsi la morale aux intérêts, il n’est que trop certain que ce sont les intérêts, ou supposés tels, qui finiront par l’emporter. Pas étonnant que ce discours moralisateur soit contre-productif ! Ce n’est pas seulement un contresens sur la politique ; c’est un contresens sur les êtres humains, qui n’ont jamais massivement renoncé à leurs intérêts particuliers au nom de valeurs désintéressées, fussent-elles universelles. Certains le firent ? Certes. C’est ce qu’on appelle un héros ou un saint, et nous les admirons tous. Mais qui peut croire que héros ou saints feront une majorité ?

Faut-il alors renoncer à parler de morale ? Bien sûr que non ! Elle est aussi nécessaire qu’insuffisante. Prenons par exemple la question de l’immigration, puisque c’est le fond de commerce de l’extrême droite. Combattre le racisme et la xénophobie ? C’est une noble tâche, dont nul ne saurait légitimement s’exempter. Mais qu’est-ce que cela nous dit sur l’immigration dont la France a besoin, ou sur celle, potentiellement plus nombreuse, dont elle a le droit de se protéger ? De grâce, ne comptons pas sur l’antiracisme, ni même sur les droits de l’homme, pour tenir lieu de politique de l’immigration !

La morale est universelle et désintéressée : elle n’a ni patrie ni frontières. Toute politique, à l’inverse, est particulière : parce qu’elle défend d’abord les intérêts d’un certain peuple. Je ne connais pas d’État qui ait procédé autrement, ni n’en puis concevoir. Que serait une politique française qui ne ferait pas des intérêts de la France et des Français sa priorité ? Que sera la politique européenne que nous voulons construire, si elle ne défend pas d’abord les intérêts de -l’Europe et des Européens ? Ce n’est pas être d’extrême droite que de poser ces questions. C’est au contraire faire le jeu de l’extrême droite que de les juger obscènes – laissant ainsi le Front national afficher la prétention exorbitante d’être le seul parti à faire de la France sa priorité !

Bref, contre l’extrême droite, parlons un peu moins de morale, un peu plus de politique ; un peu moins de nos valeurs, un peu plus de nos intérêts. Cela ne nous dispense pas, en tant qu’individus, d’agir moralement, par exemple de faire passer l’intérêt des plus pauvres, quelle que soit leur nationalité, avant le nôtre. Mais combien le font ? Et quel sens y a-t-il à demander aux États, dont ce n’est pas la fonction, de faire preuve d’une générosité dont les individus, qui devraient moralement y tendre, sont le plus souvent incapables ?

"La morale n’est jamais pour le voisin", disait Alain. Gardons donc nos leçons de morale pour nous-mêmes, qui en avons tant besoin ! Et parlons aux Français – par exemple aux électeurs tentés par le Front national – d’autre chose, moralement moins admirable, politiquement plus pertinent : des problèmes qu’ils rencontrent ou qui les écrasent, du chômage, de la misère, de l’insécurité, et des moyens d’y faire face. Économistes et sociologues, là-dessus, ont sans doute plus à dire que les philosophes. Et les hommes politiques, cher Manuel Valls, plus à faire que les intellectuels !
© Challenges.fr

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JEAN-LUC MÉLENCHON QUALIFIE DE «PURE INVENTION» SON AMITIÉ SUPPOSÉE AVEC PATRICK BUISSON (France)

L'ancien candidat du Front de gauche conteste les informations de deux journalistes du «Monde» contenues dans un livre sur le conseiller d'extrême droite de Nicolas Sarkozy.

18/03/2015 - L'amitié de Jean-Luc Mélenchon avec Patrick Buisson, conseiller d'extrême droite qui a influencé la présidence Sarkozy de 2007 à 2012, est une «pure invention», a réagi mardi soir l'ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle sur son compte Facebook. Il réagissait aux reprises médiatiques (dont celle de Libération) dont a fait l'objet un livre de deux journaliste du Monde, Ariane Chemin et Vanessa Schneider, à paraître jeudi.

Dans cet ouvrage, les deux journalistes affirment notamment que Jean-Luc Mélenchon et Patrick Buisson entretiennent depuis plusieurs années une relation amicale, qui aurait notamment eu un impact politique dans le choix de Jean-Luc Mélenchon de quitter le PS en 2008 : «Mélenchon a pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service. Il est de ceux qui l’encouragent à quitter le Parti socialiste en 2008». Cette relation expliquerait aussi pourquoi Jean-Luc Mélenchon fut moins sévère avec Nicolas Sarkozy qu'avec François Hollande et Marine Le Pen lors de la campagne de 2012, et pourquoi, à l'inverse, Nicolas Sarkozy a montré des signes de respect pour le leader de gauche.

Pour Jean-Luc Mélenchon, la publication de cette «histoire inventée» «cinq jours avant les élections départementales» vise à «conforter la thèse du PS selon laquelle nous serions des agents de la droite et de l’extrême-droite». Sur sa relation avec Patrick Buisson, il explique avoir «jouté de nombreuses fois contre monsieur Patrick Buisson sur des plateaux de télé» et avoir «toujours apprécié son opposition totale à mes analyses». Pour toutes rencontres en dehors de ces plateaux, il cite «son invitation a la remise de sa légion d’honneur à l’Elysée il y a quelques années», et une rencontre «dans un bar» à propos «d’un livre qu’il écrivait dont j’ai oublié le sujet».

A sa suite, plusieurs personnalités du Parti de gauche, dont le secrétaire national Alexis Corbière et le coordinateur politique Eric Coquerel, au nom du parti, ont dénoncé une «vision rabougrie et complotiste» pour l'un, et «une campagne de calomnie» pour l'autre.
© Libération

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JEAN-CHRISTOPHE CAMBADÉLIS : « IL Y A UNE IMPUNITÉ POUR LE FN » (France)

18/03/2015 - Pour Jean-Christophe Cambadélis, « il y a aujourd’hui dans notre pays une impunité pour le Front national et l’extrême droite ». Invité du « Forum France Bleu-France Info », mercredi 18 mars, à quelques jours du premier tour des élections départementales, le premier secrétaire du PS, a poursuivi : « Aujourd’hui, on peut dire ce que l’on veut dans l’espace public, on peut faire ce que l’on veut, être soutenu par les banques poutiniennes, détourner les fonds du Parlement européen pour financier l’ensemble de son appareil politique, ça n’intéresse personne. »

Pour M. Cambadélis, « le danger, c’est l’irrésistible ascension du FN sur des thèmes qui sont perturbants pour notre démocratie, quand on voit que dans 60 départements, il y a des propos homophobes, islamophobes, racistes, antisémites qui sont prononcés, on balaye ça, d’un revers de main ».

« La société française va à l’extrême droite »
« On a une situation – à partir du moment où le FN est dans une dynamique et où personne ne dit rien à part les socialistes – où toute la société française va à l’extrême droite, a estimé le premier secrétaire du PS. Et c’est très dangereux pour notre pays. »

Pour le premier secrétaire du PS, la « quasi-fusion entre l’extrême droite et la droite extrême amène Nicolas Sarkozy à courir derrière cette base électorale qui se radicalise », « il a prononcé les mêmes propos ». Il voit ainsi l’annonce, lundi 16 mars, de la fin des menus alternatifs sans porc dans les cantines de Chalon-sur-Saône, comme l’illsutration « de ce qui est en train de se passer dans notre pays ».

Pour le député de Paris, « il ne faut pas se tromper de colère, on peut être en désaccord avec la politique menée au niveau national », mais, pour lui, la gauche est un « bouclier social » dans les départements. Et de poursuivre : « Demain, nous n’aurons plus ce bouclier, nous aurons des majorités de droite, et Nicolas Sarkozy a annoncé ce qu’il voulait faire, ou des majorités qui seront aiguillonnées par le FN. »

« Il faut se mobiliser, d’autant que les résultats arrivent », a répété M. Cambadélis qui craint non pas un « vote sanction », mais une « abstention sanction ». « La gauche doit faire front ensemble parce que nous défendons, sur les élections départementales, les mêmes principes et les mêmes valeurs ». « Le problème est important, parce que si on combine l’abstention et la division, je vous donne le résultat, la gauche est éliminée. »
© Le Monde

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QUE RECOUVRE LE TERME D’ISLAMOPHOBIE? (France)

18/03/2015 - Débat avec Marwan Mohammed Sociologue chargé de recherches au CNRS Éric Coquerel Coordinateur politique du PG, conseiller régional d’Île-de-France et David Isaac Haziza Ancien élève de l’ENS ULM, doctorant à Columbia University

Islamophobie et critique des religions. Au-delà des mots par Marwan Mohammed Sociologue chargé de recherches 
au CNRS
Dans un communiqué du 12 mars 2015, l’un des leaders du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, s’est réjoui de la condamnation, pour diffamation à son encontre, d’Alain Juppé, de Jean-François Copé et de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui l’avaient accusé de nourrir l’antisémitisme. En conclusion de son communiqué, M. Mélenchon rappelle à juste titre que « cette banalisation dans l’accusation d’antisémitisme est irresponsable et dangereuse pour la République ». Ce qui est dit très justement dans cette phrase, c’est que certaines utilisations des mots qui nous servent à désigner les différentes formes de racisme sont malhonnêtes, dangereuses et parfois simplement erronées. Et il a raison. Mais le problème vient-il des mots ? Non. Faut-il les bannir en raison de leurs mésusages ? Non plus, et tant mieux, car, par exemple, le mot antisémitisme, malgré ses nombreuses imperfections, est nécessaire pour désigner cette forme de racisme qui, comme toutes les autres, est odieuse, a sa propre histoire et vise une partie spécifique de la population (ce qui ne doit pas occulter la nécessité de combattre tous les racismes ensemble, dans la convergence et sans hiérarchisation). La nécessité de distinguer un concept et ses usages est donc une idée banale qui pourrait s’appliquer au mot islamophobie, mais que refusent des personnalités publiques et des organisations, dont le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Ceux qui pointent le fait qu’il y a un risque de pervertir le terme d’islamophobie pour faire taire toute critique de la religion musulmane ont raison sur le fond. Mais est-ce le terme ou certains de ses usages qui posent problème ? Faudrait-il alors bannir tous les mots susceptibles d’être instrumentalisés ? Pour dépasser ces polémiques sans fin et parfois douteuses sur le terme d’islamophobie – au lieu de se focaliser sur la réalité de plus en plus alarmante qu’il désigne –, il est toujours possible d’exercer ce sens critique, que l’on chérit tant, sur les usages dont il fait l’objet dans le débat public. L’exercice n’est toutefois pas si facile. En effet, les frontières sont poreuses et les glissements nombreux entre l’islamophobie (entendue comme altérisation, essentialisation, infériorisation, rejet de l’autre en fonction de son lien réel ou présumé à la religion musulmane) et la critique légitime de l’islam comme dogme, corpus, théologie, etc. Car, en face de ceux qui instrumentalisent le terme d’islamophobie, se dressent ceux qui manipulent par euphémisation, insinuation, métonymie, sous-entendu, la critique de la religion musulmane. À côté de ce premier argument, de loin le plus mobilisé, de nombreux commentateurs pensent encore que le mot islamophobie a été inventé par des mollahs iraniens afin d’interdire tout blasphème, alors que ce terme n’a pas d’équivalent en persan et que l’on doit son invention, en 1910, à des orientalistes français spécialistes de l’islam ouest-africain. Pour d’autres encore, le suffixe « phobie » implique de définir l’islamophobie comme peur irraisonnée, en évacuant les dimensions de la haine, du rejet et du racisme. Et, de fait, la peur n’est pas condamnable et, répétons-le, la construction sémantique de cette notion est loin d’être idéale. Mais, là encore, allons au bout du rigorisme nominaliste et bannissons du débat public des mots aussi essentiels que xénophobie, négrophobie ou homophobie, au prétexte qu’ils sont construits avec le même suffixe. Cela aura nécessairement des conséquences, car si l’on refuse l’utilisation du terme d’homophobie, nous participerons à nier l’existence de haines et de discriminations contre les homosexuel-le-s. Là où il a émergé, notamment en Occident, le terme d’islamophobie a légitimement été soumis à un examen critique, à des débats et des discussions, puis il s’est imposé au regard de la réalité empirique, malgré ses imperfections. Il faut bien nommer la réalité. Contrairement à la France, les opérateurs du débat public et les pouvoirs publics de ces pays ont jugé que l’inquiétante réalité que désigne le mot islamophobie méritait davantage d’attention et d’énergie que les défauts sémantiques ou les risques de mésusages qu’il charriait. Les promoteurs du bannissement du mot islamophobie ont des profils et des motivations qui diffèrent. Outre leur déni du mot, leur principal point commun est d’ignorer la réalité qu’il désigne (quelle que soit la notion utilisée) et les mobilisations qui en découlent. Il serait enfin souhaitable, pour la clarté du débat, qu’ils se questionnent sur les raisons non sémantiques, intimes, profondes, politiques qui les amènent à une telle résistance face à la reconnaissance de l’islamophobie.

Un débat délicat par Éric Coquerel Coordinateur politique du PG, conseiller régional d’Île-de-France
Le débat sur l’islamophobie est délicat. Il se déroule sur une ligne de crête. Car il y a incontestablement une montée, en France, d’une discrimination spécifique envers la religion musulmane, ses lieux de culte comme ses croyants. Comment refuser l’un tout en répliquant sans faiblesse à l’autre ? Voilà toute la question qui nous est posée. Il ne s’agit pas là d’un débat sémantique : il revient en fait à ne jamais céder sur le droit à la critique libre des religions, blasphème inclus, à ne jamais tomber dans le piège du choc des civilisations, tout en luttant contre tout racisme, y compris quand il se dissimule dans un rejet systématique et particulier d’une religion qui, dès lors, peut devenir une atteinte à la liberté de conscience, celle de croire, comme de ne pas croire. Or, le problème avec la notion d’islamophobie, c’est qu’elle permet aisément de passer de l’un, l’expression d’un antiracisme, à l’autre, faire passer la critique d’une religion du registre de la liberté d’opinion à celle d’un délit, au moins moral, donc condamnable. Les mots ont une histoire. On ne peut les en extraire sous peine d’en perdre le dessein. L’origine moderne de l’islamophobie remonte à la fin des années 1970, quand, dans le tout nouveau régime des mollahs en Iran, on traite d’« islamophobes » les femmes qui refusent de porter le voile. L’intention est claire, elle tient en réalité à transformer des « dissidents » en malades mentaux atteints d’une phobie. Plus tard, les Versets sataniques de Salman Rushdie se verront accusés du même mal. Le terme islamophobie est donc incontestablement lié à la montée d’un islam politique. En France, il entre dans le débat public au moment de la loi sur les signes distinctifs à l’école, dont, principalement, le voile. Ce débat fait rage à gauche. J’ai appuyé cette loi, considérant qu’il fallait refuser toute tentative de « communautariser l’école », c’est-à-dire donner la priorité à l’appartenance à une communauté sur l’universalisme républicain. Mais ce débat se double rapidement d’un autre : la France a-t-elle le droit de s’en prendre aux pratiques religieuses d’une population déjà discriminée socialement après l’avoir été colonialement ? Ce déplacement du racisme sur le champ religieux, même s’il a des fondements objectifs, est incontestablement un effet et une victoire idéologique de la théorie du choc des civilisations. Celle-ci fait mine de donner un fondement religieux aux conflits géopolitiques, économiques et sociaux. Conçue par l’administration Bush, largement alimentée par les États religieux qui, après l’Iran, se sont revendiqués d’un islam politique, la théorie voit également aujourd’hui un Benyamin Netanyahou vouloir légiférer sur la transformation d’Israël en « État-nation des juifs ». Elle cache non seulement d’autres ressorts – conflits de classes, conflits géopolitiques, politiques impérialistes –, mais aussi engendre les pires fanatismes. La France en a longtemps été prémunie. Cette théorie est-elle aujourd’hui un danger pour la République ? Oui, comme tout ce qui a pour objet d’atomiser, de diviser, d’opposer le peuple. C’est le même objectif que poursuit justement le FN en poussant à la xénophobie et la haine. L’antidote ? Tout d’abord, ne laisser passer aucune de ces formes de racisme, que ce soit l’antisémitisme ou le racisme antimusulman, sans réagir. Ce qui ne doit pas pour autant nous conduire, comme le proposait le meeting du 6 mars, à signer des appels avec des organisations à mille lieues de nos valeurs. Ne rien céder également sur laïcité, qui est le mode opératoire du vivre-ensemble, et donc également la meilleure protection pour chacun de pouvoir vivre librement sa foi dans la sphère privée. Enfin, si on veut que la République ne soit pas seulement un mot vide de sens face au repli communautaire, rappeler qu’il n’est pas étonnant que des populations ne se reconnaissent plus en ses valeurs lorsque, sous les coups du libéralisme, elle abandonne l’objectif d’égalité sociale.

Une escroquerie intellectuelle par David 
Isaac Haziza Ancien élève 
de l’ENS ULM, doctorant 
à Columbia University
Le propre d’un concept vrai, c’est son unité, et celui d’islamophobie n’en a pas : il rassemble la critique légitime, la détestation stupide et la peur de l’islam en les mettant sur le même plan que la haine des individus de confession ou de culture musulmane, faisant croire que l’on peut subsumer tout ça sous un seul mot. Derrière toute escroquerie, il y a une stratégie. Ici, empêcher le questionnement. Et si l’on se souvient que ce sont les mollahs iraniens qui en usèrent contre les femmes rebelles au voile, puis contre Salman Rushdie, on verra que, non seulement on a affaire à un discours infalsifiable, mais encore à un mot taché de sang. Il y a aussi la stratégie de ceux qui se sentent une dette vis-à-vis d’un autre essentialisé et infantilisé. L’islam a pourtant aussi colonisé et asservi, bien avant la naissance de l’islamisme en tant que tel. Et, à l’heure où l’on fait supplicier les homosexuels et crucifier des enfants en son nom, ses victimes demandent autre chose que la charité d’un colloque sur l’islamophobie. Ces musulmans qui critiquent l’islam et dénoncent l’islamisme doivent se sentir bien seuls en voyant qu’au lieu d’appuyer leur lutte, on se lie avec les Frères musulmans : parce que de nombreux catholiques espagnols étaient pauvres, les combattants des Brigades internationales devaient-ils s’entendre avec les prêtres franquistes ? Si je récuse la validité de ce concept, c’est aussi parce que son invention trahit la lutte plus que jamais nécessaire contre le racisme. Dire que l’islamophobie n’existe pas n’empêche pas de se battre pour ces humains que, loin d’en avoir fini avec sa propre pulsion de mort, l’Occident rejette, exclut et va parfois jusqu’à tuer comme ce fut récemment le cas aux États-Unis. Mais critiquer n’est ni tuer ni incendier une mosquée, lieu de culture et d’identité cher à ceux qui y vont, que nous respectons. Salman Rushdie n’est pas Terry Jones, le sans-papiers athée n’est pas Marine Le Pen, eût-il moqué Mahomet ! Que l’on se souvienne de Jean-Marie Le Pen déclarant aux femmes voilées du Centre Zahra à quel point il partageait leurs valeurs : tantôt ces gens dénoncent l’islam sans discernement, tantôt ils se lient avec ses franges les plus extrêmes. Non, on ne peut assimiler la critique de l’islam au discours du FN. Critiquer est un droit que nous revendiquons. La religion n’est pourtant pas un simple système de pensée, il y va du sacré et de la vie de millions de gens, du fait de naître dans la foi et les rites de ses parents, de sa communauté, ce qui fait que nous ne saurions détester le croyant. Le sacré résiste. Si j’écris que l’islamophobie n’existe pas, je ne suis pour autant ni matérialiste ni naïvement anticlérical. Le philosophe Abdennour Bidar exprime à cet égard un paradoxe : nous oscillons entre sortie de la religion et retour du religieux ; nous sommes sortis, nous sommes hors de la matrice mais c’est là le nouveau visage de notre spiritualité. Alors, puisqu’on n’échappe pas à la religion, relisons les textes qui nous fondent, comme des hommes en lutte, en prenant garde à ne pas sombrer dans les dérives de l’appartenance et de l’absence de doutes. Sachons aussi leur faire violence. Il faut pouvoir critiquer l’islam tout en en mesurant la richesse et la diversité : il y a des islams et ils ne se ressemblent pas, des musulmans eux-mêmes fort divers, une multitude d’aspects enfin qui font qu’on ne saurait parler à la légère de l’islam. L’idée que je me fais du dialogue est celle d’une lutte où les mots, les questions qui dérangent, l’humour auraient remplacé les poings et les armes, comme Montaigne nous y invite dans De l’art de conférer. C’est pourquoi je ne veux voir l’islam ni comme un intouchable trésor, ni comme un tissu de naïvetés ou une religion de « bons sauvages ». Frères humains, nous ne partageons pas un « vivre-ensemble » qui ne signifie rien, mais l’erreur et la recherche de la vérité : sachons-le et parlons-nous dès lors sans pusillanimité.

Cent seize actes antimusulmans (28 actions contre des lieux de culte et 88 menaces) ont été recensés en France depuis les attentats parisiens perpétrés du 7 au 9 janvier, soit 110 % de plus que ceux comptabilisés pour l’ensemble du mois de janvier 2014, relevait fin janvier l’Observatoire national contre l’islamophobie.
© L'Humanité

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POUR UNE GRANDE POLITIQUE DE LA DIVERSITÉ (France)

Le républicanisme reste un type d’organisation valable mais son articulation avec l’expression des différences doit être revisitée.

17/03/2015 - Dans une thèse menée entre 2000 et 2005, nous avons montré que le rapport à l’islam d’enfants d’immigrés est lié à leurs trajectoires d’entrée dans la vie adulte, celles-ci s’allongeant désormais jusqu’au-delà de la trentaine. Ces jeunes estiment, non sans raison, que la couleur de leur peau, le fait d’être enfants de l’immigration postcoloniale et leur quartier d’habitation sont l’objet de jugements dépréciatifs qui contrarient leur accès aux opportunités sociales, à l’école, sur le marché du travail comme aux guichets des administrations.

Certains jeunes cherchent alors dans l’islam une inscription dans une généalogie prestigieuse. Se considérer comme descendant de Mahomet et se rapprocher de ses compagnons par l’habit et la piété est une quête de requalification. Celle-ci est façonnée par les offres religieuses salafistes dans lesquelles un islam dés-historicisé est censé gouverner la vie du croyant de la naissance à la mort. Cette identification à l’islam ne donne généralement pas lieu à une radicalisation violente, certains jeunes devenant simplement pieux. Dans d’autres situations, pourtant, la filiation s’éprouve au travers d’une inscription dans une communauté musulmane mondiale qu’il s’agit de défendre par les armes contre les attaques dont elle est l’objet.

Féminité islamique
En revanche, les identifications des jeunes femmes à l’islam relèvent d’autres logiques. Certaines d’entre elles s’attachent à un islam spirituel (plutôt que culturel) pour mettre à distance la religion parentale dominée par les obligations. Porter le foulard permet aussi, lors des premières années à l’université, de montrer sa fidélité à la famille pour accéder ensuite à une plus grande autonomie.

Ces artisanes de liberté tempérée considèrent que les discours qui articulent féminisme et dénonciation des inégalités des sexes au sein des populations immigrées sont une violence faite à leurs familles. Dans certains cas, afficher les signes d’une féminité islamique dans l’espace public est une protestation contre un type de féminisme qui stigmatise les populations. Ce fait protestataire n’est pas nouveau. Dans le contexte étatsunien, les Afro Américaines ont développé des mouvements autonomes de lutte contre le racisme et le sexisme parce que le féminisme des blanches mettait à l’écart les populations noires.

Les trajectoires de ces filles d’immigrées façonnent aussi leurs sensibilités, qui sont plutôt conservatrices, sur la famille et le couple. Ces positions ne relèvent pas d’un «défaut d’assimilation», qu’il faudrait corriger, et encore moins de radicalisation ; elles sont un point de vue, parmi d’autres, dans une société pluriculturelle.

Reconnaissance de la pluralité culturelle
En France, le développement du salariat et de l’État social, la scolarisation de masse dans une école laïque, publique et gratuite ont stabilisé un contrat social fondé sur l’égalité des individus en droit, la laïcité et la neutralisation des différences dans l’espace public. Ce républicanisme est mis à l’épreuve pour trois raisons. Tout d’abord, dans les sociétés européennes contemporaines se rencontrent des populations dont les croyances, les pratiques et les représentations du monde sont diverses. Ensuite, la globalisation modifie les cadres de référence de l’individu. Les mobilités, dans le cyberespace comme entre les régions du monde, facilitent la multiplicité des appartenances et des loyautés. Ce contexte de dés-imbrication de l’État, de la nation et de la société fragilise les logiques de reproduction et l’adhésion du plus grand nombre à des valeurs partagées héritées d’hier. Enfin, l’accroissement des inégalités socio-économiques depuis 1975, après une longue période de reflux de celles-ci, déstabilise la logique de réciprocité sur laquelle reposait le contrat social.

Le républicanisme reste un type d’organisation socio-politique valable mais son articulation avec l’expression des différences doit être revisitée. En premier lieu, la reconnaissance de la pluralité culturelle de notre pays est indispensable. Les élus devraient davantage rappeler que le port du foulard ou du qamis dans la rue exprime une religiosité, garantie par la liberté de conscience, pilier fondateur de la laïcité. En deuxième lieu, le débat public sur les migrations et la diversité, aujourd’hui monopolisé par quelques acteurs, devrait refléter les différences qui traversent la société française. De nombreuses voix y sont complètement absentes car elles n’ont pas accès aux grands médias et s’expriment alors sur le net, espace de liberté sans garde-fous. Enfin, une grande politique nationale visant les discriminations liées à l’origine, réelle ou supposée, est plus que jamais nécessaire. Son absence a nourri, pendant des décennies, la représentation selon laquelle le racisme et les épreuves liées à l’origine et à la couleur de peau n’étaient pas pris au sérieux par la puissance publique, alimentant un ressentiment qui s’exprime à son paroxysme dans les quartiers les plus ségrégués.

Nathalie Kakpo est auteure de L’islam, un recours pour les jeunes (Presses de Science Po) et docteure en sociologie
© Libération

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IMMIGRATION: LES CONTRE-VÉRITÉS DE JEAN-MARIE LE PEN (France)

17/03/2015 - Une émission de radio peut être un exercice d’équilibriste. Jean-Marie Le Pen en a fait l’expérience ce mardi matin sur France Inter. Le président d'honneur du Front national s’est emmêlé les pinceaux à plusieurs reprises. 20 Minutes revient sur les principales contre-vérités qu’il a émises sur l'immigration et les musulmans.

«Il est entré en France 12 millions d’étrangers depuis 40 ans»
FAUX. Selon une étude l’Insee parue en novembre 2014, près de 200.000 permis de séjours sont délivrés chaque année. Mais compte tenu des décès et des départs, la population immigrée croit en moyenne de 90.000 personnes par an. Même si on multiplie ce chiffre par 40, on est loin de l’estimation de Jean-Marie Le Pen. Par ailleurs à l'occasion du discours sur l’immigration de François Hollande en décembre, le site de l'Elysée faisait un point sur le sujet. Il précisait que la proportion d'immigrés dans la population française était d'environ 8,5%, et qu’elle était stable depuis les années 70. «Cela représente environ 5 millions de personnes», indiquait le site de l’Elysée.

«Il y a 15 à 20 millions de musulmans en France»
FAUX. Même si plusieurs statistiques existent sur le sujet, aucune n’avoisine celle de Jean-Marie Le Pen. Ainsi, l'enquête «trajectoire et origines» menée par l'Insee et l'Ined en 2010, sur la base de sondages, estimait les fidèles musulmans à 2,8 millions en 2008. De son côté, le ministère de l'Intérieur, chargé des cultes, évoque régulièrement le chiffre de 3 à 4 millions de musulmans en France

«L’immigration coûte 100 milliards d’euros par an dans notre pays»
FAUX. En 2010, des chercheurs de l’université de Lille s’étaient penchés sur le coût de l’immigration pour la France et ont montré que le solde était positif pour les finances publiques. Car si l’Etat verse aux immigrés des retraites, des aides sociales, des allocations-chômage, des prestations de santé et finance la scolarité de leurs enfants, en retour ils lui reversent des sommes importantes (impôts sur le revenu, sur le patrimoine, taxes à la consommation, impôts locaux, contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS), contribution sociale généralisée (CSG), cotisations sociales...). Du coup, en 2009, les immigrés recevaient de l’Etat 47,9 milliards d’euros, mais lui reversaient 60,3 milliards, soit un solde positif de 12,4 milliards d'euros.
© 20 Minutes

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RACISME : L'EX-PORTE-PAROLE DE GÉNÉRATION IDENTITAIRE RELAXÉ (France)

17/03/2015 - L'ex-porte-parole de Génération Identitaire, qui était poursuivi à Lyon dans un dossier de provocation à la haine raciale a été relaxé aujourd'hui. Âgé de 25 ans, Damien Rieu (un pseudonyme) était poursuivi devant le tribunal correctionnel de Lyon pour des propos tenus dans un reportage diffusé sur une chaîne de télévision locale, consacré à ces maraudes qui avaient suscité la polémique à leur lancement à l'hiver 2013.

"Les Français de souche vivent aujourd'hui dans la rue. Ils ne peuvent accéder aux centres d'hébergement et ont des problèmes de logement. C'est le facteur immigration qui est responsable de cette situation", avait déclaré M. Rieu à l'occasion de ce reportage diffusé le 22 janvier 2013.

Ces propos qui ont fait l'objet d'une plainte de SOS-Racisme ont valu à son auteur d'être renvoyé devant la justice en compagnie du directeur de la rédaction de la chaîne de télévision TLM au moment des faits, Jean-Pierre Vacher. Celui-ci a également fait l'objet d'une relaxe. "Les propos incriminés n'excèdent pas les limites du débat public dans une société démocratique", a estimé le tribunal dans son délibéré.
© Le Figaro

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VIGILE NOYÉ À BOBIGNY : LES ACCUSÉS NIENT TOUT RACISME (France)

17/03/2015 - A la suspension d’audience, l’un des accusés préfère rabattre la capuche de sa veste sur la tête et mettre des lunettes de soleil pour ne pas être reconnu dans la salle des pas perdus. Mardi matin, s’est ouvert le procès concernant la mort de Saïd Bourarach, le vigile retrouvé noyé dans le canal de l’Ourcq, à Bobigny, le 30 mars 2010.

Maître-chien pour le magasin Batkor, ce père de famille marocain avait été pris en chasse par un groupe de poursuivants, après avoir refusé l’entrée à l’un d’eux, à l’heure de fermeture de l’établissement. Quatre jeunes gens de 23 à 30 ans — les frères Dan et Michaël L., ainsi que Dan S. et Lucien D. — ont été mis en accusation devant la cour d’assises de Bobigny, pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, avec menace ou usage d’une arme ». Un des quatre accusés (arrivés libres) ne s’est pas présenté et sera jugé par défaut.

Au début des débats, l’avocat de l’une des deux parties civile, Me François Danglehant (représentant la compagne et le fils de la victime) a regretté l’absence de reconstitution au cours de l’instruction et a souhaité un supplément d’information. La présidente de la cour a évoqué la possibilité d’un transport sur les lieux du drame au cours du procès et remis à plus tard la décision, les débats étant prévus jusqu’au 26 mars.

La cour d’assises a d’abord examiné la personnalité des trois accusés présents. La parole a été donnée à tour de rôle aux deux frères, dont le plus jeune, Dan L. : il est celui à l’origine de l’altercation, en voulant de force acheter de la peinture et un pinceau, malgré la fermeture du magasin. Agé aujourd’hui de 24 ans, il dit vouloir se marier en juin et avoir un projet dans le secteur commercial. Certains éléments présents au dossier montrent qu’il n’hésite pas se servir de ses poings. Son aîné le décrit comme « quelqu’un de têtu et de nerveux ». « C’est le vilain petit canard mais il a du cœur », avait indiqué Michaël L. au début de l’enquête. « Je n’étais pas nerveux mais simplement une personne qui n’aimait pas se laisser marcher dessus », nuance l’intéressé.

La noyade de la victime après la course-poursuite avait suscité, à l’époque, une vague d’indignation et certains s’étaient publiquement interrogés sur le caractère raciste de l’agression. Tout au long de l’évocation de leur personnalité, ce mardi, les trois accusés, en particulier les deux frères, se sont efforcés à gommer tout intégrisme. De confession juive, ils sont revenus longuement sur leur rapport aux autres et à leur religion. « J’ai des copains musulmans, des amis noirs. Je ne suis ni sioniste, ni raciste », répète à plusieurs reprises Dan L. « Personne ne fait partie et ne soutient la LDJ (NDLR : Ligue de défense juive) dans ma famille », ajoute également Michaël L. Pourtant son autre grand frère, David, qui a été témoigné hier soir à la barre est présenté comme un « proche de la LDJ », dans un rapport de police. « Ce n’est pas vrai, a-t-il répondu. Je suis totalement anti-violence. » L’information judiciaire et l’enquête n’ont d’ailleurs pas établi que l’altercation opposant Dan L. et Saïd Bourarach a eu une origine raciale.

C.G.
© Le Parisien

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RÉPONSE À TOUT ? LÀ OÙ LE FN FAIT LES BONS DIAGNOSTICS, LÀ OÙ IL NE COMPREND PAS LE FOND DES PROBLÈMES (France)

Dans un entretien aux Echos publié le 15 mars, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, explique que pour "pour contrer la montée du FN, nous devons dire haut et fort que nous n’avons pas la même vision du progrès social, mais aussi faire attention à ne pas nourrir la désespérance sociale en affirmant que tout va mal partout". Atlantico a passé en revue les points sur lesquels le FN a raison, et ceux sur lesquels il a tort.

17/03/2015 - Si 41% des électeurs du Front National partagent les constats du parti populiste, seuls 17% adhèrent aux idées et aux solutions économiques et sociales qu'il propose. Coup de projecteur sur les constats du FN face à 4 grands sujets politiques. 4 experts répondent au FN.

FN & Immigration
A en croire le Front National, l'immigration n'a jamais été aussi forte que sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Le parti de Marine Le Pen dresse le tableau d'une immigration clandestine en constante progression notamment suite au "Printemps arabe" démarré en 2010 qui a provoqué la fuite de bon nombre d'individus vers l'Europe.

"Les avantages sociaux les plus avantageux de toute l'Europe" que propose la France et la mise en place de l’Aide Médicale d’Etat (AME), spécifiquement réservée aux migrants clandestins, amèneraient davantage de clandestins dans notre pays. Autre élément responsable de la progression de l'immigration clandestine : la porosité de nos frontières dans le cadre des accords européens de Schengen.

Quant à l’immigration légale, cette dernière aurait fortement augmenté sous la présidence de Nicolas Sarkozy. S'appuyant sur les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur, le site du FN précise que la France a délivré 203 000 titres de séjour en 2010, soit 28 000 de plus qu’en 2009, et 78% de plus qu’en 2000 sous Lionel Jospin (114 000). Conclusion : "jamais sous la Ve République la France n’avait accueilli une immigration légale aussi importante." Le parti populiste regrette aussi la progression de l'immigration professionnelle en période de crise économique : "Ainsi, en 2007, l’immigration professionnelle représentait l’arrivée de 19 985 étrangers en France. Elle était de 32 132 en 2010, soit 61% d’augmentation en quelques années seulement !"

Le FN déplore le coût important que représenterait l'immigration, sans préciser laquelle, pour le pays, "évalué à 70 milliards d’euros par an par le démographe et économiste Yves-Marie Laulan". L’immigration serait aussi un moyen pour "les puissances d’argent et le grand patronat" de peser à la baisse sur les salaires et les droits sociaux des travailleurs français. Enfin, l’immigration non contrôlée serait "source de tensions dans une République qui ne parvient plus à assimiler les nouveaux Français."

Le commentaire de Laurent Chalard, docteur en géographie :

Laurent Chalard : Comme tous les autres partis politiques, le Front National dans un but de propagande idéologique utilise des statistiques sérieuses, qui semblent lui donner raison, et d’autres beaucoup moins, qui relèvent plus de l’interprétation allant dans le sens que le parti souhaite que de la réalité.

Concernant l’immigration clandestine, par définition, il est impossible de pouvoir la chiffrer, ni même de l’estimer, étant donné les multiples formes qu’elle peut prendre. En conséquence, l’affirmation du Front National relève plus de l’interprétation de la médiatisation de quelques épisodes de poussées d’immigration clandestine de l’Afrique vers l’Europe, dont l’afflux momentané à nos frontières de clandestins tunisiens après le renversement de Ben Ali en 2011, que de données objectives. En effet, l’immigration clandestine vers l’Europe est désormais un phénomène structurel, avec des routes qui se déplacent au fur-et-à-mesure du temps de plus en plus vers l’est de la Méditerranée, les contrôles étant de plus en plus efficaces dans le secteur de Gibraltar. Cette situation rend difficile toute comptabilisation, d’autant plus qu’une fois rentrés dans l’Espace Schengen, ces migrants peuvent se rendrent n’importe où, la France n’étant pas, loin s’en faut, le seul pays d’accueil, certains proposant des législations plus souples et encore plus d’avantages qu’en France, comme les pays scandinaves, contrairement à ce qu’affirme le Front National. C’est surtout la présence de communautés de semblables qui oriente les migrants vers certains pays plutôt que d’autres. Par exemple, les kurdes iront plutôt dans le monde germanique alors que les Algériens privilégient quasi-exclusivement la France. Concernant l’immigration légale, le Front National reprend les données du Ministère de l’intérieur. Il est effectivement vrai que les entrées légales relevant de la procédure des permis de séjour ont fortement augmenté pendant la période où Nicolas Sarkozy a été au pouvoir, en tant que Ministre de l’Intérieur puis que Président de la République. Si l’on s’en tient aux entrées relevant uniquement de l’immigration extra-européenne (rappelons que les données historiques comprenaient des populations européennes), le Front National est aussi dans le vrai lorsqu’il dit qu’elles n’ont jamais été aussi importantes. Par contre, concernant l’immigration professionnelle, sa dénonciation est difficilement compréhensible, car elle répond réellement à un besoin, ce qui n’est pas forcément le cas du regroupement familial, principale procédure d’entrée légale en France.

Concernant les autres affirmations du Front National sur le sujet de l’immigration, comme sur le plan statistique, leur véracité est variable. A propos du coût de l’immigration, comme nous l’avions montré avec Maryne Buffat dans un récent article[1], c’est un faux débat car les chercheurs qui travaillent sur la question ne prennent pas en compte les revenus que créent mécaniquement la présence sur notre territoire de jeunes habitants supplémentaires, ne l’inscrivent pas dans la durée (les immigrants ont des enfants, et si ces derniers travaillent, ils vont contribuer à la richesse nationale) et ne différencient pas l’immigration selon l’origine (certaines communautés s’en sortent beaucoup mieux que d’autres). Pour l’accusation envers le grand patronat d’utiliser l’immigration pour faire baisser les salaires, qui rappelons-le a d’abord été formulée en son temps par le Parti communiste, elle n’est pas totalement fausse, mais il faut garder en tête que ce sont surtout les descendants d’immigrés qui souffrent le plus de la concurrence des nouveaux arrivants sur le marché du travail, qui acceptent n’importe quel emploi à n’importe quel prix. Les autochtones ne sont donc pas forcément aujourd’hui les plus touchés par cette concurrence. Enfin, le dernier élément abordé par le Front National, qui concerne la question de l’assimilation culturelle et donc celle du multiculturalisme, est probablement le plus important. En effet, au-delà du faux débat du coût, la question culturelle semble primordiale, or malheureusement seul le Front National l’aborde de front, si l’on peut s’exprimer ainsi, dans son programme, en proposant de mauvaises solutions, alors qu’il en va du devenir de notre pays. Tant que les partis républicains ne s’empareront pas de la question de l’émergence d’une société multiculturelle et des tensions qu’elle produit sans langue de bois, le Front National conservera un boulevard, étant le seul à parler du sujet qui intéresse les Français en premier. Dans ce cadre, la question de l’insécurité culturelle, mise en avant par le géographe Christophe Guilluy et le politiste Laurent Bouvet, devrait être abordée par tous les partis politiques, plutôt que d’être rejetée car elle ne fait pas plaisir à entendre pour certains de nos dirigeants qui nient le réel, n’assumant pas leurs responsabilités.

[1] M. BUFFAT, L. CHALARD (2015). « Le coût de l’immigration : un faux débat ? ». Esprit. Mars/avril 2015. Pages 207-210. URL : http://www.esprit.presse.fr/archive/review/article.php?code=38273&folder=4

FN & Intégration
Si l'on en croit le parti de Marine Le Pen, l’immigration non contrôlée serait "source de tensions dans une République qui ne parvient plus à assimiler les nouveaux Français."

Le FN réfute l'idée d'après laquelle la discrimination positive favoriserait l'intégration des populations. Au contraire, elle serait un obstacle à cette intégration, "confortant les replis communautaires et les agressivités réciproques." Et d'ajouter : "États-Unis comme la Grande-Bretagne et les Pays-Bas s’interrogent aujourd’hui sur le modèle multiculturel, et reviennent même en arrière. En Allemagne, Angela Merkel en reconnaît l’échec." Si l'expression "intégration" est utilisée par le FN, Marine Le Pen lui préfère le concept d'assimilation. En effet, d'après Marine Le Pen, assimiler est toujours possible aujourd'hui.

Le commentaire de Guylain Chevrier, membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration :

Guylain Chevrier : Certes, le FN ne s’y trompe pas en reprenant à son compte les critiques du modèle multiculturel anglo-saxon. Cette critique est fondée, c’est un fait, mais c’est pour lui faire dire des choses qui tournent le dos à la République tout en s’en réclamant.

La discrimination positive attaque frontalement la République, car elle s’en prend directement au principe d‘égalité prétendant qu’il faudrait donner plus à ceux qui ont moins, désignés comme étant immigrés en général extra-européens. L’identification des inégalités sociales à une lecture ethnique de la société encourage l’organisation de communautés d’intérêts séparées sur le fondement de l’origine, la religion ou la couleur. Cette politique est une façon de croire modérer des tensions identitaires en les nourrissant de droits spécifiques, ce qui conduit en réalité à des fractures qui fabriquent des groupes d’intérêts rivaux qui produisent des tensions entre communautés encore plus fortes avec des conflits intercommunautaires réguliers, comme c’est le cas partout où ce type d’organisation sociale existe.

Le problème est que le FN pour répondre à cette politique propose la préférence nationale, qui oppose une communauté dominante disposant de droits supérieurs aux autres groupes constituant la société, rompant avec le principe d’égalité qui est au fondement de la Constitution de la République, inscrit à son article premier. Aussi, la réponse du FN à la question de la maîtrise des flux migratoires tourne-t-elle donc le dos à la République en la vidant de son sens à travers cette fameuse préférence nationale, alors que les tensions identitaires qui traversent notre société ne peuvent être dominées qu’à la condition d’insister sur ce que l’on met en commun pour faire société au-dessus des différences, donc par le respect de l’égalité.

Prétendre développer dans ce contexte une politique d’assimilation est une imposture, puisqu’elle commence par exclure sur le fondement d’une inégalité entre nationaux et non-nationaux ceux qui sont censés comme étrangers, y prétendre. On sait que l’accès à la nationalité est conçu comme l’aboutissement de l’intégration en ce sens qu’il constitue la dernière étape de la citoyenneté : après la citoyenneté civique au sens des libertés et droits individuels, la citoyenneté sociale au sens des droits économiques et sociaux, la citoyenneté politique consacre par le droit de vote et d’éligibilité les autres niveaux de la citoyenneté. C’est un processus continu d’accès à l’égalité avec lequel ne pourrait que rompre en réalité la préférence nationale en repoussant les autres comme séparés du reste, donc en communautés séparées pour reproduire le multiculturalisme à l’anglo-saxonne que critique le FN et dont il dit vouloir protéger la société française et la République. Eloigner par cette inégalités des droits selon la nationalité les uns des autres, crée toutes les conditions pour faire haïr une république qui a besoin d’être aimée pour qu’on aspire à la rejoindre en l‘adoptant.

Nous sommes passés de l’assimilation à l’intégration, car l’égalité des droits et des libertés ne s’oppose pas au maintien des différences, dans la mesure où celles-ci ne viennent pas remettre en cause la règle commune. La reconnaissance d’une certaine diversité n’implique pas la nécessité du multiculturalisme ou le communautarisme, car ce sur quoi on fait société peut être plus important que ce qui nous différencie voire nous divise, sans pour autant devoir renoncer à nos identités particulières. C'est tout l'enjeu de l'intégration ! Le problème vient aujourd’hui du fait que, du côté des grandes formations politiques traditionnelles, on joue les différences contre la République, en croyant mieux dominer les tensions identitaires qui traversent notre société et auxquelles l’immigration est mêlée, en pratiquant une politique de clientélisme politique sous couvert de tolérance. Un choix qui constitue un péril mortel pour notre République. Une situation que le FN a bien comprise et dont il use pour faire avancer ses objectifs en nous trompant sur ses intentions comme sur ses buts.

FN & Etat fort
D'après le FN, "l’Etat est aujourd’hui profondément affaibli". Le Front y voit deux explications principales :
D'abord une décentralisation que le parti considère non maîtrisée (lancée en 1981 et poursuivie en 2004) ayant privé l’Etat de compétences stratégiques comme les transports régionaux, les routes nationales, l'action économique. Nous serions donc allés trop loin dans le transfert de compétences. A travers cette décentralisation, le FN observe un creusement "des inégalités entre les territoires, une complexité accrue de la décision publique, une corruption aggravée, et la reconstitution de féodalités locales dépensières au détriment d’un Etat stratège".

Ensuite l’Union européenne serait "le cheval de Troie" de la mondialisation ultralibérale. Le FN voit dans les traités européens une manière, depuis le Traité de Maastricht, d'imposer une concurrence dite libre et non faussée, ils interdisent par idéologie les aides d’Etat aux entreprises françaises, et toute forme de protection aux frontières internes et externes de l’UE n'est plus envisageable.

Le commentaire de Rolad Hureaux, haut fonctionnaire et auteur de "La grande démolition : La France cassée par les réformes" :

Roland Hureaux : L'Etat est affaibli mais il n'a jamais été aussi congestionné par son coût, les effectifs de fonctionnaires et l'épaisseur des règlements qu'ils doivent appliquer en tous domaines. Un paradoxe que l'analyse du Front national, trop superficielle, ne prend pas en compte.

"Creusement des inégalités entre les territoires, complexité accrue de la décision publique, corruption aggravée, et reconstitution de féodalités locales dépensières au détriment d’un Etat stratège". On peut difficilement objecter à ce diagnostic.

Mais rien dans ces dérives fâcheuses n'interdirait à l'Etat de jouer encore, s'il le voulait, un rôle de stratège. Le transfert de compétences (transports régionaux, routes nationales, action économique), mis en cause, n'est pas au cœur du problème. Rien de tout cela n'empêchait , par exemple, l'Etat de faire obstacle à la vente et au démantèlement scandaleux d'Alstom qui s'est conclu en janvier de cette année. La commission européenne n'aurait sans doute pas osé empêcher non plus le gouvernement d'agir si elle l'avait senti déterminé. C'est l'absence de volonté, la lâcheté, le renoncement au niveau central qui sont en cause dans l'absence de stratégie.

L'Etat souffre de beaucoup d'autres maux qui relèvent eux aussi d'une dégénérescence interne : leur cause principale est l'impact d'idéologies absurdes dans des domaines clef comme l'enseignement, la justice (et donc la police), de l'urbanisme et les méthodes de réforme de l'Etat elles-mêmes qui ont abouti à un véritable désastre en termes de motivation et d'organisation. De cela non plus le FN ne parle pas.

FN & Europe
Pour le Front, la Commission, bien que non élu, a un pouvoir considérable dont notamment le monopole de l’initiative législative. Le parti rappelle que près de 80 % des lois et règlements nationaux d’importance sont en fait la transposition de ses normes et directives. Face à cette instance, le Parlement a peu de poids sur la scène européenne. Le FN n'hésite pas à soutenir l'idée que la CECA a tué in fine la sidérurgie européenne. Des millions d’emplois industriels et tout particulièrement en France, doivent leur destruction à l'euro et à l'ouverture de frontières entrainant une concurrence jugée déloyale. Si la BCE a un objectif de lutte contre l’inflation, elle n'aurait aucun objectif en matière de plein emploi. Le FN s'indigne via son site : "La BCE n’a pas le droit de prêter aux Etats, mais elle prête, à un taux dérisoire, aux banques, qui re-prêtent, beaucoup plus cher, aux Etats!" D'après le parti de Marine Le Pen, "la zone euro a la croissance la plus faible et le chômage le plus élevé du monde." Sur la politique monétaire européenne, la France ne serait pas gagnante. Cela s'expliquerait depuis 1983 par "la surévaluation du franc maintenue par des taux d’intérêt trop élevés, entraînant la perte de centaines de milliers d’emplois ; puis par l’euro, le franc ayant été surévalué par rapport au mark lors de la fixation des parités de conversion." L'illustration serait la suivante : l’Allemagne est le seul pays de la zone à avoir amélioré le solde de son commerce extérieur depuis l'arrivée de l'euro. Si les balances commerciales de la France et de l’Italie étaient excédentaires jusque-là, elles sont désormais déficitaires.Enfin, la France serait pénalisée par l’ouverture totale des frontières, puisque sa démographie ne justifierait pas une immigration massive et de son système de protection sociale avantageux favoriserait une immigration illégale non négligeable.

Alexandre Melnik : La plateforme européenne du FN est une chimère idéologique qui pollue encore davantage les esprits des Français, déjà paumés face aux nouveaux enjeux du XXI siècle. C'est aussi un drôle de pêle-mêle où se télescopent des fantômes du passé (la CECA, le franc surévalué, etc.) et les clichés habituels ("plombier polonais", "l'Allemagne surpuissante", etc.) qui alimentent la peur du changement. Bref, il s'agit d'un anachronisme qui ne saurait qu'enfoncer les élites françaises - qu'elles soient de gauche ou de droite - dans leur déni du monde d'aujourd'hui global, interconnecté, interdépendant qui constitue déjà une évidence pour la majorité de la population de notre planète, alors que la France, drapée dans sa prétendue "exception", tente toujours d'y résister, fidèle à son sempiternel syndrome du "village gaulois". Ou du "nuage de Tchernobyl" qui s'arrêterait à ses frontières.

Plus concrètement, le constat du FN concernant l'Europe n'est vrai que dans l'énoncé des maux qui frappent l'Union européenne, sous sa forme actuelle, à savoir : absence de vision géostratégique, obésité bureaucratique, manque de leadership, juxtaposition d'égoïsmes nationaux, incapacité de mettre sa monnaie commune au service de la croissance économique. Ce triste constat de burn-out de l'UE, empêtrée dans ses propres contradictions institutionnelles et n'étant pas à même de relever ses défis économiques et politiques, est, hélas, devenu aujourd'hui un truisme qui éclate au grand jour. En revanche, la feuille de route que propose le FN pour s'en sortir est totalement illusoire et fausse. Et ce, pour deux raisons fondamentales. Primo, contrairement à ses allégations, le décrochage de la France n'est pas lié aux facteurs externes, dont l'Union européenne et la BCE auraient été les causes principales et les boucs émissaires idéaux, mais à ses difficultés internes, intrinsèquement propres au "logiciel mental" de ce pays, qui peine à évoluer à des moments charnières où l'ensemble de l'humanité vit un véritable changement de paradigme civilisationnel, comme c'est le cas en ce début de nouveau millénaire. Ce n'est pas diabolisant autrui, mais en questionnant soi-même et en se remettant en cause qu'on trace une voie d'avenir, qu'il s'agisse d'un pays ou d'un individu ! Secundo, la lecture européenne du FN révèle sa totale ignorance de la globalisation, conçue comme "nexus of people, places and ideas", qui est, cependant, la quintessence des relations internationales et interindividuelles de notre univers quotidien, rythmé par les réseaux sociaux, par l'information qui circule librement, par les individus qui sont en permanence interconnectés grâce à leurs smartphones et tablettes, désormais à la portée de tous. Cette globalisation-là, c'est l'air que nous respirons tous et partout. Personne ne peut y échapper, à moins d'opter pour une démarche suicidaire.

Ce n'est donc pas en sortant de l'euro, en échafaudant de nouveaux "murs de Berlin" pour stopper les flux migratoires (inéluctables, voire salutaires dans un monde ouvert et mobile, où les frontières ne subsistent que dans la tête de ceux qui n'évoluent pas), en ressassant la nostalgie du passé dans la vaine - et dangereuse -tentative d'un nouveau repli sur soi que la France pourrait retrouver le goût d'une démarche gagnante dans le siècle en cours, mais, au contraire, en décloisonnant l'avenir, en se reconnectant au monde moderne pour affronter ses nouveaux challenges avec audace et confiance en soi (cf. mon EBOOK "Reconnecter la France au monde. Globalisation, mode d'emploi", aux éditions Atlantico-Eyrolles).

FN & euro
Pour le Front national "La monnaie unique est devenue le symbole d’une politique européenne fédéraliste d’un jusqu’au-boutisme absurde d’élites financières prêtes à sacrifier le peuple sur l’autel de leurs intérêts". La monnaie unique est condamnée par principe, celle-ci étant le symbole d’un transfert de souveraineté de la nation vers une entité supranationale. Or, pour le parti, le cadre d’exercice de la souveraineté ne peut être que la nation. L’euro doit disparaître.

Le commentaire de Nicolas Goetzmann, responsable du pôle Economie pour Atlantico :

Nicolas Goetzmann : Le sujet de l’euro est emblématique du Front National.

Le constat de départ est relativement consensuel, l’euro ne fonctionne pas correctement, le chômage est élevé, la croissance est en berne bref, l’Europe est en crise et la conception de la monnaie unique est défaillante. Ce qui est emblématique, c’est que le thème « euro » est principalement axé sur la critique du système existant plutôt que sur une quelconque proposition alternative. Au cours des différents débats, les adversaires politiques du Front National passent leur temps à défendre la politique européenne, alors que celle-ci est objectivement douteuse, au lieu de se consacrer aux propositions « positives » du Front national. Et ces propositions sont les suivantes : avec le retour au franc, il s’agit de remettre en cause la loi de 1973, ce qui revient à autoriser la banque de France à financer directement l’Etat Français, et, plus spécifiquement, financer le remboursement de la dette et le paiement des intérêts. Marine Le Pen propose explicitement de « créer » 100 milliards d’euros par an à cet effet. 90 milliards pour le remboursement et 10 milliards qui seront affectés à l’emprunt des PME et PMI. Il est difficile de ne pas tomber dans la caricature avec de telles propositions. Mais la décision, pour un gouvernement, de briser l’indépendance d’une banque centrale afin de rembourser directement la dette et les intérêts est un magnifique aveu de faiblesse de la part d’une nation. Il s’agit, ni plus ni moins, de briser la crédibilité de la monnaie du pays, si nous parlons du franc.

Sur le site du parti, il est également indiqué que les banques devront être partiellement nationalisées, qu’une « taxation des actifs extérieurs » sera mise en place, et qu’il sera utile d’adopter des « mesures de contrôle des mouvements de spéculation de capitaux ». Tout y est ; les banques qui méritent d’être mises au pas, la mise sous tutelle de la « spéculation », et sanctionner les « actifs extérieurs ». L’ensemble de ces propositions ne sont que des réponses données à des préjugés, et ne correspondent pas à la mise en place d’une véritable politique monétaire pour un pays comme la France. L’ensemble du dispositif programmatique est construit « contre » la situation actuelle, mais il ne s’agit pas d’un projet au sens d’une capacité à envisager l’avenir. On agglomère des oppositions, rien de plus.

Le drame actuel est que le Front National monopolise totalement le sujet de la critique de l’euro, par une sorte de terrorisme intellectuel généralisé. L’effet produit est que l’on ne peut être que « totalement contre » ou « résolument pour ». Alors que la difficulté consisterait d’abord à plonger dans les défauts de l’euro pour le transformer. Puis, en dernier ressort, si c’est la sortie de l’euro qui est véritablement envisagée, il conviendra alors de proposer autre chose que ce qui est annoncé ici. C’est-à-dire un véritable projet, pas un défouloir.

FN & politiques d’austérité
Pour Marine le Pen, les politiques d’austérités doivent être dénoncées, comme par exemple le 4 mars dernier : « Le Président ignore volontairement les effets récessifs de la politique d’austérité, en particulier ses conséquences délétères pour nos finances publiques ».

Nicolas Goetzmann : Les politiques de réduction des dépenses publiques sont dénoncées par le Front national. Marine Le Pen s’est d’ailleurs fait remarquée en soutenant le parti grec Syriza, malgré son positionnement à l’extrême gauche, et qui est devenu emblématique de l’opposition à ces politiques d’austérité.

Le programme de 2012 de Marine Le Pen indiquait également : « Il convient à présent de refuser d’engager des politiques d’austérité sans issue au nom de la préservation d’une monnaie qui étouffe l’Europe. Ces plans successifs d’austérité frappent toujours les mêmes : classes populaires et moyennes, retraités, fonctionnaires, PME/PMI. ».

Refuser et critiquer les politiques d’austérité est une chose, mais il convient alors d’être cohérent. Car le même programme de Marine Le Pen indique, sous la rubrique « dette » :

« La maîtrise dans la durée de l’endettement public sera inscrite dans une loi cadre qui instaurera à terme l’obligation d’un déficit structurel égal à zéro afin qu’aucune mesure budgétaire ne soit gagée par la croissance. »

C’est-à-dire tout et son contraire. Parce que refuser l’austérité en prônant le déficit structurel zéro, c’est un peu paradoxal. Mais encore une fois, pour le parti il s’agit d’agréger des constats. L’austérité, c’est mal, et la dépense publique c’est mal aussi. L’ensemble est incohérent mais là n’est pas le propos. La situation est identique lorsque le parti critique la forte hausse des prix consécutive à l’euro tout en vilipendant l’euro comme monnaie « surévaluée » ; l’ensemble est absurde.

FN, mondialisation & protectionnisme
Pour le Front national, la mondialisation est considérée comme une source importante de la désindustrialisation du pays, et de la perte de "2 millions d’emplois depuis 30 ans". De plus, les entreprises françaises seraient soumises à une concurrence déloyale de la part des pays qui ne sont pas soumis aux mêmes normes que celles pratiquées sur le territoire européen.

Nicolas Goetzmann : Le constat est que la France souffre particulièrement de la mondialisation en raison de son laxisme vis-à-vis de partenaires économiques peu regardants en termes de normes sociales et environnementales. Que la mondialisation produise des effets néfastes sur l’économie, c’est un fait établi. Pour être plus précis, ce sont les emplois les moins qualifiés qui se retrouvent en concurrence directe avec les pays émergents à bas coût du travail. Et ce sont ces personnes qui souffrent le plus de la mondialisation. Ce diagnostic a été également opéré aux Etats-Unis. Le constat peut donc être partagé, mais en n’oubliant pas que la mondialisation participe également à la création de postes plus qualifiés sur le territoire français.

Pour lutter contre ce phénomène, le Front National propose alors le « protectionnisme intelligent ». Le mot « intelligent » sert à masquer le vide de la mesure, car aucun détail supplémentaire n’est apporté. Un simple amalgame de notions subjectives. Mais typiquement, il s’agit de pénaliser les importations par des droits de douane. Mais, étant donné que les entreprises qui exportent le plus sont également celles qui importent le plus, ce sont elles qui seront les premières victimes de ce système. Si l’entreprise « bidule » produit un bien fabriqué à partir de composants chinois, et que le prix de ces composants augmente en raison des droits de douane, le prix du bien final va également augmenter, ce qui rendra le produit moins compétitif à l’exportation.

La référence constante du Front National à la France industrielle permet de mobiliser autour de l’idée de la « France d’avant », comme cela est indiqué dans le programme de Marine Le Pen : « La sidérurgie, le textile ainsi que les industries mécaniques sont aujourd’hui sinistrées ». Et cette phrase est symptomatique, c’est une madeleine de Proust de la France des années 70-80. Mais cette France-là n’est pas isolée du monde car il s’agit d’un phénomène global. La littérature américaine contemporaine raconte l’histoire même de cette désindustrialisation, et ce, malgré un protectionnisme réel de ce pays. L’objectif n’est donc pas de restaurer la France d’avant. Le défi qui est posé, c’est de permettre l’inclusion des moins qualifiés à ce processus. En soutenant bien plus énergiquement la croissance, en intensifiant la formation des chômeurs, et en soutenant l’éducation des enfants au plus jeune âge afin de réduire les inégalités.

Encore une fois, le parti de Marine Le Pen cherche surtout à identifier un thème « concernant », ce qui est en fait le jeu de tous les partis. Mais il ne cherche pas de solutions aux problèmes, il s’arrête à dénoncer les causes en voulant les abolir.

Propos recueillis par Rachel Binhas
© Atlantico

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MUSÉE DE L'IMMIGRATION : «L'EXTRÊME-DROITE A FRANCHI UN PALIER» (France)

Le Musée de l'immigration a été la cible d'une campagne d'affichage en faveur de la «re-migration», une idée propre aux thèses extrêmistes. L'historien Nicolas Lebourg, spécialiste de l'extrême droite revient sur le lien entre ce courant et la culture. Par Claire Courbet

17/03/2015 - Le musée de l'immigration a été la cible d'un groupe d'extrême-droite dans la nuit de jeudi à vendredi 13 mars 2015. Appelé la Dissidence française, le groupe aux idées proche de celles de l'extrême-droite a placardé des affiches réclamant une «re-migration», c'est-à-dire le retour des immigrés dans leur pays de naissance. Pour Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l'extrême-droite française, le lieu ciblé est l'expression du fossé qui s'est créé depuis les années 90 entre les partis d'extrême-droite et la culture.

Nicolas Lebourg est historien. Chercheur à l'Université de Perpignan Via Domitia et membre de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès, il a publié de nombreux travaux sur les extrêmes-droites. Il est notamment l'auteur de Dans l'ombre des Le Pen: une histoire de numéro 2.

LE FIGARO - Quelle est la thèse défendue dans ces affiches prônant une «re-migration»?
NICOLAS LEBOURG- La «re-migration» est la réflexion autour du renvoi de l'immigré dans son pays de naissance et de la déchéance de nationalité. Le premier à avoir ainsi prôné cette politique est Jean-Pierre Stirbois lorsqu'il était numéro 2 du Front National. Il a été le premier à dire «On les renverra» dans une interview, mais après publication, il a adressé un communiqué de démenti. Aujourd'hui l'extrême-droite a franchi un palier. Ce genre de propos est devenu dicible. Cette expression est liée à celle du «grand remplacement», une thématique discutée dès les années 50 jusqu'aux années 2000. Il s'agit de l'idée selon laquelle le complot juif cherche à détruire l'Europe par le métissage biologique et culturel. Renaud Camus n'a pas inventé cette expression. Son apport est de l'avoir vidé de son antisémitisme pour l'intégrer au thème du choc des civilisations, ce qui lui a donné plus de visibilité.

Quel rapport existe-t-il entre la culture et l'extrême-droite?
C'est une question délicate. La culture est une vaste conception. L'extrême-droite a une grande aisance dans la culture populaire. L'extrême-droite considère l'art contemporain en particulier, comme par exemple le Tree de Paul McCarthy installé récemment sur la place Vendôme, comme un entre-soi, une désaffectation, une arrogance. Une détestation de cet art est né, les militants d'extrême droite développent une détestation du «lieu culturel subventionné», ils font de même en utilisant les termes de l'«immigré assisté». Les partis d'extrême-droite vont favoriser la culture populiste en opposition à cette culture «subventionnée» et «méprisante».

Ce fossé entre la culture et l'extrême-droite a-t-il toujours existé?
On a eu une extrême-droite française intellectuelle avec des figures ayant un très haut niveau de culture comme Charles Maurras, Maurice Bardèche. Ces écrivains ont une grande finesse intellectuelle et sont profondément d'extrême-droite. On constate une baisse de niveau globale concernant la culture des hommes politiques d'extrême-droite, mais ils ne sont pas les seuls, la baisse de niveau concerne les hommes politiques de tous les bords. En trente ans, les questions et les débats théoriques au sein de l'extrême-droite comme ailleurs ont laissé place aux répétitions de slogan.

Aujourd'hui, la plupart des écrivains proches de ces idées prennent leur distance avec les partis d'extrême-droite. Ils n'assument pas leurs idées quand elles sont proches de ce courant, ils n'arrivent pas à les formuler. Ils font des circonvolutions etc. L'extrême-droite est vulgaire à leurs yeux. Ils ont peur en se disant favorables à l'extrême-droite d'affaiblir leur capital social. Quand 8% de vos camarades votent pour le FN lors de la présidentielle de 2012, on a plus tendance à éviter ce vote. Si plus de créateurs affichaient leur soutien, d'autres seraient plus enclins à le faire. Il y a un effet de norme. On essaie de ressembler aux personnes que l'on côtoie.

À quoi est due cette rupture?
Cette rupture est liée à la prolétarisation du courant dans les années 90. A l'intérieur du secteur culturel, le taux de pénétration des idées d'extrême-droite est faible. On perçoit un certain mépris pour les électeurs d'extrême-droite. Ils ne sont plus vraiment vus comme des électeurs mais des «beaufs». Le monde culturel et celui de l'extrême-droite ne se comprennent pas, ce qui n'était pas le cas auparavant. Plus les électeurs ont de capital culturel normé (les diplômes), moins ils voteront pour les partis d'extrême-droite.
© Le Figaro

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RELIGION: PAS DE MENU DE SUBSTITUTION DANS LES CANTINES DE CHALON (France)

Le maire de cette ville de Saône-et-Loire va supprimer cette pratique au motif que «proposer un menu de substitution dès lors que du porc est servi, c'est opérer une discrimination entre les enfants». Par Anne-Laure Frémont

17/03/2015 - Invoquant le «principe de laïcité», le maire UMP de Chalon-sur-Saône Gilles Platret a annoncé ce lundi la suppression à partir de la rentrée prochaine du menu de substitution dans les cantines scolaires de sa ville. Il indique dans un communiqué avoir décidé «de mettre un terme à la pratique installée dans la collectivité depuis 31 ans, qui consistait à proposer un menu de substitution dès lors qu'un plat contenant du porc était servi dans les cantines», écrit l'élu dans un communiqué.

«Il est indispensable de revenir à une pratique exigeante du vivre-ensemble», affirme le maire. «L'offre de restauration ne peut pas prendre en compte des considérations religieuses. Proposer un menu de substitution dès lors que du porc est servi, c'est opérer une discrimination entre les enfants, ce qui ne peut être accepté dans le cadre d'une République laïque», estime-t-il, ajoutant que «les cantines scolaires de Chalon doivent redevenir des espaces de neutralité». L'édile déclare avoir adressé un courrier aux parents des 3.800 élèves de la ville en accompagnement du formulaire d'inscription aux cantines municipales en vue de la rentrée scolaire de septembre prochain.

«La laïcité ne saurait être invoquée pour refuser la diversité de menus»
Dans le principe, rien n'oblige les communes à prévoir des menus de remplacement en cas d'interdit religieux, comme l'a déjà rappelé le défenseur des droits dans un rapport: «Le refus d'une collectivité d'adapter un repas en fonction des convictions religieuses des familles (ne pas servir de viande, proposer un plat de volaille à la place d'un plat à base de porc,...) ne saurait être assimilée à une pratique discriminatoire», peut-on lire, même s'il est écrit que les mairies «devraient pour le moins en informer les parents lors de l'inscription à la cantine», et les menus être «affichés à l'avance».

Aujourd'hui, beaucoup de municipalités proposent une alternative aux repas avec du porc. Mais interdire le menu alternatif n'est pas une première: à Arveyres en Gironde, par exemple, l'ancien maire avait invoqué en 2013 la nécessité de faire des économies pour imposer un menu unique, déclenchant la colère de certains parents. L'an dernier, c'est la commune de Sargé-lès-le-Mans, dans la Sarthe, qui a décidé de ne plus servir un substitut au porc lorsque celui-ci est au menu. Sur ce cas-là, l'Observatoire de la laïcité a toutefois estimé en décembre dernier que «la laïcité ne saurait être invoquée pour refuser la diversité de menus», rappelant que «cette offre de choix ne répond pas à des prescriptions religieuses, mais à la possibilité pour chacun de manger ou non de la viande, tout en empêchant la stigmatisation d'élèves selon leurs convictions personnelles».
© Le Figaro

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"UNE PETITE PÉTASSE DE LIBÉRATION" : ATTAQUE SIGNÉE GILLES BOURDOULEIX APRÈS UNE NOUVELLE POLÉMIQUE SUR LES GENS DU VOYAGE (France)

"Une petite pétasse de Libération" : attaque signée Gilles Bourdouleix après une nouvelle polémique sur les gens du voyage

17/03/2015 - - Gilles Bourdouleix et les Roms, c’est une longue histoire. Une histoire qui lui a coûté sa place à l’UDI. Mais, lundi 16 mars, c’est contre une journaliste de Libération que le député-maire de Cholet s’est emporté au conseil d’Agglomération, comme le rapporte Ouest-France.

Président de l’Agglo choletaise, Gilles Bourdouleix a été à l’origine d’une nouvelle polémique sur les Roms en décidant de fermer une aire d’accueil de gens du voyage, comme le relayait Libé le 10 mars. Ce qui lui a valu d’être qualifié par la journaliste de "maire anti-gens du voyage".

Et l’édile, qui n'a visiblement pas apprécié d'être présenté ainsi, de lui répondre publiquement par des mots doux :

"Contrairement à ce qu’a écrit une petite pétasse de Libération, je ne suis pas un maire anti-gens du voyage. Je suis seulement un maire qui attend que la loi soit respectée partout et par tout le monde."

Pourtant, les précédents de Gilles Bourdouleix sur le sujet sont lourds. Comme l’avait relayé le Lab, en juillet 2013, celui qui était alors député UDI avait lancé, à propos des gens du voyage :

"Comme quoi, Hitler n’en a peut-être pas tué assez…"

Condamné en appel à 3.000€ d’amende pour ces propos malgré ses justifications a posteriori, Gilles Bourdouleix avait également été contraint de démissionner de l’UDI et d’en quitter le groupe parlementaire pour siéger avec les non-inscrits.

Et dans ces polémiques, les journalistes sont sa cible préférée. Ainsi, après ces propos sur Hitler et les Roms, Gilles Bourdouleix s’en était pris aux journalistes dans son journal municipal, les accusant d’un "acharnement ignoble" et d’atteindre "les sommets de l’ignominie". Rien de moins.
© Europe 1

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JUIFS DE FRANCE : POUR UNE LUTTE EUROPÉENNE CONTRE L’ANTISÉMITISME

"Moi, je suis Français, avant d'être juif."

16/03/2015 - A la veille des législatives israéliennes, la montée de l’antisémitisme inquiète en France. Selon le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF), les “actes antisémites” avec violence physique ont augmenté de 130 % en un an. Forte de 15.000 membres, la communauté juive de Strasbourg, une des plus anciennes de l’Hexagone, (elle remonte au Moyen Age) vit aujourd’hui sous haute surveillance, dans son propre intérêt.

“Après les attentats de Paris, après les attentats de Copenhague, nous avons eu malheureusement, en plus, une profanation d’un cimetière juif (dans la commune de Sarre-Union) où plus de 300 tombes ont été profanées. Quelque part, la communauté, ce qu’elle ressent, c’est qu’on essaie de lui dire qu’elle n’a ni avenir ni passé,” explique Maurice Dahan, vice-président d’honneur du Consistoire israélite du Bas-Rhin.

On estime qu’en 2014, entre 6000 et 7000 juifs ont quitté la France pour Israël, presque deux fois plus qu’en 2013. Le porte-parole de la communauté strasbourgeoise, Thierry Roos, s’est rendu en Israël pour les rencontrer. “ Pratiquement tous avaient déjà le projet en tête, et ce projet a été peut-être anticipé, mais les juifs qui sont partis n’ont pas fui la France. Ils ont accompli un projet, certains pour des raisons religieuses, spirituelles, d’autres cherchaient tout simplement un pays d’avenir. “

Après la prise d’otages de l’“Hyper Cacher” à Paris, le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu avait invité les juifs de France à venir s’installer en Israël. Un appel perçu comme une manoeuvre électorale par la communauté juive strasbourgeoise. “ Il dessert les juifs des nations,” s’insurge Dan Leclaire, magicien de profession. “ Le Premier ministre ne doit pas nous appeler à venir – ‘venez chez nous, tout est rose ou chez nous tout va bien’ – c’est à chacun de le ressentir. Moi, je suis Français, avant d‘être juif. Je ne veux pas avoir ce sentiment de fuite et encore moins de réaction, face à quelque chose qui évidemment me touche, mais qui ne doit pas me faire partir de là ou je suis. “

Et notre envoyée spéciale à Strasbourg, Margherita Sforza, de conclure : “ Toulouse, Paris, Copenhague, les actes de violence sont en augmentation. Les juifs de Strasbourg ne veulent pas quitter la France mais demandent plus d’efficacité au niveau européen, dans la lutte contre l’antisémitisme. “
© Euro News

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UNE SEMAINE POUR COMBATTRE LE RACISME À L’ÉCOLE (France)

Jusqu’à vendredi 20 mars, les établissements sont invités à aborder les questions du racisme et de l’antisémitisme.

16/03/2015 - Cette semaine se veut un temps fort de « la grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République ».

L’initiative n’est pas nouvelle. Elle remonte même aux années 1980. Mais l’édition de la Semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme qui débute lundi 16 mars revêt un sens particulier après les attentats de janvier et certaines réactions qu’ils ont provoquées dans quelques établissements.

« Le but, c’est de libérer la parole, d’amener les élèves à s’exprimer sur le racisme et l’antisémitisme et de conduire sur ces thèmes un travail pédagogique, le cas échéant, en lien avec des partenaires associatifs », précise le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem.

Un défi pour les enseignants
À l’occasion du 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, fin janvier, la ministre de l’éducation avait elle-même résumé le défi que doivent relever les équipes enseignantes face aux jeunes d’aujourd’hui : « Ne pas les laisser indifférents, les amener à entrer dans une réflexion profonde sur le bien et le mal, éveiller leur humanité », avait-elle souligné.

Aujourd’hui, enseigner les pages les plus sombres de l’histoire ne suffit plus », constate Pascal Rostan, proviseur du lycée Thierry-Maulnier, à Nice. Son établissement a programmé cette semaine des conférences sur les génocides juif, arménien et rwandais et deux ateliers conduits en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, l’un autour de la photographie, l’autre sur la pratique du dialogue. « Il s’agira de donner aux élèves des outils pour combattre les stéréotypes et préjugés », précise le proviseur.

Son lycée n’a pas attendu les attentats pour s’engager contre le racisme et l’antisémitisme. Depuis des années, il mène un travail sur la mémoire avec une classe de filière générale et une autre de filière technologique, afin de croiser les profils, notamment sociaux, des élèves. Un projet qui les conduit notamment à visiter ­Auschwitz et le camp des Milles, à Aix-en-Provence. « L’idée, c’est de faire de nos élèves des passeurs de mémoire », indique Pascal Rostan. « Ces lycéens sont par exemple intervenus devant des collégiens pour leur expliquer la montée du nazisme, avec l’appui d’anciens déportés », poursuit-il.

« Encourager l’échange et éduquer aux médias »
Cette semaine phare est là pour « révéler tout ce qui se fait au quotidien », considère de son côté Olivier Apollon, référent mémoire et citoyenneté dans l’académie de Besançon, où sont prévus notamment une manifestation avec chants et poèmes, ainsi qu’un ciné-débat autour des discriminations à l’égard des Roms.

« Il y a vingt ans, on abordait les questions de racisme et d’antisémitisme en insistant surtout sur le cadre donné par la loi. Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux, il nous faut à la fois encourager l’échange et éduquer aux médias », observe-t-il.

En attendant la présentation par le gouvernement du plan de lutte contre le racisme, promis par François Hollande, qui tarde à se concrétiser, Najat Vallaud-­Belkacem recevra demain à Paris vingt-cinq de ses homologues européens. Elle se rendra aussi dans un établissement en compagnie de la ministre de l’éducation du Danemark, autre pays meurtri par des attaques terroristes.
aussi :La classe politique française solidaire des Danois

DENIS PEIRON
© La Croix

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DÉPARTEMENTALES : MARINE LE PEN PRÉDIT AU PS « UNE BONNE FESSÉE » ÉLECTORALE (France)

16/03/2015 - Marine Le Pen n'aime rien moins qu'être dans la position du favori. Depuis plus de quarante ans, le Front national (FN) fut, au minimum, un groupuscule anecdotique donné pour mort à plusieurs reprises, et au maximum, un « outsider » à prendre en considération mais qui ne pourrait jamais accéder au pouvoir. A moins d'une semaine du premier tour des élections départementales, dimanche 22 mars, la situation du FN n'est plus la même. Plusieurs sondages donnent le parti d'extrême droite en tête des intentions de vote. A tel point que la situation en devient... inconfortable.

« On préfère ne pas être donné en tête. Vaut mieux créer la bonne surprise que la mauvaise », se lamente une figure locale. A l'écouter, la formation nationaliste n'a pas le choix : il lui faut gagner un département ou il apparaîtrait comme le perdant de l'élection.

« Guerre au peuple »
Pour conjurer ce drôle de sort, Marine Le Pen joue donc à fond la carte de la victimisation. Une partition classique du FN. En déplacement dans le Var, à Six-Fours-les-Plages, lundi 16 mars, la dirigeante a donc fustigé la « rediabolisation » du FN faite, selon elle, par Manuel Valls. Le premier ministre serait, donc, le représentant de la « caste », déconnectée du « vrai pays » et qui aurait « déclaré la guerre » au peuple. Mme Le Pen a même évoqué « un racisme de classe ».

« Pour la première fois un gouvernement se sert des moyens de l'Etat pour combattre le premier parti d'opposition. C'est lamentable », a fustigé la dirigeante d'extrême droite lors d'un meeting rassemblant un millier de sympathisants, entassés dans une salle André-Malraux pleine à craquer. Elle a également dénoncé « le mépris » de « Valls la fureur », « éructant sa haine ». De la même manière, les nombreuses déclarations polémiques de plusieurs candidats FN aurait un écho « inconsidéré » dans la presse, qui agirait de concert avec le pouvoir en place, pour empêcher le FN d'accéder au pouvoir et apporter « le changement ».

« Changement »
Prédisant « une bonne fessée » pour le PS aux élections départementales, la présidente du FN a répété que le seul « vote utile » pour « éjecter le PS dès le premier tour » est le vote frontiste. Pour convaincre les électeurs, Mme Le Pen s'appuie sur la gestion des villes FN, demandant « que les Français nous donnent l'occasion de démontrer que le FN est capable de mener une autre politique. Ils verront qu'il n'y a pas de fatalité. »

Mais, lundi soir, la dirigeante a aussi brièvement évoqué la situation politique locale. Le Var reste, en effet, un département que le FN estime gagnable. Sur ces terres de droite, Mme Le Pen a donc insisté sur la dénonciation de la corruption qui serait le fait de tous les partis, sauf le FN évidemment : « Scandale, corruption et magouilles électorales de l'UMPS locale. […] Le Var est la caricature du système. On se partage le pouvoir et les renvois d'ascenseur. »

La tournée de Marine Le Pen en Provence-Alpes-Côte d'Azur continuera mardi à Avignon et au Pontet (Vaucluse) et mercredi à Marseille (Bouches-du-Rhône).

Par Abel Mestre et Olivier Faye
© Le Monde

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DÉPARTEMENTALES 2015 : LES BINÔMES HOMME - FEMME ? UNE DISCRIMINATION POSITIVE NÉCESSAIRE (France)

Le 20 mars se déroulera le premier tour des élections départementales françaises. Particularité de ce scrutin ? Il est binominal, paritaire et mixte. Les électeurs voteront pour un binôme composé d'un homme et d'une femme. Pour le politologue Thomas Guénolé, ce mode adopté en avril 2013 ne peut que servir la lutte contre les discriminations.

16/03/2015 - On en parle assez peu, mais le nouveau mode de scrutin des élections départementales, c'est de la discrimination positive. Nul besoin de s'en alarmer, car l'initiative est tout à fait nécessaire.

La discrimination positive par le ticket paritaire
En transformant les élections cantonales en élections départementales, le gouvernement socialiste a aussi modifié en profondeur le mode de scrutin. Concrètement, il a supprimé la moitié des cantons, il a doublé la taille de l’autre moitié, et il a décidé que dans chaque canton, nous élirions désormais un "ticket" de deux conseillers départementaux à la fois : obligatoirement, un homme et une femme.

Par conséquent, quoi qu’il arrive, au lendemain du second tour de ces élections, nous aurons 50% de conseillers départementaux qui seront des conseillères.
Donc, puisque ce mode de scrutin nous y force, le constat s’impose : c’est de la discrimination positive en faveur des femmes.

La discrimination positive est, comme son nom l’indique, une démarche de compensation des discriminations négatives qui existent dans la société.

Les femmes ne représentent que 14% des conseillers départementaux
Dans un premier temps, vous constatez que des gens subissent une discrimination sur un critère. Par exemple, actuellement, les femmes représentent plus de 50% de la population mais moins de 14% des conseillers départementaux : il y a donc objectivement une discrimination négative, dont le critère est d’être une femme.

Dans un second temps, sur le même critère, vous créez une règle qui force la société à réduire voire à abolir la discrimination. Par exemple, comme pour ces élections, vous imposez un quota de 50% de femmes dans les conseils départementaux.

Une fois ce constat réalisé, reste à se poser la question : en France, la discrimination positive en faveur des femmes est-elle nécessaire ?

Objectivement la réponse est oui, car en l'absence de mesures pour compenser les discriminations négatives qui existent dans la société, l'état des lieux est tout à fait accablant.

La société française est profondément misogyne
6 Français sur 10 avouent qu’ils tiennent régulièrement des propos misogynes : un tel niveau nous rappelle d’ailleurs que les femmes misogynes, ça existe. Qu’on parle de Centrale, de Polytechnique ou d’une autre, les grandes écoles d’ingénieur sont misogynes : il n'y a que 17% de filles en première année à Polytchenique, 19 à Centrale Paris...

Le marché du travail est misogyne : sur 87 branches professionnelles, la moitié des femmes sont concentrées dans seulement 12. Du reste, plus la position socioprofessionnelle est élevée et moins il y a de femmes : seulement 36% des cadres sont des femmes, seulement 3 chefs d’entreprise sur 10 sont des femmes, seulement 1 préfet sur 10 est une femme…

Réciproquement, plus la position socioprofessionnelle est basse et plus les femmes sont majoritaires : 9 employés de maison sur 10 et 7 agents d’entretien sur 10 sont des femmes. 7 travailleurs pauvres sur 10 sont des femmes. 8 smicards sur 10 sont des femmes.

La tartufferie de la méritocratie
Le reste est à l’avenant. Si j’exposais les mêmes chiffres pour les Noirs, on hurlerait à la ségrégation raciale. Alors appelons les choses par leur nom : en France, on a la ségrégation contre les femmes. Face aux chiffres accablants de cette ségrégation, les discours convenus sur la méritocratie ne sont que des tartufferies pour refuser de se confronter au problème.

À cet égard, attendre de la société qu’elle règle elle-même le problème de la misogynie française, c’est être dans le déni de réalité. La discrimination positive en faveur des femmes n’est pas seulement nécessaire : elle est urgente.
© Nouvel Observateur

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LE POINT FACE À L’ISLAM (France)

16/03/2015 - Avec un dossier, dans son édition du 5 mars 2015, sur « les chrétiens face à l’islam », Le Point ne se contente pas d’une nouvelle démonstration de son obsession pour l’islam mais contribue à créer une opposition entre deux religions, un « choc des civilisations ». Et, dans ce « face-à-face », un seul des supposés adversaires a droit de s’exprimer.

La construction médiatique d’un « choc des civilisations »
Le titre du numéro laisse à penser que « les chrétiens » et « l’islam » s’opposent. Outre le fait que ces deux termes n’ont pas la même nature, l’un renvoyant à des personnes (« les chrétiens »), l’autre à une religion (« l’islam »), il suggère deux blocs monolithiques se faisant face. Or nul besoin d’être un fin théologien pour savoir que « les chrétiens » sont divers et variés, et qu’il existe de multiples façons d’adhérer (ou non) à « l’islam ». Le premier article évoque ainsi sans s’y attarder le fait qu’il « n’y a pas un monde, mais une mosaïque de mondes musulmans, soumis à des influences spirituelles, culturelles, géographiques forts diverses. » Ceci posé pour pouvoir se dédouaner à peu de frais des généralités du dossier [1]. De même que l’éditorial inspiré de Franz Olivier Giezbert ouvrant le numéro concède rapidement « que cet islamisme particulier [n’a] rien à voir avec l’islam en général, c’est une évidence […] » pour en venir au vrai sujet : le choc des civilisations [2].

Ce n’est pas un face-à-face innocent que Le Point met en scène dans ce numéro, mais un véritable affrontement, un « choc mondial » comme l’indique le sous-titre. En couverture, « l’Église » (catholique ?) est même sommée de « réagir » – sans qu’il ne soit précisément indiqué à quoi ni à qui. Une terrible gravité imprime la « Une » puisque, si en France le principal enjeu lié aux religions semble être « la nouvelle compétition religieuse », il est question, à l’échelle internationale, de « sauver » Coptes et Assyriens des islamistes. Notons que Le Point semble ainsi suggérer que les Chrétiens sont les victimes principales de l’islam(isme), ce qui est évidemment faux : quand bien même certaines communautés chrétiennes sont visées, comme nous l’ont rappelé les ignobles décapitations de Coptes égyptiens par l’État islamique, les principales victimes des courants intégristes musulmans violents sont… des musulmans.

L’ouverture de dossier se fait quant à elle sur cette présentation : « Choc. Confrontée aux persécutions des chrétiens d’Orient et à la vitalité du monde musulman, l’Église lance l’offensive spirituelle. » Outre la métaphore guerrière et le « choc », un glissement est opéré : le dossier se préoccupera moins de « l’islam » que du « monde musulman », qui ne sera pas plus défini que cette « vitalité » sensé le caractériser.

Le cœur du dossier développe cette rhétorique du choc. Ainsi des questions posées à Souleyman Bachir Diagne, universitaire spécialiste de l’Islam : « l’islam est-il traditionnellement agressif envers les chrétiens ? », « Mais l’islam ne discrimine-t-il pas traditionnellement les autres religions ? », « Comment analysez vous le comportement des djihadistes ? Les décapitations, l’esclavage, les destructions de patrimoine culturel… Plus que la défense de l’islam, leur objectif n’est il pas la lutte contre l’Occident ? » Ironie du dossier, cette phrase, page 43 : « Comment ne pas tomber dans le piège tendu par Daech, qui fait tout pour allumer un choc planétaire entre musulmans et chrétiens ? » Peut-être en évitant les caricatures, les raccourcis et la rhétorique du choc…

Parler des musulmans en leur absence
Le dossier s’ouvre sur une citation du pape François, puis des interviews de responsables du culte catholique parsèment le texte. Tous parlent des musulmanes et des musulmans, puisque les journalistes les questionnent à ce propos, mais les musulmanes et les musulmans sont les grand-e-s absent-e-s du dossier. Ainsi, alors que le père Robert indique que « dans la basilique Saint-Denis, il arrive que des femmes musulmanes voilées entrent discrètement et viennent se recueillir dans l’une des chapelles », le lecteur cherchera en vain des transcriptions ou des traces d’entretiens avec ces femmes. Toutes les personnes citées ou interrogées dans le dossier (en plus d’être quasi-exclusivement des hommes [3]), sont chrétiennes (ou bien, parfois, leur religion n’est pas mentionnée) [4].

Les deux seuls musulmans cités sont Mohamed Galmin (étudiant à l’université catholique de Paris), et le cheikh al-Tayeb, imam de l’université al-Azhar, au Caire. En revanche, la part belle est faite aux citations du pape François, du cardinal archevêque Barbarin et de nombreux autres prélats. Emblématiques, les deux passages du dossier consacrés aux banlieues françaises, associées à l’islam (notamment Saint-Denis où, apprend-on, « la majorité des habitants sont de culture ou de confession musulmane »). On aurait donc pu s’attendre à ce que les premiers intéressés soient interrogés, que leur point de vue soit mentionné, voire critiqué. Il n’en est rien. Seuls sont interrogés « Christine, paroissienne catholique de la banlieue parisienne » (page 45), « le père Robert » et « Vivien », un catholique interviewé à la sortie de la messe (page 56).

***

En résumé, Le Point nous propose donc un énième dossier focalisé sur les musulmans sans les interroger et, involontairement sans doute, une nouvelle démonstration de la façon dont le débat public est confisqué au détriment de certains. La rédaction du Point, qui a le pouvoir de décider de la construction des sujets qu’elle médiatise et pense ainsi constitutifs du débat public, a aussi le pouvoir de distribuer la parole dans l’espace qu’elle maîtrise. De toute évidence, quand il est question d’islam dans ses colonnes, les musulmanes et les musulmans ne sont pas amenés à s’y exprimer, alors même qu’ils sont présentés comme partie prenante d’un dangereux conflit de civilisation.

Vincent Bollenot et Julien Salingue


Annexe : il y a femme voilée et femme voilée
Ce n’est pas la première fois que Le Point publie, en « Une », la photo d’une femme portant un voile. Mais force est de constater, comme nous l’avions déjà relevé par le passé, que l’iconographie choisie par l’hebdomadaire est loin d’être neutre : alors que la musulmane voilée inspire méfiance, voire même crainte (attitude déterminée, voire même de défi), la chrétienne voilée inspire sympathie, voire compassion (visage innocent, voire souriant).

Notes

[1] On peut lire ailleurs dans le dossier des propos pourtant aussi essentialisant et caricaturaux que ceux-ci : « L’impasse plus essentielle tient à la dogmatisation, dans le sunnisme, du caractère incréé de l’écrit sacré et de la clôture de l’interprétation. Les chrétiens postulent que les sciences humaines autorisent une exégèse critique de la foi, se ses sources et de son développement, donc de son historicité et de sa part inévitable d’humanité qui, au lieu de saper la foi, l’éclaire. Ils peinent, pour l’heure, à en convaincre les musulmans, à l’exception des chiites. »

[2] On peut de même lire, page 45 : « Christine refuse tout amalgame entre islamisme et islam. Mais... » Ce procédé rhétorique semble servir à se prémunir de toute accusation de racisme tout en tenant des propos favorisant les amalgames. Dans le dossier, cela apparait notamment par la construction discursive d’un face-à-face dans lequel chacun est sommé de prendre position et dans lequel les croyants ont, par essence, une place prédéterminée.

[3] L’article consacré à Februniye Akyol, chrétienne et maire de Mardin, en Turquie, passe vite sur le fait qu’il s’agit d’une femme mais insiste longuement sur sa religion (elle affirme pourtant : « Si je suis chrétienne, je suis aussi féministe. »).

[4] Voici la liste la plus exhaustive possible des entretiens et citations proposés dans le dossier, la première personne (p. 42) à prendre la parole étant… le Pape. Les « experts » ou témoins interrogés : Joseph Alichoran (journaliste et historien, présenté avant tout comme « chrétien né à Dehoc », p. 43), citation du Cheik al Tayeb (p. 43), Mgr Barbarin (p. 44), Jean-Louis de la Vaissière (AFP Vatican), Mgr Michel Dubost (p. 45), « Christine, paroissienne catholique de la banlieue parisienne » (p. 45), Jean-Louis Schlegel, « sociologue (et catho de gauche) » (p. 46), Marc Fromanger « directeur en France d’Aide à l’Église en détresse, fondation pontificale qui recense les attaques contre les Chrétiens dans le monde » (p. 46), interview de Souleymane Bachir Diagne (universitaire spécialiste de l’islam), encadré sur un « prêtre français » du Mali (p. 47), « Februniye Akyol, seule maire chrétienne de Turquie » (p. 48-49), Jean-François Colosimo, « enseignant à l’institut orthodoxe Saint-Serge » (p. 54), François Jouran (prêtre, théologien et islamologue, à la catho de Toulouse) (p. 55), « le père Robert » (p. 57), Mohamed Galmin (musulman qui étudie à la catho de Paris), Mgr Sarah (cardinal guinéen, p. 57), encadré sur Issam Badar (copte – donc chrétien – enlevé par Daech, p. 58).
© Acrimed

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DÉPARTEMENTALES : FN ET DROITE DANS UN MOUCHOIR DE POCHE (France)

A six jours du premier tour, l'institut Ifop donne 30% des intentions de vote au FN, juste devant l'UMP-UDI (29%). Un autre sondage promet un triomphe du parti d'extrême droite dans l'Aisne.

16/03/2015 - A six jours du premier tour des départementales, le scrutin est loin d'être joué... en tout cas pour la première place des suffrages nationaux. Car pour le reste, le paysage électoral qui se dessine prend des teintes bleues et bleu "marine".

Un sondage Ifop pour Europe 1 et "Le Figaro publié dimanche soir donne, comme ses prédécesseurs, le Front national en tête avec 30% des intentions de vote. Mais l'écart avec le bloc UMP-UDI (29%) se réduit à seulement un point, c'est-à-dire en-deçà de la marge d'erreur.

Loin derrière, le Parti socialiste compléterait le podium avec 19% des voix. Le Front de gauche est lui crédité de 6% des suffrages, devant les divers gauche et divers droite (5% chacun) et Europe Écologie-Les Verts (3%). 71% des électeurs se disent "sûrs de leur choix", contre 29 % qui affirment qu'ils peuvent encore changer d'avis.

Le taux d'abstention ne devrait guère être inférieur aux dernières échéances. 54% des électeurs affirment qu'ils ne se rendront pas aux urnes dimanche. Aux cantonales de 2011, le taux d'abstention avait atteint 55,7% des inscrits au premier tour.

L'UMP devrait emporter la mise
Selon un autre sondage Harris Interactive pour M6 publié dimanche, la droite (UMP, UDI et divers droite) est en tête des intentions de vote (32%), devant le FN (29%) et le PS-divers gauche (26%). A noter que contrairement au sondage Ifop, cette enquête additionne les voix "divers droite" et "divers gauche" aux blocs UMP et PS.
Le FN risque d'être le vainqueur symbolique du premier tour mais, compte tenu des réserves de voix dont dispose la droite, c'est sans doute l'UMP qui emportera très nettement la mise le 29 mars prochain", analyse Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.

L'Aisne, priorité numéro un du FN
Si le FN mise avant tout sur son score national, son éventuelle victoire pourrait néanmoins dépasser le stade du symbole dans certaines zones. Dans l'Aisne, selon un sondage Odoxa publié ce lundi dans "Le Parisien", le parti d'extrême-droite est bien parti pour écraser le premier tour... voire faire basculer le département, actuellement détenu par le PS.

"S'il y a un endroit où on peut gagner, c’est bien dans l’Aisne", pronostiquait Marine Le Pen ces derniers temps. Son parti est crédité de pas moins de 41% des intentions de vote dans le département picard, et monte à plus de 50% chez les ouvriers et les 25-34 ans. Loin, très loin devant l’UMP-UDI (24%) et le PS et ses alliés (20%)...

Si nous gagnons un département, ce sera un gain absolument extraordinaire", déclarait la présidente du FN ce lundi sur France Info. "Nous aurions ainsi la possibilité de démontrer que nous sommes capables, dans un département, de faire nos preuves comme nous l'avons fait dans les municipalités".

Même si l'UMP devrait rafler une majorité de départements au soir du 29 mars, les frontistes peuvent également se montrer optimistes dans quatre autres ex-"conseils généraux" : le Vaucluse, le Pas-de-Calais, le Var et l'Oise.
© Nouvel Observateur

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DES TRACTS ANTI-IMMIGRATION SUR LE MUSÉE DE L'IMMIGRATION (France)

Un groupuscule d'extrême-droite a collé des affiches anti-immigration sur la façade du Musée de l'histoire de l'immigration.

15/03/2015 - Des tracts contre l'immigration et le "multiculturalisme" ont été collés sur la façade du Musée de l'immigration, qui a dénoncé des actes de "vandalisme", a-t-on appris dimanche de sources concordantes. Le président du conseil d'orientation du musée parisien, l'historien Benjamin Stora, a parlé de deux incidents : des graffitis et des tracts signés du mouvement "La Dissidence française". Il a évoqué une plainte déposée pour "vandalisme".

De source policière, on confirme seulement un "signalement" fait par une employée du musée "qui a découvert des affiches format A4 collées à l'entrée" clamant "une solution : re-migration", "le multiculturalisme est un échec et mène la France à la guerre civile", "l'immigration de masse met en péril notre civilisation et l'avenir de notre peuple", "la re-migration est la seule solution pour éviter un embrasement général".

Une "opération éclair" contre la "propagande cosmopolite"
Sur son site, le mouvement "La Dissidence française", aux thèses proches de l'extrême droite, vante, photos des tracts à l'appui, une "opération éclair" menée dans la nuit de jeudi à vendredi contre le Musée de l'immigration", décrit comme un "lieu dédié à la propagande cosmopolite et à la réécriture mondialiste de l'Histoire, récemment inauguré par Hollande".

Le président François Hollande a prononcé mi-décembre son premier grand discours sur l'immigration dans ce musée, qu'il a officiellement inauguré sept ans après son ouverture. Il y a fustigé ceux qui agitent la peur d'une "dislocation" de la France pour vanter au contraire l'apport des immigrés à la République.
© RTL

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SUR FACEBOOK, UN CANDIDAT FN POSE PISTOLET À LA MAIN MENAÇANT HOLLANDE (France)

Damien Hameau-Brielles, candidat FN aux élections départementales en Mayenne, a réalisé plusieurs photomontages qu'il a posté sur Facebook. Sur l'un d'entre eux, il pose en braquant une arme sur la tempe du chef de l'Etat.

15/03/2015 - Marine Le Pen le martelait encore il y a quelques jours: "Il y a dix problèmes sur 7.650 candidats". La présidente du Front national répondait, sur le plateau de BFMTV, à une question sur la multiplication des affaires de racisme ou d'antisémitisme qui touche les candidats de son parti à l'approche des élections départementales.

C'était sans compter sur la vigilance du site L'entente.net, un collectif de citoyens qui recense toutes les déclarations et les dérapages des candidats frontistes avant le scrutin du 22 et du 29 mars, qui vient de ressortir des photos de Damien Hameau-Brielles, qui se présente en Mayenne.
Arme pointée sur la tempe de François Hollande

Vraisemblablement amateur de photomontages, le candidat frontiste à Bonchamp-lès-Laval en a posté plusieurs sur son compte Facebook. Sur l'un d'entre eux, datant de juillet 2012, on y voit Damien Hameau-Brielles, arme à la main pointé sur la tempe de la figure des Guignols de François Hollande. En commentaire, on peut lire "avec Flamby".

Sur un autre photomontage, toujours repéré par L'entente.net, le candidat FN en Mayenne, s'attaque cette fois-ci à Nicolas Sarkozy. En premier plan, on peut y voir la marionnette des Guignols de l'info de l'ancien président de la République. Damien Hameau-Brielles se tient derrière lui un pénis en plastique à la main.

Le collectif de vigie rapporte également que Damien Hameau-Brielles a posté des messages à caractère raciste comme "Chercher l’erreur un black armé d’une machette qui cour après deux autre blacks dans les rues de Laval a 7h30. 3 black debout à 7h30???". Si selon L'entente.net, le compte du candidat FN a été "nettoyé" avant le scrutin des élections départementales, un post sur la "décongolisation de tous".

Écrit par J.C.
© BFMTV

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EX-MILITANT FN, LE PARTI DE MARINE LE PEN M'A DÉÇU. LA DÉDIABOLISATION N'EST QU'UNE FAÇADE (France)

Où s’arrêtera le Front national ? À la faveur de la stratégie de "dédiabolisation" menée par Marine Le Pen et de l’affaiblissement du PS et de l’UMP, le FN apparaît comme une menace politique grandissante. Stéphane P., 33 ans, a rejoint le FN en 2010, séduit par la ligne patriote du parti. Une formation politique qu’il vient de quitter, après de multiples désillusions. Témoignage.

15/03/2015 - "Dédiaboliser" le Front national, tel est le credo de Marine Le Pen depuis son arrivée à la tête du parti. Dans les médias, elle s’efforce de présenter un discours plus "modéré" que celui de son père, axant son argumentation sur la République et ses valeurs, le patriotisme et la laïcité.

Militant FN, j'ai découvert à mes dépens que sa "stratégie de dédiabolisation" était surtout du vent.

La ligne de Marine Le Pen m'a séduit
Entre le FN et moi, l’histoire débute dès 1998. Mais je ne suis alors qu’un sympathisant du Front. Ainsi, en 2006, je suis séduit par Nicolas Sarkozy, et je décide alors d’adhérer à l'UMP. Mais très déçu par la politique menée et les affaires qui ont été révélées pendant son mandat, je ne m'y suis pas éternisé.

Courant 2010, je me suis alors redirigé vers le FN, où Marine Le Pen incarnait déjà une ligne plus "modérée" que celle de son père, pour qui j’ai voté en 2002 par patriotisme, même si un certain nombre de ses déclarations me gênaient, telles celles sur les chambres à gaz, sur les attentats du 11 septembre 2001 ou sur les homosexuels.

Athée, laïc, favorable au droit à l’avortement, plutôt ouvert sur les questions sociétales, j’étais gêné par la présence de certains catholiques intégristes au FN. Mais cette formation est selon moi, avec "Debout la France", le seul parti patriote en France, le seul pour qui la "Nation" n'est pas un concept dépassé, le seul qui défend la souveraineté et l'identité françaises et qui dénonce l'immigration massive et ses conséquences.

C’est pour cette raison que je me suis tourné vers ce parti. Et c’est avec un certain enthousiasme que j’ai vu l’arrivée de Marine Le Pen. Elle était pour moi l’espoir de voir émerger un FN plus modéré, un FN laïc et débarrassé de ses éléments d’extrême-droite.

En 2014, j’ai choisi de m’impliquer davantage en politique lors de la campagne des municipales, dans une ville des Hauts-de-Seine, bien décidé à défendre la ligne patriote, laïque et modérée défendue sur les plateaux de télévision par Marine Le Pen.

"Il faut bouter l’islam hors de France"
J’ai rejoint une liste FN-Rassemblement Bleu Marine alors que je n’avais été qu’un simple sympathisant pendant des années. J’ai tracté, j'ai recherché et convaincu des gens de rejoindre notre liste, et j’ai écrit ou co-écrit certains tracts ou articles.

Mais au contact de certains cadres ou militants, j’ai rapidement vu que derrière les beaux discours de Marine Le Pen, le FN n’avait pas vraiment changé dans le fond. Que les voix modérées et nuancées, comme la mienne, restaient insuffisamment représentées. Les discours complotistes, la croyance en un "lobby juif" qui tirerait les ficelles dans l’ombre, les propos homophobes, les propos hostiles à l’islam voire aux musulmans (propos du type "Il faut bouter l’islam hors de France"), la volonté de régir la loi française par la religion catholique, sont encore trop présents.

Notre tête de liste pour les municipales, Monsieur B., nourrissait une véritable obsession pour l’islam et les musulmans. Une obsession qu’il ne cache pas, se livrant sur son blog à des amalgames et à des reproches, notamment celui de ne pas manifester contre les crimes commis contre les chrétiens d’Orient. Il consacre la plus grande partie de son temps à écrire ou relayer des articles contre l’islam, au détriment de ses mandats de secrétaire de section et de conseiller municipal.

Ce discours ne l’a pas empêché d’être nommé secrétaire de section puis d’être investi par le FN aux élections municipales (mars 2014), aux élections du Comité central du FN (novembre 2014) et aux élections départementales (mars 2015)

On ne punit que les "dérapages" les plus médiatisés
Ce qui m’a le plus déçu au FN, ce ne sont pas les propos publics non conformes au discours "officiel" de la direction actuelle du FN. C’est la passivité et la tolérance à l’égard de ces propos.

La direction fait mine de les découvrir lorsqu’ils sont médiatisés, alors qu’elle prétend étudier minutieusement les candidatures des représentants de son parti aux élections. Dans ce cas, comment est-il possible que certains élus ou responsables du FN tiennent publiquement et à répétition des propos hostiles aux musulmans, aux juifs ou aux homosexuels ? Comment se fait-il que ces personnes soient nommées à des postes importants ou investies à des élections alors que la direction du FN a connaissance de leurs propos ?

J’ai adressé différents courriers à la direction du FN, à Marine Le Pen et Nicolas Bay notamment, pour signaler des comportements et des propos que j’estimais inacceptables. J’ai été ignoré. Ma démarche était pourtant bienveillante : il s’agissait de défendre le parti contre des propos qui pourraient lui porter préjudice. Mais je me suis vite rendu compte que la direction laissait sciemment des gens tenir des propos qui vont à l'encontre de son discours officiel, pourvu qu'ils ne soient pas trop médiatisés.

On ne punit que les "dérapages" les plus médiatisés (cf. cas d’Aymeric Chauprade), qui menacent de ternir l'image du FN. Pendant ce temps, certains cadres de moindre importance ou certains militants parlent de "complot juif", de "pédales", etc., en toute impunité.

Mon passage au FN ? Une grande désillusion
J’ai écrit à cinq dirigeants du FN et j’ai envoyé plusieurs relances. Aucun n’a pris la peine de me répondre. Certains membres de la fédération où je militais m’ont traité de "carriériste" et de "fouteur de merde". J’ai également été menacé par certaines personnes. J’ai donc choisi de quitter le FN. Ma carte d'adhérent est arrivée à expiration en septembre 2014 et je ne l'ai pas renouvelée.

Désormais, je ne suis affilié à aucun parti et je ne suis candidat à rien. Ce passage par le FN a été pour moi une grande désillusion. Je conserve une rancune envers une direction qui n’écoute pas ses propres militants, qui tolère les excès les plus graves dans son "arrière-boutique", qui fait preuve de laxisme et d’une légèreté criante dans son recrutement pour les élections afin de "faire du chiffre". Le FN se targue aujourd’hui d’être le parti ayant le plus candidats aux élections départementales. Mais à quel prix ?

Je témoigne aujourd’hui parce que je pense que les gens ont le droit de savoir quel parti est vraiment le Front national. Il me semble nécessaire de mettre ce parti face à ses contradictions et ses mensonges, et je souhaite que d’autres personnes ne commettent pas la même erreur que moi.

Finalement, le FN ne vaut pas beaucoup mieux que les autres partis.

Propos recueillis par Sébastien Billard
© Nouvel Observateur

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DÉPARTEMENTALES : 30 À 40 DÉPARTEMENTS POURRAIENT BASCULER À DROITE (France)

De 30 à 40 départements, sur 101, semblent susceptibles de basculer à droite lors des départementales des 22 et 29 mars, dont 2 en Languedoc-Roussillon

15/03/2015 - Voici un large échantillon des départements pouvant changer de majorité.

LANGUEDOC-ROUSSILLON
- Pyrénées-Orientales: elles pourraient basculer à droite, après 17 années d'hégémonie socialiste. L'élection du nouveau président de l'assemblée départementale pourrait être compliquée, le vice-président du FN, Louis Aliot, ayant déjà annoncé que son parti ne donnerait ses voix "ni à la droite ni à la gauche".

- Gard: unie, la droite ambitionne de ravir le département au PS. Le FN, en très forte progression aux municipales (il a gagné Beaucaire), espère gagner quatre cantons et jouer le trouble-fête.

MIDI-PYRENEES
- Haute-Garonne: le PS est hégémonique dans le conseil sortant avec 39 sièges sur 53, mais les élections européennes avaient été cataclysmiques pour la gauche. Une réplique du phénomène conjuguée à une faible participation conduirait à son élimination dès le 1er tour dans 17 cantons sur les 27. La gauche part divisée alors qu'"à droite, nous sommes unis comme jamais", a affirmé Jean-Luc Moudenc, maire UMP de Toulouse, qui juge la victoire "possible".

- Tarn: en fonction depuis 1991, le président sortant, Thierry Carcenac (PS), a choisi de se représenter. Le projet de barrage de Sivens, qu'il défendait, et la mort du jeune écologiste Rémi Fraisse, tué par une grenade de la gendarmerie en octobre, risquent d'entraîner de très mauvais reports de voix entre socialistes et écologistes.

- Tarn-et-Garonne: le PRG est traditionnellement dominant et Jean-Michel Baylet a longtemps bénéficié d'un vote légitimiste. Mais PS et radicaux sont très divisés, et les reports de voix s'annoncent des plus délicats.

PACA - Bouches-du-Rhône
La grande inconnue est le score que fera le président sortant, Jean-Noël Guérini, qui a quitté le PS et présente des candidats dans tous les cantons sous l'étiquette de son nouveau parti, "La force du 13", face à ceux du PS. L'UMP espère profiter de cette division, tandis que le FN, qui a déjà un maire d'arrondissement et sénateur, Stéphane Ravier, compte bien jouer les arbitres. En cas de duel avec un candidat de droite pour la présidence, Guérini sera soutenu par le PS, a annoncé ce dernier.

- Var: Le FN espère capitaliser sur ses gains des municipales (Fréjus Cogolin, le Luc) et des sénatoriales (Fréjus) et mise sur le rejet d'une "majorité nationale et départementale à bout de souffle", pour, peut-être, gagner la présidence du Conseil général. L'UMP juge "probable" de conserver la majorité, mais une "majorité relative".

- Vaucluse: le PS, qui dirige le Conseil général, est très menacé. "On espère être en mesure de gérer le département", dit le frontiste Philippe Lottiaux, qui avait devancé l'UMP aux municipales à Avignon. Les ambitions du FN pourraient être contrariées par les rivalités avec l'autre parti d'extrême droite, la Ligue du sud de Jacques Bompard, présente dans la moitié des 17 cantons. Mais la Ligue appellera à l'union des droites entre les deux tours.

RHONE-ALPES/AUVERGNE
En Ardèche et dans la Drôme, où Manuel Valls se rendra le 20 mars à deux jours du scrutin, la gauche part en ordre dispersé dans tous les cantons face à des binômes uniques à droite (UMP-UDI ou UMP-MoDem) et des candidats du FN présents partout. Un basculement est attendu tout particulièrement dans la Drôme.

- En Isère, où François Hollande s'est déplacé jeudi pour " sauver le soldat Vallini " selon le député UMP Jean-Pierre Barbier, président pressenti du conseil général si le département bascule, le scrutin s'annonce serré entre une forte poussée de la droite et du FN dans le nord du département et les cantons de l'agglomération grenobloise qui resteront à gauche, même s'ils passent du rose au vert dans le sillage des dernières municipales.

- Allier: seul département encore dirigé par le PCF avec le Val-de-Marne, l'Allier pourrait revenir à droite. Sur le papier, neuf des anciens cantons sont acquis à la gauche et neuf à la droite. Le PCF s'est opposé à une alliance avec le PS dès le premier tour.

NORD/PAS-DE-CALAIS
- Nord: département qui a le plus de sièges (82) et bastion socialiste. Mais aux municipales de mars 2014, la droite a pris des villes importantes (Tourcoing, Roubaix...). Attention au FN, grâce à son implantation à Dunkerque et dans le sud du département. Parmi les candidats, le ministre de la Ville, Patrick Kanner.

- Pas-de-Calais: la capacité du PS à tenir le département dépendra en grande partie de la performance du FN, qui devrait être au second tour dans beaucoup de cantons. La droite traditionnelle est faible. Un basculement au profit du parti de Martine Le Pen apparaît toutefois hypothétique.

- Oise: forte probabilité d'une perte du département par la gauche. Qui en profitera? La droite, dont l'Oise est un ancien bastion, ou le FN? Aux européennes de 2014, celui-ci avait dépassé dans 34 des 41 anciens cantons la barre de 12,5% des inscrits, synonyme de qualification pour le second tour.

- Aisne: là aussi, compétition entre la droite et le FN pour ravir le département à la gauche. Sur les 42 anciens cantons, 40 avaient donné au parti frontiste un score supérieur à 12,5% des inscrits aux européennes.

BRETAGNE
Ille-et-Vilaine (27 cantons): un basculement surprise n'est pas à exclure. Si la gauche devrait garder les six cantons rennais, l'élection pourrait se jouer dans les cantons de la périphérie, où le PS a perdu des positions aux municipales. Le FN ne paraît pas en mesure de jouer les trouble-fête.

Loire-Atlantique: réputée ancrée à gauche avec sa ville phare, Nantes, longtemps dirigée par Jean-Marc Ayrault mais la gauche ne domine le conseil général que depuis onze ans. Les tensions générées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes au sein de la majorité sortante, PS-EELV, ont débouché sur des listes séparées dans presque tous les cantons au 1er tour. Finistère: n'est plus imprenable même si sa bascule signerait une défaite socialiste de très grande ampleur dans le reste de la France. La droite a marqué des points aux dernières municipales en remportant notamment Quimper. Le président du conseil général sortant, Pierre Maille, a choisi de ne pas se représenter.

CENTRE/LIMOUSIN
Indre-et-Loire : en dépit d'un avantage de onze sièges au Conseil général, la majorité sortante PS-PC-EELV-DVG s'attend à une "élection serrée", tandis que la droite se dit "très optimiste". "L'absence d'accord avec EELV et PC-Front de gauche nous met dans une situation compliquée", de l'aveu du président sortant, Frédéric Thomas (PS).

- Corrèze: la droite pourrait bien reprendre la Corrèze, qu'elle avait dirigée quasiment sans discontinuer depuis 1970 avec l'arrivée de Jacques Chirac à la tête du département. En 2008, François Hollande n'avait enlevé la Corrèze qu'avec un siège d'avance, et l'avait conservée de justesse en 2011. En mars, la majorité actuelle a perdu la plupart des communes importantes (Brive, Ussel) hormis Tulle, la ville du président.

AQUITAINE Pyrénées-atlantiques: la gauche avait conquis en 2011 le Conseil général que la droite présidait sans discontinuer depuis la Libération. L'actuel président socialiste, le sénateur Georges Labazée, a préféré ne pas se représenter et la droite paraît en mesure de s'imposer, grâce à des accords entre centristes et UMP.

BOURGOGNE
Saône-et-Loire : les divisions de la gauche dans certains cantons (Mâcon, Chalon, Le Creusot et Autun notamment) pourraient compromettre la reconduction de l'actuel président socialiste Rémi Chaintron, en dépit d'une majorité sortante confortable.

LORRAINE ET FRANCHE-COMTE
Meurthe-et-Moselle: incertitude dans ce département acquis à la gauche depuis 1998, mais dont les observateurs estiment que la future majorité pourrait se jouer à un seul siège. Baptême du feu pour Mathieu Klein (PS), allié à EELV, et successeur à la tête du Conseil général du charismatique et populaire Michel Dinet (PS), brutalement disparu en mars.

- Doubs: la droite part unie avec une coalition UMP-UDI-Modem. Emmenée par le président sortant, Claude Jeannerot, la gauche a repris espoir depuis la victoire de Frédéric Barbier à la législative partielle du Doubs, début février.

ILE-DE-FRANCE
Seine-Saint-Denis: bastion de la gauche depuis sa création en 1968, elle pourrait basculer à droite. L'UMP et l'UDI, qui dirigent désormais 21 villes sur 40, présentent des listes d'union, à la différence du PS et du FG, qui n'ont pu s'entendre. Le département avait voté Hollande à 65% en 2012.

- Essonne: Président du Conseil général depuis 2011, l'ancien député "frondeur" Jérôme Guedj conduira les socialistes, alliés aux écologistes et au PRG, ainsi qu'au PCF dans 8 des 21 cantons. A l'UMP sont sur les rangs l'ancien ministre Georges Tron et le maire de Corbeil-Essonnes Jean-Pierre Bechter (suppléant: Serge Dassault), qui ont des démêlés avec la justice pour des motifs très différents.

- Val-de-Marne: fief communiste historique, il pourrait basculer à droite, d'autant qu'entre le PCF et le PS, le torchon brûle.

OUTRE-MER
La Réunion: la droite pourrait prendre le contrôle de l'assemblée départementale, à la faveur d'un renversement d'alliance de Nassimah Dindar, la présidente actuellement alliée à la gauche et au centre-droit.
© Le Midi Libre

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RUQUIER REGRETTE D'AVOIR AIDÉ À LA BANALISATION DU FN ! (France)

Dans On n’est pas couché, Laurent Ruquier a formulé ses regrets concernant l'embauche d'Eric Zemmour dans l'émission phare de France 2...

15/03/2015 - Après le choc Françoise Hardy la semaine dernière, le internautes n’ont pas manqué l’émission On n’est pas couché de ce samedi 14 mars. Avec 1,54 million de téléspectateurs devant France 2, de nombreux internautes n’ont également pas hésité à réagir sur l’émission.

Le FN s'invite dans ONPC
Dans l’émission On n’est pas couché, les débats ne manquent pas d’enflammer la toile chaque semaine. Hier soir, samedi 14 mars, les internautes ont vivement réagi aux propos des invités et des chroniqueurs Aymeric Caron, qui cèdera bientôt sa place et Léa Salamé. Le plateau s’est lancé dans un débat sur la condition sociale et les problèmes liés au racisme, une aubaine pour les twittos qui n’ont pas hésité à donner également leurs avis. Ainsi, nous pouvons désormais lire sur Twitter :

"#ONPC J'aime bien ce débat ce soir, ils disent enfin que le pb n'est pas l'immigration mais le racisme !" - @Batafieu

"#ONPC cette manie de rattacher la montée du #FN au racisme est penible. Il grimpe parce qu'il parvient a créer de l'empathie avec les gens" - @VDEBUISSON

"Merci à Laurent Ruquier pour avoir dénoncé ce racisme puant #ONPC" - @momoland6

"Bravo @ruquierofficiel d'avoir fait tomber le masque FN à une heure de grande écoute ! La haine et le racisme sont leur terreau ! #ONPC" - @Rudy_Dillies

"Oui, il faut que les politiques s'occupent des vrais problèmes des Français mais le racisme en est un !" @ruquierofficiel #ONPC #merci" - @C_Heusquin

"Merci @ruquierofficiel pour ce coup de gueule contre le racisme et le FN qui était plus que nécessaire. Stop à la banalisation du FN! #ONPC" - @tograM_Maratas

Laurent Ruquier regrette d’avoir donné la parole à Eric Zemmour
En poussant un coup de gueule contre le racisme et le Front National hier soir, Laurent Ruquier a fait des révélations étonnantes. En effet, l’animateur d’On n’est pas couché avoue regretter d’avoir embauché Eric Zemmour pendant 5 ans. Face à François de Closets, venu promouvoir son livre La France à quitte ou double évoquant la montée du FN mais aussi Eric Zemmour, Laurent Ruquier a déclaré : "J'en sais quelque chose, je vous le dis même très honnêtement, je le regrette aujourd'hui" avant d’ajouter "pendant cinq ans...Ses thèses ont été tous les samedis...Comment osez-vous dire qu'on a diabolisé ?".

Suite à ces déclarations, Léa Salamé souhaite en savoir davantage en demandant à Laurent Ruquier s’il regrette aujourd’hui. L’animateur répond : "Oui, je le regrette, je suis en train de me rendre compte que j'ai participé à la banalisation de ces idées-là. Oui, je le regrette. Mais je ne veux surtout pas qu'on me dise que les gens de Gauche ont diabolisé et ont mis sous le tapis les sujets, et que c'est ça qui a fait monté le FN. Il n'y a pas plus médiatisé qu'Eric Zemmour. On l'a entendu ici cinq ans".

A l’heure où nous écrivons, le principal intéressé n’a toujours pas répondu aux déclarations de Laurent Ruquier.
© Staragora

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FRANCE : PLUSIEURS RASSEMBLEMENTS CONTRE L’ISLAMOPHOBIE

14/03/2015 - Plusieurs manifestations contre l’islamophobie ont eu lieu ce samedi 14 mars, à travers le territoire français. Du nord au sud, des milliers de personnes ont répondu positivement à l’appel lancé par la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI) et différentes associations liées à la communauté musulmane en France.

L’objectif était d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur la recrudescence des actes islamophobes depuis le début de l’année 2015. Des actes qui ont pris une ampleur sans précédent suite aux attentats de Charlie Hebdo et alors qu’on assiste justement à une libération de la parole politique.

« Non à l’islamophobie »
C’est le message que des musulmans (ou non) ont voulu faire passer aujourd’hui dans plus de 16 villes concernées par les rassemblements. Ainsi, environ un millier de personnes ont manifesté dans les rues de Lyon rapporte le quotidien régional Le Progrès, plus d’une centaine se sont rassemblées à Perpignan (sud de la France) et des marches ont également eu lieu à Paris, Chambéry et Lille, entre autres.

"Fiers d'être français et musulmans": quelques centaines de personnes rassemblées contre l'islamophobie à la Bastille pic.twitter.com/IJ1aQsOh84
— Baptiste Cordier (@baptistecordier) March 14, 2015

Durant ces manifestations, les personnes présentes parmi lesquelles certains élus, ont exprimé leur refus de l’amalgame entre Islam et terrorisme et dénoncé « la montée de la haine et de la violence contre les musulmans » tout en revendiquant leur appartenance à la société française. Les associations à l’initiative de ces rassemblements appellent l’Etat français à respecter les minorités et revendiquent par ailleurs « la création d’une loi contre l’islamophobie ».

Zahra Rahmouni
© Tout sur l'Algérie

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DEUX CANDIDATS DU FN ÉPINGLÉS POUR DES PROPOS SUR FACEBOOK (France)

Les noms de deux Indriens, candidats frontistes aux départementales, apparaissent dans une enquête de L’Obs, intitulée “ Racisme, antisémitisme, homophobie. Le vrai visage des candidats FN ”.

14/03/2015 - La stratégie de dédiabolisation du Front national, voulue par Marine Le Pen, présente des failles. En épluchant les réseaux sociaux et les comptes de tous les candidats FN aux élections départementales des 22 et 29 mars, un collectif d'internautes, baptisé L'Entente, entend le démontrer. Dans une enquête intitulée Racisme, antisémitisme, homophobie… Le vrai visage des candidats FN, l'hebdomadaire L'Obs publie, cette semaine, les premiers résultats de ce travail de fourmi.

Des sanctions ne sont pas exclues
Dans l'Indre, deux candidats frontistes sont épinglés : il s'agit de Catherine Cauzeret, en lice sur le canton de Levroux, et Michel Verdin, qui se présente à Valençay. La première, conseillère municipale à Villedieu-sur-Indre, avait commenté, le 19 juillet 2014, la condamnation d'Anne-Sophie Leclère, ex-candidate FN, dans les Ardennes, aux municipales de 2014. Celle-ci avait comparé la ministre de la Justice, Christiane Taubira, à un singe. « Elle a dit ce que tout le monde pense tout bas », avait écrit Catherine Cauzeret. Jointe hier, elle a plaidé la maladresse : « Je ne cautionne pas ce qu'a dit Mme Leclère. Je voulais juste montrer que j'étais contre la décision de justice. » Le tribunal de Cayenne avait condamné Anne-Sophie Leclère, exclue du parti, à neuf mois de prison ferme et 50.000 € d'amende. « Ce qu'avait publié Mme Leclère est d'une débilité profonde », convient Matthieu Colombier, secrétaire départemental du FN, qui reconnaît le « caractère raciste » du photomontage incriminé. Mais, précise-t-il, « je connais bien Mme Cauzeret. Jamais je ne l'ai entendue tenir de propos racistes ». Pour autant, celle-ci a une tout autre lecture du photomontage partagé par Anne-Sophie Leclère : « Je ne vois pas où est le racisme là-dedans. C'est mignon un petit singe, non ? »
Michel Verdin est, lui, épinglé pour, entre autres, des propos tenus sur les Tsiganes : « Les Tsiganes n'ont plus leur place dans nos sosiétés (sic), car ils n'ont pas su ni voulu s'adapter à notre civilisation technologique. »
« C'est très maladroit, regrette Matthieu Colombier, mais je vois juste quelqu'un démontrant que la politique d'intégration est un échec. C'est indéniable que les Roms ne sont pas intégrés. »

Pour éviter les dérapages de ses candidats, le Front national a mis en place une cellule de veille des réseaux sociaux. Certains candidats indriens ont d'ailleurs largement purgé leurs murs ou tout simplement supprimé leurs comptes Facebook. Mais, comme quarante autres montrés du doigt par L'Entente, Catherine Cauzeret et Michel Verdin sont passés entre les mailles du filet de cette cellule de veille. Pour l'instant, les instances nationales du parti frontiste n'ont pas contacté Matthieu Colombier. « Je m'attends à l'être », précise-t-il. Y aura-t-il des sanctions ? « C'est possible. Une procédure peut être engagée avec des décisions d'exclusions ou non. Dans les cas présents, je ne peux pas encore vous le dire. » Présents, pour la première fois, sur l'ensemble des cantons de l'Indre, le FN se serait bien passé de cette affaire.

Bertrand Slézak
© La Nouvelle République

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"CHRISTIANE TAUBIRA SYMBOLISE TOUT CE QUE DÉTESTE L'EXTRÊME DROITE", SELON L'HISTORIEN PASCAL BLANCHARD (France)

Les attaques de l'opposition se multiplient contre la garde des Sceaux. Pourquoi est-elle ainsi prise pour cible ? Par Anne Brigaudeau

14/03/2015 - Ministre de la Justice, de gauche, cultivée, guyanaise, femme et noire ... De toutes ces étiquettes, quelle est celle qui vaut à Christiane Taubira tant d'attaques à droite et à l'extrême droite, dans un registre qui emprunte parfois davantage à l'injure qu'à la politique ? Parmi les dernières en date, mercredi 11 mars, comme le relatait Le Parisien , la première adjointe au maire UMP de Juvisy-sur-Orge (Essonne) a invité Christiane Taubira à "repartir" en Guyane, son département d'origine, "vu qu’elle a toujours détesté la France" – une référence à la jeunesse de Christiane Taubira qui fut, en Guyane, à la fin des années 1970, une militante indépendantiste.

Pour comprendre pourquoi la garde des Sceaux suscite une telle animosité dans la partie la plus à droite de l'échiquier politique, francetv info a interrogé l'historien Pascal Blanchard, spécialiste de l'empire colonial français et coauteur, avec Claude Askolovitch, Renaud Dély et Yvan Gastaut, de l'ouvrage Les années 30 sont de retour, petite leçon d'histoire pour comprendre les leçons du présent (éd. Flammarion, 2014).

Francetv info : Pourquoi Christiane Taubira est-elle prise pour cible de façon récurrente ?
Pascal Blanchard : On lui dénie le droit d’exprimer ses idées, car elle est triplement illégitime pour certains 1) comme femme 2) comme ultra-marine 3) comme noire, soit trois "incompétences génétiques" cumulées. Si on laisse une femme noire s’exprimer au nom de la République, les "autres" pourraient s’engouffrer derrière. Quels autres ? Les 12 millions de personnes qui ont la peau plus "foncée" que la majorité dans l'Hexagone. Christiane Taubira apparaît comme la non-norme. A travers elle sont ciblés des millions de Français perçus comme illégitimes.

On peut faire un parallèle avec les années 1930 et les attaques virulentes d'alors contre le président du Conseil issu du Front populaire, Léon Blum, notamment de la part du mouvement d'extrême droite l'Action française. Léon Blum était jugé à l'époque illégitime pour agir au nom de la République parce qu'il était juif. Christiane Taubira aujourd'hui parce qu’elle est afro-guyanaise.

La crise joue-t-elle un rôle dans l'écho donné à ces attaques ?
La crise favorise les boucs émissaires et les explications simplistes. Les gens ne croient plus aux politiques, mais aux affects. Ils ne sont plus en capacité d’entendre une analyse subtile et complexe, mais ont besoin des clichés. Avec Christiane Taubira, ces clichés tiennent en une phrase : elle est femme, noire, ultra-marine, ses idées sont contre la norme ; elle est pour le mariage gay et elle veut faire sortir les "Africains et les Arabes" des prisons. Un imaginaire collectif est ainsi libéré, il rassemble ce qui est honni pour une partie des Français. Tout ce qui est détesté est concentré, désormais, en une personne unique. Et ce message est repris en boucle.

C'est aussi la question de la colonisation qui ressurgit ?
Oui : l'imaginaire colonial et patriarcal juge intolérable que Christiane Taubira "nous" fasse la loi. Elle incarne la diminution du pouvoir des hommes et des Blancs. Double raison expliquant qu'elle soit prise pour cible privilégiée par Eric Zemmour par exemple, et par beaucoup d'autres. L’ennemi est désormais "de couleur". Il faut défendre la supériorité de l’homme blanc, et le pouvoir autoritaire qu'il incarne. Après tout, il ne s'est passé qu'un demi-siècle depuis les indépendances et cinq siècles de colonisation ne s’effacent pas comme ça. C'est pareil face à l'islam, ce que symbolise le concept d'ennemi intérieur et extérieur.

Allez demander à un jeune des quartiers populaires ce qu’il en pense ! Leurs ancêtres n’étaient pas seulement immigrés, mais aussi "indigènes". Ils étaient "nos" sujets, ce qui veut dire qu’un jour on a été leurs "maîtres".

Vous voulez dire que les attaques contre Christiane Taubira ont un retentissement dans les cités ?
Les populations des quartiers populaires connaissent mieux le vécu post-colonial que nous ! Avec l'ancien footballeur Lilian Thuram, nous sommes allés, il y a quelques mois, parler à des lycéens de Rouen (Seine-Maritime) des zoos humains [des populations "indigènes" qui étaient montrées en spectacle, comme l'explique Le Monde Diplomatique]. Et ils nous ont dit : mais c’est comme nous quand les médias viennent nous voir ! Ils nous disent aussi combien de fois ils se font arrêter par la police.

Ils ont vu passer sur internet les caricatures violentes contre Christiane Taubira. Et ils nous ont dit : "Ce qu’elle endure, nous, on se le prend tous les jours. Si on la prend pour un singe, on nous prend pour des singes. Si on lui jette des bananes, c’est à nous qu’on jette des bananes !" Ils savent très bien de quel côté du miroir de "l’apartheid" ils se situent, pour reprendre le mot employé par le Premier ministre, Manuel Valls. Ils le savent, de la même façon qu’à l'inverse, un(e) jeune Blanc(he) sait que sa vie n’est pas conditionnée par la couleur de sa peau.

Est-ce qu'il y a quelque chose de positif à retirer de tout cela ?
La bonne nouvelle, c’est que ces attaques montrent que l’égalité devient réelle. Car Christiane Taubira n'a pas été nommée par le fait du prince, elle a gagné toute seule ses galons politiques. On l’a bien vu d'ailleurs en 2002, lorsqu’elle s’est présentée à l'élection présidentielle.

Les attaques contre Christiane Taubira s’en prennent à une égalité qui se met en marche (désormais visible) et au pouvoir réel qu'elle exerce. Vous vous rendez compte : en 1950, 100 % des personnalités qui dirigeaient la France étaient des hommes blancs de plus de 50 ans. Aujourd'hui, cette proportion tourne autour de 80%. "Sortir de la nuit coloniale, ça prend du temps, autant de temps que d’y être", a dit l'historien Achille Mbembe.
© France TV Info

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ROBERT MÉNARD EN CRISE DE « NOSTALGÉRIE COLONIALE » OU LA REPENTANCE DE L’EXTRÊME DROITE (France)

14/03/2015 - Aujourd’hui à 14h30, le maire apparenté FN de Béziers, M. Robert Ménard débaptisera dans sa ville la "rue du 19 mars 1962" pour la nommer « rue Commandant Denoix de Saint Marc » suite à une décision votée, non sans contestation, par le conseil municipal du 11 décembre dernier.

Trois mois après ce vote, dans le journal municipal distribué dans toutes les boites aux lettres, donc financé par l’ensemble des contribuables biterrois, le maire appelle la population à se rassembler pour « saluer la mémoire d’un héros français », à savoir Hélie Denoix de Saint Marc présenté seulement comme ancien déporté et résistant en oubliant qu’il fut aussi un officier putschiste, et ainsi « effacer la honte d’une rue du 19 mars 1962 ». Dans « Le Journal de Béziers » on arbore en pleine demi page sur la même photo le Commandant Denoix de Saint Marc et le Général Challe, principal organisateur du putsch des généraux d’Alger du 22 avril 1961.

Pour celui qui connaît la guerre d’Algérie le message est ainsi clair : célébrer l’un c’est honorer l’autre et le Denoix de Saint Marc qui est célébré est bien celui qui fut aux côtés des officiers putchistes d’Alger. Mais l’entreprise de réécriture de l’Histoire va plus loin, pour la publication menardiste l’existence en France de rues portant le nom du « 19 mars 1962 » est « une aberration historique ». Rien que ça.

Pourtant cette date n’est là officiellement que pour permettre à tous nos concitoyens de commémorer le « cessez-le feu » entre deux adversaires d’un conflit particulièrement violent qui a duré huit longues années et a provoqué la mort de centaines de milliers d’êtres humains. Certes la violence mortelle n’a pas disparu à partir de cette date, par exemple on ne peut effacer la fusillade de la rue d’Isly du 26 mars, mais elle n’est pas à proprement parler un fait de guerre entre les deux protagonistes du conflit. Quant au sort tragique des harkis, il n’est que le symptôme douloureux du fait que la guerre d’Algérie fut autant une guerre coloniale qu’une guerre civile.

De façon plus générale on peine à savoir, en lisant M. Ménard et les exaltés qui l’entourent, quelle date serait plus légitime que celle du 19 mars ? Mystère. Aussi, symboliquement, faire disparaître cette date des murs et places de nos villes, sans même proposer autre chose pour célébrer la fin de ce conflit, revient à dire qu’un demi-siècle plus tard la guerre d’Algérie n’est pas terminée.

Alors pourquoi Ménard fait-il cela ? On ne peut ignorer bien sûr que le maire de Béziers, né en Algérie, est le fils d’un des responsables de l’OAS d’Oran, qui fut un des groupes les plus violents de l’organisation terroriste d’extrême droite, et qu’il semble vouloir s’inscrire dans la fidélité de ce combat paternel. Mais, cela ne suffit pas. La réponse complète se situe sans doute sur deux autres types de registre.

D’abord, il y a là dedans une basse manœuvre politicienne. Depuis son élection il y a un an, assez inefficace pour résoudre les lourdes problématiques sociales et d’emploi qui minent pourtant concrètement la vie des habitants de cette ville où la pauvreté atteint des sommets, et lui-même facteur aggravant des inégalités par ses choix politiques, Robert Ménard est à l’inverse particulièrement actif sur toutes ces batailles idéologiques et culturelles d’extrême droite qui « font le buzz », comme on dit actuellement. Ainsi, il fait diversion pour masquer l’échec social de sa première année de mandat.

Mais surtout, en agissant ainsi, l’ancien président de Reporters Sans Frontières mène une bataille culturelle. Il sait que les victoires idéologiques précèdent et accompagnent toujours les victoires politiques et électorales. Dans une ville où « les pieds noirs », leurs enfants et petits-enfants, et plus marginalement les « harkis » (indiscutablement toujours méprisés par les pouvoirs publics), constituent encore une fraction non négligeable de l’électorat, mais structurent surtout un groupe informel de mémoires blessées à l’indiscutable influence qui dépassent ses propres frontières, cette « nostalgérie vindicative» n’est pas sans avantages. Elle permet également d’accompagner en 2015 un discours agressif contre les familles biterroises d’origine maghrebine, à qui l’on attribue tous les vices, en se drapant dans le statut de victime de l’Histoire et des prétendus ascendants de ces dernières. Ainsi, Ménard forge un nouvel imaginaire où les rôles des uns et des autres s’inversent. Les opprimés d’hier deviennent les oppresseurs d’aujourd’hui.

De la sorte, les menardistes biterrois exigent une forme nouvelle de "repentance". C’est assez piquant à observer puisque l’extrême droite et la droite extrême utilisent en permanence ce terme pour stigmatiser les travaux des historiens qui font un indispensable travail de mémoire (au premier rang desquels on doit placer l'historien Benjamin Stora mais aussi beaucoup d'autres...). Avec cette obsession sur la guerre d’Algérie Ménard et ses soutiens fabriquent une nouvelle « repentance », pleine de rancoeur, où les pouvoirs publics devraient s’excuser en permanence sur les raisons qui ont amené à l’indépendance de l’Algérie en 1962, événement uniquement jugé comme une trahison intolérable. Plutôt que de cultiver la paix, de partager les mémoires diverses, de vouloir construire un futur commun et apaisé, ces idéologues veulent entretenir encore et toujours un climat de haine où la guerre d’Algérie n’est jamais finie et se rejoue 50 ans après, de façon symbolique.

A la sortie de son livre « Vive l’Algérie Française ! » en 2012, Robert Ménard avait fait semblant de regretter qu’« on raconte l’Histoire avec des lunettes idéologiques ». Quand on voit de quelle façon il profite depuis un an de sa position de maire pour exacerber un seul et unique point de vue sur le conflit algérien, celui des ultras de l’OAS, la remarque de Ménard prête à sourire si ce n’était si triste. Avec lui, on raconte l’Histoire avec les œillères sanglantes de l’OAS ! Honte à ceux qui accompagnent cette propagande, à commencer par le député UMP Elie Aboud qui localement, pour de sordides raisons électoralistes cautionne et participe à l’entreprise de redressement idéologique de la nouvelle majorité municipale.

La cible de cette haine est toujours la même depuis des décennies : l’arabe. Qu'importe qu'il s'agisse en réalité d'un citoyen français, sa présence est illégitime. Toujours montré comme menaçant, présenté comme un fanatique vindicatif, l’arabe, qu'ils enferment aujourd’hui dans l’image du « musulman » ou "l'islamiste" potentiel terroriste, est cet adversaire obsessionnel qu’une poignée d’ultras depuis plus de 60 ans veut toujours combattre et réduire. Dans le climat troublé que nous vivons actuellement, ces blessures mémorielles jamais refermées servent à l’extrême droite de pseudo démonstration historique comme quoi : avec les arabes il faut savoir se faire respecter par la force, sinon…

Chez Ménard et ses amis du FN, jamais le sinistre système colonial, ses inégalités et ses injustices ne sont mis en cause ni interrogés. A l’inverse, les terroristes assassins et les militaires putschistes sont commémorés et présentés comme des héros. A l’heure où les principes de la République ont besoin d’être réaffirmés, on est en droit de s’étonner que le gouvernement accepte ce genre de cérémonie par essence belliqueuse.

C’est pourquoi il est heureux, qu’au même moment où Ménard commettra cet acte honteux, une contre manifestation rassemblant plusieurs associations d’anciens combattants, de partis, de syndicats et de citoyens aura lieu. Cet après-midi à Béziers, c’est eux qui défendront l’honneur de la France républicaine.

Par Alexis Corbière
© MédiaPart

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LE BDS EST-IL ANTISÉMITE? EN ALLEMAGNE, LE DÉBAT FAIT RAGE

Le gouvernement affirme que le mouvement de Boycott d'Israël ne l'est pas, et s'attire les critiques

18/03/2015 - Le gouvernement allemand a récemment déclaré qu'il n'avait aucune connaissance de toutes les actions antisémites commises par le mouvement BDS, et s'est par cela même exposé à des critiques. Même l'opposition a été divisée dans ses réactions, certains dans le parti Vert condamnant la déclaration, tandis que d'autres l'ont jugée sensée. "Cela n'avance à rien de catégoriser tout un mouvement" a fait valoir Stefan Liebich, un député du parti de gauche, interrogé par I24news. "Certaines de leurs actions peuvent être considérées comme antisémites, mais il serait trop facile de simplement radier tout un mouvement."

"Je ne suis pas d'accord avec le BDS," a-t-il souligné, en indiquant que l'appel au boycott d'Israël était inapproprié en Allemagne. Il a également rassuré: "le mouvement BDS est très faible ici et sans importance. Il ne serait pas sage de brosser le tableau d'un grand mouvement antisémite. Peu de gens en Allemagne seraient d'accord avec l'idée du boycott d'Israël, et la décision du gouvernement de ne pas les qualifier d'antisémites ne signifie pas que l'Allemagne a un problème."

Mais la décision du gouvernement n'a pas été si bien reçue par tous. "Ceux qui affirment que le mouvement BDS n'est pas antisémite ne veulent pas y voir de plus près", a affirmé le député Volker Beck du parti Vert, qui a admis être abasourdi par la tribune officielle. "Ce groupe n'est pas seulement critique envers Israël. Vous pouvez entendre dans plusieurs de leurs déclarations que leur cible n’est pas l'occupation, mais plutôt l'existence même d'Israël".

"Toute critique qui accuse Israël d'être du côté des forts dans ce conflit est illégitime," a-t-il poursuivi. "Je pense que nous pouvons critiquer l'occupation et l'élargissement des colonies de peuplement, mais si vous vous interrogez sur le droit d'Israël à exister ou que vous ne voyez pas correctement ses problèmes de sécurité, ça doit être parce que c'est la patrie des Juifs, et c'est de l'antisémitisme."

Récemment l'attention s'est focalisée sur la façon dont Israël est critiqué en Allemagne, suite à une vidéo de l'ambassadeur israélien à Berlin Hadas-Handelsman Yakov, qui a fait la lecture à haute voix des messages haineux qu'il recevait quotidiennement. Les remarques variaient de revendications "Hitler avait raison", aux attaques contre la politique d'Israël sur les Palestiniens. "Tout cela est de l'antisémitisme", a déclaré l'ambassade en réponse, et les politiciens allemands étaient d'accord.

"Ces lettres ont prouvé que nous avions un problème avec l'antisémitisme en Allemagne. Bien sûr, il est tout à fait acceptable de dire "je n'aime pas la politique de Netanyahou", mais il faut alors expliquer pourquoi et la façon dont ces critiques ont été présentées est inacceptable", a précisé Liebich, qui a déjà critiqué ses propres membres du parti sur leurs remarques concernant Israël. "Se référer aux Juifs dans votre critique est le mauvais chemin à emprunter, surtout compte tenu du fardeau historique que nous portons."

Pour certains, ce fardeau peut sembler une raison pour éviter de critiquer Israël, dans la crainte d'être accusé d'antisémitisme, mais Liebich a rejeté ce stéréotype, comme il l'a décrit. "Tous les Allemands ont le droit de critiquer, mais quand même. Vous devriez être plus fin et être très précis avec vos remarques". Mais la critique visant uniquement le gouvernement n'est pas toujours suffisante. "Les gens disent souvent: 'Je n'ai rien contre les Juifs, je ne remets pas en cause l'holocauste, et donc je peux dire ce que je veux au sujet d'Israël'. Ce n'est pas vrai", a affirmé Beck. "Il y a un antisionisme antisémite."

Et ce genre d'antisémitisme latent n'est pas dénoncé assez fortement, selon certains Allemands. "L'antisémitisme et l'antisionisme ne doivent pas être acceptés, même s'ils le sont souvent", a écrit un partisan d'Israël dans une lettre envoyée à l'ambassade après une campagne de solidarité sur Facebook. "L'antisémitisme est facile à reconnaître", a ajouté Andreas Boldt, qui a lancé la campagne. "Si les gens critiquent la seule démocratie au Moyen-Orient, et ne font pas la même chose en ce qui concerne d'autres pays de la région qui oppriment brutalement leurs citoyens, c'est de l'antisémitisme."

Les partisans d'Israël n'attribuent pas ce double standard uniquement aux critiques marginales. "Je pense que l'attitude de certains hommes politiques européens et l'opinion publique européenne envers Israël ne sont pas justes, parfois," a admis Beck. "Nous ne jugeons pas n'importe quel pays aussi durement que nous le faisons pour Israël. Le Maroc, par exemple, occupe l'ouest du Sahara et l'Union européenne a même traité avec lui concernant l'utilisation mutuelle de ces territoires. "Je pense que, parfois, Netanyahou utilise l'argument antisémite afin de se débarrasser de toute critique de sa politique personnelle. A mes yeux, c'est un mauvais usage de l'argument".

Polina Garaev est correspondante à Berlin pour i24news
© i24news

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ALLEMAGNE: LES ENSEIGNANTES AUTORISÉES À PORTER LE VOILE

La Cour constitutionnelle allemande a jugé vendredi que les enseignantes ne pouvaient se voir interdire le voile islamique que si cela troublait la bonne marche de l'école, rapporte l’AFP, citée par le site fait-religieux.com.

17/03/2015 - Les juges ont estimé que son port dans les écoles publiques ne devait, en conséquence, être prohibé que s'il existait un « danger concret » de remise en cause de la neutralité de l'État ou s'il venait perturber le bon fonctionnement d'un établissement.

Une volte-face, car une première décision de la Cour constitutionnelle en 2003 avait ouvert la voie à l’interdiction du port du voile pour les institutrices ou professeurs musulmanes dans l'enceinte des établissements scolaires publics dans plusieurs Länder parmi les plus peuplés du pays, comme la Bavière.
Loi fondamentale

« Une interdiction générale des manifestations religieuses dans l'apparence extérieure des enseignants et enseignantes dans les écoles publiques n’est pas compatible avec la liberté de croyance prévue dans la Loi fondamentale (la Constitution allemande) de 1949 », a jugé la Cour, qui précise que les valeurs et traditions chrétiennes ne devaient pas être privilégiées, comme c'est le cas dans l'État régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la région la plus peuplée du pays.

Les juges avaient été saisis du cas de deux enseignantes musulmanes de nationalité allemande de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. L'une d'elles avait reçu un avertissement de son établissement scolaire. Après avoir accepté de ne plus porter le voile, elle s'était en effet présentée dans ses cours avec « un béret rose avec des bords sur les côtés en tricot et un pull col roulé pour couvrir son cou », selon le jugement. L'autre professeur, chargée de l'enseignement du turc dans plusieurs établissements scolaires, avait été renvoyée par l'État régional, car elle refusait de retirer son voile.

A.B.
© La Vie

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ALLEMAGNE : SALAFISTES, PEGIDISTES ET ANTI-RACISTES MANIFESTENT À WUPPERTAL

14/03/2015 - Des salafistes, des hooligans et des associations anti-racistes ont manifesté samedi 14 mars à Wuppertal, dans l'ouest de l'Allemagne sous haute protection policière. Mille agents et des canons à eau ont été déployés pour encadrer les trois rassemblements distincts.

Près de 400 personnes de la mouvance salafiste étaient attendues dans les rues de cette ville de Rhénanie du nord-Westphalie, proche de Düsseldorf, mais « l'affluence a été nettement moins importante », selon la police. La mobilisation du mouvement anti-islam Pegida de la région a également plus réduite que prévu. En revanche, la manifestation organisée à l'appel d'associations pour la tolérance et contre le racisme a rassemblé 700 personnes en début d'après-midi, soit le double de ce qui était attendu, ont estimé les forces de l'ordre.

Hooligans versus « police de la charia »
Les trois rassemblements n'ont pas été autorisés à défiler en raison du comportement violent de certains manifestants. En octobre, dans la ville voisine de Cologne, quarante-quatre policiers avaient été blessés dans des affrontements avec des hooligans qui avaient lancé des slogans anti-immigrés.
Pendant une manifestation de hooligans anti-Islam à Wuppertal, le 14 mars.

Une poignée de salafistes avait également « patrouillé » dans les rues de Wuppertal (ouest) l'été dernier, se revendiquant d'une « police de la charia ». A plusieurs reprises ils avaient enjoint aux clients de discothèques à ne pas boire de l'alcool ou à ne pas écouter de la musique. L'affaire avait fait grand bruit, faisant réagir la chancelière Angela Merkel qui avait rappelé que personne n'était autorisé à se substituer à la police. Depuis, cette « police de la charia » n'a jamais refait parler d'elle.
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LE CHEF DE LA POLICE ACCUSE LES SUPPORTERS BRUGEOIS DE RACISME (Belgique)

Des bagarres ont éclaté entre supporters des deux camps après le match opposant le Club Brugeois à Besiktas en Europa League. La police a maîtrisé l'affaire mais le chef de corps brugeois est furieux contre les fans du Club et parle même de racisme.

14/03/2015 - Dirk Van Nuffel, chef de corps de la police brugeoise, se dit dégoûté par l'attitude des supporters du Club. "Ce qu'ils ont fait relevait clairement du racisme", dit-il dans Het Laatste Nieuws et Het Nieuwsblad. "Tous les gens un peu bronzés se sont fait attaquer."

Le noyau dur du Club aurait opéré un contrôle systématique des voitures et s'en serait pris aux supporters turcs qui les occupaient.

L'affaire tombe mal pour le Club qui a affronté Besiktas avec un maillot portant un slogant anti-raciste. "Et c'est au Club qu'il appartient de mettre cela en pratique", dit Van Nuffel.

Il y a deux semaines, le Club a infligé une interdiction de stade à quatre supporters coupables de racisme. Il condamne également les incidents de jeudi. "Nous regrettons les bagarres mais il ne faut pas non plus oublier que 10.000 supporters se sont bien comportés", dit Kirsten Willem, porte-parole du Club.

Patrice Sintzen
© Sport Belgique

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BELGIQUE : UN MINISTRE VEUT RECENSER LES BARBUS !

14/03/2015 - Rachid Madrane, ministre belge chargé de l’Aide à la jeunesse et des Maisons de justice en Wallonie et à Bruxelles a fait parvenir, via ses services, un mail dans lequel il demande aux auxiliaires de justice de recenser les “signes de radicalisation” parmi lesquels les “nouveaux barbus”.

Retour à faire sous trois jours
Répertorier tout changement d’attitude tel que ne plus vouloir serrer la main d’une femme, devenir barbu ou s’habiller en respectant les critères du Coran alors que ce n’était pas le cas auparavant, abandon d’activités ludiques que la personne aimait faire avant, etc…

Voici l’inventaire proposé par le ministre afin de recenser au mieux et de comprendre, selon lui, l’ampleur du phénomène.

Je ne souhaite pas faire de ces assistants de justice des indicateurs, L’objectif est de connaître l’ampleur du phénomène de radicalisation afin“d’organiser en conséquence les formations qui seront prodiguées aux assistants de justice.

C’est ainsi que Rachid Madrane justifie sa communication et sa directive auprès de ces auxiliaires habituellement chargés d’assurer le suivi de personnes en liberté conditionnelle ou effectuant des travaux d’intérêt général.

Pas leur rôle
Ce n’est pas le rôle des assistants de justice, ils ne vont pas se transformer en indicateurs de la police

C’est ce que note un responsable syndical, Xavier Lorent, qui évoque ensuite avec regret des critères subjectifs qui ne visent qu’une seule sorte de radicalisme. La consigne du ministre n’a pas été acceuillie avec enthousiasme par les auxiliaires qui ne souhaitent pas y répondre favorablement. Rachid Madrane reconnaît quant à lui une “petite maladresse” dans la forme de sa communication mais ne l’a pas remise en cause.

Il n’y a pas qu’en France que les communications et les méthodes d’un ministre laissent à désirer. Recenser une partie de la population selon des critères plus que discutables est peu conforme à la volonté européenne du “vivre ensemble”. En stigmatisant encore et toujours les musulmans, la société recule davantage qu’elle n’avance.

Jalal
© Katibîn

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GRÈCE: TSIPRAS MET EN GARDE CONTRE L’EXTRÊME DROITE» EN EUROPE

14/03/2015 - Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a mis en garde samedi à Athènes contre la menace que font selon lui peser les «forces populistes d’extrême droite» en Europe et notamment le Front national en France.

Il faut «choisir entre le respect de la démocratie et le risque d’une poussée des forces populistes d’extrême droite en Europe», a déclaré M. Tsipras dans un anglais hésitant, avant une entrevue avec le premier secrétaire du parti communiste français, Pierre Laurent.

«A cause de ces difficultés au sein de l’Union européenne, on constate une poussée radicale de (la présidente du Front national Marine) Le Pen et des forces d’extrême droite (...) Si l’on veut être proeuropéen, il faut respecter la démocratie dans l’Union européenne», a-t-il déclaré.

Le Front national est en tête dans les sondages en France pour les élections départementales des 22 et 29 mars.

Le gouvernement de gauche radicale de M. Tsipras mène actuellement de dures négociations avec ses créanciers européens pour gérer la très lourde dette publique de la Grèce. Le Premier ministre a affirmé plusieurs fois que les gouvernements conservateurs européens, dont ceux du Portugal et de l’Espagne, tentaient de piéger Athènes pour conduire son pays à une «asphyxie financière».

Le gouvernement grec a averti ses partenaires qu’une poursuite dans l’UE de la politique d'«austérité fiscale» pourrait seulement favoriser les eurosceptiques et la progression de l’extrême droite.

En Grèce même, le gouvernement affirme que cinq années de coupes budgétaires ont causé une crise humanitaire et ont poussé les Grecs dans les bras du parti néonazi Aube dorée, arrivé troisième aux élections de janvier malgré des enquêtes en cours sur ses dirigeants.
© Libération

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DES LEADERS MUSULMANS BRITANNIQUES EN CHOEUR CONTRE LA « CRIMINALISATION DE L'ISLAM »

16/03/2015 - Plus de 200 imams, activistes et dirigeants d’organisations musulmanes ont fait paraître mi-mars une lettre ouverte au gouvernement, accusant le gouvernement de criminaliser l’islam à travers leurs récents dispositifs législatifs de lutte contre le terrorisme.

Les signataires dénoncent une « diabolisation des musulmans » malgré leur désaveu de la violence, et estiment que la menace terroriste est exploitée pour des raisons politiques avant les élections législatives prévues au mois de mai.

Ils accusent le gouvernement de vouloir détourner l’attention des électeurs de la crise économique et de la détérioration du système de santé, et de faire taire les critiques sur la politique étrangère britannique en agitant les menaces liées à la sécurité et à l’immigration et en exploitant les peurs des Britanniques. « L’utilisation de mots mal définis et politiquement chargés comme "radicalisation" et "extrémisme" est inacceptable », avancent les auteurs de la lettre.

La nouvelle loi antiterroriste (Counter-Terrorism and Security Bill 2015), portée par la secrétaire d’Etat à l’Intérieur Theresa May, facilite le retrait de passeport des personnes soupçonnées d’être impliquées dans des activités terroristes. La loi prévoit en outre que les autorités puissent empêcher des individus d'adhérer à un groupe terroriste en incitant les établissements publics tels que les écoles et les universités à signaler ceux qui présenteraient des « signes de radicalisation ».

Elle risque « de créer une chasse aux sorcières maccarthyste contre les musulmans ». « Ce discours ne fera que nuire à la cohésion sociale car il incite à la suspicion et à une sensation de malaise » au sein de cette communauté, jugent les signataires.
© SaphirNews

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SUITE AUX ATTENTATS, LA SÉCURITÉ DEVIENT UNE QUESTION CENTRALE POUR LES JUIFS BRITANNIQUES

Avec la hausse de l’antisémitisme en Europe, le Community security trust (CST), un service de sécurité très organisé, est inondé de bénévoles et de demandes de services. Cnaan Liphshiz

16/03/2015 - – Dans une rue banale dans la banlieue de Londres, des gardes avec oreillettes montent protègent un immeuble marron pourvu de portes et fenêtres blindées.

L’identité de ses occupants n’est pas mentionnée et les vigiles n’apprécient pas la curiosité des passants.

Bien qu’il ressemble à un bâtiment gouvernemental ou â une salle de coffres secrète, l’immeuble est en fait le siège de la Community security trust, considérée comme l’organisation de défense juive la mieux organisée d’Europe et l’une des institutions les plus admirées de la communauté juive britannique.

Avec un budget annuel de 7 millions d’euros, la CST a servi pendant 20 ans de bouclier à la communauté juive, d’institut de recherche et d’observatoire de l’antisémitisme.

Après les attentats islamistes qui ont coûté le vie, en début d’année, à cinq Juifs à Paris et à Copenhague, la CST est inondée d’un nombre record de candidatures de bénévoles. Et quelques semaines après les attaques, le groupe avait distribué la totalité de son budget annuel consacré à l’amélioration de la sécurité de la communauté.

En dehors de la Grande-Bretagne, des organisations juives de toute l’Europe occidentale ont fait appel à l’aide de la CST pour le développement de ses compétences en gestion de crises et de formation que le groupe a acquis au cours des ans.

« Nous sommes en quelque sorte des imitateurs de la CST », dit Michael Gelvan, le président du Nordic jewish security council, basé à Copenhague, un réseau régional de sécurité mis en place en 2010. « Pour nous, la structure et les capacités de CST sont résolument la norme. »

Cette semaine, JTA a eu le rare privilège de pouvoir accéder au quartier général de la CST dans les environs de Londres, qui comprend une cellule de crise bourdonnante, une grande salle de sport, une autre pour la formation à l’auto-défense et des salles de conférence équipées de matériel vidéo qui est reliée aux deux autres centres du groupe, à Leeds et Manchester.

L’organisation emploie environ 60 salariés et dispose de 3 000 bénévoles. Son budget provient presque entièrement de dons.

Après que quatre personnes ont été tuées l’année dernière au Musée juif de Belgique, la CST était le seul service de sécurité juive étranger à avoir envoyé un délégué à la cellule de crise créée par le Congrès juif européen à Bruxelles.

Pour Mark Gardner, le directeur de communication de la CST, l’envoi de délégués « nous permet de partager notre expérience avec les autres communautés, mais aussi d’apprendre des situations auxquelles elles sont confrontées ».

En 2003, la CST avait envoyé des représentants à Istanbul après les attentats à la bombe contre deux synagogues qui avaient fait 27 morts et 300 blessés. Les représentants ont appris que la plupart des blessures ont été causées par des éclats de verre des fenêtres. Par la suite, dit Gardner, la CST a installé des films anti-éclats « littéralement sur chaque fenêtre des bâtiments communautaires ».

Dans le passé, la défense de la communauté juive en Angleterre était du ressort du Board of deputies of British Jews.

Mais à la suite des attaques terroristes palestiniennes contre les Juifs européens dans les années 1990, les Juifs britanniques ont décidé, en 1994, de créer un organisme responsable de la sécurité disposant de son propre budget et d’un processus autonome de collecte de fonds.

Le président de la CST, Gerald Robinson, a déclaré l’année dernière que le danger du terrorisme djihadiste est au cœur du travail de son organisation. Mais comme l’a noté le rapport de la CST en 2014, l’effort de défense contre cette menace s’inspire de décennies d’expérience du traitement contre les fascistes et néo-nazis.

Aujourd’hui, les gardiens bénévoles portant des gilets pare-balles de la CST sont omniprésents dans les quartiers juifs, près des synagogues et lors des grands rassemblements communautaires. Mais à la suite de plusieurs attaques terroristes meurtrières contre des cibles juives en Europe ces derniers mois, les ressources CST sont mises à l’épreuve comme jamais auparavant.

Dans les trois semaines suivant l’assassinat de quatre Juifs dans un supermarché casher près de Paris, la CST avait engagé la totalité des 700 000 euros qu’elle avait mis de côté pour le projet de renforcement de la sécurité des communautés. Quelque 7 millions d’euros ont été alloués pour ce projet depuis 2008.

« Les écoles, les synagogues et les autres institutions que nous avions conseillées depuis longtemps pour leurs dispositifs de sécurité se sont précipitées pour nous demander un financement », a déclaré Gardner.

En marge des demandes d’assistance, un flot sans précédent de bénévoles s’est présenté.

Plus de 150 personnes demandant à s’engager comme gardes de sécurité ont contacté l’organisation à la suite de l’attentat de Paris. La ruée a battu le record établi l’été dernier, lorsque 150 personnes avaient présenté leurs candidatures suite à une légère hausse des attaques antisémites liée à la guerre d’Israël à Gaza.

L’une des nouvelles recrues est un étudiant de 20 ans qui, pour des raisons de sécurité, a demandé à n’être identifié que par son prénom, Howard.

« J’ai voulu faire du bénévolat depuis mes 18 ans, mais mes amis se moquaient de moi, se demandant pourquoi je voulais jouer au petit soldat, a raconté Howard. Après les attentats de Paris, plus personne ne riait. Nous savons tous que cela pourrait arriver demain. »

Parmi les Juifs britanniques, il y a des signes d’une conscience croissante pour la sécurité.

A Golders Green, un quartier juif de Londres, où de nombreux magasins exposent en évidence des affiches en hébreu, les habitants ont interpellé à deux reprises un journaliste sur ce qu’il venait faire dans les parages.

Dans une école orthodoxe du Nord de Londres, 150 parents ont participé à deux sessions sur les procédures de sécurité à la suite des meurtres de Paris. L’an dernier, seulement 10 parents avaient assisté à une session similaire.

Pour Gardner, « c’est troublant parce que cela montre que les gens ont peur. D’autre part, il est bon qu’ils puissent faire quelque chose. C’est pour cela que nous existons. »

Pourtant, parallèlement à une reconnaissance croissante de l’importance de la CST, l’organisation est également confrontée à des critiques sur ce que certains considèrent comme un manque de transparence.

Geoffrey Alderman, un historien et commentateur pour The Jewish Chronicle de Londres, a mentionné son souhait que la CST révèle les noms de ses dirigeants, qui ne sont pas rendus publics pour des raisons de sécurité avec la permission de la Charity Commission.

Dans une récente conférence, Alderman a accusé le groupe de ne pas rendre des comptes devant la communauté qu’elle sert, en rappelant que la défense communautaire était jadis de la responsabilité du Board of deputies, dont la direction est élue démocratiquement, ce qui n’est pas le cas de la CST.

Gardner repond que la CST « fait usage d’une dispense donnée par la police pour prévenir que ses responsables soient connus de personnes pouvant chercher à leur faire du mal ».

Pour cela, a-t-il ajouté, « nous ne nous excusons absolument pas ».
© The Times of Israel

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DEUXIÈME RAPPORT SUR LA DISCRIMINATION RACIALE EN SUISSE

Berne - A l’occasion de la Semaine contre le racisme, du 21 au 27 mars 2015, le Service de lutte contre le racisme (SLR) publie son deuxième rapport sur la discrimination raciale en Suisse. Celui-ci offre une vision d’ensemble des sources de données recensant les incidents et attitudes à caractère raciste. Il détaille également les mesures prises contre la discrimination raciale.

19/03/2015 - Différentes institutions recensent les conduites et opinions racistes ou discriminatoires. Pour la première fois, le rapport du SLR réunit ces données, ainsi que les résultats de l'enquête « Vivre ensemble » sur les positions racistes, publiée en février dernier, afin de faire ressortir des tendances. Il apparait notamment que les infractions sanctionnées sur le plan pénal ont progressé entre 1992 et 2007 avant de régresser ces dernières années. En revanche, le nombre de cas signalés aux services de conseil n'a cessé d'augmenter. La nationalité et l'origine sont les
principaux motifs de discrimination, laquelle concerne davantage les hommes que les femmes et touche plus fréquemment les jeunes. Les cas de discrimination se manifestent en particulier dans les domaines de l'embauche et du quotidien professionnel.

Le rapport décrit également les solutions envisagées dans différents domaines de la vie quotidienne et offre un aperçu des activités
des cantons dans le cadre des Programmes d'intégration cantonaux depuis janvier 2014. La lutte contre la discrimination allant de pair avec la promotion de l'intégration, les obstacles structurels doivent être supprimés et les victimes de discrimination pouvoir bénéficier des conseils de personnes compétentes.

Enfin, le rapport présente les principaux concepts liés à la discrimination, le cadre légal et les instances compétences.

Le rapport « Discrimination raciale en suisse » parait à l'occasion de la Semaine contre le racisme, qui lance un signal contre l'exclusion et en faveur d'une cohabitation harmonieuse. Débutant lors de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, cette semaine d'action se déroule du 21 au 27 mars dans différentes villes et communes de Suisse. Plus d'informations sur le programme des manifestations sur : www.slr.admin.ch/Actualité/Semaine d'actions contre le racisme.

Informations complémentaires :

Le rapport « Discrimination raciale en Suisse » est édité en français, allemand et italien et peut être commandé à l'adresse suivante :
Service de lutte contre le racisme (SLR), Inselgasse 1, 3003 Berne, tél. : 058 464 10 33, e-mail : ara@gs-edi.admin.ch

Le rapport peut également être téléchargé sur le site du SLR : www.slr.admin.ch > Rapports et monitorage > Discrimination raciale en Suisse - rapport du Service de lutte contre le racisme 2014
Adresse pour l'envoi de questions:
Michele Galizia,
Responsable du Service de lutte contre le racisme
Tél. 058 464 10 33
michele.galizia@gs-edi.admin.ch
Auteur:

Secrétariat général DFI
Internet: http://www.edi.admin.ch
© Romandie News

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LES ACTES ANTISÉMITES ONT AUGMENTÉ EN SUISSE ROMANDE

Selon la CICAD, 2014 «aura surtout été marquée par la libération de la parole antisémite», notamment sur internet.

16/03/2015 - La Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD) a recensé une hausse du nombre d'actes antisémites l'an dernier en Suisse romande par rapport à 2013. La progression d'une année à l'autre est de 79%, a fait savoir lundi 16 mars la CICAD.

Selon la CICAD, 2014 «aura surtout été marquée par la libération de la parole antisémite», notamment sur internet. Une grande partie des 270 actes comptabilisés l'an dernier par la CICAD «sont des commentaires de lecteurs sur des articles traitant de thèmes d'actualité autour de Dieudonné et du Proche-Orient».

La CICAD a notamment observé un «déchaînement de la parole antisémite» lors de l'opération de l'armée israélienne «Bordure protectrice» contre le Hamas dans la bande Gaza. Dans certains commentaires de lecteurs, les Juifs étaient ainsi désignés «comme collectivement responsables de la situation au Proche-Orient.»

Réseaux sociaux dans le viseur
La CICAD a aussi constaté une multiplication des propos antisémites sur les réseaux sociaux. La CICAD n'a toutefois pas comptabilisé l'ensemble des dérapages qui lui ont été signalés dans ce domaine. Leurs auteurs sont en effet souvent difficilement identifiables et il n'est du coup pas possible de les localiser.

En 2014, la CICAD a recensé en Suisse romande un acte antisémite qualifié de «grave» (altercation violente dans un café), 21 actes qualifiés de «sérieux» et 248 qui entrent dans la catégorie des «actes préoccupants». En 2013, la CICAD avait comptabilisé 151 cas, soit 11 actes considérés comme sérieux et 140 actes préoccupants.
© La Tribune de Genève

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CES JOURNALISTES QUI PORTENT LA KIPPA ET PARCOURENT L’EUROPE

Avec la montée de l’antisémitisme, des journalistes portant une kippa parcourent les rues de l’Europe pour faire connaître les réalités de l’antisémitisme. Gabe Friedman

14/03/2015 - L’envoi d’un homme portant une kippa – avec une caméra vidéo cachée pour informer sur l’antisémitisme qui sévit dans les rues de l’Europe, en particulier dans les quartiers musulmans, est rapidement devenu un nouvel exercice journalistique.

Tout d’abord, en janvier, un journaliste portant une kippa a parcouru la ville suédoise fortement islamisée de Malmö ; il a été agressé et injurié.

Puis, en février, un journaliste juif orthodoxe marchait dans les rues de Paris ; il a été insulté et intimidé, comme on le voit dans une vidéo. (Une expérience similaire d’un homme musulman à Milan en février, où il portait une « tenue musulmane traditionnelle » et tenait un exemplaire du Coran, lui a également valu des commentaires discriminatoires de la part de passants.)

Pour confirmer ou infirmer ces exemples, le tabloïd britannique Daily Mail a déployé toute une batterie de journalistes portant une kippa dans plusieurs pays européens. Les résultats ont été mitigés.

La pire expérience d’antisémitisme rapportée par un porteur de kippa s’est produite en Angleterre.

Jonathan Kalmus, qui écrit pour le journal britannique juif du Jewish Chronicle, a subi crachats et cris dans les rues de Manchester et de Bradford, deux villes de taille moyenne avec une importante population musulmane.

Le Premier ministre britannique David Cameron, le chef du parti travailliste Ed Miliband, un porte-parole du Conseil représentatif des Juifs britanniques, et le représentant parlementaire travailliste de Manchester ont tous réagi dans le Daily Mail au reportage de Kalmus.

Cameron s’est exclamé : « Il n’y a aucune excuse à l’antisémitisme choquant que ce reportage révèle » et Miliband a déclaré : « Nous avons besoin de renouveler notre vigilance et de nous assurer que chaque famille de chaque religion puisse vivre en sécurité dans notre pays. »

D’autres journalistes du Daily Mail ont rencontré peu – ou pas – d’antisémitisme dans d’autres villes comme Berlin, Rome et Stockholm.

Cependant, la rencontre la plus intéressante a eu lieu à Copenhague, la dernière ville européenne à avoir subi une attaque terroriste islamiste.

Le cinéaste primé israélo-danois, Omar Shargawi, a mis une kippa pour parcourir des quartiers de la ville, y compris Mjølnerparken, un quartier difficile où a grandi le récent tireur de Copenhague.

Il a recueilli plusieurs commentaires positifs, mais aussi entendu certains autres désagréables par leur antisémisme.

Tout cela pose la question : l’antisémitisme est-il grave en Europe au point que les Juifs se sentent vraiment mal à l’aise de porter une kippa en public dans certains endroits ?

Est-ce seulement le cas depuis la guerre de l’été dernier à Gaza, qui a déclenché une vague de sentiments anti-israéliens et antisémites dans le monde ? Ou bien ces journalistes vont-ils délibérément dans des quartiers a forte densité de musulmans et d’immigrés pour obtenir une réaction qui aurait aussi pu se produire il y a 10 ans ?

Sur son blog dans le Forward, Anne Cohen dit ne pas être pas impressionnée par la vidéo du journaliste orthodoxe à Paris:

« Sa vidéo est une expérience de choc et d’effroi. Elle ne nous apprend rien. Les Juifs ont une histoire longue et lourde avec l’Etat français qui est plus complexe que ce qui peut être expliqué dans ce billet de blog », a écrit Cohen.

« Mais je pense que c’est intéressant de souligner qu’un journaliste se promenant avec une kippa dans un quartier fortement islamisé n’est pas nécessairement représentatif de la réaction du Français moyen envers les Juifs », poursuit-elle.

« Ne vous méprenez pas. Les Juifs, comme n’importe qui, devrait pouvoir marcher partout où ils veulent sans que des insultes soient lancées contre eux. Est-ce mal ? Oui. Est-ce dérangeant ? Très. Est-ce surprenant ? Pas vraiment. »

« La vidéo elle-même ne fait aucune distinction entre les quartiers, ce qui est quelque peu problématique dans une vidéo intitulée « 10 heures de marche à Paris en tant que Juif ». Paris est une grande ville, avec de nombreuses tensions internes. Y jeter un journaliste vêtu d’une kippa n’en fait pas une vidéo instructive », conclut-elle.

Le correspondant anglais du Daily Mail a tenté de répondre directement à ce genre de critiques.

« Personne ne peut m’accuser de cibler les quartiers musulmans pour provoquer une réaction. Il s’agissait du centre d’une ville anglaise ordinaire, et je vaquais à mes propres occupations », a déclaré Kalmus.

« Personne ne peut m’accuser de porter quelque chose de provocant ou politique. Une personne juive ou toute personne marchant pacifiquement n’importe où dans une rue britannique, sans parler d’un centre-ville, devrait être la bienvenue. »

Il poursuit : « Il est tout à fait compréhensible que toute personne ne ressentant pas la menace ne puisse pas réaliser l’ampleur de l’antisémitisme, à quel point il est devenu banal et comment il affecte quotidiennement les Juifs dans notre pays. »

Kalmus explique que le nombre d’attaques antisémites commises en Angleterre a été, en 2014, de 37 % plus important (1 168 au total) qu’en France (selon les données du Jewish Community Security Trust).

Bien sûr, il est difficile de comprendre tout cela depuis la lointaine métropole qu’est New York, un endroit où Cohen dit à juste titre que « même les non-Juifs sont une sorte de Juifs ».

Cependant, l’idée de « no-go zones » [zones interdites] pour les Juifs en Europe a récemment été évoquée par les médias.

Des commentateurs du Fox News l’ont suggéré après l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier, faisant de fausses déclarations selon lesquelles « la charia » régnerait dans ces zones « en dehors du contrôle du gouvernement ».

Le New York Times avait alors mis en évidence l’erreur et Fox News avait été forcé de s’excuser pour ses « erreurs regrettables ». (La maire de Paris, Anne Hidalgo, n’a pas été impressionnée par les excuses et a menacé de poursuivre Fox News.)

Peut-être la solution à l’ensemble de ce débat, c’est tout simplement une « kippa magique », c’est-à-dire invisible…
© The Times of Israel

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AFRIQUE DU SUD: UN CONGOLAIS BRÛLÉ VIF À DURBAN

En Afrique du Sud, la communauté congolaise s’inquiète pour la sécurité de ses ressortissants dans le pays. Tôt ce lundi matin, un homme originaire de la République démocratique du Congo a été brûlé vif dans la ville de Durban. Les causes ne sont pas encore connues, mais la montée de la xénophobie est significative dans le pays.

16/03/2105 - L’homme travaillait dans une boîte de nuit où il assurait la sécurité. Selon des témoins, un groupe d’environ quatre personnes l’aurait aspergé d’essence, puis aurait mis le feu. La victime est décédée quelques heures plus tard à l’hôpital. Les causes de l’agression ne sont pas encore connues, mais les associations de protection des ressortissants africains craignent une attaque xénophobe.

Le pays a connu une vague de violence contre les étrangers en 2009 durant laquelle près de 70 personnes ont été tuées. Et depuis le début de l’année, les attaques contre les commerçants étrangers sont en augmentation. En janvier, plusieurs centaines de commerçants, notamment somaliens, ont dû quitter le township de Soweto, après que leurs magasins ont été attaquéq et pillés.

Depuis les incidents sont récurrents. Les autorités se refusent toujours à parler de xénophobie, mais plutôt de criminalité. Pourtant, la xénophobie existe en Afrique du Sud. Elle est entretenue par la pauvreté et les inégalités. L’année dernière, par exemple, 70 commerçants somaliens sont décédés dans l’attaque de leurs boutiques.
© Radio France Internationale

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"TINTIN EN AMÉRIQUE" ACCUSÉ DE RACISME ANTI-AMÉRINDIENS ET BRIÈVEMENT RETIRÉ DE LA VENTE DANS UNE VILLE CANADIENNE

17/03/2015 - Nouvelle polémique pour Tintin. On se souvient que "Tintin au Congo" fait face depuis plusieurs décennies à des accusations de racisme, au point qu'il était introuvable dans les années 1960 et que plusieurs librairies britanniques ont décidé de le déplacer dans les rayons pour adultes avec une préface d'avertissement.

"L'Etoile mystérieuse" n'est pas en reste et certains y ont vu un album à connotation collaborationniste et antisémite, même si Hergé a lui-même atténué quelques-uns des aspects polémiques qui lui étaient reprochés, note Le Figaro. Selon Radio Canada, c'est désormais un autre volume des aventures de Tintin qui heurte les sensibilités: "Tintin en Amérique".

"Des êtres sauvages et dangereux"
La raison de cette polémique? Cet album "dégage une vision péjorative des Autochtones qui sont appelés 'peaux rouges' par Hergé", selon Radio Canada lundi 16 mars sur son site. Des résidents de Winnipeg, au sud de Canada, ont donc exigé (et temporairement obtenu) le retrait de la BD des rayons d'une librairie de la chaîne "Chapter's".

"Je crois que ça alimente les stéréotypes", selon l'une de ces habitantes appartenant à la communauté amérindienne, qui estime que "les Indiens sont présentés comme des êtres sauvages et dangereux, des êtres que l'on doit craindre", tandis que "le petit Tintin qui est là, sans défense", "fait écho au racisme que nous subissons ici".

Retiré des ventes dimanche, "Tintin en Amérique" a ensuite été remis en vente, précise encore Radio Canada: "La direction de Chapter's a expliqué qu'un livre est retiré des rayons seulement s'il incite à la violence, s'il contient de la pédophilie ou s'il présente des instructions sur la fabrication d'armes".
© Huffington Post

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FACEBOOK ATTAQUÉ PAR UNE EX-SALARIÉE POUR DISCRIMINATION SEXUELLE ET RACIALE (États-Unis)

Les femmes qui travaillent dans les grands groupes californiens se rebiffent contre le harcèlement sexuel dont elles sont parfois victimes dans la Silicon Valley. Alors que le procès d'Ellen Pao contre le fonds de capital-risque américain Kleiner Perkins Caufield & Byers pour discrimination est en cours, une nouvelle plainte a été déposée par une femme, cette fois contre Facebook. Chia Hong attaque son ancien employeur, qui l'aurait humiliée et licenciée en raison de son sexe, mais également de ses origines taïwanaises.

19/03/2015 - Le groupe Facebook est attaqué en justice par l'une de ses anciennes salariées Chia Hong, pour discrimination sexuelle et raciale. La plainte a été déposée le 16 mars auprès du tribunal du comté de San Mateo, en Californie, par Lawless & Lawless. Ce cabinet d'avocats défend également Ellen Pao, dans le cadre du procès pour discrimination sexuelle qu'elle a intenté au fonds de capital-risque américain Kleiner Perkins Caufield & Byers, qui est actuellement en cours.

Cette nouvelle affaire sera, elle aussi, suivie de près dans la Silicon Valley, car elle illustre les difficultés que rencontrent les géants du net et du monde de la high-tech en général à diversifier leur main-d'œuvre : comme le montrent les chiffres dévoilés en juin 2014 par Google et Yahoo!, les postes liés à l'informatique (les mieux rémunérés) sont encore très majoritairement occupés par des hommes (83% chez Google, et 85% chez Yahoo!).

Obligée de servir des verres à ses collègues masculins
Chia Hong a été employée par Facebook entre 2010 et 2013 en tant que "technology partner". Elle affirme avoir été harcelée et humiliée au travail en raison de son sexe et de son origine taïwanaise. Elle se serait fait réprimander car elle allait rendre visite à ses enfants à l'école (en prenant pour cela un temps autorisé par son contrat de travail). Facebook lui aurait demandé d'organiser des soirées et de servir des verres à ses collègues masculins. Elle affirme avoir été licenciée en octobre 2013 malgré des évaluations satisfaisantes de ses performances et avoir été remplacée par un homme moins qualifié qu'elle.

Facebook a répondu à cette plainte dans un communiqué : "Nous travaillons extrêmement dur sur les problématiques liées à la diversité, au genre ainsi qu'à l'égalité et nous pensons avoir fait des progrès. Dans le cadre de cette affaire, nous sommes en profond désaccord avec les faits avancés [par Chia Hong]. Nous pensons que nos rapports prouvent que cette salariée a été traitée avec impartialité."

Lélia de Matharel
© L'usine digitale

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LA FOLLE CAVALE DE RYAN, TUEUR ET NÉO-NAZI (États-Unis)

Un homme a été arrêté mercredi après une incroyable chasse à l’homme. Connu de la police pour des faits de violence et pour sa participation à de nombreux groupes néo-nazis, il était recherché pour le meurtre d’un homme et pour avoir blessé cinq autres personnes lors de sa folle cavale.

19/03/2015 - En quelques heures, il a tué un homme dans un motel, blessé cinq personnes, volé une voiture et pénétré dans une maison par effraction. Mercredi soir, Ryan Giroux, âgé de 41 ans, a été arrêté par la police, après une folle chasse à l’homme à Mesa, en Arizona. Sa trajectoire morbide a débuté vers 8 heures dans un motel. L’homme est soupçonné d’avoir pénétré dans l’une des chambres de l’établissement, dans laquelle se trouvait un homme et deux femmes.

Après une dispute, le suspect aurait tiré sur David Williams, âgé de 29 ans, le touchant mortellement. Il aurait ensuite blessé les deux autres personnes, dont l’une a été identifiée comme la mère de la victime, rapporte «AZ Central». La police de Mesa a fait savoir qu’elle ne connaissait pas encore les motifs de ce meurtre. «Il était là pour demander quelque chose, mais était-ce de l’argent, de la drogue…», ont expliqué les autorités.

Ryan Giroux a ensuite pris la fuite par la rue principale, où il a croisé le chemin du jeune Isaac Martinez, étudiant à l’Université. Il lui aurait demandé d’éteindre le contact de sa voiture. Lorsque ce que celui-ci a refusé, il lui aurait tiré au niveau de l’épaule. Aussitôt, pour prévenir ses amis, Isaac Martinez a pris une photo de sa blessure et l’a envoyée sur l’application Snapchat, indique «AZ Central». Le quadragénaire a pris la route vers Dobson Road à bord de sa voiture volée, où il a tiré sur une cinquième victime après avoir pénétré par effraction dans un appartement qu’il souhaitait cambrioler. Ryan Giroux a été interpellé quelques heures plus tard par la police et placé en garde à vue.

Une violence accentuée par la prison
L’homme n’est pas un inconnu de la justice. Il a déjà été condamné à trois reprises dans les années 1990 pour possession de drogue et agression. L’an passé, il avait passé deux mois en prison pour avoir violé sa liberté conditionnelle. Il a également une longue histoire avec plusieurs gangs suprématistes blancs, lui qui s’est fait tatouer au niveau des sourcils les mots «Skin Head». «C’est un néo-nazi, il a appartenu à plusieurs groupes racistes», a fait savoir un enquêteur à la retraite à CBS News. «C’est un type violent», a expliqué celui qui l’avait connu alors qu’il était encore un «jeune skinhead». «Je pense que son temps passé en prison a accentué cela», a-t-il ajouté.

La journée de mercredi a évidemment choqué les habitants de l’Arizona. Le gouverneur a présenté ses condoléances à «ceux touchés par cette tragédie». Le sénateur John McCain a lui aussi «envoyé (ses) prières aux habitants de Mesa».

C.R.
© Paris Match

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LISIER DE COCHON ET DISCRIMINATION RACIALE : UN ETAT DANS LA MERDE (États-Unis)

18/03/2015 - Voilà un argument contre les élevages industriels auquel les écolos français n’ont pas encore eu recours : le racisme.

Mais en Caroline du Nord, où la concentration de sites d’engraissement porcin confine au délire, une plainte contre le laxisme intentionnel des services de l’Etat vient d’être déposée par plusieurs associations.

Là où, en France, on parle de porcherie industrielle quand on compte en moyenne 1 400 cochons par élevage (en Bretagne), on est ici autour de 10 000 à 25 000 porcs par site. Ici, c’est à dire dans les deux plus gros Etats porcins des Etats-Unis :

– en Iowa, dans le Midwest agricole : 20 millions de porcs pour 3,1 millions d’habitants,

– en Caroline du Nord, dans l’ancien Sud esclavagiste : 8,9 millions de porcs pour 9,8 millions d’habitants.

Rappelons que les Etats-Unis sont le troisième plus gros producteur et consommateur de porc mondial, et le plus gros exportateur.

Ils scrutent l’injustice ethnique dans tous les secteurs
J’ai déjà écrit mon étonnement sur la minutie avec laquelle les Américains sont capables de traquer les inégalités ethniques en leur sein. Cette affaire de minorités « de couleur » particulièrement touchées par les graves retombées sanitaires de l’industrie du cochon en est un exemple supplémentaire.

Voici l’affaire en résumé : les cantons concernés, la plupart situés dans les plaines à l’est des Appalaches, abritent une proportion supérieure à la moyenne de minorités noires, hispaniques et native-américaines. Autrement dit, de pauvres.

Comme par hasard, les porcheries alentour sont moins souvent inspectées par les services de l’Etat, et les éleveurs en profitent pour ne pas respecter les normes relatives aux déjections porcines, déjà bien faiblardes. Voici l’un des endroits, décrit sur le site Environmental Health News :

« Le comté de Duplin compte 26% de Noirs et 21% d’Hispaniques, selon le recensement national. Le revenu moyen de Duplin est 25% plus bas que dans le reste de l’Etat, et 26% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. »

Des voisins empoisonnés par les fuites de lisier
Les débordements constant des océans de lisiers stockés à même le sol et à ciel ouvert, et les épandages en dehors des périodes autorisées, génèrent non seulement les dégâts environnementaux qu’on imagine sur les rivières et les nappes, mais affectent aussi gravement la santé des riverains : maladies de peau, difficultés respiratoires, et nausées dues aux puissantes odeurs.

Sur une vidéo, on voit les fermes et leurs « lagons », cloaques géants emplis de lisier débordant dans les rivières et les champs. On voit les gens qui habitent autour – un habitat misérable bien loin des jolies maisons rutilantes des séries américaines –, et on entend leurs témoignages terribles sur ce qu’ils endurent.

Fin février, l’Agence de protection de l’environnement (l’EPA, équivalent du ministère de l’Ecologie) a jugé recevable la plainte déposée par la Waterkeeper Alliance et deux associations axées sur les droits civiques, le NC Environmental Justice Network, et la Rural Empowerment Association for Community Help. L’action est légalement soutenue par Earthjustice, une ONG nationale de juristes écologistes.

L’EPA a donc chargé son Office des droits civiques – apparemment, toutes les agences américaines en ont un – de conduire une investigation : est-ce que l’Etat de Caroline du Nord, en laissant la bride sur le cou aux éleveurs, fait exprès de ne pas protéger la santé de ses citoyens « de couleur » ?

« Les porcs responsables ? Pourquoi pas les oies ou les chevreuils ? »
Entre temps, une étude scientifique, conduite par la NC State University et par la John Hopkins University (Baltimore) a prouvé que les niveaux élevés de bactéries fécales dans les eaux étaient indiscutablement liés aux porcs. Ce qui n’empêche pas la compagnie agro-alimentaire locale, qui possède presque tous les porcs élevés dans la région, de s’insurger :

« Cette étude ne peut pas distinguer les différents type de déjection trouvés dans les rivières. Il peut s’agir de porcs, d’oies, de chevreuils ou d’humains, qui vivent tous dans les parages. »

L’EPA ne va pas investiguer sur les méfaits sanitaires du lisier en Caroline du Nord. Elle va seulement chercher à savoir s’il y a une volonté politique délibérée des services de l’Etat de discriminer une catégorie de population.

Je n’aurais sans doute pas lu avec autant d’attention le petit article mentionnant cette info dans mon quotidien local si, moi-même, je n’avais pas été totalement immergée dans le sujet.

Des normes plus laxistes qu’en France
Tout juste rentrée d’un reportage dans une de ces cauchemardesques CAFO (Concentrated Animal Feeding Operation : les grands élevages industriels dans la terminologie de l’EPA), je venais de fourrer dans la machine à laver l’intégralité de mes vêtements odorants. Mais moi, j’avais de la chance : j’arrivais d’une CAFO modèle, dotée d’un système de traitement diminuant drastiquement l’impact environnemental et sanitaire des déjections de 9 000 porcs.

Une rareté en Caroline du Nord, où seulement cinq élevages sur plus de 8 000 sont équipés pour stocker et traiter les 16 millions de tonnes de lisier produites chaque année. Les normes environnementales appliquées à cette industrie sont infiniment plus laxistes, du moins en Caroline du Nord, que n’importe où en Europe.

Je ne vais pas entrer dans les détails, mais un excellent article d’octobre 2014 du National Geographic donne une idée assez précise de la manière dont le gouvernement républicain de Caroline du Nord s’y prend pour laisser tranquilles les industriels de l’agro-alimentaire.

Je précise qu’aux Etats-Unis, les porcs appartiennent à des sociétés agro-alimentaires, qui les confient, par le biais d’intermédiaires, aux éleveurs le temps de l’engraissement. Ce n’est en général pas le cas en France, où les fermiers sont par conséquent économiquement plus fragiles.

Des volontaires se relaient en avion pour surveiller les fermes
La journaliste du National Geographic a accompagné en avion les bénévoles – scientifiques et pilotes – qui surveillent du ciel les pratiques des éleveurs de porc, et rapportent les infractions d’épandage au service de l’Environnement de l’Etat.

« Scrutant le sol sous l’avion, Rick Dove aperçoit soudain quelque chose. “C’est illégal’, dit-il, indiquant un champ où un vaporisateur de taille industrielle épand des jets de lisier rosâtre sur un terrain situé près d’une porcherie.

Dove a effectué plus de mille vols comme celui-ci au dessus de l’est de la Caroline du Nord. Lui et d’autres volontaires de la Neuse River Air Force [une assoce écolo comptant parmi ses membres des dizaines de pilotes, ndlr] photographient les infractions et les signalent à l’Etat.

Est-ce que l’Etat a assez d’inspecteurs pour faire le boulot ? ‘Non’, répond Dove. Ça a toujours été le problème en Caroline du Nord : on ne fait pas appliquer la loi.’ ’

De fait, les choses ont sérieusement empiré depuis que les républicains ont repris le contrôle de la législature, en 2010, et surtout depuis l’élection d’un nouveau gouverneur ultra-libéral, en 2012. Un fermier cité par le magazine, indigné par cette situation, témoigne : sa plus récente inspection s’est limitée à ‘ un coup de téléphone de courtoisie ’.

‘ On n’est pas inspecté comme par le passé. J’aimerais que ce soit le cas, mais non !’

Sous les projecteurs pour cause de racisme agricole
Ce fermier est l’un des ultra-rares éleveurs de porc à avoir opté pour un système de traitement du lisier, et ses voisins le bénissent pour cela.

Quelle que soit l’issue de la plainte pour discrimination raciale, que l’Etat soit jugé coupable ou non de ne pas inspecter volontairement les fermes situées dans les cantons les plus pauvres, cette initiative aura au moins le mérite de mettre concrètement en évidence le mépris des républicains pour la protection des ressources naturelles.

A force d’être montrés du doigt, ils finiront peut-être par avoir honte ? Le gouverneur n’aime pas beaucoup voir les projecteurs nationaux tournés vers les carences de la Caroline du Nord. Et, par les temps qui courent, encore moins pour un sujet touchant à la discrimination raciale.

Hélène Crié-Wiesner
© Rue 89

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NON, LA POLICE N’EST PAS RACISTE DANS «GTA V»

15/03/2015 - Peu de jeux ont provoqué autant de polémiques que ceux de la série des Grand Theft Auto, connue pour jeter le joueur dans la peau de personnages peu recommandables qui côtoient en permanence la violence, la drogue et la prostitution. Une des nombreuses controverses, alimentée en permanence par l'actualité américaine, est née peu après la sortie du dernier épisode en date, GTA V, en septembre 2013: selon certains, les trois personnages principaux, dont deux sont blancs et un noir, ne seraient pas traités de la même façon par la police, accusée de racisme.

Les créateurs de la série, connus pour leur sens de la provocation, avaient pourtant démenti la rumeur à l’époque: Dans GTA V, «les policiers sont programmés pour interagir de la même façon avec les trois protagonistes, avait répondu un représentant de Rockstar, l’éditeur du jeu. En jouant, j’ai remarqué qu’ils se comportent de manière très agressive qui que vous soyez, ce qui explique peut-être ces rumeurs. Dans ce monde, le simple fait de zoner est passible d’une exécution immédiate.» Cela en dit long sur la profondeur du monde que Rockstar a créé si des joueurs commencent à voir ce genre de comportements même s’ils n’y sont pas.»

3 personnages, 3 postes de polices, 3 situations: 27 possibilités
Pour tenter de tirer «l’affaire» au clair, la chaîne Youtube The Game Theorists a mené une expérience très sérieuse, en envoyant les trois personnages au contact de la police de Los Santos, ville très fortement inspirée de Los Angeles, pour voir si Franklin, qui est noir, serait traité différemment de Trevor et Michael. Soignant le moindre détail, nos minutieux testeurs ont habillé les protagonistes de vêtements neutres avant de les frotter aux forces de l’ordre devant trois postes de police situés l’un dans l’équivalent de Hollywood, un autre dans une zone rurale et un troisième dans un quartier «sensible» de la ville.

Pour chacun des trois postes de police, chaque personnage a été testé cinq fois dans trois situations différentes, pour voir si l’un provoquait une attitude plus agressive de la part des policiers, comptabilisée par un système de points. Il en ressort que Franklin obtient effectivement le «score» le plus élevé, mais à égalité avec Trevor: 23 points chacun, contre 16 pour Michael. La thèse de la police raciste n'est donc pas validée.

Les testeurs, conscients de l’aspect anecdotique de leur expérience, proposent des explications basées sur la situation socio-économique des lieux et des personnages, qui convaincront ou non le lecteur. Et concluent que leurs propres préconceptions ont peut-être influencé les résultats. Ce qui montre au moins à quel point le jeu continue de marquer les joueurs, un an et demi après sa sortie.
© 20 Minutes

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Les titres de l'actualité du 13 Mars, 2015

POUR UNE CHARTE DU RESPECT: PROPOSITIONS CONTRE LE RACISME ANTIJUIF (France)

Alexandre Feigenbaum, est l'auteur de l'ouvrage Pour une charte du respect, 10 propositions pour combattre le racisme antijuif. Voici quelques unes d'entre elles.

13/03/2015 - Ces propositions-là sont parues quelques semaines avant l'attentat du 9 janvier 2015. C'est en octobre 2000, que, pour la première fois depuis la Libération, l'on avait lancé des appels au meurtre des Juifs ("égorge les Juifs") en plein Paris. Cela se passait dans une manifestation pro-palestinienne.

Entretemps il y a bien eu des éruptions de haine, avec les meurtres barbares d'Ilan Halimi et à l'école Hozar Hatorah. Mais pendant longtemps, la société française a nié que des agressions contre des personnes juives soient commises par des jeunes gens d'origine arabo-musulmane, eux-mêmes cibles de racisme. Aussi les assassinats de Charlie et de l'Hyper casher, ont marqué un rude réveil.

Mais d'après la Commission Nationale Consultative des Droits Humains, la réalité quotidienne des Juifs, c'est 1 à 2 agressions antijuives par jour: coups, injures, menaces, harcèlement, atteinte aux biens! Selon le Bureau National de Vigilance contre l'Antisémitisme, le vrai chiffre serait plus élevé.

Le phénomène a pris une telle ampleur que seul le gouvernement peut aujourd'hui agir, par une politique cohérente contre le racisme. J'ai donc pris l'initiative de lui adresser ces dix propositions. Des gens de toutes confessions et de tous horizons m'ont aidé. Une partie des mesures proposées viennent d'être décidées par le gouvernement. Mais les plus importantes sont encore à mettre en œuvre. Voici cinq de ces propositions.

Signer la charte pour le respect de tous par tous
La République a déjà posé ses exigences vis-à-vis des Juifs en 1806, des catholiques en 1905: les représentants de toutes les religions ayant des fidèles en France doivent maintenant s'engager, en signant individuellement cette charte, à respecter les principes de la laïcité et de la République. Chacun doit reconnaître que la loi civile prend le pas sur la loi religieuse. Chacun doit respecter les fidèles des autres religions et ceux qui n'ont pas de religion. Les signataires s'engageront aussi à transmettre intégralement ce message à leurs fidèles.

Un accompagnement pédagogique les y aidera. Ainsi chaque citoyen, chaque personne résidant en France pourra choisir sans entrave sa religion ou sa non-religion, voire critiquer les religions, leurs porte-parole ou leurs fondateurs. Les manuels d'enseignement religieux seront exempts de toute discrimination, que ce soit pour la race, la croyance religieuse, la couleur de peau ou la préférence sexuelle.

Cette proposition s'attaque aux sources-même de l'antijudaïsme actuel. Des amis musulmans m'ont raconté qu'ils ont grandi avec des versets et des hadiths terribles, qui affirment l'infériorité du Juif, du Chrétien ou de l'athée, voire qui appellent au meurtre (par exemple "tuez-les jusqu'à en faire un grand carnage", sourate 47 verset 4). Adultes, ils ont appris à relativiser ces textes. Mais aujourd'hui les islamistes qui se revendiquent des Frères musulmans exploitent ces versets pour embrigader des jeunes au djihad.

Pour restaurer le respect et le "vivre ensemble", les responsables religieux musulmans pourraient supprimer définitivement ces versets, si l'Etat le leur demandait.

Ils peuvent prendre en exemple le travail fait par l'Eglise sur l'expression latine "Oremus et pro perfidis Judaeis", exorde d'une oraison qui était prononcée lors de la prière du Vendredi saint. L'expression était devenue synonyme de "déloyauté" et de "fourberie" des Juifs. Suite à de longues discussions officielles au sein de la hiérarchie catholique, le pape Jean XXIII fit supprimer les termes contestés en 1959.

Ils peuvent enfin remettre en valeur des versets positifs envers les Juifs (par exemple rappelant qu'à leur sortie d'Egypte, Dieu a envoyé les Juifs vers la Terre d'Israël, où ils doivent se regrouper avant le jugement dernier, sourate 17 verset 104; ou que Dieu a donné à Moïse le Livre de la loi et en a fait un guide pour les enfants d'Israël, sourate 17 verset 2).

Le négationnisme et l'enseignement religieux
Cette proposition rappelle la loi française sur le négationnisme et souhaite qu'elle s'applique avec force, y compris à l'enseignement religieux. L'annexe du livre reproduit l'extrait d'un cours d'un prédicateur islamiste sur la shoah: à la fois il prétend que les Juifs auraient commis leur propre génocide et il affirme que les seules victimes étaient musulmanes. C'est une négation du génocide qui tombe sous le coup de la loi. La publication de ce texte avait fait scandale dans la presse il y a quelques années, mais ce prédicateur sévit toujours.

"Il n'y aura pas de mémoire perdue"
Cette belle formule est de François Hollande. La proposition 5 a été préparée par des enseignants de l'Association Perec, issue du livre Les Territoires perdus de la République. Il faut savoir enseigner que le judaïsme contemporain n'est pas la survivance d'une religion barbare qui aurait été rejetée par Dieu. Il faut parler de l'apport des Juifs à la civilisation et de l'héritage biblique repris par les Chrétiens et les Musulmans. Il faut aussi mentionner sans concession les propos antijuifs des Pères de l'église, d'un Mahomet, d'un Luther ou d'un Voltaire (également anti-chrétien et méprisant envers les Noirs) et les replacer dans leur contexte. Il faut savoir enseigner que les Juifs vivent depuis des millénaires sur cette terre de Judée, renommée Palestine, où ils ont été souvent réduits à la misère, maltraités, exterminés selon les occupants du moment.

La justice face à BDS
Le soi-disant "apartheid" israélien et l'appel au boycott des produits israéliens ont été inventés à la conférence de Durban en 2001. Cette conférence en principe antiraciste, a en réalité détournée par de puissants lobbies anti-israéliens et racistes. Ces appels au boycott par internet sont des ponts, des boulevards entre antisionisme et antijudaïsme. Tout boycott est illégal et nous demandons à la Garde des Sceaux la plus grande vigilance.

Aide aux victimes
Dans les banlieues, des islamistes harcèlent les élèves juifs. Lorsque l'école ne parvient pas à faire taire les harceleurs et à rétablir l'ordre républicain, les victimes sont obligées de changer d'école. Il faut mettre en place une aide psychologique pour ces enfants. Il faut aussi aider matériellement à se reloger ailleurs les familles juives, chrétiennes et musulmanes laïques les plus modestes, qui vivent souvent en-dessous du seuil de pauvreté.

Si la France réussit ces propositions, elle pourra exporter son modèle de "vivre ensemble", pour le meilleur et pour la paix.

Alexandre Feigenbaum, docteur ès sciences
© Huffington Post

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MANUEL ET LE LOUP (France)

13/03/2015 - Manuel Valls serait-il dans la même posture que "Pierre et le loup" ? Dans la fable, Pierre n'arrête pas de crier "au loup", mais à la fin, il se fait dévorer par le loup. Manuel Valls, lui aussi, crie au Front National. Il sonne la mobilisation générale, confesse sa peur de voir son pays "se fracasser", si le FN l'emportait.

Le Premier ministre a-t-il raison de dramatiser ainsi la situation et d'en appeler aux réflexes républicains, avant un scrutin qui promet une abstention record ? Pour l'instant, cette tactique ne semble guère efficace. Les sondages donnent toujours le parti d'extrême-droite à 30 % d'intentions de vote, au coude à coude avec l'UMP et l'UDI. Loin devant le PS.

Mais en se posant essentiellement sur un terrain anxiogène, il n'est pas sûr que Valls ait choisi la bonne tactique. Face au FN, la posture morale, largement utilisée ces dernières années, a montré qu'elle était inefficace. Depuis trente ans, le FN n'a cessé de progresser. La droite n'a pas fait mieux, en empruntant certaines thématiques du FN. Comme l'expliquait justement hier, sur France Inter, le politologue Gaël Brustier "diabolisation et normalisation sont les deux moteurs du FN". Du côté du PS, la diabolisation maintient le FN dans son rôle de parti anti-système. Du côté de la droite, en reprenant ses idées pour récupérer ses électeurs, on le banalise.

Mais peut-être faudrait-il prendre acte du fait que le parti de Marine Le Pen n'est plus celui de Jean-Marie Le Pen. Même s'il est facile de lister les nombreux dérapages du Front National. L'Obs fait cette semaine la liste de ces saillies racistes, de ces propos antisémites, de ces déclarations homophobes, de cette fixette raciste sur Christiane Taubira. Mais il y a dans cet argumentaire quelque chose qui, à gauche, ressemble à une volonté de ne pas voir ce qui a changé. La gauche serine toujours la même chanson : voter FN ? C'est mal. Confortable, mais pas efficace. On ne peut pas faire comme si rien n'avait changé.

Que Marine Le Pen ait conservé une rhétorique xénophobe, qu'elle ait gardé le refrain de la "préférence nationale", c'est sûr, mais désormais, elle l'emballe dans le drapeau de la République. Et elle se fait porte-parole de la laïcité, même si cette laïcité n'est souvent qu'un déguisement de son racisme anti-arabe. Mais, quand un tiers de l'électorat se dit tenté par le vote Front National, pour ses idées sur l'immigration, l'insécurité, l'Europe, peut-être vaudrait-il mieux se confronter point par point à ce programme, comme a commencé de le faire - trop timidement - Manuel Valls, en disant ce "programme de sortie de l'euro, de sortie de la politique agricole commune" serait "un désastre pour le pays" et une "ruine pour les Français". C'est n'est qu'un début, continuons le combat !

Par Jean-Marcel Bouguereau
© La République des Pyrénées

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BOUCHES-DU-RHÔNE : LE FN VA-T-IL MANGER LE PS ? (France)

Fort de son bon résultat aux municipales à Marseille, le parti d'extrême droite entend bien achever un Parti socialiste très mal en point. De notre correspondant Thierry Noir

13/03/2015 - Ils l'avouent, c'est "l'hypothèse haute". Mais, selon les confidences de deux hauts responsables de la Fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, il pourrait y avoir "davantage de conseillers départementaux du Front national que du Parti socialiste" à l'issue des élections. Les projections alarmistes du PS marseillais ne sont pas uniquement dues au contexte national, défavorable au gouvernement. Dans les Bouches-du-Rhône, c'est la "dissidence" de Jean-Noël Guérini, président sortant du conseil général, poussé en dehors du PS après ses différentes mises en examen, qui risque de lui coûter cher. Une situation dont se délecte le sénateur FN et maire des 13e et 14e arrondissements de Marseille, Stéphane Ravier. "Les électeurs de gauche doivent avoir les nerfs solides, entre les candidats socialistes qui sont anti-Guérini et ceux qui le soutiennent toujours. De plus, dans le propre canton de Jean-Noël Guérini, son binôme n'est autre que Lisette Narducci, qui a fait alliance avec le maire UMP de Marseille Jean-Claude Gaudin entre les deux tours des élections municipales", raille-t-il.

Le leader frontiste de Marseille affirme ne pas avoir réalisé de projection sur le nombre de sièges que le parti d'extrême droite pourrait gagner. "Aujourd'hui, plus rien ne nous est interdit. Ce qui était impossible il y a un an est devenu plausible", confie-t-il. Stéphane Ravier joue d'autant plus sur du velours que la droite aussi est divisée, entre les candidats marseillais, favorables à la construction de la métropole, et ceux du reste du département à l'image de la maire d'Aix-en-Provence, farouchement hostiles à cette structure intercommunale. Pour autant, il ne s'attend pas à des accords possibles avec la droite entre les deux tours. "Le leader de l'UMP dans ce scrutin, Martine Vassal, suit davantage les consignes de son état-major que celles de ses électeurs."

Quoi qu'il en soit, cette victoire annoncée du Front national fait écho à l'effroi exprimé par le Premier ministre Manuel Valls dimanche, lorsqu'il a craint que la France "se fracasse contre le FN". Des propos que Stéphane Ravier estime dangereux. "Je vais appeler Marine Le Pen pour lui conseiller de renforcer sa sécurité. Quand le Premier ministre tient de tels propos de haine, quand il assume sa stigmatisation de Marine Le Pen, quand il dit que la France est menacée, je crains que des esprits faibles passent à l'acte et commettent des actes extrémistes", dit-il. Il aura l'occasion de lui dire de vive voix. Il annonce que Marine Le Pen sera à Marseille pour un dîner-débat le 18 mars.
© Le Point

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DÉPARTEMENTALES: DANS LE VAUCLUSE, LE GRAND REMPLACEMENT DE L'UMP PAR LE FN (France)

Sur fond de divisions intestines au sein de la droite vauclusienne, le FN se substitue de plus en plus à l'UMP comme principale force d'opposition. C'est déjà le cas à Avignon. Le département va-t-il suivre? Par Alexandre Sulzer

13/03/2015 - Impossible de suivre Aimé Gallo dans les méandres de la vieille ville d'Avignon sans s'arrêter chaque minute. Ici, il claque la bise à une commerçante; là, il prend des nouvelles auprès d'un riverain. Et pour cause: le candidat du FN dans le canton d'Avignon-2 a été successivement conseiller municipal et adjoint au maire au sein de la majorité de l'ancienne maire UMP de la ville, Marie-Josée Roig. Un transfert qui n'est pas un cas isolé dans le département. A ses côtés, sa colistière, Anne-Sophie Rigault, mère de famille tout juste quadra, est elle aussi passée par la case UMP, tout comme sa suppléante Andrée Buglioni. En 2013, Anne-Sophie Rigault s'engage à l'UMP pendant six mois. Mais se dit déçue. "Je souhaitais m'impliquer. Mais on ne m'a rien demandé. Il ne se passait rien à l'UMP à part les permanences du vendredi soir où j'étais la seule jeune", raconte-t-elle. Lors des municipales de 2014, "l'UMP a retoqué trois fois la présentation de sa liste. Moi, j'aime le travail propre, alors je suis partie... Marre des gens qui passent leur temps à se tirer dans les pattes."

A Avignon, c'est pourtant le passe-temps favori de la droite. Guerre de clans et porosité à l'extrême droite se confondent au point qu'on ne sait plus très bien laquelle a entraîné l'autre. Si la rivalité entre le sénateur UMP Alain Dufaut et Marie-Josée Roig est historique, elle éclate au grand jour aux municipales de 2014. Le sénateur tente de planter la candidature de Bernard Chaussegros, désigné par le parti comme successeur de la maire sortante. Il pousse alors la candidature de l'ancien adjoint UMP Frédéric Rogier. Laquelle échoue après que la presse révèle opportunément qu'il a rencontré Jean-Marie Le Pen à Montpellier en octobre 2013 pour négocier. Résultat: la droite est balayée de la cité des Papes en 2014, la gauche l'emporte. Le FN, avec 35,02% des voix, récolte plus du double des voix de l'UMP (17,5%) et devient le premier groupe d'opposition. L'UMP, exsangue, n'a que quatre élus municipaux.

A Avignon, un groupe de dissidents UMP avec des dissidents RBM
Nouveau coup de théâtre dans une ville qui est connu pour les apprécier: la moitié des conseillers municipaux UMP -Philippe Marcucci, numéro 3 de la liste, et Florence Duprat- forment en avril 2014 leur propre groupe avec... deux dissidents de la liste Rassemblement Bleu Marine (RBM). Appelé "Semper Fidelis", ce groupe bénéficie désormais du label UMP-divers droite. Malgré son alliance municipale avec des RBM, Florence Duprat est investie aux départementales comme candidate de l'UMP dans le canton d'Avignon-3. Christian Paly, élu sur la liste Chaussegros, se retrouve, lui, dissident de son propre parti à Avignon-2. Résultat de cet imbroglio: pas un canton sur les trois que compte Avignon où il n'y ait pas au moins une dissidence à droite. "C'est une minorité, c'est rien, tournons la page", s'énerve Alain Dufaut qui préfère mettre en avant son alliance avec l'UDI. Un parti pas à l'abri non plus des turbulences. Son ancien délégué départemental, Christian Meffre, porte aux départementales les couleurs de la Ligue du Sud, le parti d'extrême droite de Jacques Bompard, à Vaisons-la-Romaine. Quant à Fabrice Ligier, qui se présentait à Carpentras en 2014 sur une liste soutenue par l'UDI, il est désormais le candidat du FN à Valréas.

Sur les ponts UMP-FN d'Avignon, l'extrême droite entend bien danser. "Des anciens UMP me contactent, on discute. Certains sont venus, viennent, viendront... ", sourit Philippe Lottiaux. Au café du marché de Montfavet, dans le canton d'Avignon-3 où il se présente, le nouvel homme fort du FN dans le Vaucluse, un département en tête des espoirs de conquête de l'extrême droite, rappelle malicieusement que son suppléant, Robert Favier, est lui aussi un ancien conseiller municipal de Marie-Josée Roig. La droite, Philippe Lottiaux la connaît bien. Cet énarque a été directeur général des services de Patrick Balkany à la mairie de Levallois-Perret pendant dix ans. "Il a pour lui de ne pas avoir trempé dans le marigot local", observe un militant FN de fraîche date. "Quand il parle, on dirait du Madelin ou du Pasqua. Son logiciel, c'est le RPR des années 80 et 90. Chez lui, pas d'excès, pas de propos sur l'inégalité des races...", glisse un cadre vauclusien de l'UMP. Qui constate: "On a ici un FN de droite, qui parle insécurité et impôts, et qui nous a piqué notre place. Aujourd'hui, aller au FN n'est pas plus transgressif que d'aller au centre."

"Le FN réussit son OPA sur l'UMP parce que nous sommes mauvais"
Philippe Lottiaux, ordre national du mérite au revers de sa veste, assume des "constats partagés avec l'UMP". S'il pointe du doigt les "problèmes de cohérence" entre le "discours local et national" de la droite, c'est sur le terrain des divisions qu'il préfère porter le fer. "L'UMP donne une image d'éclatement, de déchirement. Ce n'est pas une force de propositions." Dans le canton de Bollène, l'UMP ne s'est même pas donné la peine de présenter un candidat, laissant le champ de la droite aux seuls FN et Ligue du Sud. "C'est vrai que le FN réussit son OPA sur l'UMP, reconnaît un dirigeant départemental de l'UMP. Mais c'est avant tout parce que nous sommes mauvais et que nous passons notre temps à nous disputer." Le FN a également l'avantage de ne pas avoir "de sortants à gérer". "Il n'a donc pas de problèmes de parité et a su imposer une jeune femme médiatique à la tête de la fédération départementale." En l'occurrence, Marion-Maréchal-Le-Pen, "la blonde sexy qu'on a vue à la télé".

"Le FN a pigé le truc. Tourner toujours sur les mêmes têtes, c'est se paupériser électoralement", lâche Aurélie Agueli, ancienne collaboratrice parlementaire d'Alain Dufaut, devenue candidate dissidente -"frondeuse" préfère-t-elle- dans le canton d'Avignon-2. Sur fond de déroutes successives de l'UMP, "l'électeur de droite est désespéré, observe-t-elle. Et que lui propose-t-on? Un monsieur de 71 ans", tacle-t-elle son ancien patron. Si la porosité FN-UMP existe, c'est la faute "aux successions" mal préparées. "Thierry Mariani était le patron ici. Depuis qu'il est parti aux Français de l'étranger [en 2012], l'UMP est mal", observe un acteur de la politique locale.

Des élus FN respectés
Les tensions au sein de l'UMP passées, le FN refluera-t-il? "Non, veut croire la frontiste Anne-Sophie Rigault. Depuis un an que nous sommes élus au conseil municipal, nous faisons nos preuves, faisons avancer les dossiers." Comme celui, dont elle est très fière, de la défense des "merlons" du palais des Papes. "Les élus FN, on les respecte. Ils représentent beaucoup de monde", reconnaît un conseiller municipal Front de gauche. "C'est vrai que le FN, en ayant plus d'élus locaux, se notabilise, s'embourgeoise et a une voie directe avec les habitants..., glisse Christian Paly, le conseiller municipal d'Avignon, aujourd'hui dissident. A la droite de redevenir audible."

Vaste programme si l'on en croit Philippe Lottiaux qui pronostique une "recomposition prochaine" des partis politiques au niveau national et dont le Vaucluse serait le laboratoire. En attendant, le cadre FN n'enterre pas l'UMP et pronostique un "score serré" aux départementales. S'il ne veut pas d'une alliance de partis au troisième tour [pour désigner le président du département], il pense que certains élus UMP pourraient "en leur âme et conscience" préférer le FN à la gauche. Interrogé dans la presse locale, Alain Dufaut exclut lui aussi un accord de gestion avec le FN. "Après s'ils sont élus, ce ne sont pas des ennemis."
© L'Express

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JUPPÉ PREND LE CONTRE-PIED DE VALLS (ET DE SARKOZY) FACE À MARINE LE PEN (France)

Alain Juppé et Manuel Valls n'ont pas la même conception du combat anti-FN. Le maire de Bordeaux préfère s'attaquer au programme du parti d'extrême droite. Par Maurice Szafran

13/03/2015 - Il est de bon ton et, en principe, on ne peut plus intelligent et convenable de dire, répéter, asséner que les journalistes en parlent trop. Trop d'articles, d'analyses, de commentaires, d'interviews, de reportages qui tournent autour de ça. Ça ? Marine Le Pen et le Front National. C'est évidemment une idée fausse comme toutes les idées reçues, celles qui iraient de soi alors qu'elles ne sont la preuve que de panique intellectuelle, d'incapacité chronique à trouver des répliques politiques, morales et donc efficaces à l'extrême droite annoncée en tête du premier tour des élections départementales, la semaine prochaine.

Face à cette déshérence, à ce désastre annoncé, Manuel Valls a su provoquer un choc national en reconnaissant sa "peur", n'hésitant pas à contredire sa réputation de force et de rigueur. Et voilà qu'Alain Juppé, silencieux depuis quelques semaines déjà, choisit de sortir de son mutisme pour affirmer haut et fort que lui, il "n'a pas peur". Une manière d'accepter le face à face avec le Premier ministre. Une façon de donner une réplique au chef du gouvernement non pas seulement polémique mais en acceptant et en assumant le débat de fond : est-il seulement acceptable en politique, y compris pour les meilleurs raisons, "d'avoir peur"? Ou est-ce un inacceptable aveu de faiblesse?

Le silence prudent de Sarkozy
Nicolas Sarkozy s'était calfeutré dans un silence prudent - pas question jusqu'aux élections départementales de prendre le risque d'agacer un peu plus encore les électeurs potentiels du FN. Juppé a adopté la posture inverse. Comme s'il s'agit aussi sur les sujets importants de prendre le contre-pied de l'ex-président. Pour Juppé, il ne suffit pas, bien sûr, de se décaler de Valls. C'est certes une démarche et un choix politique, mais notoirement insuffisant. Pas peur, d'accord, mais pour dire et faire quoi ?

Pour le coup, le maire de Bordeaux privilégie un axe d'attaque très différent de celui choisi par le Premier ministre : il n'insiste pas sur le non respect par le parti d'extrême droite des principes républicains auxquels il est pourtant si attaché ; par souci d'efficacité, croit-il, Juppé s'en prend quasi exclusivement au programme du Front National, à sa démagogie, à sa débilité, aux conséquences ultra négatives pour la France et les Français, qu'il aurait si, par malheur, il venait à être appliqué.

Ce choix politique et cette démarche stratégique peuvent être contestés. Ils sont au moins cohérents. Alain Juppé estime, parmi tant d'autres, que la dénonciation morale, à laquelle pourtant il adhère, s'est avérée depuis longtemps, trop longtemps, inopérante. D'où le "pas peur" qui débouche sur la mise en pièce point par point, proposition après proposition, du programme et des mesures "débiles", attentatoires à la défense de la France et des Français, formulés par le parti d'extrême droite. Dans l'esprit de Juppé, mieux vaut insister sur le danger d'une sortie de l'Euro plutôt que de ratiociner sur le racisme et la xénophobie du Front National qui, de Jean-Marie à Marine Le Pen n'ont en réalité pas variés.

On peut entendre cette volonté de Juppé, une volonté liée à l'efficacité, de ne pas insister- lourdement- sur les valeurs et leur respect, précisément parce que le Front National se contrefiche de ces valeurs et que ses électeurs, eux, n'en sont pas troublés, au contraire. Mais l'efficacité doit-elle, quel que soit le contexte, primer sur une forme de morale citoyenne et politique? C'est en cela que Valls et Juppé ne défendent pas tout à fait la même conception du combat anti FN. Et si, pour plus davantage d'efficacité, il était indispensable d'allier les deux, la ligne Valls+la conception Juppé ? Et si le début du reflux FN en passait précisément par là ? Les valeurs et le sérieux; le sérieux et les valeurs - inextricablement liés. Manuel Valls et Alain Juppé ne sont pas en contradiction. Ils devraient être complémentaires et unis. C'est ainsi, et seulement ainsi, que la décrue de Marine Le Pen pourra s'engager.
© Challenges.fr

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LES DIX CANDIDATS XÉNOPHOBES DU FN SONT SUSPENDUS (France)

12/03/2015 - La dizaine de candidats du Front national aux élections départementales ayant tenu des propos racistes ou antisémites sont suspendus et convoqués devant la commission de discipline du parti, a déclaré jeudi Marine Le Pen.

La présidente du FN a assuré sur BFM TV qu'au cas où ils seraient élus, ces conseillers départementaux "ne seront pas élus du Front national".

"Tout le monde peut avoir des brebis galeuses", a-t-elle dit, soulignant que son parti présentait au total 7.640 candidats, en retirant les dix mis en cause.

Marine Le Pen a opposé l'attitude du FN envers ses candidats à celle du Parti socialiste, qui "repêche systématiquement ses candidats condamnés", ainsi qu'à celle de l'UMP.

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et SOS Racisme ont annoncé mercredi porter plainte contre dix candidats du FN "pour des propos racistes et antisémites" tenus sur internet.

"Une plainte est en cours pour ces dix candidats différents, pour des faits de diffamation raciale, injure raciale, et provocation publique à la haine raciale, tantôt racistes (...) ou antisémites", déclare l'UEJF dans un communiqué.

Le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, estime que "le Front national n'a pas changé. Sous ses dehors prétendument respectables, il reste ce parti de la haine brute envers la figure de l'Autre".

L'Obs a également révélé dans son numéro paru jeudi plusieurs cas de candidats FN aux départementales auteurs de propos xénophobes sur les réseaux sociaux, à partir du travail du collectif L'entente.net qui dit "observer le FN".

Gérard Bon
© Reuters France

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ANTISÉMITISME : COPÉ, NKM ET JUPPÉ CONDAMNÉS POUR DES ACCUSATIONS CONTRE MÉLENCHON (France)

Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et Jean-François Copé avaient successivement mis en cause l'ancien coprésident du Parti de gauche pour ses liens avec des personnalités antisémites, plus précisément le compositeur grec Mikis Theodorakis.

12/03/2015 - Le tribunal correctionnel de Paris a condamné jeudi Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Alain Juppé à 1.000 euros d'amende chacun, avec sursis, pour avoir taxé publiquement Jean-Luc Mélenchon d'accointances antisémites.

En trois jours consécutifs, en juin 2012, Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et Jean-François Copé avaient successivement mis en cause l'ancien coprésident du Parti de gauche pour ses liens avec des personnalités antisémites. Ils faisaient tous référence au compositeur grec Mikis Theodorakis, dont Jean-Luc Mélenchon avait relayé en 2011, sur son site, l'appel contre le régime d'austérité imposé à la Grèce. Un lien que les trois personnalités de l'UMP mettaient en parallèle avec des déclarations antisémites faites en 2003 par le même Mikis Theodorakis.

Le 11 juin 2012, Nathalie Kosciusko-Morizet avait affirmé, sur France 2, que Jean-Luc Mélenchon accueillait «sur son site, des gens qui (faisaient) profession d'antisémitisme». Le lendemain, sur France Inter, Alain Juppé l'avait accusé d'«entretenir des relations sulfureuses avec certaines personnalités (...) qui (prônaient) l'antisémitisme. Mikis Theodorakis, c'est un copain de Jean-Luc Mélenchon», précisait-il. Enfin, Jean-François Copé fermait le ban le surlendemain en reprochant au coprésident du Front de gauche de «(cautionner) des propos qui ne sont pas les nôtres», citant «l'antisémitisme».

Depuis, Mélenchon a nié avoir eu connaissance, à l'époque, des déclarations faites par Theodorakis en 2003.

Le leader du Parti de gauche avait réclamé 1.000 euros de dommages et intérêts chacun à NKM et Juppé, et 5.000 euros à Copé. Le parquet avait suggéré la relaxe, estimant que les propos visés ne dépassaient pas le cadre de la liberté d'expression. Les trois juges de la 17e chambre ont également condamné les trois cadres de l'UMP à 1.000 euros de dommages et intérêts chacun au titre du préjudice moral.

Nathalie Kosciusko-Morizet et Alain Juppé font appel
«Accuser à tort quelqu'un d'être antisémite est aussi un délit. C'est ce que vient de confirmer la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris (...) Il y a assez d'antisémites dans notre pays pour que des pyromanes puissent s'amuser à inventer de faux antisémites. Cette banalisation dans l'accusation d'antisémitisme est irresponsable et dangereuse pour la République», a déclaré Jean-Luc Mélenchon dans un communiqué.

Nathalie Kosciusko-Morizet et Alain Juppé ont décidé «d'interjeter appel dès demain (Ndlr : vendredi)», a annoncé leur avocat Me Jean-Yves Dupeux. «Le tribunal a rompu avec une tradition jurisprudentielle de polémique politique, c'est ce qui me frappe le plus en tant que professionnel du droit», a-t-il souligné en se disant «heureux» que ses clients «souhaitent faire appel» afin de défendre à nouveau l'affaire.
© Le Parisien

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«QUENELLE» À BERLIN: SORAL PLAIDE LA MANIPULATION ET LA MÉPRISE, D’ANCIENS DÉPORTÉS S’INDIGNENT (France)

12/03/2015 - L’essayiste d’extrême droite Alain Soral, jugé jeudi à Paris pour avoir publié une photo le montrant au Mémorial de l’Holocauste à Berlin en train de faire une «quenelle», s’est défendu en plaidant manipulation et méprise, face à d’anciens déportés indignés.

Fin 2013, la photo d’Alain Soral faisant ce geste controversé dans les allées de la fondation commémorative des juifs assassinés en Europe avait commencé à circuler sur plusieurs sites internet.

Alertées, l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et l’association J’accuse ont saisi le tribunal correctionnel sur citation directe afin qu’Alain Soral y comparaisse pour injures publiques à caractère racial.

Jeudi, à l’audience, M. Soral a affirmé que ce n’était pas lui mais un ami qui avait posté le cliché sur la page Facebook privée de l’essayiste. Il ne voulait pas «que cette photo circule au-delà d’un cercle d’amis», a-t-il assuré.

Selon lui, elle a été récupérée par un pirate informatique pour être ensuite diffusée sur le site d’opinion israélien en français JSS News, puis par d’autres médias.

Des arguments nuancés par le parquet, qui a souligné qu’Alain Soral avait reproduit, par la suite, la photo à plusieurs reprises sur son site.

Quant au geste, il a soutenu l’avoir d’abord fait en signe de ralliement au «fist-fucking», pratique homosexuelle, car le Mémorial serait, selon lui, un lieu de rendez-vous homosexuel.

Au-delà de cette interprétation «privée», une interprétation «publique» de cette «quenelle» est également possible, toujours selon lui: celle d'«un geste d’insoumission envers les manipulateurs sionistes de la Shoah».

'Tant de malheur'
Pour son créateur, le polémiste Dieudonné, qui s’était constitué partie civile en début d’audience, la «quenelle» est «un geste d’émancipation», celui «de l’esclave des champs qui dit: +je m’en vais+».

La «quenelle» n’est pas, ont-ils tous deux martelé, un geste antisémite ou un «salut nazi inversé», selon l’expression du président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), Alain Jakubowicz.

M. Soral a une nouvelle fois contesté avoir voulu s’en prendre à la mémoire des victimes juives du nazisme.

«J’aurais été désolé de faire de la peine à des gens qui ont souffert dans leur chair», a-t-il expliqué, appelant à faire le distinguo entre antisionisme et antisémitisme.

Trois anciens déportés, cités par l’une des parties civiles, l’association Mémoire 2000, lui ont opposé leur indignation.

«Je n’aurais jamais pensé (que) quelqu’un dans ce lieu puisse faire autre chose que de penser, de se recueillir», a dit d’une voix forte Isabelle Choko (86 ans), déportée au camp d’Auschwitz-Birkenau.

«Choisir un endroit pareil, qui caractérise tant de malheur, c’est quelque chose que je peux pas admettre», avait dit avant elle Nicolas Roth (86 ans), qui a perdu sa soeur et ses parents, séparés de lui à Auschwitz. «Ça heurte la sensibilité de milliers de gens», a-t-il estimé.

«Nous avons affaire à un nazi et je pèse mes mots», a plaidé le conseil de l’UEJF, Stéphane Lilti.

«Il y a un moment où il faut s’extraire de ce geste et se pencher sur le propos habituel de son auteur», a estimé le procureur, Annabelle Philippe, rappelant qu’Alain Soral avait été condamné à deux reprises pour des propos visant la communauté juive.

La magistrate a suggéré au tribunal de condamner Alain Soral, mais n’a pas évoqué de peine.

«Ce qu’on vous demande, c’est une vengeance pure et simple, une mise à mort de M. Soral», a plaidé Me Lahcène Drici, son conseil, rappelant que les demandes des parties civiles atteignaient, au total, un peu moins de 250.000 euros.

«Plus vous me persécuterez, plus mon audience montera», a prévenu Alain Soral en clôture des débats, assurant qu’il »(n’abandonnerait) jamais (son) combat».

Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 12 mai.
© Libération

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CHARLES MILLON ET CHARLES BEIGBEDER LANCENT UN «TERRA NOVA DE DROITE» (France)

Le collectif «Phénix» se veut une traduction politique du «printemps des consciences» contre le mariage pour tous et veut «faire renaître la France de ses cendres». Objectif : mobiliser pour l'alternance en 2017.

12/03/2015 - «Faire renaître la France de ses cendres». Tel est l'ambitieux programme du collectif «Phénix» lancé par quatre personnalités issus de la société civile et du monde politique: l'ancien ministre de la défense Charles Millon, l'entrepreneur et élu Charles Beigbeder, suspendu de l'UMP après sa candidature dissidente aux municipales à Paris, la porte-parole du collectif «Ensemble pour le bien commun» et responsable de la Marche pour la Vie Julie Graziani et l'ex-responsable de la Manif pour Tous Anne Lorne. L'objectif de ce «Terra Nova de droite»? Se donner 800 jours - le temps qui nous sépare du premier tour de la présidentielle de 2017- pour convaincre le prochain candidat de la droite d'adhérer à un programme de réformes «clé en mains».

Charles Millon, avait déjà lancé en 1999 «La Droite», parti de droite libérale-chrétienne qui n'avait pas rencontré un grand succès. Il a toujours la même thèse: ce sont les insuffisances de la droite qui font monter l'extrême droite. Pour Charles Beigbeder, «2017 est la dernière chance avant le chaos». «Il ne suffit pas de brandir en étendard la laïcité, une ligne Maginot qui ne permettra pas de réunir les Français», il faut faire «vibrer les Français», retrouver l'élan de 2007.

«Un traduction politique au printemps des consciences de 2013»
D'inspiration chrétienne, le collectif Phénix se veut une traduction politique de la mobilisation de la Manif pour Tous, «un printemps des consciences» qui a réveillé une «droite sans idées». Ils se diraient bien «libéraux-conservateurs», «si ces mots n'étaient pas devenus des insultes en France». Charles Beigbeder leur préfère le slogan plus marketing «initiative et tradition». Ils puisent leur inspiration notamment de la Big society de David Cameron ou dans le courant du personnalisme chrétien. Ils se défendent d'être obsédés par la question du mariage pour tous et de l'«altérité conjugale», et veulent ouvrir le débat en trois volets «civilisationnel, institutionnel et économico-social». Les propositions seront dévoilées progressivement sur le site http://800jourspourconvaincre.fr/.

Parmi les sujets qui seront au cœur du programme: la «subsidiarité et la décentralisation», une remise à plat du système fiscal par l'instauration d'une flat-tax, une restriction drastique de l'immigration, et plus inédit, la proposition d'une libéralisation totale de l'Éducation nationale avec une autonomie complète des établissements et des programmes, fer de lance de Charles Millon.

Think-tank? Parti? Mouvement citoyen? «War machine pour la présidentielle», répond Beigbeder. Le groupe assume être avant tout «une force de pression», qui menera des «actions de lobbying». Leur premier objectif sera la primaire UMP de 2016, puis les candidats à la présidentielle. Tous les candidats de droite seront invités à s'inspirer de leurs idées, «y compris le FN».

En exergue de leur manifeste, on trouve cette citation de Bernanos: «L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait». Reste à savoir avec qui.

Eugénie Bastié
© Le Figaro

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CANTINES SCOLAIRES POUR TOUS: LES DÉPUTÉS ADOPTENT UNE LOI CONTRE LES DISCRIMINATIONS ANTI-CHÔMEURS (France)

12/03/2015 - Plus question de retirer les enfants de la cantine sous prétexte que leurs parents sont au chômage. Les députés ont adopté ce jeudi 12 mars en première lecture une proposition de loi visant à garantir l'accès de tous les enfants à la cantine, lorsque celle-ci existe. De fait, les municipalités qui réservaient l'accès à la cantine aux enfants dont les deux parents travaillaient devront réviser leurs méthodes.

"L'inscription à la cantine, lorsque ce service existe, est un droit pour tous les enfants scolarisés. Il ne peut être établi aucune discrimination selon leur situation ou celle de leur famille", souligne le texte voté par tous les groupes de gauche, alors que les polémiques n'ont cessé de se multiplier depuis 2011.

En septembre 2011, Le Monde avait recensé jusqu'à 37 communes qui restreignaient l'accès à la restauration collective sur des critères parentaux. Or, les refus d'accès concernent "des élèves dont l’un des parents au moins est au chômage. Ce qui revient à discriminer, voire à stigmatiser des familles déjà en difficulté", a expliqué le chef de file des radicaux de gauche Roger-Gérard Schwartzenberg qui onnt défendu la loi au Palais Bourbon.

La justice administrative avait déjà rappelé le principe d'égalité
La restauration scolaire n’est pas une compétence obligatoire des communes. Mais quand celles-ci en ont décidé la création, il s’agit alors d’un service public annexe au service public d'enseignement, auquel s'applique le "principe d’égalité" comme l'a affirmé la justice administrative. L'exclusion d'enfants de chômeurs est aussi "une atteinte à l'activité des femmes", a souligné la communiste Marie-George Buffet, conseillère municipale au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis).

Reste la question du coût de la restauration scolaire. Car la plupart des mairies qui ont restreint l'accès à la cantine l'ont fait pas souci d'économie ou faute de places pour accueillir tous les enfants. L'UDI Arnaud Richard, conseiller municipal à Meulan (Yvelines), a ainsi conditionné le soutien de son groupe à un "engagement très ferme du gouvernement sur la compensation financière" pour les communes lors de la navette entre Assemblée et Sénat. Le texte prévoit à ce stade une majoration éventuelle de la Dotation globale de fonctionnement (DGF).

La cantine, dernier refuge du repas équilibré?
Environ, la moitié des élèves de l’école primaire fréquentent la cantine, qui existe dans 80% des communes, selon la rapporteure du texte Gilda Hobert (PRG). "400 millions de repas sont servis chaque année dans les écoles facturés aux parents en moyenne de 2,5 à 3 euros", selon cette députée du Rhône et conseillère municipale de Lyon, qui évalue le coût "à près de 1,5 milliard d’euros" pour les communes.

L'accès à la restauration scolaire est d'autant plus symbolique que les cantines participent pleinement à l'instruction nutritionnelle des enfants. Les députés ont voté un amendement écologiste pour s'assurer que les élèves souffrant de troubles de santé (allergies, intolérances alimentaires, diabète...) ou en situation de handicap puissent bien bénéficier de la restauration scolaire.

"Pour certains, le repas de la cantine est le seul repas équilibré de la journée", plaide Hervé Féron, député-maire socialiste de Tomblaine (Meurthe-et-Moselle). Point de vue contesté par l'UMP Dominique Nachury, conseillère municipale de Lyon, qui a critiqué un "texte d'affichage", contestant que la cantine soit "l'idéal absolu" pour "l'apprentissage de la qualité de l'alimentation" et "la sociabilisation", toutes les familles ne faisant pas "des repas chips".

Dans un communiqué, la FCPE (Fédération des Conseils de Parents d'Elèves des Ecoles Publiques) s'est toutefois félicitée de ce vote qui va "aider les parents à faire respecter leurs droits". "Le temps de restauration scolaire est un temps éducatif important dans la vie des élèves", estime-t-elle. La question ne se pose pas pour les collèges et les lycées, la mise en place d'un service de restauration scolaire étant obligatoire pour les départements et les régions.

Par Geoffroy Clavel
© Huffington Post

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THALYS SUSPEND UN AGENT SOUPÇONNÉ DE DISCRIMINATION HOMOPHOBE (France)

12/03/2015 - La direction de Thalys International a informé aujourd’hui la rédaction de TÊTU.com avoir suspendu l’un de ses agents de quai, soupçonné de discrimination homophobe envers un couple lesbien en train de s’embrasser. Elle annonce également avoir ouvert une enquête interne.

BAISERS INTERDITS ?
L’affaire a démarré au début de l’année, lorsque les deux femmes ont échangé « un câlin et un baiser » sur le quai de la Gare du Nord à Paris. L’une d’elles, prénommée Mirjam et résidant à Amsterdam, était en train de dire au revoir à sa compagne. Elle raconte à l’organisation All Out :

"Un responsable de la compagnie Thalys nous a expliqué, à ma petite amie et moi, que des couples hétéros peuvent sans problème s’embrasser sur le quai, mais PAS deux femmes."

Elle a contacté All Out, dont elle est membre, et se plaint de ne pas avoir de nouvelles depuis la promesse de l’ouverture d’une enquête… mais c’était il y a plusieurs semaines. TÊTU n’a pas pu joindre Mirjam directement à ce jour.

Contactée par TÊTU, la direction de l’entreprise confirme avoir reçu une plainte de la cliente, le 18 février dernier.

25.000 SIGNATURES ?
Thalys « condamne fermement toute forme de discrimination, contraire à (son) esprit d’ouverture et d’inclusion ». Elle déclare qu’« aucun acte homophobe ne saurait être toléré » et promet que « la lumière sera faite sur cette affaire ». Thalys, qui a participé notamment aux gay prides de Paris et d’Amsterdam, est en effet coutumière des publicités gay-friendly.

Ce matin, l’organisation All Out a démarré une pétition en ligne afin de « dénoncer cette réaction homophobe et de former ses équipes pour que ses millions de clients soient mis sur un pied d’égalité ». Nommée « Paris : baisers interdits ? », elle avait déjà recueilli près de 25.000 signatures cinq heures après son lancement.

par Bastien Bluzet
© Têtu

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ANTISÉMITISME, MARSEILLE : DEUX ADOS PORTENT PLAINTE POUR UNE AGRESSION (France)

Deux adolescents ont porté plainte pour un vol avec violences subi mardi à Marseille, au cours duquel ils disent avoir été la cible d'insultes antisémites.

12/03/2015 - « Nous avons été saisis d'une plainte de deux adolescents victimes d'un vol avec violences au cours duquel des insultes antisémites auraient été proférées », a confirmé la direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône.

« L'enquête a été confiée à la sûreté départementale de la DDSP 13 et la police mettra tout en œuvre pour identifier, interpeller et présenter devant la justice les auteurs de ces faits », a-t-on ajouté de même source, soulignant qu'apparemment les deux victimes sortaient d'une synagogue en début de soirée mardi pour rentrer chez elles quand elles ont été agressées.

« Menaces de mort »
Aucune arme n'a été utilisée au cours de cette agression, apparemment commise par deux adolescents également, a-t-on encore précisé de même source. Un téléphone a été dérobé aux deux jeunes, qui ont reçu des coups.

Selon le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNCVA), qui a condamné l'agression dans un communiqué, les deux adolescents âgés de 16 ans « portaient toujours la kippa sur la tête » au moment des faits. Leurs agresseurs les ont alors lancé des « menaces de mort » et des insultes antisémites.

« Les citoyens juifs, devenus des cibles de plus en plus vulnérables, nous (font part du) malaise que cette insécurité a fait naître, en dépit des mesures importantes prises par l'État pour tenter d'assurer leur protection », a encore dénoncé le BNCVA.
© Ouest France

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L’UEJF ET SOS RACISME ATTAQUENT 10 CANDIDATS FN (France)

L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et SOS Racisme ont déposé plainte mercredi contre dix candidats FN aux départementales ayant tenu des propos racistes ou antisémites notamment sur Facebook.

11/03/2015 - L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et SOS Racisme ont annoncé mercredi déposer plainte «pour provocation publique à la haine et injure raciale» contre dix candidats FN aux départementales ayant tenu sur Internet des propos racistes ou antisémites. Une procédure qui se veut symbolique à deux semaines des élections départementales. Comme l’explique Sacha Reingewirtz, président de l’UEJF, «il y a un enjeu important car Marine Le Pen est en train de transformer ces élections locales en scrutin national. Il s’agit pour nous de montrer qu’il y a parmi ses candidats des gens ouvertement racistes et antisémites». «La soi-disant respectabilité de Marine Le Pen n’est que de façade. La preuve : ces propos que nous visons et que le FN n’efface que lorsque la presse les relaie», ajoute Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

La lecture des propos visés par ces associations est affligeante. Thierry Kern, candidat à Brunstatt : «Ces musulmans de merde, il faut qu’on s’en débarrasse.» Jérémy Ayckart, candidat à Limoges : «Les banques dirigent le monde, les juifs dirigent les banques, les #juifs ont le permis d’assassiner.» Selon ces deux associations, qui ont récolté une centaine de déclarations sur un an (délai de prescription en matière de droit de la presse), avant d’en choisir dix juridiquement solides, la plupart de ces propos portent sur les musulmans et les juifs. Avec une nette augmentation dans les deux cas depuis les attentats.

Alice GÉRAUD
© Libération

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POUR MALEK BOUTIH, CHRISTIANE TAUBIRA «SE PLAINT DU RACISME TOUT LE TEMPS» (France)

11/03/2015 - Alors que l'ensemble de sa famille socialiste, et même quelques responsables de droite, ont condamné les attaques dont la garde des Sceaux a été l'objet, le député PS regrette, lui, qu'elle se place en «victime».

«Je préfère la Taubira qui se battait pour le mariage pour tous que celle qui se plaint du racisme tout le temps.» Les mots du député socialiste, ancien président de SOS Racisme, détonent. Alors que la garde des Sceaux a été une nouvelle fois victime de propos injurieux concernant ses origines guyanaises, Malek Boutih, au lieu de condamner ces attaques comme la majorité de ses camarades socialistes, a fustigé l'attitude selon lui victimaire de la ministre.

«C'est pas bien d'être trop victime, elle doit redevenir combattive», a-t-il commenté au micro de LCP.

Le Parisien a révélé ce mercredi que l'adjointe au maire UMP de Juvisy-sur-Orge avait publié des commentaires aux relents racistes sur Facebook au sujet de Christiane Taubira. «Elle vient de Cayenne, là où il y avait le bagne, qu'elle reparte là-bas vu qu'elle a toujours détesté la France», a-t-elle notamment écrit.

Aussitôt, l'éxécutif et des membres du gouvernement ont condamné des propos «indignes» et «scandaleux».

Fin février, Malek Boutih, connu pour son franc-parler, s'en était pris aux frondeurs socialistes, responsables selon lui d'une «faute politique grave». Après les attentats de Charlie Hebdo, l'élu avait alerté sur la montée de «l'islamo-nazisme», selon son expression. Chargé du «plan pour les banlieues françaises», il a également appelé l'Etat à mettre sous tutelle les banlieues et a tenu des propos polémiques sur les «racailles».
© Le Figaro

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FRANCE: DÉSARROI POLITIQUE DEVANT L’IRRÉSISTIBLE ASCENSION DE L’EXTRÊME DROITE

Évanoui «l’esprit du 11 janvier»: deux mois après les attentats qui avaient provoqué un sursaut d’unité dans la société française et à l’approche d’élections locales qui s’annoncent triomphales pour l’extrême droite, dissensions et désarroi règnent au sein de la gauche au pouvoir comme de l’opposition de droite. Martine NOUAILLE

11/03/2015 - Le Front national de Marine Le Pen, en tête de tous les sondages pour le premier tour du scrutin destiné à renouveler les conseils départementaux (22 et 29 mars), domine comme jamais le jeu politique. Au point que le Premier ministre Manuel Valls a récemment exprimé sa «peur» d’une victoire de la candidate populiste à la présidentielle de 2017 et mis en garde contre un parti qui «mènerait la pays à la ruine».

Un vif incident l’a opposé mardi à l’Assemblée nationale à la députée FN Marion Maréchal-Le Pen. A la jeune femme, nièce de Marine et étoile montante du parti, qui brocardait son «mépris crétin» pour les électeurs du FN et ses «leçons de République», Manuel Valls a répondu avec emportement.

«Vous trompez les petites gens», a-t-il lancé. «Jusqu’au bout je mènerai campagne pour vous stigmatiser et pour vous dire que vous n’êtes ni la République, ni la France».

Avec un FN à 30% d’intentions de vote, les partis politiques traditionnels sont obligés de revoir leurs analyses sur ses électeurs et leurs motivations. Souvent qualifié de vote protestataire, le vote FN est en réalité «un vote d’adhésion» sur l’hostilité à l’immigration, à l’Europe, sur la sécurité, selon la politologue Virginie Martin, présidente du Think Tank Different.

Dans son livre «L’insécurité culturelle», Laurent Bouvet, autre politologue, analyse ce succès par l’absence d’un «projet politique et social commun» en mesure de combattre «les dérives identitaires» de toutes sortes qui travaillent la société française.

Le choix du Premier ministre de taper à bras raccourcis sur l’extrême droite, de dénoncer son «outrance», sa «démagogie» et les propos «antisémites, racistes, homophobes, sexistes» de «dizaines» de candidats, s’explique aussi par l’espoir de mobiliser les électeurs de gauche pour un scrutin menacé par une abstention record.

La gauche (socialistes, communistes, écologistes) dirige les trois cinquième des 101 départements français mais pourrait en perdre la majeure partie tant elle se présente désunie et sans projet porteur, usée par les désillusions engendrées par trois ans de présidence de François Hollande.

Le secrétaire national du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis a déploré une division «incompréhensible» de la gauche, un «suicide politique en direct».

«FNPS» et «UMPS»
Le président socialiste a perdu en quelques semaines le regain de popularité dont il avait bénéficié grâce à la fermeté dont il avait témoigné après les attentats jihadistes des 7, 8 et 9 janvier à Paris. Une reprise économique poussive, des réformes aux effets souvent illisibles, des dissensions dans son camp, ont eu raison de l’image du «Père de la Nation» en tête de la manifestation monstre contre le terrorisme du 11 janvier.

Au second tour, grâce à un report de voix de gauche attendu pour contrer le Front national, la droite devrait rafler la mise. L’ancien président Nicolas Sarkozy a prédit «une vague immense», un changement «à portée de main».

Mais son parti, l’UMP, est lui aussi fragilisé par l’exode d’une partie de ses électeurs vers le FN qui chasse sur les mêmes terres que lui. «La droite n’a plus d’arguments à opposer au parti de Marine Le Pen», constate l’historien et politologue Nicolas Lebourg.

Le FN devrait être présent au second tour dans une grande partie des départements, et pourrait même en ravir un ou deux. Il aura en tous les cas de nombreux élus, confortant son implantation locale amorcée lors des municipales de 2014 où il avait gagné 11 mairies.

Pour M. Sarkozy, «voter pour le FN au premier tour, c’est faire gagner la gauche au second. C’est le FNPS!» L’expression est calquée sur celle employée par Marine Le Pen sur «l’UMPS» pour renvoyer dos à dos droite et gauche.

Manuel Valls a dénoncé «l’équation désastreuse» selon laquelle «les partis républicains sont égaux à l’extrême droite, et donc l’extrême droite est un parti républicain». Il a accusé Nicolas Sarkozy de «faire le jeu du Front national».
© L'Avenir

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UNE CANDIDATE FN DANS LE CULTE NAZI ? (France)

11/03/2015 - Plusieurs anciens membres du Front national en Moselle accusent une candidate du parti aux élections départementales à Saint-Avold (Moselle), avec laquelle ils se sont brouillés, d'avoir possédé chez elle des objets glorifiant le nazisme, ont-ils affirmé aujourd'hui, tandis que celle-ci a parlé de "vengeance".

Stanislas Czerwinski, conseiller municipal à Créhange (Moselle), qui a récemment quitté le FN, a dit à l'AFP avoir aperçu des portraits d'Hitler et de Goebbels dans le bureau de Nathalie Pigeot lors d'une visite à son domicile en 2013, confirmant des informations de Charlie Hebdo et du Républicain lorrain. Mme Pigeot a nié les faits.

"J'ai averti ma hiérarchie tout de suite, parce que pour moi c'était grave. Je ne pouvais plus continuer à travailler avec cette femme", a-t-il ajouté. "J'ai voulu résoudre le problème en interne, mais je n'ai pas réussi, donc j'ai démissionné."

Bernard Brion, ancien secrétaire départemental du FN en Moselle de 2004 à 2007, a déclaré avoir aperçu à l'époque "une photo encadrée d'Adolf Hitler" dans le salon de Mme Pigeot, ainsi que "des assiettes brunâtres où figurait le sigle SS".

"Je n'ai aucune sympathie pour le nazisme", et, si c'était vrai, "il y aurait eu des fuites bien plus tôt que ça", a-t-elle déclaré, menaçant de poursuivre en diffamation ses accusateurs, qui auraient agi par "vengeance personnelle".

Sollicité, l'actuel secrétaire départemental FN, Thierry Gourlot, n'a fait aucun commentaire sur cette affaire. "Les accusations qui sont portées sont une vengeance. Nathalie Pigeot dément catégoriquement l'ensemble de ces accusations et va déposer plainte contre les auteurs de ces accusations. Son mari et sa fille déposent également plainte", a assuré le patron de l'administration du parti, le secrétaire général Nicolas Bay.
© Le Figaro

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COMMENT VONT FONCTIONNER LES ACTIONS DE GROUPES CONTRE LES DISCRIMINATIONS (France)

Ce texte, annoncé par Christiane Taubira, concernerait les discriminations du handicap, hommes-femmes, ou liées à des faits de racisme et d'antisémitisme dans le travail, les transports l'accès au logement et à la fonction publique. Par Paule Gonzales

11/03/2015 - Conformément aux souhaits du président de la République François Hollande et du premier ministre Manuel Valls, la Chancellerie peaufine un texte permettant pour des associations de constituer une action de groupe en matière de discrimination. Invitée d'RTL ce mercredi matin, la garde des Sceaux Christiane Taubira a confirmé son intention d'introduire ce dispositif dans sa réforme «Justice du 21e siècle», consacrée à la justice au quotidien, qui vise à faciliter les procédures et les formalités judidicaires en France. «C'est absolument indispensable parce que la haine, le racisme et les discriminations affaiblissent les victimes», a-t-elle plaidé en indiquant que ce projet de loi serait présenté en conseil des ministres d'ici la fin du semestre et au parlement dans le courant de l'année.

«Lorsqu'il y a des discriminations à l'emploi, à une inscription universitaire ou une discrimination au logement, la personne est affaiblie psychologiquement, affectivement mais aussi matériellement», a tenu à rappeler la ministre, qui est la cible de nombreuses attaques racistes depuis sa nomination. Pour justifier la nécessité de ces actions de groupes, déjà autorisées pour les consommateurs dans le cadre de la loi Hamon, Christiane Taubira a expliqué qu'il était parfois difficile d'apporter individuellement la preuve d'une discrimination. «Donc permettre aux personnes de se regrouper, de faire en sorte que sur une série de discriminations, il soit plus manifeste, qu'il y a bien une action délibérée, cela va permettre effectivement de réparer le préjudice vis-à-vis des victimes (...) et de mettre en lumière certaines pratiques».

Inciter les victimes à se défendre
Ces actions de groupe concerneraient les discriminations homme-femme, du handicap ou liées à des faits de racisme et d'antisémitisme dans le travail, les transports l'accès au logement et à la fonction publique. Dans un premier temps, l'ambition est de «créer un socle procédural commun à toutes les actions de groupe dont le cadre soit assez souple et sécurisé pour lutter notamment contre toutes les discriminations», affirme-t-on du côté du ministère de la justice en précisant que «rien n'est encore encore arbitré» et qu'il s'agit «d'une première rédaction». Pour éviter la multiplication des contentieux en tout genre, la Chancellerie envisage de l'ouvrir - au même titre que les autres actions de groupe - avant tout aux associations agréées d'utilité publique ou régulièrement déclarées depuis au moins cinq ans. Leur objet statutaire doit comporter la défense d'intérêts auquel il a été porté atteinte. Pour permettre les actions de groupe dans le monde du travail, les syndicats pourraient également en bénéficier. Il reste notamment à déterminer si la réparation sera possible autant à titre collectif qu'individuel.

Le droit concernant les discriminations existe déjà en matière civile. Une victime d'un dommage lié à la faute d'une personne physique ou moral peut déjà aller devant la justice et obtenir la reconnaissance de son préjudice et de sa réparation. «Nous ne changeons pas le fond du droit», fait-on remarquer à la Chancellerie «Mais la preuve dans ce type d'action est très difficile à apporter. Permettre aux victimes de se regrouper peut inciter ces dernières à se défendre, là où elles n'auraient pas osé le faire à titre individuel. De plus cela peut faciliter la recherche de la preuve et aider le magistrat à apprécier une faute par le caractère systématique et répété d'un comportement. Pris isolément, un acte de discrimination peut souvent paraître comme dérisoire. Lorsqu'il se manifeste à l'égard de plusieurs, il peut être davantage caractérisé». Cette procédure existe déjà en matière de consommation, de concurrence et pourrait être à l'avenir élargie aux domaines de l'environnement et de la santé.

Avec Caroline Piquet
© Le Figaro

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VALLS ET HOLLANDE, "EN COLÈRE" ET "INDIGNÉS", DÉFENDENT TAUBIRA (France)

François Hollande et Manuel Valls ont exprimé mercredi "indignation" et "colère" après de nouvelles attaques visant Christiane Taubira d'une élue municipale UMP.

11/03/2015 - Le commentaire incriminé de l'élue de Juvisy-sur-Orge (Essonne) a été tenu le 8 mars sur la page personnelle, mais accessible, d'une habitante, qui avait partagé un lien contre la garde des Sceaux : « 13 000 vols, 2 000 agressions et 200 viols par jour et le vidage des prisons va commencer… »

« C'est pitoyable d'avoir une telle ministre de la Justice. Elle vient de Cayenne, là où il y avait le bagne, qu'elle reparte là-bas vu qu'elle a toujours détesté la France », écrit l'élue dans les commentaires, des propos retirés depuis de la page.

« Je veux dire notre indignation et notre colère »
« Je veux dire, et nous l'avons partagée en Conseil des ministres, une nouvelle fois notre indignation, notre colère face aux propos racistes, antisémites, homophobes, sexistes qu'on voit se répandre avec une très grande facilité ; notre indignation et notre colère à l'égard des propos vis-à-vis de Christiane Taubira », a déclaré à la presse le Premier ministre.

Le chef de l'État a lui estimé, dans le huis clos du Conseil des ministres, que ces attaques étaient « inqualifiables », selon le compte-rendu du porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll.

« Le président de la République a souligné que les attaques qui étaient portées vis-à-vis de la garde des Sceaux étaient inqualifiables », a affirmé le chef de l'Etat, soulignant qu'« à un moment, il faut aussi rappeler que dans le débat politique on n'est pas obligé de tomber dans l'irrespect, l'indignité », a indiqué M. La Foll.

« J'attends ce que va dire Nicolas Sarkozy sur ce sujet »
« Ça suffit. Il faut qu'il y ait bien plus que de l'indignation. Il faut que chacun prenne conscience que des digues se sont brisées au cours de ces dernières années, peut-être encore davantage ces derniers mois », a lancé M. Valls.

Le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a de son côté demandé « des sanctions » à l'égard d'Isabelle Guinot, première adjointe sans étiquette au maire UMP de Juvisy-sur-Orge (Essonne) Robin Reda, « qui agresse une nouvelle fois » Christiane Taubira « parce qu'elle est noire ».

« Il n'est pas possible qu'un parti républicain l'accepte, donc j'attends ce que va dire Nicolas Sarkozy sur ce sujet », a-t-il ajouté.

« L'important n'est pas ma personne »
M. Valls s'en est également une nouvelle fois pris au FN mercredi, après avoir revendiqué dimanche la « stigmatisation » de Marine Le Pen et après un violent échange avec la députée Marion Maréchal-Le Pen mardi lors de la séance de questions au gouvernement.

« Des dizaines et des dizaines de candidats du Front National tiennent des propos insupportables, mais quand cela vient d'élus de mon département (l'Essonne, référence à Juvisy-sur-Orge, ndlr), nous attendons la condamnation la plus ferme de tous. On ne peut pas s'en prendre ainsi à une ministre de la République, ou tout simplement à une personne, au nom de son origine. Ce n'est ni la France, ni la République, ni nos valeurs », a conclu le Premier ministre.

« (Je ne réagis) pas à ça, parce que c'est juste lamentable. Ça n'a pas d'importance. C'est surtout fréquent… L'important n'est pas ma personne », avait déclaré mercredi matin la Garde des Sceaux sur RTL.
© Ouest France

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BOBARDS D’OR : L’EXTRÊME DROITE FAIT LE PLEIN SUR LA CRITIQUE DES MÉDIAS (France)

Ce mardi soir se tenait à Paris la 6e cérémonie des Bobards d’or, organisée par un think tank identitaire, qui récompense chaque année sur le mode parodique des journalistes et des médias pour leurs “mensonges” et leur “politiquement correct”.

11/03/2015 - “Ce que nous entreprenons devrait être encouragé : nous faisons de l’écologie médiatique, nous sommes une entreprise de dé-pollution mentale”. Jean-Yves Le Gallou, le président de la fondation Polémia (un think tank identitaire), ouvre avec force et emphase la 6e cérémonie des Bobards d’or dans un théâtre du VIIe arrondissement de Paris ce 11 mars au soir. Ce sexagénaire au crâne dégarni, ancien député européen frontiste, ne boude pas son plaisir : pendant presque deux heures les saillies “anti-merdias” vont se succéder sous les rires et les applaudissements d’une salle archicomble.

C’est le principe de cette cérémonie qui récompense chaque année, sur un ton sarcastique, les médias et les journalistes les plus complices du “système oligarchique” et du “politiquement correct” aux yeux de la “réinfosphère” ou “fachosphère”. Cette année, onze sites et médias retransmettent le grand raout de la “résistance médiatique”, dont le site identitaire Novopress, TVLibertés, Droite.tv, Nouvelles de France ou encore le site catho tradi Salon Beige. Une équipe de la télévision iranienne avait également fait le déplacement…

Une soirée placée sous le haut patronage de Kim Jong-un
Devant un public bourgeois aux cheveux grisonnants, Jean-Yves Le Gallou compare le système médiatique français à un système de propagande digne des régimes totalitaires. Selon le “réinformateur en chef”, les rouages sont les mêmes : “grossissement et défiguration”, “répétition et orchestration”, “transfusion”, “unanimité et contagion”… “On a donc face à nous une propagande totale qui s’impose à tous, d’où l’admiration du président Kim Jong-un pour notre système médiatique !”, claironne l’ancien député européen FN en se tournant vers l’image projetée dans son dos.

Le dictateur nord-coréen y apparaît tout sourire en train de faire le salut de la main, avec une bulle qui lui fait dire : “Au nom du parti juchéen [en référence à l’idéologie du régime nord-coréen, ndlr], je remercie la France de m’inviter à venir observer l’efficacité de son système médiatique !”. Le ton est donné.

Commence alors la remise des prix. Caroline Fourest, rentable tête de turc des cercles identitaires et des catho tradi, en raflera deux : le “bobard balalaïka” (c’est-à-dire anti-Poutine), et le “prix Bruno Roger-Petit du journalisme de qualité”. On lui reproche notamment d’avoir prétendu voir des pro-russes arracher les globes oculaires d’Ukrainiens avec des couteaux. Qualifiée de “Fourest Gump du journalisme” et de “désinformatrice”, elle illustre selon Jean-Yves Le Gallou que “le système médiatique est intrinsèquement un système de désinformation et de propagande, car elle est invitée partout”.

Zemmour en martyr, l’AFP crucifiée, Gourévitch en embuscade
Le journaliste John Paul Lepers a quand à lui reçu le “bobard du vivre ensemble” pour son documentaire diffusé sur France 2, “Immigration et délinquance”, où il montrait qu’il n’y avait pas de corrélation entre les deux. “Je veux ce mec !”, s’exclame en arrière-plan Kim Jong-un, qui sera le running gag de la soirée. Le “Kapo d’or” revient à iTélé pour avoir évincé Eric Zemmour, transformé en martyr calomnié par les animateurs de la soirée. Jean-Yves Le Gallou se lève pour l’occasion et se fend d’une punchline anti-merdias bien sentie : “Les journalistes eux-mêmes sont les gardiens de la prison du conformisme”. Enfin l’AFP – rebaptisée Agence France Presque – fait l’objet d’un prix spécial qui lui sera remis à son siège ce jeudi, de même que l’ensemble de la presse française, qui se voit gratifiée d’un “Charlot d’or” “pour les perles qui nous auront bien faire rire lors de la séquence d’hystérie médiatique que nous avons connue début janvier”.

La critique de l’AFP donne l’occasion à l’animateur de la soirée de donner la parole à l’essayiste Jean-Paul Gourévitch, assis au premier rang. En septembre dernier la sortie de son livre Les Migrations pour les nuls avait suscité la polémique car les travaux de cet auteur souvent cité par Marine Le Pen sont décriés. On l’accuse notamment de nombreux erreurs de calculs. Visiblement satisfait d’avoir une audience sympathique, et encouragé par son interlocuteur qui lui demandait comment il avait vécu “cette cabale” médiatique lancée par l’AFP, Gourévitch n’a pas hésité à se poser en victime : “J’ai été poignardé dans la dos par l’AFP. On a dit qui j’étais cité par l’extrême droite, mais personne n’a rappelé que j’interviens aussi pour des médias de gauche […] La dépêche a été reprise par 51 médias différents le lendemain. Bonjour le panurgisme”.

Les médias ont cependant bon dos pour ce qui le concerne, car Gourévitch n’est pas seulement cité par l’extrême droite. Sa présence ce soir-là en atteste : il est proactif dans cette galaxie, et ce depuis plusieurs années. En décembre 2010, il est ainsi intervenu lors des sulfureuses Assises sur l’islamisation organisée par le Bloc identitaire. A plusieurs reprises, il a également tenu des conférences au Local (le bar de Serge Ayoub, l’ancien leader des skins parisiens) mais aussi dans les locaux de l’Action française. Interrogé par Les Inrocks à son sujet en 2012, le politologue spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus affirmait déjà : “Le monde universitaire ne lui reconnaît pourtant aucune légitimité scientifique dans ce domaine. Il n’est ni démographe ni spécialiste des questions migratoires”.

Métapolitique à la sauce identitaire
Sous l’apparence de la parodie – toujours à grand renfort de photomontages de Kim Jong-un – l’extrême droite s’érige chaque année en aiguillon de la critique des médias à l’occasion des Bobards d’or. Un créneau dont Jean-Yves Le Gallou s’est fait le spécialiste. Son aura dans le public témoigne de la reconnaissance dont il jouit dans le milieu. Écouté par Marine Le Pen comme par les radicaux, il est aujourd’hui l’un des intellectuels les plus influents à l’extrême droite. Reprenant à la Nouvelle Droite, dont il est issu, l’idée que l’hégémonie politique ne résultera que d’une hégémonie culturelle préalable, il avance sur ce terrain. Conscient de l’importance des mots, il transforme opportunément l’étiquette fachosphère en “réinfosphère”, ou la bourde médiatique en “désinformation de guerre”. Ce travail de sape, qu’il appelle la “bataille culturelle”, est censé faciliter le travail au FN, dont le statut de “premier parti de France” a été applaudi ce soir-là.

Invité à prendre la parole en fin de cérémonie, le co-président de Riposte laïque Pierre Cassen a invité l’assemblée à participer aux “Assises de la liberté d’expression” : “Nous constatons qu’alors qu’on nous a mobilisés sur la défense de la liberté d’expression le 11 janvier, celle-ci a été confisquée puisqu’on a muselé les patriotes et ceux qui veulent faire entendre un autre discours que celui de l’AFP. Le jour des événements, on nous a d’ailleurs parlé de tout, sauf de la religion de assassins.”

Si ce soir l’extrême droite a montré un visage vieux et décrépi, à l’image du journal Présent vendu à l’entrée, il ne faut pas se fier aux apparences. La cérémonie a été retransmise sur de nombreux sites, dont Fdesouche qui revendique 1,5 million de visites par mois. Aujourd’hui la bataille culturelle identitaire se joue principalement sur internet, “cette formidable terre de liberté” selon un intervenant.

Par Mathieu Dejean
© Les Inrocks

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DANS LE VAUCLUSE, LE PS SE MAINTIENDRA DIFFICILEMENT FACE AU FN (France)

A la tête du conseil général depuis 2001, la gauche prend très au sérieux les scrutins départementaux du 22 et 29 mars. Laboratoire historique de l’extrême droite, le département est présenté comme une des meilleures chances de victoire du parti lepéniste, avec le Var et l’Oise. Les manœuvres habiles du duo Bompard – Maréchal-Le Pen y ayant fait éclater l’UMP.

11/03/2015 - A Avignon, la ségrégation socio-spatiale est une évidence, clairement matérialisée par les enceintes médiévales : à l’intérieur, la Cité des papes et ses tons ocres abrite des commerçants, des professions libérales et des étudiants ; à l’extérieur, les “quartiers de la rocade”, une alternance chaotique de petits pavillons sécurisés et de barres d’immeubles grises, hébergent ces immigrés originaires d’Italie et d’Afrique du nord.

Ici, l’hyper-pauvreté a fait son apparition : “Avignon est une des villes les plus inégalitaires de France, tout comme le département du Vaucluse”, précise Isabelle Delaunay, sociologue à l’EHESS et au Centre Norbert Elias. Ce sont ces inégalités économiques, bien plus que la pauvreté relative du département, qui expliquent une implantation très précoce du Front national, dès 1995 à la mairie d’Orange.

Apathie politique
Premier département frontiste lors de la présidentielle de 2012 (27 %), le Vaucluse a vu ensuite élire deux députés d’extrême droite, Marion Maréchal-Le Pen (FN) et le maire d’Orange, Jacques Bompard (Ligue du Sud). Ici, l’extrême droite a profité d’un terreau sociétal très favorable : un territoire rural sans grande ville, une population vieillissante, une forte présence de rapatriés pieds-noirs d’Algérie, un mode de vie à dominance pavillonnaire (aux abords d’Avignon, la zone commerciale d’Auchan-Le Pontet est la plus grande d’Europe).

Enfin dans le Vaucluse, les prises de pouvoir successives du FN, bien que caractérisées par les affaires, le grotesque et les conflits d’intérêts, n’ont pas remobilisé l’électorat. Bien au contraire, une casse méthodique du milieu associatif a entretenu une profonde apathie politique et donc l’abstention (52 % lors des dernières européennes).

Le basculement à l’extrême droite sera-t-il évité le 29 mars ? A nouveau lors des dernières européennes, l’extrême droite vauclusienne a élargi son électorat (36,4 % des voix). Qu’en sera-t-il pour les scrutins départementaux ? “Je ne crois pas à une victoire du Front national : nous ne sommes pas dans la même élection, avec un mode de scrutin à deux tours ” nuance Claude Haut, président PS sortant, conseiller général de Vaison-la-Romaine.

Depuis 2001, aux cantonales, le PS limite aussi la casse en présentant une liste conjointe avec Europe Ecologie-Les Verts, à laquelle s’ajoute selon les secteurs le Front de gauche. En filigrane, on comprend que le nord-Vaucluse est pensé par les socialistes comme “perdu d’avance”, fief de Jacques Bompard, député-maire d’Orange, incontournable dans le nord du département. Personnage autoritaire et provocateur, militant à l’extrême droite depuis les années 60, de l’OAS aux mouvements Occident et Ordre nouveau, Jacques Bompard a claqué la porte du FN en 2005 avant de créer sa propre formation, la Ligue du Sud.

Le sort du Vaucluse se jouera ailleurs, à Carpentras, à Valréas ou encore sur les cantons d’Avignon. Esprit alerte, profil atypique, Darida Belaïdi est la candidate du PS sur Avignon-1 : “Je suis issue des quartiers et je sais que la politique du FN y ferait des ravages. Il est crucial de ne pas abandonner ces territoires”, explique-t-elle. Depuis des semaines, Belaïdi arpente courageusement le terrain pour convaincre les quartiers à se rendre aux urnes.

Rumeurs et contre-vérités
Avec la candidature du frontiste Philippe Lottiaux sur Avignon-3 la gauche sait qu’elle se maintiendra difficilement : “Je suis confiant dans mon bilan. Cependant je garde une position lucide, reconnaît André Castelli, candidat sortant PCF, tout comme Marion Maréchal-Le Pen, Lottiaux incarne cette nouvelle génération qui a banalisé l’extrême droite : discours en apparence démocrate, langage contenu”.

Parachuté en 2013, Philippe Lottiaux a en effet offert au FN un score inédit aux dernières municipales d’Avignon (29,4 % au premier tour). “Nous voulons mieux gérer le personnel et les finances publiques” nous explique-t-il. Dans les faits, le parti lepéniste suit une logique libérale-conservatrice, caractéristique du Sud-Est, consistant à détruire les politiques sociales. Très habile, Lottiaux nuance aussi le bilan négatif d’Orange, gouverné par l’extrême droite depuis 1995 et caractérisé pourtant par la baisse de la population, le recul des investissements privés… Enfin, dans la pure tradition de l’extrême droite, Lottiaux fait courir une série de rumeurs et de contre-vérités, comme le “financement communautariste et préférentiel du département pour les abattoirs halal”.

Autorité, défense des valeurs traditionnelles et de l’identité : l’UMP est présent dans toutes les circonscriptions et fait aussi campagne contre “ceux qui profitent des aides sociales”. En effet, “le Vaucluse est un laboratoire, celui de la recomposition des droites, analyse Amine El Khatmi, adjoint au maire PS au quartier Nord, de manière précoce, la droite populaire vauclusienne, à l’instar de Marie-Josée Roig [maire UMP d’Avignon de 1995 à 2014] a repris à son compte les thèses défendus par l’extrême droite”. Frôlant le ridicule, le député UMP Julien Aubert a même lancé en 2013 le “Rassemblement Bleu lavande”.

Querelles intestines à l’extrême droite
Les électeurs préfèrent pourtant l’original à la copie : le vote UMP s’est écroulé, tout particulièrement après le départ la génération de “droite décomplexée” incarnée par Thierry Mariani. Désormais le flottement à l’extrême droite est tel, que plus aucune alliance ne provoque l’indignation. Dernières connivences en date, l’élection du président (UMP) de l’agglomération d’Avignon avec les voix du FN, n’a provoqué aucune réaction publique.

Enfin, la gauche pourrait tirer avantage des luttes intestines de l’extrême droite vauclusienne. Depuis les sénatoriales de 2014, les rivalités sont devenues vives entre Bompard et Marion Maréchal-Le Pen : faute d’accord entre les deux formations, l’extrême droite a même laissé s’échapper un mandat de sénateur. Le parti de Bompard sera présent dans cinq cantons, où à chaque fois il rivalise avec le FN. Pourtant “entre nous et la Ligue du Sud sur le fond il y a peu de différences” reconnaît Philippe Lottiaux. D’ailleurs, comme chez les Le Pen, pour Jacques Bompard la politique est une affaire de famille : à Bollène, sa femme Marie-Claude Bompard est la candidate sortante ; sur le canton d’Orange, il a placé son fils, Yann.

Par Jean Sébastien Mora
© Les Inrocks

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TAUBIRA ANNONCE DES MESURES POUR AUTORISER LES ACTIONS DE GROUPE CONTRE LES DISCRIMINATIONS (France)

La garde des Sceaux a annoncé que des dispositions permettant aux victimes de discriminations de se regrouper allaient être introduites dans un projet de loi présenté en Conseil des ministres avant la fin du semestre. Par Benjamin Hue

11/03/2015 - Demandée depuis longtemps par les associations de lutte contre le racisme, la possibilité de mener des actions de groupe (class actions) contre les discriminations va bientôt être introduite dans la loi. Christiane Taubira a annoncé au micro de RTL que des dispositions permettant aux victimes de discrimination de se regrouper allaient être inclues dans une réforme qu'elle porte, "le projet de loi sur la justice du XXIe siècle". "Une réforme de la justice civile qui permet de rendre les suites judiciaires plus proches des personnes, de faciliter les démarches et les formalités, en permettant aux personnes victimes de discrimination d'agir ensemble", a-t-elle expliqué.

Cette disposition s'intégrera dans le cadre des actions de groupe qui sont autorisées depuis 2014 pour les consommateurs. "Nous en avons introduit dans la la Hamon sur la consommation. Marisol Touraine en a introduit pour la santé. Nous mettons maintenant en place une procédure civile qui, sur tout type de contentieux, permet une action plus simple, y compris pour les magistrats". Christiane Taubira promet "un projet de loi rapide, déjà en fin de concertation", qui sera "présenté en Conseil des ministres avant la fin du semestre" et devrait être "au Parlement dans l'année".
© RTL

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INTERPELLATIONS EN PICARDIE: LE CLAN NÉONAZI ÉTAIT TRÈS ORGANISÉ (France)

Les seize suspects interpellés lundi font partie du clan néonazi WWK, implanté surtout à Ham (Somme), connu pour son ultraviolence. Tous les suspects sont des anciens membres de Troisième voie.

11/03/2015 - Le QG de ce groupe nationaliste picard, c’était le bar le Local, situé rue de Javel dans le XVe à paris. Ils y étaient tous les week-ends. Cet établissement était connu pour être le lieu de rassemblement des plus extrémistes de droite, ceux du mouvement Troisième voie, qui a été dissous après la mort de Clément Méric, militant antifasciste, au cours d’une rixe. Le suspect principal, Estaban Morillo, a grandi dans l’Aisne. Après les seize interpellations qui ont eu lieu dans le secteur de Ham (Somme), Chauny (Aisne) et Compiègne (Oise) lundi matin, les auditions se poursuivent en garde à vue. Et selon nos informations, au moins l’un des suspects ferait figure de meneur. Il s’agit de Jérémy Mourain.

Cet habitant de Ham, âgé 25 ans, était membre de Troisième voie avec au moins des connaissances communes avec Morillo. Il serait l’un des créateurs d’un mouvement de l’utra-droite, davantage local : WWK (white wolfs klan, le clan des loups blancs). Ce suspect n’est pas un inconnu de la justice. Dès ses 18 ans et déjà le crâne rasé, il s’est distingué dans une « ratonnade » du côté de Crouy-en-Thelle (Oise). Parce qu’il « roulait en plein phare », il stoppe le véhicule de la voiture qui le suit, avec au volant cet homme un peu trop bronzé à son goût. Il le frappe avec une batte de base-ball au visage, puis brise le pare-brise. « J’ai bien tapé dans le pare-brise d’un gris », aurait-il dit. Il a été condamné pour cela à 8 mois de prison.

Le genou brisé
Une batte de baseball, il en était question aussi en octobre dernier quand il a écopé de 18 mois de prison. Un mois plus tôt, le jeune homme, accompagné de deux autres membres du WWK, était allé régler ses comptes à trois hommes, dont un ancien du clan, coupables d’avoir bu une bière devant son immeuble. L’une des victimes a eu le genou brisé par le coup… de batte de baseball.

Ce Hamois semble semer la terreur. Si on entre dans le WWK, on ne le quitte pas. Sinon… « On est sous sa coupe. Il dit où aller et on y va. Surtout, on ne le quitte pas », a dit un témoin lors du procès.

Depuis lundi, les gendarmes, qui enquêtaient sur cette bande nationaliste depuis de longs mois, entendent les suspects pour qu’ils s’expliquent sur toute une série de faits. Le plus grave est une tentative d’homicide qui aurait été commise à Valenciennes (Nord) en 2013 ou 2014. Il est question aussi de faire la lumière sur beaucoup de faits de violences, y compris entre membres du WWF. Celui-ci aurait été lynché pour avoir eu l’intention de quitter le clan, cet autre pour ne pas qu’il « balance » tout ce qu’il savait sur les agissements de la bande…

Nombreuses armes
Car c’est d’un clan très bien organisé qu’il s’agit. Il a été créé sur le modèle d’une association, avec un président, un secrétaire, un trésorier, etc. Pour y entrer, il faut être « prospect », à savoir, faire ses preuves. Et les postulants doivent ainsi commettre des délits, toujours humiliants, que ce soit pour la victime ou pour l’auteur. Si le ticket d’entrée est validé, il faut régler une cotisation de 20 euros par mois. Signe distinctif des membres : une brûlure à la main, en forme de croix, et, bien-sûr, une tenue vestimentaire particulière.

Lors des perquisitions, de nombreuses armes ont été retrouvées : un fusil à pompe, un fusil à canon scié, des poings américains, un couteau à quatre branches, mais aussi une chaîne métallique.

Mardi soir, cinq suspects ont été déférés, et le placement en détention a été demandé par le parquet pour deux d’entre eux. Les onze autres personnes ont vu leur garde à vue prolongée.
© Le Courrier picard

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« RÉINFORMATION » ET DÉSINFORMATION  : L’EXTRÊME DROITE DES MÉDIAS EN LIGNE (France)

10/03/2015 - Depuis longtemps déjà l’extrême droite s’épanouit sur la toile. Des centaines de blogs déclinent toutes les formes de propagande réactionnaire, du catholicisme intégriste au néo-paganisme fascisant et, sur les forums des grands sites de presse ou les réseaux sociaux, des myriades de «  commentateurs  » anonymes martèlent joyeusement leurs convictions xénophobes, révisionnistes, nationalistes ou homophobes. Parallèlement pullulent des sites, largement interconnectés, dont le point commun, au-delà de quelques nuances – si l’on peut dire –, est de dénoncer ce qu’en d’autres temps ils auraient appelé l’anti-France – avec l’islam et les musulmans comme cibles prioritaires. Certains de ces sites, organes de propagande des courants d’extrême droite les plus radicaux, sont pourtant construits de telle façon et ont acquis une telle audience qu’ils peuvent apparaître comme de véritables médias prétendant informer, ou plutôt, pour reprendre leur propre vocabulaire, «  réinformer  »…

1. Les identitaires de la « réinfosphère » : Fdesouche et Novopress
Lancé en 2005 comme un blog censé relater «  les pérégrinations d’un Français de souche dans le Paris occupé  » (par les immigrés non européens et leurs descendants, s’entend…), fdesouche.com, dont le nom est tiré du spirituel pseudonyme de son auteur, François Desouche, prend son essor en 2006 en devenant un site de commentaire de l’actualité, et surtout, en permettant aux internautes de la commenter à leur tour – commentaires qui vaudront quelques ennuis judiciaires au site et à son animateur –, jusqu’à être adoubé par Marine Le Pen qui déclarait en 2010  : «  Fdesouche, c’est un média à part entière  »…

Un média peut-être, mais un média très singulier, qui ne produit aucune information, se contente de revues de presse, et surtout sélectionne et hiérarchise les «  informations  » jugées pertinentes selon des critères aussi étroits qu’obsessionnels. Bien que ventilés dans les rubriques traditionnelles de la presse d’information politique et générale, les articles reproduits traitent inlassablement des trois mêmes thèmes  : l’immigration, l’islam, et l’insécurité, présentés plus ou moins explicitement comme des menaces pour une identité nationale fantasmée et glorifiée – tout en étant réduite sur le site à quelques symboles dérisoires  : le coq, le cochon, les santons de Provence, les crèches de Noël, etc.

En guise de «  réinformation  », la recette éditoriale de Fdesouche repose en grande partie sur un détournement de faits divers qui scandent l’actualité dans les grands médias, et occulte toute information qui ne permet pas d’illustrer ses options idéologiques, ou servir d’appui à sa propagande politique. En ressort un contenu d’une grande redondance et d’une grande monotonie  : à naviguer sur le site, on est rarement sûr de savoir dans quelle rubrique on se trouve. Pour preuve, voici quelques titres d’articles glanés au cours de la troisième semaine de décembre et qui illustrent de façon éloquente cette pauvreté monomaniaque des «  informations  » proposées  :

– dans la rubrique «  Société  »  : «  Allumage des bougies de Hanuka au Champ de Mars en présence de la Maire de Paris et du préfet de Région  »  ; «  Un chant musulman dans les églises allemandes le 24 décembre  ?  »  ; «  Quand un site musulman recense toutes les raisons de ne pas fêter Noël  »  ; «  Volé en France, un échographe d’une valeur de 74 000 €, retrouvé au Maroc  »  ; etc.

– dans la rubrique «  Sécurité  »  : «  CRS en civil et sa femme agressés  : “Sales français, sale race”  »  ; «  Plan Vigipirate renforcé  : Les Français partagés entre inquiétude et sérénité  »  ; « “Pourquoi le déclenchement d’une guerre civile en Europe n’a rien d’une vue de l’esprit mais relève bien d’un implacable projet appliqué par l’État Islamique”  »  ; «  Le Mans  : Un homme arrêté après avoir dégradé les décors de Noël et crié “Allah akbar”  »  ; «  Montpellier  : poignardé devant un kebab, son pronostic vital est engagé  »  ; etc.

– dans la rubrique «  Économie  »  : «  Grande-Bretagne  : L’immigration est le sujet d’inquiétude numéro un d’après un sondage Ipsos  »  ; «  Alsace  : Un Noël 100 % “made in France”  »  ; «  Fréjus (83) et Mantes (78)  : Les maires FN ne veulent plus de mosquées  »  ; «  En France seuls 9 % des immigrés légaux viennent pour travailler  »  ; «  L’aide médicale d’État renforcée en 2015  : +73 000 000 d’euros  »  ; etc.

– dans la rubrique «  Écologie  »  : «  Les populations européennes ont survécu au dernier âge de glace  : nous avons 55 000 ans d’histoire  »  ; «  Tuberculose à bord de bateaux de Lampedusa  ; la Marine minimise et pourtant…  »  ; «  L’Europe est-elle prête à faire face à une attaque terroriste  ?  »  ; «  Suisse  : Les Verts d’Ecopop exigent un contrôle de l’immigration  »  ; etc.

– dans la rubrique «  Culture  »  : «  Les priorités de Libération  : "faut-il écrire Allah akbar ou Allahou akbar  ?"  » ; « Noël dans la cathédrale de Chartres  »  ; «  Nancy  : une crèche enlevée au CHU suite à l’intervention d’un journaliste  »  ; «  Quand l’islamiste de Joué-lès-Tours était rappeur  »  ; etc. Une rubrique qui accueille aussi pas moins de 11 articles consacrés à… la boucherie, profession «  traditionnelle  » et donc «  identitaire  » et culturelle s’il en est, à laquelle Fdesouche porte naturellement une affection particulière – même si c’est surtout sur la progression, inexorable semble-t-il, des établissements halal que portent les articles en question  !

Là où les médias d’opinion et de parti pris commentent eux-mêmes l’actualité qu’ils choisissent de traiter, Fdesouche laisse ce soin à ses lecteurs. Ainsi, les articles ne consistent souvent qu’en de simples extraits d’articles de presse originaux, ne retenant que les éléments saillants que les internautes sont invités à commenter. Le travail est réduit au minimum pour l’animateur du site tandis que les visiteurs inscrits qui participent à cette exégèse collective coproduisent d’une certaine manière le contenu du site et s’en approprient le contenu plus aisément.

Fdesouche utilise ainsi le potentiel d’interactivité d’internet et encourage la participation de ses lecteurs à travers de multiples dispositifs. Dans une rubrique délicatement intitulée «  tranches de vie  », sont publiées des vidéos envoyées par les internautes. Le contenu  ? Des scènes captées dans la rue, dans les transports en commun ou glanées sur internet et ayant comme seul point commun de nourrir leurs préjugés et de faire écho à leurs convictions politiques.

Pourquoi rassembler en effet ces scènes sous-titrées «  Quand un Ivoirien drague une Antillaise dans le RER…  », «  Une bagarre éclate à la poste du Lamentin en Martinique  », «  Racailles Vs vendeurs à la sauvette  », sinon pour encourager une lecture racialiste de ces faits divers  ? La vidéo mise en ligne le 8 décembre dernier est à cet égard édifiante  : intitulée «  Tranche de vie dans le métro parisien  : "vous êtes des voleurs"  », on y voit une femme prendre violemment à partie un jeune homme qui vient apparemment de frauder pour entrer dans le métro, et fulminer rageusement contre ses origines immigrées…

Dans la même veine «  participative  », Fdesouche lançait également au mois de décembre, un «  grand concours de crèche  », dont l’innocence n’est même pas feinte puisqu’il est organisé «  en réponse à ceux que la crèche dérange  »  ; et que dire encore de ce sondage maison, dont la question posée, comme les réponses proposées, sont aussi révoltantes qu’incongrues...

Sans même parler du logo inspiré par une islamophobie à peine euphémisée qui accompagne l’appel au don…

Animée par une même mentalité d’assiégé et par les mêmes options politiques que Fdesouche, le site Novopress (fr.novopress.info), « se donne comme objectif de refaire l’information face à l’"idéologie unique". Mais ce travail de réinformation ne peut pas se faire seul. La complémentarité entre les différentes plateformes existantes doit permettre de développer un véritable écosystème réinformationnel  ». Plutôt que de complémentarité, sans doute faudrait-il davantage parler des similitudes entre les différents médias de cet «  écosystème  » dans lequel on retrouve notamment Fdesouche, Polémia (voir notre article), ou encore Minute.

Certes, à la différence de Fdesouche, Novopress produit une partie du contenu qu’il propose et l’on peut y trouver quelques articles et quelques informations que l’on aurait pu lire dans des médias moins outrancièrement politisés, sur l’économie et l’environnement notamment, mais le même travers obsessionnel domine  : l’actualité n’y est vue qu’à travers la crainte de voir la «  culture occidentale  » et «  l’identité française  » submergées par des populations venues du sud de la Méditerranée et un islam conquérant. À titre d’exemple, quelques-uns des articles les plus populaires du mois de décembre  : «  Les délinquants qui avaient attaqué un RER à Grigny ressortent libres  »  ; «  Interruption de séance, débats houleux  : la question des Roms électrise le conseil municipal de Strasbourg  »  ; «  Allemagne  : des musulmans créent une "Police de la Charia"  »  ; «  Les dangers de l’immigration pour la France soulevés à l’ONU  !  ». Ou encore, le «  hashtag du moment  » (Novopress est particulièrement actif sur Twitter), bien en évidence sur la page d’accueil  : #GrandRemplacement…

Prétendant au qualificatif d’agence de presse, Novopress ne fait pourtant pas illusion et apparaît davantage comme une agence de propagande et de communication. Le site propose notamment une information et un agenda militants qui ne laissent guère de doutes quant à la nature des «  informations  » diffusées par cette prétendue agence de presse. Comme ce communiqué du Bloc identitaire lyonnais, intitulé «  En prévention de la manifestation de l’extrême gauche du 29 novembre à Lyon  », qui annonce qu’il «  est hors de question pour nous, Identitaires, de laisser nos commerces fermés et ruinés, nous les aiderons le 29 novembre prochain à se défendre  »  ; ou encore l’annonce de la «  IIIème Marche du souvenir organisée par l’association La Compagnie du Maine  », dont l’organisateur explique ainsi les motivations  : «  Nous faisons partie de cette jeune génération qui a pleinement conscience de tous les maux qui composent ce que l’essayiste Éric Zemmour nomme le "suicide français". Parmi ceux-ci, un nous semble central : le mépris de soi au nom d’un amour idéalisé de l’Autre, la haine ou, pire, l’oubli de nos racines au profit de toutes les racines de l’Autre.  »

Bien que limité à quelques lubies idéologiques, force est de constater que Novopress propose un contenu riche, diversifié, et qui se veut attractif, avec une rubrique proposant des dizaines d’entretiens (qui font la part belle aux responsables du Front national et aux intellectuels d’extrême droite), un «  Top Tweet  », ou encore une rubrique «  TV  » qui comprend de très nombreuses vidéos, des simples reprises des grands médias audiovisuels pour la plupart, mais qui permettent à celles et ceux que l’écrit ou les réseaux sociaux rebutent de s’imprégner de la vision du monde que Novopress promeut.

Voilà donc l’essentiel de l’information en images selon Novopress  : «  La montée de l’extrémisme islamique à travers le monde  »  ; «  Allemagne  : les manifestations contre l’islamisation prennent de l’ampleur  »  ; «  Les Tunisiens fêtent leur nouveau président… place de la Concorde à Paris  »  ; «  Valls  : “Jamais nous n’avons connu un aussi grand danger en matière de terrorisme”  » ; « Cette camionnette qui fonce dans la foule du marché de Noël à Nantes  »  ; «  Dijon  : Il a fauché onze piétons en hurlant "Allah Akbar  !" » ; « [Tribune] Zemmour et le délit de non-dit  : le début de la fin  »  ; «  Première mission de Vostok France dans le Donbass  »  ; «  Le prochain livre de Michel Houellebecq fait déjà polémique  »  ; «  Samedi 10 janvier 2015, venez fêter les 10 ans de la marche Sainte-Geneviève  »  ; «  Marion Le Pen  : "Il y aura une forme de remigration passive”" »  ; «  Éric Zemmour s’exprime face à la polémique  » ; etc.

2. Pseudo-dissidence et fatras complotiste  : Égalité et Réconciliation (E&R)
Avant d’être un site internet (egaliteetreconciliation.fr) pourvoyeur d’«  analyses  » de l’actualité, E&R est un mouvement politique qui se définit comme «  une association politique "trans-courants" créée en juin 2007. Son objectif est de rassembler les citoyens qui font de la Nation le cadre déterminant de l’action politique et de la politique sociale un fondement de la Fraternité, composante essentielle de l’unité nationale. Nous nous réclamons de "la gauche du travail et de la droite des valeurs" contre le système composé de la gauche bobo-libertaire et de la droite libérale.  » En réalité, E&R est avant tout l’œuvre de son président, Alain Soral, ainsi que le porte-voix de ses idées et… de sa personne, mise en scène de façon grandiose et ridicule sur la page d’accueil du site, contemplant l’histoire aux côtés de Jeanne d’Arc et d’autres «  dissidents  » auxquels il prétend s’identifier, comme Che Guevara, Vladimir Poutine, Patrice Lumumba, Hugo Chávez ou Mahmoud Ahmadinejad (on appréciera la cohérence de l’attelage).

Autant dire que dans un tel contexte éditorial, la «  production et la diffusion de documents d’information  » et le «  journalisme  », présentés comme des «  activités  » de l’association, prennent un tour assez saugrenu sur le site d’E&R. Tout d’abord, le site est chiche en informations à proprement parler  : il existe bien des revues de presse depuis 2007, mais elles se contentent de classer par ordre chronologique des articles glanés à droite et à gauche sur des sites de la grande presse et alternatifs. Un «  centre d’idées  » propose bien diverses rubriques (religion, politique, économie, international, histoire, société, culture, communauté, défense, écologie, santé) qui pourraient rappeler celles d’un site d’information, mais la plupart d’entre elles sont soit très pauvrement garnies (un seul article dans la rubrique défense, deux dans les rubriques santé et écologie), soit ne proposent rien d’autres que des reprises de textes écrits pour la plupart ailleurs et par d’autres et qui n’entretiennent le plus souvent qu’un rapport ténu avec l’actualité.

Mais l’essentiel n’est pas là sur E&R. L’essentiel, c’est «  la pensée  » de son président qui en dispense généreusement et modestement quelques bribes dès la présentation du site.

Mieux, ce sont les chroniques vidéo de Soral qui font l’attrait principal d’E&R et qui monopolisent le classement des pages les plus visitées.

Soral apparaît donc finalement comme le comble de… l’éditocrate  ! Personnalisation outrancière, points de vue, pour ne pas dire divagations, strictement individuels assénés avec l’aplomb de ceux qui ne doutent jamais de rien, et érigés en leçons universelles, voilà un modèle éditorial qui ne manque pas de sel pour quelqu’un qui aime se présenter comme un «  dissident  », affrontant le «  système  », notamment médiatique.

Que dire de la ligne indissociablement éditoriale et politique promue par Soral sur E&R  ? Le slogan «  gauche du travail et droite des valeurs  », qui pourrait tout aussi bien s’énoncer national-socialisme, rappelle évidemment des courants fascistes d’avant-guerre. En toute «  logique  », c’est donc un antisémitisme, à peine maquillé en antisionisme, qui fait la colonne vertébrale de la production d’E&R. À titre d’exemple, la provocation puérile et répugnante faisant office d’appel au don sur le site.

Voir aussi cet article de «  la rédaction d’E&R  » qui surfe sur l’engouement de toute l’extrême droite pour les fêtes (et singulièrement les crèches) de Noël, intitulé «  Pas de sionisme à Noël  » et qui recense tout ce qui dans l’actualité du mois de décembre peut donner lieu à des saillies judéophobes, comme ce commentaire d’une agression antisémite commise à Créteil  : «  Sachant que les crimes odieux commis contre les juifs chaque année précipitent le départ de 2 000 juifs français vers Israël, calculez combien de meurtres seront nécessaires pour vider la communauté juive française dans le pot israélien, selon les vœux du très démocratique et sympathique Bibi Netanyahu.  » Voir encore, ces titres d’articles qui ne trompent pas quant à ce qui les inspire  : «  État des lieux de la liberté d’expression et de la domination sioniste sur la France  »  ; «  Du culte de la Shoah comme pornographie mémorielle  »  ; «  République, judaïsme et franc-maçonnerie  »  ; etc.

Plus largement, s’expriment sur le site toutes les accointances idéologiques qui vont traditionnellement de pair avec un antisémitisme obsessionnel  : un catholicisme militant (Soral expliquait dans un entretien filmé début décembre qu’«  il faut refaire du catholicisme la religion d’État en France  »), un nationalisme souverainiste qui s’opposerait au mondialisme des institutions européennes, et surtout un complotisme de tous les instants. Deux vidéos particulièrement éloquentes résument bien cette ligne. Il s’agit d’entretiens avec un certain Philippe Ploncard d’Assac, fils et continuateur revendiqué de Jacques Ploncard d’Assac qui fut un disciple d’Édouard Drumont et de Charles Maurras, membre de l’Action française et collaborateur du dictateur portugais Salazar. Intitulées «  Le complot mondialiste  », et «  Le mondialisme  », leur contenu est résumé ainsi  : «  Présentation, synthèse du mondialisme, l’immigration au service du mondialisme, le messianisme juif, mise au point sur l’actualité…  »

Il résulte de cet amoncellement hétéroclite de textes et de vidéos une grande confusion éditoriale, où des bribes d’analyse économique hétérodoxe cohabitent avec des vidéos de Dieudonné, où un extrait du Cid réalisé en 1961 qui est censé illustrer une fraternité possible entre chrétiens et musulmans, jouxte un entretien avec une historienne pointant «  Les mensonges de la Révolution française  » (sic), où le «  journal de bord  » de Jean-Marie Le Pen coexiste avec un texte intitulé «  Stopper le tsunami migratoire, pour sauver nos mosquées  », et où l’on n’hésite pas à lever le voile sur les multiples complots tramés aux États-Unis  : «  Marathon de Boston  : la piste de "l’État profond"  » ou, plus classique, «  La double imposture du 11 septembre  », article dans lequel on se voit asséner « [qu’] il est évident que l’usage de mini-bombes nucléaires tend à renforcer la piste israélienne  », ou plutôt celle de la «  communauté organisée [qui] contrôle ces grandes chaînes [de télévision américaines]  : la même dont font partie Larry Silverstein, Paul Bremer et tous les autres super-sayanim new-yorkais qui ont coordonné la destruction des Tours jumelles.  » Fichtre  !

On le voit, l’information n’est pas vraiment le fort, ni le but d’ailleurs, d’E&R. On l’a dit  : la pièce de choix du site est constituée par les vidéos d’Alain Soral dissertant sur son canapé. On serait bien en peine de résumer les circonvolutions de ces longs, très longs (jusqu’à 1 h 30…) soliloques mensuels du président-penseur d’E&R. Tour à tour prophétique, goguenard, miséricordieux, menaçant ou sentencieux, mais toujours grave, Soral commente l’actualité de la France et du monde, ainsi que ses propres aventures (sexuelles, pugilistiques, mondaines, cinématographiques, politiques, «  intellectuelles  », etc.) à la lumière de sa grande hantise  : le complot judéo-sioniste mondial…

***

Ce bref passage en revue de trois sites bénéficiant des plus fortes notoriétés parmi ceux qui propagent des idées d’extrême droite sur internet  [1], n’épuise évidemment, et malheureusement pas le sujet. Nous aurions aussi pu traiter, par exemple, de www.dreuz.info, site d’actualité très sélectif qui ne juge dignes d’intérêt que les «  informations  » à tonalité ultra libérale, ultra atlantiste, ultra pro-israélienne et, bien sûr, fanatiquement islamophobes. Partisan d’options politiques à peu près opposées, jouant sur le même registre antisémite et complotiste que son compère Alain Soral, Dieudonné vient quant à lui de lancer quenelplus.com, un site qui mêle, outre les tristes facéties de son maître d’œuvre, commentaire de l’actualité, critique des médias, et vidéos documentaires sur les sujets les plus divers, et qui semble promis à un «  bel  » avenir…

Utilisant toutes les potentialités d’interactivité, de réactivité, de mise en forme graphique, de production et de diffusion de contenu audiovisuel offertes par internet, tous ces sites constituent des médias à part entière. Des médias modernes et efficaces, mais dont l’audience massive repose essentiellement sur la capacité de mobilisation des courants politiques qui les inspirent. De purs et simples organes de propagande donc, presque des médias thématiques, pour qui «  réinformer  » ne peut être que révéler ce que les médias et les pouvoirs officiels ou occultes dissimulent. En aucun cas, aucun d’entre eux ne peut donc être considéré comme un média d’information.

Sauf à ce que les médias dominants ne participent, à leur corps défendant le plus souvent, à donner quelque audience aux obsessions de ces franges les plus radicales et «  décomplexées  » de l’extrême droite… Comme en 2009, lorsqu’avait été largement relayée la vidéo d’une agression dans un bus parisien, initialement diffusée sur Fdesouche  ; ou beaucoup plus récemment, en offrant des tribunes à un porteur d’eau du FN et des identitaires comme Éric Zemmour, avant de faire de ses élucubrations le sujet principal de bavardage médiatique du moment – tous les sites susnommés se sont d’ailleurs régalés de la polémique…

Antoine Sari

[1] Fin décembre, le site www.alexa.com donnait le classement suivant  : E&R, 350ème site en France  ; Fdesouche, 754ème  ; Novopress, 5908ème  ; Polémia, 21512ème. Mediapart est classé 488ème ; Arrêt sur images, 1758ème, et Acrimed, 10216ème...
© Acrimed

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DÉPARTEMENTALES : LE TRACT TROMPEUR DU FRONT NATIONAL (France)

Le parti d'extrême droite a diffusé début mars un tract montrant notamment les hausses d'impôts et du chômage, avec une visualisation douteuse.

10/03/2015 - Fort d'une dynamique créée lors des élections municipales puis européennes, le Front national mise beaucoup sur les élections départementales des 22 et 29 mars. Le parti d'extrême droite présente des candidats dans 95 % des 2 054 cantons, une première dans son histoire. C'est dans cette optique qu'il a diffusé début mars un tract au niveau national – quand les autres partis privilégient des supports de communication locaux.

Par ce document, le FN entend notamment dénoncer la situation de la France, qui subit un chômage élevé et des hausses d'impôts de ces dernières années. Quitte à utiliser une visualisation trompeuse.

1. Impôts et taxes : un graphique raccourci
C'est également l'un des principaux angles d'attaque de l'UMP : les hausses d'impôts successives ces dernières années. Par « taxes et impôts », le FN évoque ici les prélèvements obligatoires, qui incluent également les cotisations (assurance maladie, retraites, etc.).

Il est vrai que ces derniers ont augmenté ces dernières années, comme l'indique l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Les chiffres 2014 ne sont pas encore disponibles, mais l'augmentation constatée ces dernières années provient bien de mesures fiscales, dans les lois de finances et de financement de la sécurité sociale.

La visualisation choisie par le Front national souffre toutefois de trois biais :

- le premier est que l'axe des ordonnées ne commence pas à zéro, comme cela doit normalement être le cas, mais à 818,3 milliards d'euros. Cela donne une courbe à la « pente » beaucoup plus forte que réellement.

- le deuxième biais est qu'il manque deux années, 2009 et 2010. Choix étonnant… sauf lorsqu'on constate que ces prélèvements obligatoires ont diminué en 2009 (795,8 milliards d'euros), avant de recommencer à augmenter en 2010 (825,1 milliards d'euros) et de dépasser en 2011 le niveau de 2008. La baisse de 2009 est due à la récession qui a frappé le pays cette année-là (- 2,9 %).

- le troisième biais est que ces prélèvements obligatoires sont exprimés en volume (milliards d'euros). Or ils sont dépendants du produit intérieur brut (PIB) et de sa croissance : si le pays est en récession, comme en 2009, alors le volume diminue, comme on l'a constaté précédemment. Si le pays est en croissance, et donc s'enrichit, alors les prélèvements obligatoires augmenteront sans forcément que leur taux augmente. Il est plus judicieux de visualiser ces changements en mesurant la part de ces prélèvements obligatoires dans le PIB. Cela étant, dans ce cas, l'augmentation reste nette, de 42,1 % en 2007 à 44,7 % en 2013 – un niveau jamais atteint auparavant.

2. Chômage : un graphique lui aussi trompeur
Dans un second graphique, le Front national dénonce l'explosion du nombre de chômeurs, passé de 3,1 millions en décembre 2007 à 5,2 millions en décembre 2014. Le parti a ici choisi de retenir le nombre de chômeurs toutes catégories confondues : à la fois la catégorie A (aucune activité) et les catégories B et C (activité réduite). Ces chiffres, issus du ministère du travail, sont vrais.

La visualisation qui en est faite, elle, laisse à désirer. Le graphique souffre d'un double problème :

comme celui sur les prélèvements obligatoires, l'axe des ordonnées ne commence pas non plus à zéro, donnant la même impression d'une augmentation plus élevée qu'en réalité.

les points de référence choisis sont tous égaux (un an, de décembre à décembre)... sauf l'avant-dernier, juillet 2014 venant troubler la visualisation.

3. Des propositions qui n'ont rien à voir avec les conseils généraux
Dans son tract, le Front national mentionne plusieurs de ces propositions phares, comme « arrêter l'immigration », « mettre en place le patriotisme économique », « cesser la politique d'austérité » ou encore « faire de vastes économies sur l'immigration, la fraude fiscale et l'Union européenne ».

Problème : toutes ces thématiques ne sont aucunement du ressort des conseils généraux – et des futurs conseils départementaux. Ces derniers ont des compétences en matière d'aide sociale (soutiens en famille en difficulté, aux personnes handicapées, aux personnes âgées…), d'éducation (gestion des collèges), de culture (bibliothèques, musées) ou encore d'aménagement du territoire.

Alexandre Pouchard
© Le Monde

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LE MEETING DU 6 MARS CONTRE L’ISLAMOPHOBIE RATISSE LARGE AVEC SUCCÈS (France)

La Bourse du Travail de Saint-Denis était pleine à craquer vendredi 6 mars pour accueillir le meeting « contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire ». Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel d’une soixantaine d’organisations politiques et associatives à rejoindre le meeting unitaire. Un beau succès que les controverses précédant l'événement n’ont pas entaché et qui donne une plus grande envergure à la lutte contre l’islamophobie en France. Par Hanan Ben Rhouma

09/03/2015 - Malgré tout le coeur qu'aura mis l’essayiste Caroline Fourest et consorts pour discréditer le meeting contre l’islamophobie et les dérives sécuritaires, pas moins de 600 personnes – 800 selon ses initiateurs – se sont rendues à l’événement qui s’est déroulé à la Bourse du Travail de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), deux mois après les attentats commis en janvier au siège de Charlie Hebdo et à l’Hyper Casher. « Pour un phénomène (l’islamophobie) qui n'existe pas, il y avait beaucoup de monde pour le dénoncer ! », nous déclare, ravie, Houria Bouteldja, la porte-parole du Parti des Indigènes de la République (PIR), après le meeting.

Durant la longue soirée, devant un public attentif, une série de témoignages de responsables associatifs a été égrenée, à commencer par celui du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui a rappelé, par la voix de son président Samy Debah, la progression terriblement inquiétante des actes antimusulmans depuis les événements de janvier. Avec lui, plusieurs victimes suivies par l’association ont raconté leurs douloureuses expériences, dont un père convoqué par la police avec son fils de 9 ans pour « apologie du terrorisme ».

En finir avec la « chasse aux sorcières »
Sous des applaudissements nourris du public, les témoignages se sont succédé. Après Anissa Fathi pour Mamans Toutes Egales (MTE), qui a appelé le public à se mobiliser contre la circulaire Chatel, ce fut au tour de Hanane Karimi de témoigner des discriminations vécues par les femmes voilées dans la sphère éducative, en marquant l’assistance d'une empreinte émotive. « Je me sens persécutée », a déclaré en larmes la doctorante en sociologie, atterrée par la proposition d'interdiction du voile dans les universités servie dix ans après la loi de 2004. Face à la « chasse aux sorcières », elle dénonce « le racisme politique genré » et les violences « qui ont perdu l'apparence de la violence » mais qui prennent « l’effet d'une mort sociale des femmes musulmanes ».

« Le peuple France n’est pas islamophobe mais c’est l’Etat français qui est malveillant envers son peuple », a lancé pour sa part Abdel-Rahmène Azzouzi, un élu de gauche qui a démissionné avec fracas en février du conseil municipal d’Angers pour dénoncer l’islamophobie en France. Il prévient : adopter la loi anti-voile à l’université est une « ligne rouge » à ne pas franchir. Pour le moment, cette initiative liberticide n’est « absolument pas d’actualité » pour le Premier ministre Manuel Valls. Mais les inquiétudes ne se sont pas pour autant envolées.

Dérives sécuritaires et islamophobie, un lien direct
Pour Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature, dérive sécuritaire et islamophobie vont de pair car l’une entretient l’autre et vice-versa. S’insurgeant contre ce « terreau de la haine entretenu depuis des années » en France, il est temps pour elle de « questionner les pratiques politiques qui font les nouvelles formes de stigmatisation » qui ciblent particulièrement les musulmans, de même que « les dispositifs de répression attaquant les libertés fondamentales ». Il faut « ne pas se tromper de combat » et ne pas seulement « attendre la pénalisation (des actes islamophobes) car ce n’est pas cela qui changera la société. Or ce qu'on veut, c'est le changement de la société », lance Laurence Blisson.

Avant elle, Omar Slaouti, du collectif Ali Ziri, du nom d’un chibani mort en 2009 en région parisienne des suites d’une interpellation musclée, a embrayé sur les violences policières qui aboutissent parfois à des crimes « ouvertement racistes ». « Il n'y a pas de problème musulman en France. Pas de problème noir. Pas de problème rom. Il y a un problème français ! », a conclu Sihame Assbague, porte-parole du collectif Stop contrôle au faciès.

Encourager les débats de fond
Les polémiques ont été vives les jours précédant le meeting, jusqu’à pousser la direction des Verts à s’en désolidariser. Elles ont « paradoxalement été vécues de manière positive » parce que, outre « la publicité » générée autour de l’événement, elles ont « enclenché dans beaucoup d’organisations de vrais débats » sur la question de l’islamophobie, souligne Alain Gresh, un des initiateurs du meeting, auprès de Saphirnews. « Les organisations de gauche traditionnelle ont tendance à évacuer le problème, à prendre des positions sans débats de fond. Pour la première fois, on a un débat de fond qui, paradoxalement, n’a pas porté sur la nécessité de combattre l’islamophobie – parce qu’il y avait consensus – mais plutôt avec qui on se bat. »

Dénoncer la présence de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) – qui n’a pas pris la parole au meeting – ou encore celle du PIR « est évidemment un prétexte. Un front est forcément constitué de gens qui ne sont pas d’accord. Si tout le monde était d’accord, on serait dans la même organisation ! », lance le journaliste.

La diversité des signataires du meeting est une fierté pour ses initiateurs. « C'est une première en France : un tel arc de cercle qui va de l'UOIF au PC, en passant par le CCIF, MTE, le PIR, Attac et SUD, est en soi un événement exceptionnel qui prouve que la lutte contre l'islamophobie progresse et que les organisations sont de plus en plus convaincues. C’est la raison, mis à part les Verts (…), qui explique qu'elles n'ont pas cédé aux pressions, pourtant nombreuses », analyse pour sa part Houria Bouteldja. Le prochain rendez-vous pour ces organisations est fixé au 21 mars pour une manifestation à Paris contre le racisme et pour l'égalité.
© SaphirNews

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FRANCE : UNE PÉTITION POUR DÉBAPTISER L'HÔPITAL CHARLES RICHET DE VILLIERS-LE-BEL

C’est une banale recherche sur internet qui a conduit Paola Charles-Manclé à découvrir les thèses racistes défendues par Charles Richet, physiologiste français et lauréat du prix Nobel de médecine en 1913. Depuis, elle se bat pour débaptiser l'hôpital situé à Villiers-Le-Bel qui porte le nom du médecin. Par Edmond d'Almeida

09/03/2015 - Fallait-il donner à une institution publique le nom d'un médecin ouvertement raciste, fut-il Prix Nobel ? Paola Charles-Manclé, visiteuse bénévole à l'hôpital Charles-Richet de Villiers-le-Bel, en région parisienne, a cherché à savoir qui était celui qui avait donné son nom à l'établissement - et à la rue attenante. "Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour tomber sur les écrits horriblement racistes de ce monsieur", raconte Paola Charles-Manclé. Depuis, elle a lancé une pétition sur la plateforme Change.org pour débaptiser l'établissement ainsi que la rue.

Qui est Charles Richet ?
Car Charles Richet, Prix Nobel de médecine 1913 pour ses travaux sur l'anaphylaxie, est aussi l'auteur de thèses racistes. Dans L'Homme stupide (1919), il affirme : "Voici à peu près trente mille ans qu'il y a des Noirs en Afrique, et ils n'ont pu aboutir à rien qui les élève au-dessus des singes." Ou encore : "Les nègres continuent, même au milieu des Blancs, à vivre une existence végétative, sans rien produire que de l'acide carbonique et de l'urée. Crédules, obscènes, frivoles, paresseux, menteurs, ils déshonorent l'espèce humaine."

De telles thèses ont pu ne choquer que moyennement l'opinion publique à une époque où la colonisation était à son apogée. "Mais comment a-t-on pu donner ce nom à un hôpital construit dans les années 1960 alors que la France avait ratifié en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) dont l’article 1 dispose que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits" s’interroge Paola Charles-Manclé.

Premières victoires
La pétition qui a recueilli 30 000 signatures, porte finalement ses fruits. Le conseil municipal de Villiers-le-Bel s’apprête à voter fin mars le changement de nom de la rue où est situé l’établissement. Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, s'est également montré réceptif même si dans les faits, l'opération pourrait se heurter à un obstacle budgétaire.

La visiteuse bénévole espère qu'à défaut de débaptiser purement et simplement l'hôpital, les autorités accepteront au moins d'y ajouter le nom d'un humaniste.
© Jeune Afrique

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ONFRAY TRAITE VALLS DE "CRÉTIN" : DÉCRYPTAGE D'UNE POLÉMIQUE (France)

Une petite phrase dans une interview du philosophe au "Point" - "Je préfère une analyse juste d'Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou BHL" - a mis le feu aux poudres. Explications.

09/03/2015 - "Manuel Valls est un crétin." "Michel Onfray perd ses repères." Le philosophe Michel Onfray, qui se réclame de la gauche, et le Premier ministre Manuel Valls s'échangent des amabilités depuis dimanche.

Au coeur de la polémique, une petite phrase dans une interview de Michel Onfray au "Point" dans laquelle il dit préférer "une analyse juste" de droite (extrême) "qu'une analyse injuste" de gauche. Décryptage d'une passe d'armes qui a pris une nouvelle tournure lundi 9 mars alors que le philosophe a qualifié le chef du gouvernement de "crétin".

# La provocation
"Je préfère une analyse juste d'Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou BHL [Bernard-Henri Lévy, NDLR]." C'est la phrase à l'origine de la controverse. Dans une interview au "Point" datée du 25 février, Michel Onfray confie qu'il ne se sent "pas proche" des intellectuels BHL, Alain Minc et Jacques Attali "qui, me dit-on, sont de gauche".

Dans son interview, au cours de laquelle il tape à bras raccourcis sur une partie de la gauche, incarnée notamment par Manuel Valls, Michel Onfray précise donc qu'il "préfère une analyse juste d'Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou BHL".

Or, Alain de Benoist, essayiste et journaliste, est un ancien militant d'extrême droite. Figure de la "Nouvelle Droite", ce mouvement tantôt placé "entre droite et extrême droite", tantôt décrit comme "fasciste", Alain de Benoist assure néanmoins "n'avoir jamais voté pour le Front national".

En citant ce nom, Michel Onfray est cependant conscient de jouer la provocation. "Les Papous vont hurler !" prévient-il dans les colonnes du "Point".

# La réplique
Lors d'un entretien accordé à Europe 1/i-Télé/Le Monde, Manuel Valls lance dimanche une charge contre le Front national. Mais il profite aussi de son interview pour répondre aux critiques du philosophe qui dénonce, dans les colonnes du "Point", "une mafia qui se réclame de la gauche" et reproche notamment aux socialistes d'avoir abandonné leurs idéaux sur de nombreuses thématiques, comme l'école, l'emploi ou les inégalités hommes-femmes.

Et la référence à Alain de Benoist a visiblement fortement déplu au Premier ministre :
Quand un philosophe connu, apprécié par beaucoup de Français, Michel Onfray, explique qu'Alain de Benoist, qui était le philosophe de la 'Nouvelle Droite' dans les années 70 et 80, qui d'une certaine manière a façonné la matrice idéologique du Front national, avec le Club de l'Horloge, le Grece, [...] au fond vaut mieux que Bernard-Henri Lévy, ça veut dire qu'on perd les repères", dénonce Manuel Valls.

# L'insulte
"Manuel Valls est un crétin." Le philosophe n'a pas du tout apprécié le raccourci du Premier ministre. Dans son interview, il ne dit pas concrétement que Alain de Benoist "vaut mieux" que Bernard Henri-Lévy. Si l'on reprend ses termes, le philosophe assume "préférer une analyse juste d'Alain de Benoist à une analyse injuste de BHL".

La nuance est importante. Dans "Le Point", Michel Onfray s'empressait d'ailleurs d'ajouter : "Je préférais une analyse qui me paraisse juste de BHL à une analyse que je trouverais injuste d'Alain de Benoist."

Pour le philosophe, "Manuel Valls, l'ami de BHL, perd [donc] les pédales !"
S'il faut une explication de texte à Manuel Valls [...] je disais que, moi qui suis de gauche, je préférais une idée juste, fût-elle de droite, à une idée fausse même si elle est de gauche, surtout si elle est de gauche. Quel philosophe, quel citoyen même, pourrait soutenir le contraire d'ailleurs, sauf à préférer l'erreur et le faux pour des raisons idéologiques ? Ne pas souscrire à cette affirmation de bon sens élémentaire revient à dire qu'il vaut mieux une idée fausse avec BHL qu'une idée juste de droite."

Et Michel Onfray de se fendre d'un tweet outré, dans lequel il qualifie le Premier et le secrétaire d'Etat aux relations avec le parlement, Jean-Marie Le Guen, de "crétins".

Le Guen /JDD, Valls /Europe 1 prétendent que j'aurais dit "mieux vaut de Benoist que BHL" : quels crétins ! Voir : http://t.co/5c7YesX8xv
— Michel ONFRAY (@michelonfray) 8 Mars 2015

Le terme est fort. Mais, invité d'Europe 1 lundi matin, le philosophe libertaire confirme l'emploi du mot "crétin" pour qualifier le Premier ministre.
J'ai vérifié dans le dictionnaire, ça s'appelle un crétin. Ce n'est pas insultant, c'est familier."

Voilà qui est dit.

Renaud Février
© Nouvel Observateur

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POLÉMIQUE VALLS-ONFRAY : «LES NÉODROITIERS ONT CONTRIBUÉ À STRUCTURER LE FN, SANS EN DEVENIR LA MATRICE» (France)

Manuel Valls a accusé Michel Onfray de défendre Alain de Benoist, «philosophe de la Nouvelle Droite» qui aurait «façonné la matrice idéologique du FN». Qu'en est-il exactement ? Réponse avec le politologue Stéphane François.

09/03/2015 - Omniprésent dans la campagne des départementales, Manuel Valls a fait du Front national le premier adversaire de son camp. Et si bien creusé le filon qu’il est tombé sur un fossile politique : la «Nouvelle Droite». Dimanche, le Premier ministre s’en est pris au philosophe Michel Onfray, l’accusant de contribuer à une «perte des repères» face à l’extrême droite. «Quand un philosophe connu […], Michel Onfray, explique qu’Alain de Benoist - qui était le philosophe de la Nouvelle Droite dans les années 70 et 80, qui d’une certaine manière a façonné la matrice idéologique du Front national, avec le Club de l’Horloge, le Grece - […] vaut mieux que Bernard-Henri Lévy, ça veut dire qu’on perd les repères», a jugé Manuel Valls – quitte à déformer les propos de Michel Onfray.

De quoi s’agit-il au juste ? Eléments de réponse avec Stéphane François, historien et politologue spécialiste des droites radicales.

Qu’est-ce que cette Nouvelle Droite dont a parlé Manuel Valls ?
Stephane François chercheur CNRS, fondation JauresPour faire simple, c’est un courant de pensée de la droite radicale né en 1968. L’étiquette «Nouvelle Droite» lui a été appliquée en 1979, à l’occasion d’une campagne de presse contre lui. A l’origine, la Nouvelle Droite est pro-occidentale et assez raciste ; elle est favorable à l’unité européenne et défend la race blanche partout où elle se trouve. Elle se construit autour de deux institutions principales : le Club de l’Horloge et le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece). Fondateur de ce dernier, Alain de Benoist n’y participe plus depuis les années 80, tout en restant une figure importante de la mouvance.

A partir du début des années 80, le Grece va évoluer vers un discours antilibéral, fortement anti-américain et différentialiste – soit, dans la perspective de Claude Lévi-Strauss, l’idée de mettre les cultures sous cloches pour éviter qu’elles ne se métissent et ne disparaissent. Enfin, dans une période plus récente, le Grece a développé les thèmes régionalistes, écologistes et populistes. Il s’agit donc d’une mouvance très plastique.

L’autre caractéristique de la Nouvelle Droite, c’est d’avoir voulu faire de la «métapolitique». C’est-à-dire d’avoir jugé qu’avant de faire de la politique électorale, il faut gagner sur le terrain des idées, décider des termes du débat. C’est ainsi que l’on a retrouvé beaucoup de représentants de la Nouvelle Droite dans la presse, et notamment au Figaro, dans les années 70. Cette stratégie s’est cependant conclue par un échec, dont la Nouvelle Droite ne s’est jamais vraiment relevée.

La Nouvelle Droite a-t-elle joué un rôle de «matrice» pour le FN ?
Très clairement, ce n’est pas le cas pour Alain de Benoist, qui n’a rien à voir avec le FN. Il est vrai toutefois qu’une certaine partie de la Nouvelle Droite, sa tendance la plus identitaire, a joué un rôle au Front national. Quand Alain de Benoist s’est détourné des thèmes fondateurs de la Nouvelle Droite, certains membres de la tendance identitaire du Grece ont rejoint le parti, comme certains représentants du Club de l’Horloge, tels que Bruno Mégret. Ce petit monde restera au FN du milieu des années 80 à la fin des années 90, où il le quittera derrière Bruno Mégret. Les néodroitiers ont contribué à structurer le FN ; pour autant, on ne peut dire qu’ils en ont été la «matrice». Aujourd’hui, on ne trouve plus guère de représentants de la Nouvelle Droite au Front national – à une ou deux exceptions près, comme le conseiller personnel de Marion Maréchal-Le Pen.

La Nouvelle Droite est-elle une mouvance d’extrême droite ?
Au départ, oui, très clairement. Aujourd’hui, les choses sont plus complexes. On y trouve des militants identitaires, mais aussi des gens qui sont là pour d’autres raisons et n’ont pas grand-chose à voir avec l’extrême droite. Alain de Benoist ne cache pas son intérêt pour Marine Le Pen, mais il conteste le jacobinisme et l’islamophobie du Front national. Cela dit, à la lecture du magazine Elements, qui reste la publication de référence pour cette mouvance, je dirais que l’on peut toujours parler d’extrême droite – la coloration des articles étant de plus en plus identitaire. Et le différentialisme de la Nouvelle Droite reste profondément ambigu. Réagissant aux propos de Manuel Valls, De Benoist a dit se sentir «plus à gauche» que lui. Pourquoi pas, mais l’on n’oubliera pas que tout un pan de la droite radicale est anticapitaliste, dans la lignée de la révolution conservatrice allemande des années 20 et du national-bolchévisme.

Recueilli par Dominique ALBERTINI
© Libération

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FACE AU FN, DROITE ET GAUCHE ONT TOUT ESSAYÉ (France)

"Dramatiser" comme Valls ou "coloniser" comme Sarkozy? Depuis 30 ans, droite et gauche ont expérimenté plusieurs méthodes pour freiner la progression du Front national. L'Express les compare aux résultats obtenus par le parti d'extrême droite aux différentes élections. Par Matthieu Deprieck

09/03/2015 - Des 8,84% obtenus aux cantonales de 1985 aux européennes de 2014, le FN a connu une progression régulière. A une exception près: le début du mandat de Nicolas Sarkozy. Pendant toute cette période, droite et gauche ont mis en place plusieurs stratégies pour endiguer cette montée. Jusqu'à dramatiser l'enjeu comme le fait aujourd'hui Manuel Valls. "Je n'ai pas peur pour moi (...) J'ai peur pour mon pays, j'ai peur qu'il se fracasse contre le Front national", a déclaré le Premier ministre, dimanche lors d'une interview sur i-Télé/Europe 1/Le Monde. Pour quels résultat?

1. Intégrer: l'exemple des législatives de 1986
En 1986, la gauche s'attend à subir une défaite majeure aux législatives. François Mitterrand décide d'honorer une promesse inscrite dans son programme présidentiel de 1981 en changeant le mode de scrutin. Place à la proportionnelle intégrale. Ainsi, l'Assemblée reflétera plus justement les opinions des Français. Voilà pour la version officielle. En réalité, il s'agit surtout d'atténuer la victoire de la droite.

Résultat: le FN frôle les 10% de suffrages exprimés. 35 députés frontistes entrent à l'Assemblée. Deux ans plus tard, lors de la présidentielle, Jean-Marie Le Pen recueille 14,38% des voix et installe sa formation à la 4e place, devant le PCF.

2. Exclure: les régionales de 1998
Le second mandat de François Mitterrand voit le Front national s'installer durablement à un niveau électoral compris entre 10 et 15%. En 1995, Jacques Chirac lui succède avec un principe simple: ériger une digue entre la droite et le FN. Cette stratégie trouve son paroxysme lors des régionales de 1998. Pour la première fois, le parti de Jean-Marie Le Pen passe la barre des 20%. Il se rend ainsi indispensable pour bâtir des majorités de droite dans les conseils régionaux. La Bourgogne, le Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes et la Picardie basculent ainsi avec les voix d'extrême droite. Les quatre présidents, UDF, sont exclus de leur parti.

Résultat: le FN essuie un échec lors des européennes de 1999 (5,69%), un scrutin qui lui est historiquement défavorable. Aux municipales de 2001, le Front perd une partie des villes conquises en 1995. L'explication de ces échecs est plus à chercher dans la guerre interne à l'extrême droite -départ de Bruno Mégret- que dans cette stratégie de "digue". La preuve: le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen accède au second tour de la présidentielle.

3. Coloniser: la présidentielle de 2007
Candidat de la rupture à la présidentielle 2007, Nicolas Sarkozy se démarque de Jacques Chirac sur tous les plans. Il n'ignore plus les élus frontistes mais décide de reprendre les thèmes traditionnels de l'extrême droite, en plaçant notamment le thème de l'identité nationale au coeur de sa campagne.

Résultat: le FN essuie un revers de taille. A la présidentielle, Jean-Marie Le Pen récolte 10,44%. Aux législatives, il s'écroule à 4,29% en moyenne nationale. Le parti est exsangue. Le Front national accuse le nouveau président de la République de lui avoir "volé" ses électeurs.

4. Déconstruire: la présidentielle de 2012
Aux cantonales de 2011, le FN reprend sa marche en avant. Le "front républicain" vole en éclats à l'UMP et se fissure à gauche. Martine Aubry, alors première secrétaire du PS, mise sur une déconstruction du programme frontiste pour affaiblir la formation de Marine Le Pen. Quelques mois avant la présidentielle, elle dote le PS d'une cellule anti-FN. En octobre 2014, le nouveau patron du PS Jean-Christophe Cambadélis en crée une seconde. Les livres se multiplient sur le sujet (Najat Vallaud-Belkacem, le collectif La Gauche forte). Des guides sont envoyés aux militants pour répondre au discours frontiste.
Résultat: Marine Le Pen échoue à se qualifier pour le second tour de la présidentielle mais récolte un nombre de voix record (17,90%). Aux municipales 2014, le FN retrouve ses niveaux de 1995 et remporte 11 communes.

5. Dramatiser: les départementales de 2015
En juin 2014, pour la première fois de son histoire, le FN arrive en tête d'un scrutin. Les élections européennes sont pourtant loin de lui être favorable. Trois mois plus tard, Marine Le Pen prend à nouveau la place de numéro 1 dans un sondage pour la présidentielle 2017. Depuis l'Italie, le Premier ministre lance: "L'extrême droite et Marine Le Pen sont aux portes du pouvoir." Peu ou prou, ce qu'il clame en ce 8 mars 2015: "Est-ce que vous ne pensez pas qu'un Front national qui fait 25% aux élections européennes, peut-être 30% aux départementales, et ainsi de suite, ne peut pas gagner l'élection présidentielle? Pas en 2022, pas en 2029, mais en 2017."

Résultat: impossible de le savoir puisque les départementales se tiennent à la fin du mois. Les sondages sont toujours aussi flatteurs pour le FN, qui se moque bien du discours de Manuel Valls, comme dans ce tract.
© L'Express

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DES TRAVAILLEURS INDÉPENDANTS TRÈS COURTISÉS PAR L’EXTRÊME DROITE (France)

Le rassemblement des travailleurs indépendants, commerçants et artisans contre les dysfonctionnements de leur régime de protection sociale RSI n’a pas mobilisé comme escompté par les organisateurs. Mais il n’a pas échappé au FN, avec des catégories au cœur de son électorat. Lionel venturini

09/03/2015 - Il y avait comme un parfum de Manif pour tous ce lundi à Paris entre le sénat et l’Assemblée, pour le rassemblement de travailleurs indépendants partis en guerre contre leur régime de protection sociale, le RSI. Un peu de Bonnets rouges, de Contribuables associés et d’une trentaine en tout d’associations plus obscures, fédérant des artisans, travailleurs indépendants, commerçants. Ecrasés de « charges » bien sûr, et dont le souci de discrétion quant à leurs revenus parfois rend rétifs à l’impôt. Mais loin des « 20 à 50 000 » annoncés par leur porte-parole, Pascal Geay, c’est 5 000 tout au plus qui ont manifesté contre un système créé en 2006 par le gouvernement Villepin, regroupant les trois caisses de protection sociale des chefs d'entreprise. Et certes, cumulant les bévues, reconnues par le directeur général du RSI, Stéphane Seiller. « Le nombre de réclamations a reculé de 11 % entre 2013 et 2014, à 2 330 pour 2,1 millions de cotisants », affirmait-il le mois dernier dans Le Figaro. Au camion-sono, Pascal Geay flatte la foule en évoquant « des syndicats qui s’en mettent plein les poches », des mutuelles et assureurs accusés des mêmes maux, et réclame une enquête sur la gestion du système. Gilet jaune siglé « RSI=Racket » payé par la chambre de commerce de la Côte d’Opale et la ville UMP de Calais, Eric tonne lui contre « la nouvelle taxe qui finance les syndicats », à destination des organisations syndicales et patronales depuis janvier, à hauteur de 0,016 % de la masse salariale.

Comme un relent de poujadisme
Succès assuré auprès d’un public qui assimile les journalistes à des « putes », pense que l’Etat « l’encule tous les jours » ou qui se dit « fusillé par les taxes et les impôts ». Le noyau dur, en somme, d’artisans et commerçants qui en d’autres temps auraient été poujadistes. Et qui met sur le compte de Valls et Hollande les déboires d’un système créé… par la droite, en 2006. En marge du défilé, une petite association explique comment quitter la Sécu, tandis que le site de la réacosphère « Enquête et débat », proche des identitaires et complotiste à souhait, fait de la retape auprès des manifestants pour vendre des bandeaux publicitaires vantant un site « qui défend les petites et moyennes entreprises », et entend « mener des enquêtes que ne mènent pas les grands médias, notamment sur le marxisme sous toutes ses formes ».

Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen présents le temps de photos et interviews
Le Front national a senti là un coup à jouer auprès d’un électorat sensible à ses sirènes. Bien loin devant les ouvriers comme l’ont montré les travaux de Nonna Mayer et Florent Gougou. En 2012, 9 % seulement des ouvriers qui ont voté pour Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle se considéraient “de gauche”, contre 49 % “de droite”, d’après l’enquête French Electoral Study. De quoi plutôt parler d’un « droito-lepénisme », selon la chercheuse du Cevipof. Une délégation d’élus, emmenée par les députés Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen et quelques eurodéputés, est restée quelques minutes en bordure du rassemblement, le temps de photos et interviews, pour dénoncer « les kilos de charges » qui pèsent sur les artisans. « On devrait se mêler à eux, il y a des gens qui sont avec nous », a bien tenté Thibault de la Tocnaye, membre du bureau politique du FN.

Plusieurs voix dans le rassemblement ont protesté d’une manifestation « apolitique », suffisamment pour dissuader le Front de défiler. La délégation, une vingtaine de personnes en comptant les gardes du corps, s’est finalement repliée sur une terrasse du boulevard Saint-Michel. A droite, hormis Nicolas Dupont-Aignan et le maire UMP de Gisors Alexandre Rassaert, peu se sont montrés. Le collectif « Sauvons nos entreprises » a été reçu néanmoins par des députés UMP à l’Assemblée, représentants d’une droite aux aguets d’un mouvement qui, comme celui de la Manif pour tous, n’a au fond jamais accepté la victoire de François Hollande en 2012.
© L'Humanité

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TARIQ RAMADAN : «PROMOUVOIR L'ANTISÉMITISME EST ANTI-ISLAMIQUE» (France)

L'intellectuel musulman controversé était l'invité de l'UOIF à Montpellier. Plus de 3000 personnes se sont déplacées pour l'écouter. Par Guillaume Mollaret

09/03/2015 - «Tuer des innocents, promouvoir l'antisémitisme, c'est anti-islamique!» Brillant orateur, Tariq Ramadan a appelé, dimanche à Montpellier, les musulmans de citoyenneté française à respecter les peurs que les Français non musulmans peuvent nourrir à l'égard de l'islam. «Respecter les peurs, ce n'est pas s'y soumettre, mais se faire comprendre. Il faut faire ce travail de respect des peurs», a-t-il lancé.

Invité à prendre la parole devant plus de 3000 personnes rassemblées pour la 3e Rencontre annuelle des musulmans du Languedoc-Roussillon organisée par l'UOIF Sud au Parc des expositions de Montpellier, l'intellectuel a également appelé les musulmans à «écouter les doutes et les dérives de certains hommes et femmes qui ne connaissent même pas le b.a.-ba de l'islam et transforment notre religion en ce qu'elle n'est pas». Et l'Helvète, petit-fils de Hassan al-Banna, fondateur en 1928 des Frères musulmans en Égypte, d'appeler à faire taire «toute personne qui va, au nom de la religion, justifier l'antisémitisme ou la violence envers les femmes».

La ville voisine de Lunel en deuil
Exhortant les musulmans français à s'instruire et ne pas se laisser enfermer «dans une interprétation dogmatique de l'islam», il les a également amenés à s'interroger: «Que faites-vous pour comprendre votre religion? Pas sur YouTube, pas sur Facebook, mais dans des livres. Arrêtez d'être toujours dans les mêmes cercles. Les chiites sont des musulmans. Ceux qui disent le contraire n'ont pas le droit de le faire», avant d'avouer: «Nous ne savons pas gérer notre diversité.»

Cette 3e Rencontre organisée à Montpellier par l'UOIF régionale s'est déroulée dans un contexte particulier où la ville voisine de Lunel a vu six de ses habitants mourir dans des combats en Syrie auprès de Daech. Jamais, lors des différentes conférences organisées dans la journée, leur sort n'a directement été évoqué. Président de l'Union des musulmans de l'Hérault, Mohammed Khay justifie: «Il était important de véhiculer un message de tolérance et de paix. Les médias ont assez parlé de Lunel… Cette journée a vocation à rassembler. C'est un défi dans ce département. Ce n'était vraiment pas la peine d'en rajouter.»
© Le Figaro

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LE PEN ACCUSE VALLS DE "HAINE ET DE DISCRIMINATION À L'ÉGARD DES FRANÇAIS"

Le Premier ministre a déclaré "avoir peur" que la France "se fracasse contre le FN", qui pourrait réaliser un "score sans précédent" lors des départementales.

09/03/2015 - Marine Le Pen, présidente du Front national, a estimé lundi que Manuel Valls devrait quitter Matignon en cas de lourde défaite du PS aux élections départementales, et l'a accusé de "haine" et de "discrimination" à l'égard des électeurs du FN. "À partir du moment où Manuel Valls va d'estrade en estrade, il est le directeur de campagne pour les départementales pour le Parti socialiste, si le Parti socialiste se prend une déculottée, alors, je vois mal comment Manuel Valls peut ne pas démissionner le lendemain du second tour", a déclaré Marine Le Pen à BFM TV.

Le Premier ministre a déclaré dimanche "avoir peur" que la France "se fracasse contre le Front national", qui pourrait, selon lui, réaliser un "score sans précédent" à l'occasion des élections départementales des 22 et 29 mars. Il a ajouté qu'il resterait "sans aucun doute" à Matignon après ce scrutin. Ces déclarations témoignent d'une "haine et d'une discrimination à l'égard de millions de Français qui sont les électeurs du Front national", a réagi Marine Le Pen sur BFM TV.

"Les Français ne sont pas des enfants"
Le Premier ministre "passe sa vie à lutter contre le Front national. Ça n'est pas ce que les Français attendent de lui. Les Français attendent de lui qu'il lutte contre le chômage, contre l'insécurité, l'effondrement du pouvoir d'achat, la concurrence internationale déloyale, le terrorisme, le jihadisme", a-t-elle poursuivi.

"Les Français ne sont pas des enfants, ils attendent des réponses que les gouvernements successifs ne leur ont pas apportées, alors ils se tournent vers le Front national-Rassemblement bleu marine parce que lui a des solutions aux problèmes qui sont les leurs au quotidien", a également affirmé Marine Le Pen.
© Le Point

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LES VOLLEYEUSES DU CANNET VICTIMES D'INSULTES RACISTES (France)

Samedi, les volleyeuses du Cannet-Rocheville jouaient (et remportaient) un match de championnat à Terville-Florange. Mais les joueuses auraient été victimes d'insultes racistes pendant la rencontre.

09/03/2015 - Le racisme toucherait-il le monde du volley-ball ? Malheureusement, la bêtise ne semble plus se limiter aux seuls terrains de football ! Déplorable !

Et dire que la femme était à l'honneur hier...

Pourtant, ce millésime 2015 va laisser quelques traces douloureuses dans la tête des joueuses du Cannet-Rocheville, qui sont revenues de leur voyage en Lorraine avec deux points acquis sur le terrain, certes (victoire 3-2 après avoir été menées 2-0) mais surtout le cœur gros devant une telle dérive descendue des tribunes de la salle de Terville (un groupe de lycéens invités par le club lorrain ?).

Sur sa page facebook, Myriam Kloster a tout de suite voulu réagir après le match.

«C'est une victoire au goût amer, entachée par une partie du public local qui a proféré des insultes à caractère raciste tout au long de la soirée. Cela fait 8 ans que je joue en Ligue A et je n'ai jamais vu, ni entendu cela, mais je suis avant tout déçue et choquée qu'il n'y ait eu aucune réaction des dirigeants locaux ni des personnes présentes» écrit-elle à chaud.

Car c'est bien cette indifférence qui a le plus choqué la capitaine du Cannet.

«J'en ai informé l'arbitre (Carole Hepp) qui m'a répondu qu'elle ne pouvait rien faire. J'ai insisté auprès du deuxième arbitre et il est allé en informer la table de marque, mais rien n'a changé» précisait la capitaine du Cannet dès son retour hier après-midi.

Devant des faits aussi graves, les dirigeants du Cannet ont évidemment apporté tout leur soutien à leur capitaine et après une réunion avec les entraîneurs et les joueuses, ils décideront de ce qu'il y a lieu de faire pour éviter que de tels faits se reproduisent.

«Ces propos n'ont pas leur place dans une enceinte sportive, ni dans la société en général. Nous allons d'ores et déjà demander des éclaircissements au club de Terville et à la Ligue Nationale de Volley même si nous n'associons pas les dirigeants de Terville à ces propos tenus par quelques énergumènes isolés» déclarait Laurent Parienté, le vice-président du Cannet.
© Nice matin

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MANUEL VALLS : « J'AI PEUR POUR MON PAYS, QU'IL SE FRACASSE CONTRE LE FN » (France)

08/03/2015 - Interrogé lors du « Grand Rendez-vous » Europe 1 - i-Télé - Le Monde sur les élections départementales à venir, le premier ministre a insisté sur sa « peur » que la France « se fracasse contre le Front national », qui pourrait, selon lui, réaliser un « score sans précédent » lors de ce scrutin, mais aussi être en mesure de gagner l'élection présidentielle en 2017.

« Mon angoisse, puis-je vous parler de mon angoisse, de ma peur pour le pays ? C'est le FN à 30 %, pas au deuxième tour, mais au premier tour des élections. »

Alarmiste
« Les sondages indiquent que le Front national pourrait réaliser un score sans précédent » lors des élections départementales des 22 et 29 mars, a rappelé le premier ministre, avant de prédire et de mettre en garde :

« Il était déjà le premier parti de France aux élections européennes. Il peut l'être de nouveau à l'occasion des élections départementales (…). Est-ce que vous ne pensez pas qu'un Front national qui fait 25 % aux élections européennes, peut-être 30 % aux départementales, et ainsi de suite, ne peut pas gagner l'élection présidentielle ? Pas en 2022, pas en 2029, mais en 2017 ! »

Vives réactions à droite
Ces déclarations ont suscité de nombreuses réactions à droite. Le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, les a jugé sur Radio J « extravagantes », et a accusé le chef du gouvernement de « surjouer » le danger Front national (FN). L'ex-ministre Union pour un mouvement popualire (UMP) Rachida Dati s'est dite elle aussi « très choquée » par ces propos qui risquent de « faire monter » la formation d'extrême droite. Un argument largement répété à droite depuis que Nicolas Sarkozy accuse le Parti socialiste (PS) de faire volontairement le jeu du FN, par calcul électoral.

« Vocabulaire inadapté », a taclé le président du MoDem, François Bayrou, dénonçant en particulier la « stigmatisation » de Mme Le Pen revendiquée par M. Valls. « Si vous voulez faire monter le Front national, vous faites ça : vous allez à la télévision et vous dites “je vous stigmatise” », a regretté M. Bayrou.

Même tonalité chez Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts, pour qui on ne répond pas au FN « par l'angoisse » mais plutôt par la « bataille politique ». Xavier Bertrand, candidat à la primaire UMP de 2016, a lui raillé un premier ministre adepte de la « formule choc » plutôt que de l'action concrète.

Le président d'honneur du FN, Jean-Marie Le Pen, est allé au micro d'Europe 1 jusqu'à dénoncer une « phraséologie (…) assez fasciste » de la part de M. Valls, jugeant qu'il y avait « un peu de délire » dans de tels propos.

Valls restera « sans aucun doute » premier ministre
Interrogé par ailleurs sur la possibilité pour lui de rester à la tête du gouvernement en cas d'échec lors des départementales, Manuel Valls a répondu : « Sans aucun doute, mais là n'est pas la question. » Et d'ajouter :

« Je continuerai la mission que m'a confiée le président de la République, celle de réformer le pays. Mais ça n'est pas la question que se posent les Français. »

Le FN est immédiatement monté au créneau pour dire que M. Valls mettait au contraire « en jeu » son poste de premier ministre lors des départementales. « L'implication si prononcée et personnelle de Manuel Valls dans la campagne des départementales, au point d'en oublier ses obligations de chef du gouvernement en charge de la politique de la France, ne saurait être sans conséquence pour son avenir politique », a dénoncé le FN dans un communiqué.

En 2015, la France va « mieux »
Le premier ministre a par ailleurs profité de l'interview pour marteler que la France allait « mieux » en 2015, avec un certain nombre d'indicateurs certes « fragiles », mais « qui sont un encouragement », et marquent « le retour (…) de la confiance, et donc de la croissance ».

Le Parlement sera convoqué en session extraordinaire en juillet, a-t-il aussi confirmé, en répétant « ne rien exclure » quant à un éventuel nouvel usage de l'article 49-3 permettant de faire adopter un texte sans vote.
© Le Monde

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CASTELNAUDARY : "L'HUMOUR" TEINTÉ DE RACISME D'UN CANDIDAT AUX DÉPARTEMENTALES (France)

La caricature mise en ligne par André Zuliani, en lice à Castelnaudary, est très douteuse.

08/03/2015 - L'humour est un exercice délicat. Et la frontière qui le sépare du racisme le plus primaire est parfois ténue. En témoigne la mésaventure qui arrive à André Zuliani, candidat de l'union de la droite aux élections départementales des 22 et 29 mars, sur le canton de Castelnaudary. Celui-ci s'est distingué en mettant en ligne une caricature de Christiane Taubira en singe, à côté de la flamme du Front national, le 28 juillet 2014, sur son blog. La particularité de cette caricature est d'être signée Charb, mort dans l'attaque terroriste contre Charlie Hebdo. Ce dessin était d'ailleurs paru en 2013 dans l'hebdomadaire satirique. Petit détail : il était surmonté d'un titre ("Rassemblement bleu raciste"). Sa cible était donc clairement identifiée. "Pour dénoncer le racisme, il faut parfois le représenter ou en tout cas représenter l'image choquante qu'on veut dénoncer, expliquait le dessinateur à l'époque. On caricature Taubira mais pour dénoncer le racisme du journal d'extrême-droite "Minute" (qui avait comparé la ministre à un singe). Certains ont pris notre dessin au premier degré...».

«Est-ce que vous trouvez que la peine est adaptée ?"
André Zuliani n'a pas eu peur de reprendre ce dessin sur son blog, sans le titre "Rassemblement bleu raciste" - ce qui en modifie le sens -, et à côté d'un texte ("Parodie de justice") où il dénonçait "le lynchage dont est victime Anne-Sophie Leclère". Cette ancienne tête de liste FN lors des élections municipales 2014, avait été condamnée à 9 mois d'emprisonnement ferme pour avoir publié sur sa page facebook un photomontage comparant Christiane Taubira à un singe. "Est-ce que vous trouvez que c'est une peine adaptée à la faute qu'elle a commise ?, s'interroge André Zuliani. Avec cette caricature, je faisais référence à celle pour laquelle Anne-Sophie Leclère avait été condamnée". Le problème, c'est que la caricature qui illustre son propos n'est pas celle qui a valu une condamnation à la candidate FN. L'autre problème, c'est qu'André Zuliani "condamne toutes les caricatures, y compris celles de Charlie Hebdo". En ignorant visiblement que celle qu'il a mise en ligne provient de ce journal... Ancien président audois du Rassemblement pour la France (RPF), qu'il a quitté depuis plus d'un an, André Zuliani semble avoir quelques difficultés à garder ses distances avec l'extrême-droite. En 2012, il avait appelé à voter Morio (FN), contre Pérez (PS) au 2e tour des législatives...
© L'Indépendant France

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POURQUOI LE VOTE FN NE DOIT JAMAIS DEVENIR «CASHER» (France)

Les représentants de la communauté juive en France ne doivent pas faire tomber la digue entre le parti de Marine Le Pen et les autres.

08/03/2015 - Être juif en France, c’est décidément pas facile tous les jours. D’abord parce qu’il y a l’antisémitisme avec son lot de violences, d’insultes et de calomnies grossières.

Mais la tragédie juive se situe également dans la frustration des juifs à expliquer en des termes simples et clairs ce que c’est qu’être juif... À chaque fois, pauvres Shylock que nous sommes, nous essayons de déconstruire les clichés en nous efforçant d’être un peu plus pédagogiques que les fois précédentes. Quelques exemples en vrac:

- Le judaïsme est une religion mais se dire juif ne signifie pas nécessairement croire en Dieu.
- Oui, je suis juif et non, je ne suis pas israélien.
- Être sioniste c’est... Non, laisse tomber.
- On peut être juif, israélien mais préférer le houmous libanais.
- Tous les juifs n’exercent pas des professions libérales.
- Un juif, ça peut voter à gauche (ça peut même parfois voter pour Cheminade un lendemain de cuite).
- Je n’ai rien contre les musulmans
- On peut être marié à une femme juive sans pour autant être «sous influence juive» (sauf si celle-ci montre des prédispositions pour l’hypnose), etc etc.

La récompense de ce travail de pédagogie? Trois fois rien, juste la satisfaction un peu naïve de voir les préjugés reculer de quelques millimètres. Jusqu’au moment où l’indéboulonnable Roger Cukierman, président à perpétuité du Crif, vient saborder votre lent et patient travail de déconstruction des idées toutes faites sur les juifs en affirmant sans ciller que «toutes les violences aujourd’hui (...) sont commises par des jeunes musulmans.»

Pauvre israélite que vous êtes, vous avez tant bien que mal essayé de vous extirper de ce sempiternel combat de coqs judéo-musulman auquel certains se plaisent à vous cantonner, que ce monsieur vient, une fois de plus, vous ramener à votre irréductible avatar d’épouvantail à musulmans. Il faudrait donc que vous vous taisiez parce qu’un vieux chnoque qui affirme parler en votre nom avance qu’être jeune et de confession musulmane conduit immanquablement à prendre d’assaut des épiceries casher armé d’une kalashnikov?

Décidément en forme, Cukierman a ensuite embrayé en affirmant que, quoique son parti demeure encore infréquentable, Marine Le Pen est «personnellement irréprochable», accélérant ainsi les fiançailles improbables entre la candidate frontiste et la frange la plus à droite des électeurs juifs.

Que le président du Crif soit tenté de trouver pertinentes les idées de Marine Le Pen (ou du moins sa «personne»), c’est après tout son droit le plus stupide strict tant que cela reste confiné à l’isoloir. Mais de là à se transformer en VRP des concepts lepénistes en charge du marché israélite, il y a un fossé que Cukierman franchit allègrement!

Ne s'était-il pas d’ailleurs félicité de l’accession au second tour de Jean-Marie Le Pen en 2002, y voyant pour les musulmans l’occasion de «se tenir tranquilles»? On se souvient également de l’interview dans Haaretz de l’ancien président du Crif Richard Prasquier qui affirmait, à la veille de l’élection présidentielle de 2012, que Marine Le Pen ne lui inspirait pas d’inquiétude particulière puisqu’elle avait uniquement dans son collimateur les immigrés et les musulmans...

Le Crif, le boulet des juifs de France
Mon propos n’est pas ici de contester l’utilité du Conseil représentatif des institutions juives de France: le Crif fait un travail nécessaire dans l’organisation du judaïsme français afin notamment que celui-ci reste fermement chevillé à la République.

Mais le Crif devient le boulet des juifs de France lorsqu’il se met à se mêler de politique intérieure, qu’il appelle à voter pour tel ou tel candidat ou qu’il se transforme en ambassade officieuse d’Israël. Comme l’a très justement souligné une blogueuse juive –The Sefwoman–, le dîner annuel du Crif n’est-il pas «finalement une réunion de mecs qui toute l’année expliquent que les juifs ne dominent pas le monde, contrairement à ce que pensent les antisémites, et qui salopent tout en un soir en faisant se déplacer toute la classe politique»?

Le Crif, au fond, est aux juifs ce que la CGT est aux travailleurs: un protecteur zélé, parfois envahissant qui ne fait pas toujours bien la différence entre la défense des intérêts de ceux qu’il défend et la recherche de privilèges. Pour autant, la réalité est à des kilomètres de la vision méphistophélique que certains se font de cette institution car, si celle-ci était réellement l’officine diabolique qu’Alain Soral décrit, pourquoi chaque minorité chercherait-elle son Crif avec autant de mimétisme (les musulmans avec le CFCM ou encore les noirs avec le Cran)?

Au sein de la communauté juive, on sait de moins en moins sur quel pied danser lorsqu’on évoque le FN. Il y a bien sûr tous ceux, républicains, à qui le vote FN fait traditionnellement horreur. Ceux qui affirment qu’il leur est impossible de donner leur voix au FN car ils gardent l’affaire du point de détail en travers de la gorge. Mais on compte dorénavant celles et ceux qui ont déjà franchi le pas en votant FN sans que cela ne s’ébruite trop.

Pour Marine Le Pen, l’enjeu de ces disputes juives autour de son «irréprochabilité» ou de son éventuelle «fréquentabilité» est bien plus grand qu’il n’y paraît: si les juifs, par l’entremise de leurs instances représentantes, décrètent que le Front national n’est plus antisémite, la digue tombe et le parti créé par Jean-Marie Le Pen devient un parti quasiment comme les autres (un parti désormais «juste» homophobe, nationaliste, islamophobe, réactionnaire, xénophobe).

Au-delà de l'antisémitisme
C’est le calcul cynique que fait Mme Le Pen en choyant les juifs de France: quelque chose comme «si à force de mamours, les juifs finissent par m’accorder leur blanc seing, les autres pourront-ils continuer à me traiter de nazie»?

Marine Le Pen peut-elle dans un avenir proche devenir casher? J’invite mes coreligionnaires à imaginer que celle-ci soit irréprochable comme le prétend Roger Cukierman. Oublions les crânes rasés, négationnistes et autres nostalgiques de Vichy et, l’espace d’une minute, prêtons à Marine Le Pen un philosémitisme énergique! Une fois lavé de l’accusation d’antisémitisme, son parti devient-il pour autant une formation politique recommandable? Ses raccourcis qui font de chaque musulman un terroriste potentiel relèvent-ils soudain de l’analyse sérieuse? Le sort peu enviable que cette aspirante chef de l’État réserverait aux minorités les plus fragilisées comme les Roms se ferait-il avec notre assentiment?

Bref, n’y a-t-il rien d’outrageusement problématique dans le programme politique et moral du FN, si l’on fait abstraction de son antisémitisme supposé?

Aux instances du Crif, je n’aurais donc qu’une chose à dire: défendre les juifs, c’est aussi défendre les musulmans, les Noirs, les Roms, les immigrés, les homosexuels lorsqu’ils sont attaqués par les populistes de tous bords. Être de tous ces combats nous honore mais nous garantit aussi que, le moment venu, les autres prendront notre défense lorsque nous serons pris pour cibles. Sans quoi le Crif, dont la mission est d’oeuvrer au bien-être des juifs de France, ne pourra que constater la solitude grandissante de ces derniers.

Joachim Cohen
© Slate

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MIXITÉ SOCIALE: LA DISCRIMINATION POSITIVE EST «OFFICIALISÉE» , DÉNONCE LE FN (France)

07/03/2015 - Marine Le Pen, présidente du FN, a jugé samedi que la discrimination positive était «officialisée» dans la fonction publique après les annonces de Manuel Valls en matière de mixité sociale.

Deux mois après les attentats de janvier, le gouvernement a dévoilé vendredi ses pistes pour raviver le lien à la République dans les quartiers sensibles, en s’appuyant sur l’éducation et surtout le logement pour casser l’effet ghetto.

«L’énième plan Banlieues présenté par Manuel Valls ne laissera aucun souvenir et sera sans effet tant il reprend les poncifs traditionnels de la politique de la ville, pourtant en échec depuis des années», dénonce Mme Le Pen dans un communiqué.

«Une annonce attire cependant notre attention, au sujet des recrutements dans la fonction publique. Manuel Valls a en effet déclaré que +l’Etat, la fonction publique doivent être à l’image de ce qu’est la réalité du pays+, ajoutant +l’accès au concours doit donc être beaucoup plus ouvert et diversifié+», ajoute la présidente du Front national, pour qui «la discrimination positive dans l’accès à la fonction publique» est ainsi «officialisée».

Selon elle, «derrière ces déclarations assez floues, il y a clairement l’idée d’un renforcement de la discrimination positive, qui vise à créer des passe-droits et des passerelles en fonction de critères personnels, comme l’origine ethnique ou le lieu d’habitation par exemple, et non pas selon le mérite comme l’exigent les principes de notre République».

Marine Le Pen «demande au président de la République de condamner explicitement toute forme de discrimination positive quitte à recadrer ses ministres, et au gouvernement de renoncer à ses projets».
© Libération

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CE MEETING CONTRE L'ISLAMOPHOBIE QUI DIVISE LA GAUCHE (France)

Vendredi soir se tenait à la Bourse du Travail de Saint-Denis un rassemblement "contre l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire". Malaise dans les rangs de la gauche alors que certaines associations participantes sont perçues comme communautaristes et porteuses d'un islam politique. Par Alexandre Sulzer

07/03/2015 - D'emblée, le ton est donné. Le meeting contre "l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire" s'ouvre sur la parole d'Ismahane Chouder, de l'association Mamans toutes égales. A la Bourse du Travail de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), elle dénonce la "campagne de criminalisation des signataires" de cet appel.

Les principales organisations anti-racistes que sont le Mrap, la LDH, SOS Racisme ou la Licra se sont d'ailleurs abstenues. En revanche, l'appel a été entendu par le PCF et le NPA ainsi que des structures polémiques comme l'Union des organisations islamiques de France (UOIF, proche des Frères musulmans), le Parti des Indigènes de la République, les Indivisibles, Présence musulmane (proche de Tariq Ramadan) ou encore le Collectif enseignant pour l'abrogation de la loi de 2004 (CEAL). Le texte dénonce à la fois l'islamophobie et "le Patriot Act à la française".

"Les signataires nous posent problème"
Malaise dans les rangs de la gauche. Le Parti de Gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon refuse de s'y associer. Son coordinateur général, Eric Coquerel, confie à L'Express: "Le terme d'islamophobie nous pose problème depuis plusieurs années. Il est difficile en effet de faire la part entre la libre critique de la religion et le racisme. Le texte par ailleurs ne cite pas les autres formes de racisme. Dans un contexte post-attentats, il aurait fallu un appel plus large..." "Par ailleurs, poursuit le dirigeant, les signataires nous posent problème. Il s'agit pour certains d'organisations communautaristes ou d'organisations qui ont une vision politique de l'islam."

Le parti Ensemble!, composante avec le PG du Front de Gauche, partage, lui, un avis contraire. "Il y a urgence à ce que la gauche de transformation sociale prenne la mesure d'un racisme spécifique prenant la religion musulmane comme prétexte", écrivent plusieurs de ses militants. Un soutien au meeting qui, précisent-ils, "ne signifie bien évidemment pas que nous partageons l'entièreté des positions défendues par les autres organisations signataires". Autre composante du Front de Gauche: le Parti communiste français. Après en avoir débattu, le PCF a décidé de maintenir sa signature à l'appel mais il a été décidé de n'envoyer aucun représentant au meeting, précise-t-on place du colonel Fabien.

EELV divisé sur le sujet
Capharnaüm également au sein d'Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV). Après un débat mardi au bureau exécutif, la formation écologiste décide de retirer sa signature de l'appel. Sans faire trop de publicité à ce sujet. Au Lab, le chef de file des députés EELV, François de Rugy, regrette qu'on "en vient parfois à accepter les discours insupportables d'organisations pour qui les discriminations justifieraient quelque part la radicalisation des jeunes et in fine les attentats". "C'est le moment ou jamais de trancher une bonne fois ces débats entre nous", conclut-il.

Las, plusieurs figures du parti, comme les eurodéputés Eva Joly, Yannick Jadot, Karima Delli ou le député Sergio Coronado annoncent le 3 mars qu'ils soutiennent le meeting. "Nous voulons rompre avec ce regard méprisant et colonial des uns sur les autres qui conditionne la discrimination, notamment islamophobe, et peut en inciter une infime minorité à tomber dans le radicalisme violent", écrivent-ils. L'ancienne secrétaire nationale Cécile Duflot reste, elle, silencieuse... "Le débat n'est pas simple. Les deux camps l'instrumentalisent, regrette en off une personnalité influente d'EELV. Il y a une logique périlleuse à avoir deux gauches qui s'affronteraient: l'une laïque et l'autre islamo-compatible. C'est une vision binaire qui nous met dans la merde, reconnaît cette personne. Il ne faut pas alimenter la querelle sur des sujets aussi graves." Le malaise est plus que palpable.

Exiger de ne pas être antisémite, sexiste et homophobe: de l'islamophobie?
Sur la scène de la Bourse du Travail de Saint-Denis, devant une foule hétéroclite, composée de femmes voilées ou non-voilées, de jeunes et de vieux militants, Ismahane Chouder dénonce le fait que l'on "demande toujours aux musulmans une irréprochabilité" sur "l'antisémitisme", "le sexisme" et "l'homophobie". Une exigence qui serait elle-même "caractéristique de l'islamophobie".

Le collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), qui intervient ensuite, pointe du doigt rien de moins qu'un "racisme d'Etat qui ressemble à ce qu'on a vécu dans les années 30". Si son président Samy Debah assure que "les Français ne sont pas islamophobes", il met en garde contre "des gens qui sont une puissance médiatique et politique et qui cherchent à diviser les citoyens".

Des politiques peu nombreux
Pour écouter ces prises de parole véhémentes, les politiques ne se sont pas bousculés. Madjib Messaouedene, conseiller municipal délégué de Saint-Denis, prend le micro pour expliquer l'absence du maire (PCF) de la ville Didier Paillard. S'il n'est pas là, c'est pour ne pas "se faire accuser" de vouloir récupérer des voix, assure-t-il. Seul élu à prendre la parole, Abderrahmane Azzouzi, ancien adjoint au maire (SE) d'Angers, qui met en garde: "Si l'Etat n'invite pas les musulmans à la table de la République, attention à ce que les musulmans ne lui retournent pas un jour la table sur la tête!"

D'ores et déjà, certaines formations de gauche préfèrent oublier cette soirée et les divisions. "On souhaite participer à la manifestation contre les racismes du 21 mars dont le spectre est plus large", glisse à L'Express Eric Coquerel du PG. Qui observe qu'en l'état, le texte de l'appel ne lui semble pourtant pas acceptable. La gauche n'a pas fini de phosphorer.
© L'Express

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DES PÂTISSERIES RACISTES À GRASSE ? OBSCÈNES ET INJURIEUSES, ELLES DOIVENT ÊTRE RETIRÉES (France)

Deux pâtisseries suscitent la polémique à Grasse. Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) dénonce des "caricatures négrières, obscènes et injurieuses", exige leur retrait immédiat et se réserve le droit de porter plainte. Nassurdine Haidari, président du Cran de la région PACA, y voit l'expression du retour du "racisme colonial".

07/03/2015 - Le racisme se niche parfois dans les détails, c’est peut-être ce qu’il faudra retirer de cette triste représentation obscène et injurieuse de ce petit gâteau de M. Tavonaro, appelé sournoisement "les dieux" ou "les déesses".

Certes, ce dernier se défendra de toute pensée raciste, il nous dira qu’il ne souhaitait pas blesser ou heurter la sensibilité d’une population. Il nous réaffirmera que son passé et son présent plaident pour sa cause. Et surtout, qu’il ne faudrait pas voir dans ces petites friandises une once de racisme.

Des caricatures négrières indignes
Outre le fait qu’il est difficilement imaginable de voir son enfant croquer le pénis surdimensionné d’un homme sorti des pires caricatures négrières du XVIIe siècle et de bouffer les seins en chocolat d’une femme complètement nue, au vagin à l’air, reprenant l’ensemble des clichés d’antan quand l’homme noir était considéré comme une bête sauvage, c’est bel est bien l’impensé raciste de ce boulanger que le Cran a voulu mettre en évidence.

Le racisme ne peut et ne doit pas entrer dans ce lieu qui est l’un des derniers bastions du vivre ensemble, la boulangerie. M. Tavorano devrait le savoir, mais il ne veut vraisemblablement rien entendre, renforcé dans son délire raciste par certaines personnes qui au nom de la liberté de s’exprimer confondent liberté d’expression et expression raciste.

Certaines personnes me diront qu’il ne s’agit que d’un petit gâteau, dans une petite vitrine d’une boulangerie de Grasse. Qu’il ne faudrait pas s’offusquer, qu’il y a peut-être un petit parfum de mauvais goût, à la limite du ridicule.

Je leur rétorquerais que le ridicule ne tue pas, il fait bien pire parfois, il peut conduire à la banalisation des fantasmes les plus vils de notre société. Il peut conduire à structurer l’impensée collectif et il peut repousser les limites d’un "racisme" de bon aloi et racisme dit "acceptable".

Des pâtisseries tout sauf innocentes
D’ailleurs, qui n’a pas souffert de ces bonbons "tête de nègre" ou de ces petits gâteaux "bamboula" qui aiguisaient la méchanceté des enfants à l’égard de leurs camarades noirs ? Qui n’a pas été assimilé à ces petites friandises pour se voir rabaisser par ces insultes qui fusent parfois dans certaines disputes ("toi, bamboula", "toi, tête de nègre") ?

Mais qui, de grâce, oublierait que le racisme s’est nourri pendant longtemps, trop longtemps, de ces caricatures pour dire sans parler, pour montrer sans désigner que le Noir était un sous-homme, qu’il n’était qu’une bête de somme, bête et méchante aux organes sexuels protubérants ? Qui oublierait que ces caricatures "innocentes" ont abreuvé les thèses les plus ségrégationnistes et les plus racistes de notre histoire ?

M.Tavonaro n’est pas un citoyen lambda ou un boulanger excentrique, il est également le président du club de football local, l'Union sportive du club de Grasse, regroupant de nombreux enfants d'origines diverses. Ces considérations devraient lui faire prendre conscience que certains actes peuvent avoir de lourdes conséquences sur le vire ensemble et que la représentation de l’autre en nous en est la clef.
© Nouvel Observateur

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L'INFLUENCE NÉO-NAZIE INQUIÈTE EN ALLEMAGNE

10/03/2015 - La démission du maire d'une petite commune de l'est de l'Allemagne, menacé par des néonazis depuis qu'il avait accepté un centre d'accueil de réfugiés, suscite depuis ce matin l'inquiétude parmi les responsables politiques du pays. Markus Nierth, maire sans étiquette de Tröglitz, commune de 2.700 habitants située dans l'Etat régional de Saxe-Anhalt, avait annoncé samedi qu'il quittait ses fonctions.

Il avait expliqué qu'il se sentait menacé par des manifestations organisées par le parti néonazi NPD depuis qu'il avait accepté d'accueillir une quarantaine de réfugiés dans un bâtiment inoccupé du village. L'édile affirme démissionner non par peur mais pour dénoncer un manque de soutien politique à son égard, assurant que sa famille et lui étaient devenus des "cibles" du NPD. "De la part des partis politiques, je me suis senti délaissé", a-t-il dit dans un entretien à l'agence allemande DPA. "Par ailleurs, j'avais besoin d'être légalement protégé. Si j'avais eu cette sécurité, je n'aurais pas démissionné. En tant que petit maire, je suis devenu une victime", a-t-il ajouté alors que le NPD a organisé des manifestations sous ses fenêtres pendant plusieurs semaines.

Des responsables politiques nationaux ainsi que certains médias ont exprimé mardi leur préoccupation après la décision de M. Nierth. "Je comprends l'inquiétude qu'éprouve Markus Nierth pour lui et sa famille", a déclaré la secrétaire générale du parti social-démocrate SPD, Yasmin Fahimi, au quotidien régional Kölner Stadt-Anzeiger. Mais "il n'est pas acceptable que quelqu'un soit contraint de démissionner parce qu'il s'engage en faveur des minorités et trouve des néonazis sur son chemin".

L'un des responsables des Verts allemands, Cem Özdemir, a lui aussi regretté que M. Nierth en soit arrivé là. "Quand dans notre démocratie et notre Etat de droit, un maire élu ne se sent plus protégé face à la plèbe brune, il faut tirer tous les signaux d'alarme".
© Le Figaro

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BELGIQUE : DES MUSULMANS LANCENT UN COLLECTIF POUR UN ISLAM CITOYEN

11/03/2015 - Des musulmans belges ont créé un collectif pour un islam citoyen en Belgique. Dénommé « Initiatives citoyennes pour un Islam de Belgique (ICIB) », ce collectif est né suite à une demande de plusieurs femmes qui ont vu leurs enfants rejoindre les rangs de groupes jihadistes en Syrie, indique 7sur7. L’objectif est de ne pas laisser les jeunes seuls face aux discours des prédicateurs radicaux et éviter que ces derniers ne gangrènent les relations entre les Belges de religions différentes.

« En tant que Belges musulmans, on a décidé de définir nous-mêmes notre manière de voir l'islam », a indiqué Khalil Zeguendi, coordinateur de l’ICIB, qui a souligné que le collectif souhaite « un islam compatible avec un Etat de droit ».

L’ICIB a déjà mis en place des antennes à Bruxelles, en Wallonie, à Anvers et à Leuven. Elle propose des formations sur le fonctionnement institutionnel pour les imams et les enseignants de religion islamique. Mardi, elle a aussi présenté une charte qui propose, entre autres, l’adhésion des citoyens au respect de la primauté des lois, des libertés d'expression, de conscience et de croyance, ainsi que de l'égalité entre hommes et femmes.
© Yabiladi

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TRANSGENRES: VIOLENCE, DISCRIMINATION ET ACCÈS À L’EMPLOI POINTS NOIRS DE LA BELGIQUE

La Belgique doit encore mener un travail important dans le domaine de la lutte contre la violence, la discrimination et l’accès à l’emploi pour les personnes transgenres, pointe mercredi une première étude européenne comparative sur la situation des personnes transgenres, à laquelle ont participé 6.579 personnes issues de 28 pays et s’identifiant comme transgenre.

11/03/2015 - «Dans une de ses principales conclusions, la Fundamental Rights Agency démontre dans son étude que 50% des répondants se sont sentis discriminés lorsqu’ils se sont lancés à la recherche d’un emploi. Ce qui les a poussés à cacher leur expression sexuelle ou leur identité», explique Joz Motman, du Centre de Sexologie et de Troubles de l’Identité du Genre à l’hôpital universitaire de Gand (UZ Gent).

Près d’une personne transgenre sur trois se dit discriminée dans sa recherche d’emploi en Europe. Le chiffre s’élève à 53% en Belgique, soit le pourcentage le plus élevé d’Europe. «Ce résultat peut découler du fait qu’en Belgique, un nombre plus élevé de personnes transgenres ont effectivement fait la démarche de rechercher un travail, contrairement à d’autres pays», selon M. Motmans, qui estime que les personnes transgenres peuvent se manifester plus ouvertement en Belgique et aux Pays-Bas. «C’est un cercle vicieux. Un gouvernement devrait non seulement encourager les gens à être qui ils sont, mais également ajuster la législation anti-discrimination.» L’extension de la loi anti-discrimination aux critères d’identité de genre et d’expression de genre est toutefois une excellente initiative en ce sens, pointe le chercheur.

La problématique de la violence concerne 42% des européens transgenres.

Les chiffres montrent également qu’en comparaison avec d’autres pays européens, les transgenres belges ont un accès plus facile aux soins de santé et seulement 15% se sentent discriminés dans ce domaine, soit le quatrième meilleur score d’Europe.

La première conférence européenne sur les soins transgenres se tiendra à Gand du 12 au 14 mars prochains. «Transgender Health Care in Europe» a pour but de réunir médecins, scientifiques et chercheurs de différentes disciplines afin de discuter des moyens d’améliorer les soins dispensés aux personnes transgenres, annonce l’UZ Gent.

Plus d’informations sont disponibles à l’adresse www.epath.eu
© L'Avenir

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ERIC ZEMMOUR À BRUXELLES : QUAND DES PATRONS AFFICHENT LEUR XÉNOPHOBIE, LES POLITIQUES ET INTELLECTUELS S'EN LAVENT LES MAINS (Belgique)

09/03/2015 - Ce 6 janvier 2015, le patronat francophone a offert un cadeau de nouvelle année à toutes les communautés discriminées en Belgique : des grand-messes célébrant la pensée d'Eric Zemmour à l'occasion de son dernier pamphlet raciste, islamophobe, sexiste et homophobe, Le suicide français.

Rappelons que cet événement s'inscrit dans la lignée d'une année 2014 marquée par l'accession d'anciens dirigeants d'une organisation d'extrême-droite fondée par un collaborateur au gouvernement fédéral, le "dérapage" du patron des patrons bruxellois, Thierry Willemarck, promettant des "coups de pieds au cul" des "maghrébins", les testings de Metro ayant démontré à la colère affichée des représentants patronaux la banalité des discriminations raciales au sein des entreprises belges, la dénonciation par l'écrivaine Saskia De Coster d'un acte de négrophobie par le personnel de la SNCB, la condamnation de la Belgique par l'ONU pour racisme d'Etat, le rapport de la Commission Européenne catégorisant la Belgique comme l'un des pires Etats membres en matière de lutte contre les discriminations à l'égard des musulmans et la répression des crimes racistes, la multiplication des articles incitant à la haine raciale ou religieuse dans les médias amenant même le Théâtre Royal Flamand (KVS) à s'insurger publiquement, le communiqué du FOREM indiquant que le racisme devenait un obstacle majeur dans la remise à l'emploi des chômeurs concernés, la mise en place d'une législation d'exception et discriminatoire sous prétexte du conflit Syrien.

Il n'est pas besoin de s'attarder sur l'absurdité du "constat" que Zemmour prétend dresser. Citations tronquées, concepts philosophiques à peine digérés dans une dialectique où la thèse tient lieu de synthèse, références absentes, anecdotes métaphoriques, statistiques erronées,... la méthodologie ne tient pas une seconde et ne peut prêter à la contradiction : nulle rationalité ne peut être opposée à l'absurdité. Ne demeurent que des pulsions primitives : retrait identitaire, rejet de l'autre, négation de la citoyenneté, destruction de l'humanisme contemporain, glorification d'un passé mythifié. Tout comme sa pauvre rhétorique destinée à lui éviter de nouveaux procès ne peut changer la réalité : Zemmour a été condamné par le passé pour incitation à la discrimination raciale à l'embauche, vient de justifier la livraison des "juifs étrangers" à l'extermination par Pétain et préconise de mettre les Français musulmans dans des avions ou des bateaux à destination d'on ne sait où. Il n'y a rien à discuter. On adhère. Ou pas.

C'est cet homme que Marc Filipson, patron de la librairie Filigranes, et les dirigeants des très élitistes Cercle de Lorraine, Cercle de Wallonie et B19, regroupant principalement les membres de notre "élite" patronale, ont décidé d'inviter et médiatiser. Inviter de leur propre initiative et non simplement recevoir. Médiatiser, au travers d'une campagne savamment orchestrée dont aucun auteur belge n'a jamais bénéficié.

Filipson s'est bien sûr défendu de tout acte politique. Il s'agissait simplement selon lui d'une "banale" séance de dédicaces sans autre signification que commerciale. Il passe sur le fait qu'il a personnellement invité Zemmour. Sur le fait que cette séance était concomitante de l'invitation de cercles patronaux. Sur le fait qu'il a pris l'initiative de le présenter en des termes très élogieux au Cercle de Lorraine. Sur le fait qu'il l'a une nouvelle fois posé en "victime" en annulant cette séance sous prétexte de "menaces" qui auraient mis à mal la "liberté d'expression". Sur le fait qu'il n'a déposé aucune plainte en justice et que les seules "menaces" connues sont les protestations publiques de diverses associations et l'annonce d'une manifestation, dont la tenue même l'insupporte et qu'une membre du Cercle de Lorraine a qualifié de "terrorisme intellectuel". Sur le fait que malgré cette annulation, il a personnellement reçu Zemmour à Filigranes pour en faire symboliquement le "Roi" de Bruxelles en lui offrant une galette en ce jour d'épiphanie. Sur le fait qu'il a très cyniquement affirmé dans ce contexte qu'il pourrait inviter "par hasard" (les guillemets sont présents dans le communiqué de Filipson) Michel Houellebecq, pour son dernier roman islamophobe.

Les cercles précités s'en sont également défendus. Selon le Cercle de Lorraine, il s'agit simplement de discuter de l'ouvrage d'un "intellectuel" qui "fait avancer le débat d'idées". Il passe sur le fait que choisir des thèses prônant la discrimination raciale et religieuse pour faire avancer ses "idées" est un acte politique. Sur le fait que, non, ces cercles ne reçoivent pas tous les intellectuels. Sur le fait qu'il ne s'agissait pas d'un débat mais d'une conférence non contradictoire. Sur le fait que ces cercles ont vendu Le suicide français et organisé des conférences de presse pour Zemmour dans leurs locaux.

Quelles sont les répercussions de cette action patronale ? Les forum de nos média ont été durant quelques jours le siège d'un déferlement de commentaires racistes, xénophobes, homophobes et islamophobes. Les groupuscules d'extrême-droite Nation et PP ont manifesté leur soutien à Zemmour, à Filigranes et au patronat au nom de la lutte contre "le fascisme islamo-gauchiste". Un théoricien de la frange réactionnaire de l'extrême-droite, quasi-inconnu jusque là dans notre pays, a bénéficié d'une couverture médiatique sans précédent. Son ouvrage dont les ventes avoisinaient chez nous le zéro absolu s'écoule désormais "par brouettes entières" aux dires d'un Filipson qui s'en frotte les mains. Pour la première fois à Bruxelles nos élites ont applaudi un discours xénophobe, sexiste et homophobe, d'un homme qui ne connaît rien à notre pays mais se permet de déclarer à la tribune que "La Belgique est d'avantage soumise au lobby LGBT que la France", "La Belgique est plus malade que la France", "Bruxelles (...) draine une population cosmopolite, multiculturelle (...) refusant de s'intégrer", "Bruxelles (...) est déconnectée du reste du pays, de moins en moins belge (...) est vouée à la violence", "Vous avez été contaminés par les moeurs barbares", le "totalitarisme féministe empêche désormais toute distinction entre homme et femme", "la prétendue égalité de sexualité n'est qu'un salmigondis pour cacher (...) des caprices sexuels",... Voila le "débat d'idées" auquel nos élites ont assisté enthousiastes sans aucun... débat.

Face à cet événement nos hommes politiques et nos intellectuels ont fait preuve, dans le meilleur des cas, d'une condamnable passivité. Aucune réaction des partis politiques. Seule une élue ECOLO a eut le courage de s'indigner publiquement et a prié, à tort selon moi, le bourgmestre socialiste Yvan Mayeur d'empêcher la venue d'Eric Zemmour. Mayeur, tout en condamnant moralement les propos de Zemmour, s'y est refusé au nom de la liberté d'expression. Il a eut raison. On peut cependant regretter qu'Yvan Mayeur, comme d'autres représentants de l'exécutif, n'a pas eu la même attitude lorsqu'il s'est agit d'interdir, en dehors de tout cadre judiciaire, la venue de prédicateurs islamistes ou de Dieudonné. Le bourgmestre libéral d'Uccle, Armand De Decker, allant quant à lui jusqu'à affirmer que "un journaliste (Zemmour) ne lance pas n'importe quoi sans raison" lorsqu'on lui opposa les dérives islamophobes et xénophobes dudit journaliste, lui apportant par là un soutien ferme et sans ambiguité et se refusant à jamais le droit de parler au nom des citoyens bruxellois musulmans ou d'origine étrangère.

En guise d'intellectuel, seul Guy Haarscher, professeur de philosophie à l'Université Libre de Bruxelles, prit publiquement la parole pour défendre la venue de Zemmour au nom de "la liberté d'expression" et la lutte contre le "politiquement correct". Le même Guy Haarscher qui lors de la venue d'un Dieudonné soutenait publiquement sa censure par notre exécutif. Contradiction ? Pas pour Haarscher qui, toujours à la pointe des combats gagnés d'avance, nous illumine d'un "pour le dire vite, Dieudonné et Soral ont plus largement pété les plombs qu'Eric Zemmour. Ils ont vraiment tenu des propos contraires aux lois contre le racisme et l'incitation à la haine". Face à cette argumentation aussi désolante qu'erronée on ne peut qu'espérer qu'Haarscher ignore que Zemmour a été condamné par la justice française en vertu des mêmes lois qui ont conduit à la condamnation de Dieudonné ou Soral. Mieux vaut croire en la faiblesse méthodologique de nos universitaires qu'en leur mauvaise foi. Ou peut-être a-t-il parlé trop "vite" ?

La phraséologie utilisée par Filipson et d'autres ne peut cacher qu'il n'est pas question ici de liberté d'expression. Zemmour s'exprime non seulement librement mais avec bien plus de moyens que n'en rêveraient nombre d'organisations politiques. Et cela ne pose en soi pas problème. J'ai déjà rappelé, concernant le cas Dieudonné, que la censure à priori par l'exécutif n'est pas et ne sera jamais acceptable. Fixer le cadre de la liberté d'expression appartient au législateur et son interprétation aux tribunaux dans des procédures contradictoires à posteriori. Que Zemmour s'exprime donc. Des procédures judiciaires ont été à nouveau engagées en France concernant certains de ses propos. Aux magistrats de le sanctionner le cas échéant.

Non, la problématique ici est toute autre. Il ne fait en effet aucun doute que les leaders du patronat francophone, et plus largement des "élites" gravitant autour d'eux, ont posé ce jour un acte politique. Un acte normalisant la xénophobie, l'homophobie et la discrimination à l'embauche. Il n'en fait pas plus que nos dirigeants politiques et nos intellectuels en ont posé un autre. Un acte proclamant que si l'antisémitisme devait être censuré sans discussion, il n'en est pas de même des autres formes de racismes, de l'islamophobie et de l'homophobie. Un acte violant donc une nouvelle fois le principe de l'Etat de droit et humiliant des communautés qui ne pourront que réagir en se repliant encore plus avant.

Filipson peut vitupérer, il est de son droit et en son pouvoir de fournir une tribune à Zemmour. D'importer le climat haineux français, bien plus vivace qu'en Belgique, dans notre pays. Il ne l'est pas de nous empêcher d'afficher la plus ferme condamnation morale face à cet événement qui ne peut que susciter craintes et inquiétudes quant au futur. Il ne l'est pas de nous interdire de dénoncer la médiocrité intellectuelle de ceux qui se veulent notre élite. Il n'est l'est pas de faire taire notre mépris pour cette caste qui travaille désormais ouvertement, peu importe que cela soit conscient ou non, à diviser la population, développer l'exclusion et attiser les haines inter-communautaires, déjà à peine soutenables, pour mieux consolider ses privilèges.

Par Shanan Khairi
© MédiaPart

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L'HÉRITAGE NAZI, UN POISON DANS LES RELATIONS ENTRE BERLIN ET ATHÈNES (Grèce/Allemagne)

12/03/2015 - Il faut bien le dire, les relations entre l’Allemagne et la Grèce sont très tendues. Et cela n’est pas dû uniquement au duel entre les ministres des finances des deux pays, Wolfgang Schäuble et Yanis Varoufakis, où le premier souhaite imposer au second sa politique d’austérité. Les ressentiments anti-allemands de plus en plus forts en Grèce – on se souvient de l’accueil qui avait été réservé à Angela Merkel lors de sa visite à Athènes en 2012 – ravivent une histoire vieille de 70 ans : la question des réparations pour les crimes de guerre commis par les nazis.

En effet, le régime nazi avait imposé, en 1942, à la Banque Centrale grecque un prêt pour subvenir aux « efforts de guerre » d’un montant de 476 millions de Reichsmark. Jamais remboursé, il est aujourd’hui chiffré à 11 milliards d’euros.

Mais cela ne s’arrête pas là. L’occupation nazie en Grèce fut l’une des plus sanglantes en Europe – avec plusieurs massacres similaires à celui d’Oradour-sur-Glane, des pillages et l'appropriation de biens et de nourriture – durant laquelle plus de 500 000 Grecs ont trouvé la mort. Pour le gouvernement d'Athènes, les réparations pour ces crimes s’élèveraient à 162 milliards d’euros, soit la moitié de la dette actuelle du pays. (Certaines sources, comme le journal To Vima, parlent même de 332 milliards.)

Alors pourquoi la Grèce n’a-t-elle jamais rien vu de cet argent ? L’accord de Londres sur les dettes allemandes, signé en 1953, repousse tout remboursement et toute réparation au jour où un « traité de paix » final serait signé. C’est – de fait – le cas en 1990, quand les Alliés signent le traité « 2 + 4 » avec les deux Allemagnes. Le chancelier allemand de l’époque, Helmut Kohl, fait bien attention à ne pas mentionner le mot « paix ». La Grèce ni voit que du feu et approuve tout en oubliant de renouveler sa demande de réparations. Pour l’Allemagne, l’affaire est close et, selon le porte-parole du gouvernement fédéral, « la question a perdu sa légitimité ».

Alexis Tsipras, cependant, demande une réouverture du dossier. Selon lui, le remboursement de 115 millions de marks effectué par les allemands en 1960, suite à un accord de dédommagement avec les pays occidentaux, est resté bien loin de ce qui est dû à la Grèce. Il accuse Berlin d’avoir usé d’astuces légales pour éviter de payer le montant total de ses dettes.

Affirmant que cela n'a rien à voir avec le bras de fer politique actuel et qu'il s'agit plutôt d'un « droit inassouvi », le nouveau Premier ministre grec n’est pas le premier à faire cette demande. Or, il pourrait bien être le plus sérieux. Il menace aujourd’hui de saisir les biens immobiliers de l’Etat allemand en Grèce et de les vendre aux enchères. Les bénéfices reviendraient aux associations de victimes des nazis.

Par Julien Clin
© France TV Info

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MANUEL VALLS DÉNONCE L'ANTISÉMITISME "QUI RENAÎT EN EUROPE" (Pologne)

Le Premier ministre était en visite mercredi en Pologne, où il s'est notamment rendu dans l'ancien ghetto de Varsovie.

11/03/2015 - Manuel Valls, en visite au musée Polin de Varsovie racontant l'histoire de la communauté juive de Pologne exterminée pendant la Shoah, a dénoncé mercredi un antisémitisme "qui renaît en Europe". Sur le perron du musée, devant le grand monument à la mémoire des héros du ghetto de Varsovie massacrées par les nazis, le Premier ministre français a rappelé sa "détermination" à combattre ce phénomène.

"On a crié 'Mort aux Juifs' à Paris, à Budapest, dans des villes allemandes aussi. A Londres. L'antisémitisme revient, sous des formes différentes", a averti Manuel Valls. "L'antisémitisme ancien, ancré, mais aussi un antisémitisme nouveau qu'on retrouve parfois dans nos quartiers, qu'on retrouve sur internet et qu'évidemment en France nous combattons avec détermination", a-t-il ajouté. "Et au moment où l'extrême droite, le populisme, renouent avec des propos antisémites, racistes, homophobes, sexistes, il faut en permanence rappeler la force de nos valeurs", a fait valoir le Premier ministre, qui avait déposé une gerbe au pied du monument un peu plus tôt.

Manuel Valls a rendu hommage aux Juifs de Pologne, soulignant qu'ils "étaient entre 3 et 4 millions" avec seulement "300.000 survivants après la Shoah". Le Premier ministre effectue un voyage de deux jours en Pologne, dont la première journée a été dominée par un hommage au syndicat Solidarnosc à Gdansk puis la visite du musée Polin de Varsovie.

Par Marie-Laure Combes
© Europe 1

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ROYAUME-UNI: NIGEL FARAGE SUSCITE UN TOLLÉ EN ÉVOQUANT LA FIN DE LA LOI ANTIDISCRIMINATION

Le chef du parti populiste Ukip a évoqué son souhait de revenir sur les lois antidiscrimination en Grande Bretagne.

12/03/2015 - A moins de deux mois des législatives, Nigel Farage renchérit dans le populisme. Au point de créer un tollé au Royaume-Uni. Le leader du parti anti-immigration Ukip, a déclaré, ce jeudi, qu'il était favorable à l'abolition de la plupart des lois sur la discrimination raciale à l'embauche. Elles ne sont plus nécessaires, selon lui.

"La loi mérite d'être changée pour que l'employeur ait le choix, appelez ça de la discrimination si vous voulez, de recruter un Britannique s'il le désire", dit Nigel Farage dans un documentaire qui sera diffusé la semaine prochaine sur Channel 4. Se posant en défenseur des petites entreprises "qui ont peur d'embaucher à cause d'une législation trop lourde", il abolirait "la plupart" des dispositions encadrant la discrimination, "valables il y a 40 ans" mais, selon lui, inutiles aujourd'hui.

"Il ne sait plus quoi inventer pour se faire remarquer"
Cette proposition a été accueillie par un mouvement d'indignation dans le pays. "Il ne sait plus quoi inventer pour se faire remarquer", ont grincé les services du Premier ministre conservateur David Cameron. "C'est la chose la plus choquante que j'ai entendue de la bouche d'un homme politique et cela témoigne d'une ignorance crasse", a réagi Sadiq Khan, député de l'opposition travailliste.

Le Labour a dévoilé des chiffres cette semaine montrant que le chômage de longue durée pour les jeunes issus de minorités ethniques avait augmenté de 49% depuis 2010 et l'arrivée au pouvoir de David Cameron.

"On m'a mal compris"
Sommé de s'expliquer, Nigel Farage a assuré, dans une tribune sur le site de The Independent, que ce n'était "pas une question de Blanc et de Noir" et que ses propos ne faisaient que "louer les progrès dans les relations raciales et en termes d'égalité" accomplis au Royaume-Uni.


L'Ukip "est l'unique parti" proposant de faire jouer la préférence nationale, "que les employeurs soient libres d'embaucher des travailleurs britanniques quel que soit leur croyance ou leur couleur", a-t-il ajouté. Il a estimé que "les vrais racistes sont ceux qui entendent 'blanc' lorsque je dis 'Britannique'". "Arrêtons de nous auto-flageller en disant que nous sommes un pays raciste. Nous ne le sommes pas. Nous avons dépassé cela depuis longtemps", a-t-il insisté dans une interview à la BBC.

Sauf que la plupart des observateurs de la société nient que les lois antidiscrimination soient devenues superflues outre-Manche.

L'Ukip, dont le principal credo à ses débuts était l'opposition à l'Union européenne, a progressivement focalisé son programme sur l'immigration. Nigel Farage s'est à de nombreuses reprises défendu des accusations de racisme qui pèsent sur son parti, vainqueur des élections européennes en mai 2014, et crédité de 15% des suffrage pour les législatives de mai prochain. Mais les tentatives de rendre son parti respectable sont régulièrement torpillées par les commentaires sexistes ou racistes de membres ou militants de l'Ukip.
© L'Express

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UNE ORGANISATION MUSULMANE BRITANNIQUE ATTRIBUE SON PRIX DE L'«ISLAMOPHOBE DE L'ANNÉE» À CHARLIE HEBDO

11/03/2015 - Deux mois après l'attentat contre Charlie Hebdo, une organisation musulmane basée à Londres, l'Islamic Human Rights Commission, vient de décerner son prix d'«Islamophobe de l'année» au personnel décimé du journal satirique, rapporte Newsweek.

Parmi les nominés dans cette catégorie figuraient aussi Benjamin Netanyahou et Barack Obama, mais le président de l'Islamic Human Rights Commission, Massoud Shadjareh, a expliqué que les votants –des membres de la communauté musulmane anglaise– avaient plébiscité Charlie Hebdo. Il a précisé à Newsweek que la nomination de Charlie Hebdo était «satirique»:

«Dans un certain sens, je trouve que c'est approprié. Charlie Hebdo reprochait aux musulmans de ne pas avoir de sens de l'humour et de tout prendre au premier degré. On nous demandait de ne pas trop prendre ces critiques au sérieux.»

La suite de ses explications fait douter du caractère «humoristique» de la récompense. Shadjareh explique en effet que s'il condamne les attentats de Charlie Hebdo, il pense qu'il ne faut pas absoudre l'hebdomadaire de toute responsabilité, étant donné que la publication d'une caricature de Mahomet dans le numéro suivant l'attentat a déclenché des manifestations violentes (et meurtrières), notamment au Niger et au Pakistan. Une explication qui revient à mettre sur le même plan un massacre prémédité et la publication de caricatures susceptibles de déclencher des manifestations. «On ne peut pas dire qu'un côté est responsable et l'autre pas», a-t-il résumé.

Shadjareh n'en est pas à sa première controverse. En décembre, il expliquait au site russe Russia Today que l'Etat islamique est soutenu et armé par l'Angleterre et les Etats-Unis.

L'organisation Islamic Human Rights Commission a pourtant un statut consultatif auprès de l'ONU depuis 2007 et sa cérémonie de trophés annuel avait été soutenue entre autres (avant l'édition 2015) par Rowan Williams, l'ancien archevêque de Canterbury.

Parmi les autres vainqueurs de la soirée, il y avait aussi la ministre de l'Intérieur britannique Theresa May, «distinguée» pour une loi antiterroriste de février qui demande aux écoles d'identifier les élèves à risque de radicalisation islamiste. Dans la catégorie des prix «positifs», la petite ville canadienne de Cold Lake a été récompensée. Après la découverte de grafittis antimusulmans sur la mosquée locale, les habitants s'étaient rapidement mobilisés pour les effacer et les remplacer par des messages de soutien.

Repéré par Claire Levenson
© Slate

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MONDIAL 2018: UN VICE-PRÉSIDENT DE LA FIFA DÉNONCE LE RACISME EN RUSSIE

FOOTBALL - Jeffrey Webb, à la tête d'un groupe de travail de la Fifa luttant contre le racisme, estime que la Russie ne pourrait pas décemment accueillir, à l'heure actuelle, la Coupe du monde.

13/03/2015 - Le racisme en Russie fait peur à la Fifa. "La Russie est un immense défi pour la Fifa et la Coupe du monde si l'on s'en tient au racisme, a ainsi déclaré l'un de ses vice-présidents, Jeffrey Webb, à ESPN jeudi. Nous ne pourrions pas tenir une Coupe du monde dans les conditions actuelles".

Président de la Confédération de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes, Jeffrey Webb a été nommé à la tête de la "Taskforce anti-racisme" de la Fifa il y a un an. Et ce qu'il a constaté chez le prochain hôte de la Coupe du monde 2018 nécessite selon lui des mesures urgentes.

"Le ministre du sport (Vitaly Mutko), également membre du comité exécutif de la Fifa, a reconnu qu'il y avait beaucoup de travail à faire en terme d'éducation. Et je crois à présent qu'ils vont lancer des réformes pour des programmes en matière de diversité, a ajouté Webb, originaire des Iles Caïmans. Notre Taskforce possède du personnel dédié à ces questions, qui travaille étroitement avec la Russie pour les mettre en oeuvre.
© L'Express

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LE CONSEIL NATIONAL VEUT POURSUIVRE L'HOMOPHOBIE (Suisse)

Le National a donné suite à une initiative parlementaire de Mathias Reynard visant à étendre la norme pénale antiraciste à la discrimination basée sur l'orientation sexuelle. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer.

11/03/2015 - L'homophobie devrait être combattue en Suisse au même titre que le racisme. Par 103 voix contre 73, le National a donné suite ce mercredi 11 mars à une initiative parlementaire de Mathias Reynard (PS/VS) en ce sens. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer et son aval n'est pas acquis.

Le projet vise à étendre la norme pénale antiraciste à la discrimination basée sur l'orientation sexuelle. Il s'agit de combler un vide juridique, a expliqué Rebecca Ruiz (PS/VD) au nom de la commission.

La législation actuelle ne permet en effet pas de s'attaquer aux propos homophobes exprimés en termes généraux, comme «tous les homos dans des camps». Le Tribunal fédéral refuse la qualité pour agir aux associations de protection des droits des personnes homosexuelles dans le domaine des infractions à l'honneur.

Un gay ou une lesbienne ne peut pas non plus se prévaloir d'une infraction à l'honneur à son encontre lorsque des propos homophobes, sont proférés envers la communauté homosexuelle. Or la banalisation de l'homophobie haineuse fait d'énormes dégâts. Un jeune homosexuel sur cinq fait une tentative de suicide, a souligné Mathias Reynard.

Opposition à droite
La droite ne voulait rien entendre de ce projet. Selon elle, le droit actuel suffit et il faudrait plutôt miser sur des campagnes de sensibilisation. La constitution permet de sanctionner les actes discriminatoires commis par des autorités étatiques. Le code civil protège les citoyens contre les atteintes à leur personnalité.

La diffamation, la calomnie et l«injure font partie des délits contre l«honneur, sanctionnés par le code pénal. La violence physique et les menaces exercées à l«encontre des personnes homosexuelles sont déjà passibles de sanctions.

La majorité conservatrice n'a en outre pas souhaité privilégier l'orientation sexuelle par rapport à d'autres critères de discrimination, comme l«âge ou le handicap. Quant à Oskar Freysinger (UDC/VS), il est allé jusqu'à se plaindre, sous les huées de la salle, d'être victime d'UDC-phobie.

Les sénateurs trancheront
Les opposants peuvent encore miser sur le Conseil des Etats, dont la commission préparatoire a émis un préavis défavorable par 4 voix contre 3 et 3 abstentions.

Les sénateurs ont outre déjà rejeté par 22 voix contre 13 une initiative cantonale de Genève allant dans le même sens que le texte de Mathias Reynard mais demandant en sus une modification de la constitution. Le National a accepté par 102 voix contre 81 la proposition genevoise.

Mariage et adoption
Les députés ont en revanche refusé par 92 voix contre 85 et 8 abstentions de donner suite à une pétition de la session des jeunes demandant l'égalité juridique des couples homosexuels et hétérosexuels. Les travaux sur ce sujet ont déjà été entamés, a expliqué Beat Flach (PVL/AG) au nom de la commission.

Le Parlement se prononcera bientôt sur l'adoption. Le Conseil fédéral lui propose d'autoriser les personnes liées par un partenariat enregistré à adopter, mais uniquement les enfants des partenaires. Cette possibilité devrait aussi être offerte aux concubins.

La commission des institutions politiques du National est par ailleurs en train de rédiger un projet visant à mettre sur pied d'égalité les couples de lesbiennes et de gays avec les couples hétérosexuels en matière de naturalisation facilitée.

Enfin, la commission des affaires juridiques de la Chambre du peuple a donné suite à une initiative parlementaire demandant l'ouverture du mariage aux homosexuels. Son homologue du Conseil des Etats doit encore se prononcer.

Pour maintenir la pression, la gauche et les Vert'libéraux ont soutenu la pétition.
© 24 Heures CH

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EXPLOSION DE L’IMMIGRATION IRRÉGULIÈRE VERS L’UE EN DÉBUT D’ANNÉE

L’immigration irrégulière vers l’Union européenne a plus que triplé en début d’année, selon l’agence européenne pour la surveillance des frontières (Frontex), qui voit la tendance se poursuivre au printemps sur fond de crises géopolitiques.

13/03/2015 - «L’année 2015 a commencé, toute Union européenne confondue, avec une hausse de 250% des franchissements irréguliers de la frontière extérieure» en janvier et février par rapport à la même période de 2014, a déclaré le patron de Frontex, Fabrice Leggeri, lors d’une rencontre avec la presse vendredi à Paris.

Début mars, Frontex, qui siège à Varsovie, avait déjà fait état d’un quasi triplement des arrivées en 2014 par rapport à l’année précédente.

L’UE a le plus grand mal à gérer ce phénomène, faute d’une vraie solidarité entre les Etats dans l’accueil des migrants et demandeurs d’asile, ce qui fait le jeu des mouvements xénophobes.

La poussée du début d’année s’explique notamment par l'«afflux très important en provenance des Balkans» via la Hongrie, a détaillé M. Leggeri, soulignant que 10.000 Kosovars étaient arrivés en janvier «pour demander l’asile».

La Hongrie a demandé en février une intervention de Frontex qui a déployé en mars, et «pour au moins deux mois», une opération de renfort aux frontières, avec l’appui de cinq pays, dont la France.

Mais la hausse s’explique aussi par les arrivées irrégulières par la route de Méditerranée centrale (de la Libye vers le sud de l’Italie), qui «ont augmenté de 42%» en janvier-février par rapport à la même période de 2014.

«La Libye est dans un tel état de délitement qu’elle est devenue la voie idéale de l’immigration irrégulière», a fait valoir le directeur exécutif de Frontex, qui avait déjà affirmé qu’entre 500.000 et un million de migrants sont prêts à embarquer depuis les côtes libyennes.

Il a toutefois souligné que, «depuis quelques semaines», le nombre de Syriens passant par la Libye était «en très forte diminution», à la fois parce que le pays est devenu très dangereux, et aussi du fait de la politique de visas adoptée par plusieurs pays voisins de la Libye.

Le nombre d’immigrés illégaux avait déjà presque triplé en 2014, avec 274.000 entrées, contre un peu plus de 100.000 en 2013, selon des données fournies en début du mois par Frontex.

'Pic de l’immigration irrégulière'
Le ministre italien de l’Intérieur Angelino Alfano avait déjà averti jeudi à Bruxelles que, «si la question libyenne n’est pas résolue, il est inutile de parler d’immigration avec l’espoir de bloquer les départs». Selon lui, la priorité doit être de traiter sur place les demandes d’asile.

M. Leggeri a dit «redouter» que le mouvement se poursuive au printemps «qui malheureusement marque le pic de l’immigration irrégulière», dans un contexte de «destabilisation du monde tout autour de l’Union européenne».

A la Libye s’ajoutent la Syrie, l’Erythrée, la Somalie... «Pour l’instant l’Ukraine n’a pas d’impact sur la frontière extérieure», mais en cas d’aggravation de la crise la Pologne serait en première ligne, a-t-il prévenu, rappelant qu’il y avait «un million de personnes déplacées» dans ce pays en guerre.

M. Leggeri s’est toutefois félicité d’une certaine prise de conscience des responsables européens, qui devrait lui permettre de tabler en 2016 «au moins sur le même budget qu’en 2015», soit 115 millions d’euros.

Interrogé sur l’opération Triton en Méditerranée, qui a été prolongée «jusqu’à fin 2015 au moins», M. Leggeri a souligné le délicat équilibre que Frontex devait trouver entre impératif humanitaire et dissuasion du trafic d’êtres humains.

«Si nous accréditons l’idée que le passage est sans danger, cela fait plus de victimes parmi les migrants, cela fait plus d’immigration irrégulière y compris de migrants économiques», a-t-il affirmé.

Sur le terrorisme, M. Leggeri a assuré que Frontex pourrait apporter une aide ponctuelle pour «des opérations conjointes ou ciblées dans quelques aéroports ou frontières terrestres». Mais «Frontex, ce n’est pas la CIA européenne», a-t-il insisté, rappelant que son mandat ne prévoit pas de «définir le profil de terroristes potentiels».
© Libération

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ETO’O HONORÉ POUR SON COMBAT CONTRE LE RACISME (Europe)

Samuel Eto’o a reçu lundi la médaille européenne de la tolérance décernée par le Conseil européen de la tolérance et de la réconciliation. L’ONG tenait à récompenser le Camerounais pour l’ensemble de son combat face au racisme.

10/03/2015 - Et un trophée de plus qui vient s’ajouter à la longue collection de Samuel Eto’o. Certainement pas le plus prestigieux mais sans doute l’un de ceux dont il peut être le plus fier. Lundi, le Conseil européen de la tolérance et de la réconciliation, une organisation non gouvernementale, a décerné au Camerounais la médaille européenne de la tolérance au cours d’un dîner de gala organisé au Kensington Palace de Londres.

L’attaquant qui fête ses 34 ans ce mardi a été récompensé pour l’ensemble du combat qu’il a mené contre le racisme au cours de sa carrière. En 2006, alors qu’il jouait avec le FC Barcelone, le Camerounais avait notamment tenté de quitter le terrain après que les ’supporters’ du Real Saragosse aient imité des cris de singe quand il touchait le ballon. Ses coéquipiers l’avaient finalement convaincu de poursuivre la rencontre.

"Samuel est récompensé pour son leadership et son dévouement à combattre le racisme et l’intolérance", a expliqué Moshe Kantor, le président de l’ONG. "Victime de plusieurs incidents racistes, il a trouvé le courage et la volonté de faire face aux racistes, de bâtir les consciences et d’inspirer des footballeurs et des millions de fans".

"Je voulais conquérir le monde"
"Dans ces heures inquiétantes, il est important d’envoyer un message clair : le racisme n’a pas sa place dans le football", a souligné Moshe Kantor. "Nous avons récemment été témoins des actes des supporters de Chelsea ou de West Ham… On s’aperçoit que le racisme et l’antisémitisme se portent encore bien dans le football". Attaquant des Blues la saison passée, Samuel Eto’o s’est d’ailleurs dit "choqué" par l’incident raciste commis par des ’supporters’ des Blues dans le metro parisien. "Ces dix supporters ne sont pas représentatifs des fans de Chelsea", a tout de même tenu à clarifier l’attaquant.

L’ancien Lion Indomptable a conclu en revenant sur sa première confrontation, douloureuse, avec le racisme. "Quand j’ai grandi, je pensais que tout n’était que qu’amitié, respect et partage. Puis j’ai découvert que malheureusement il y a des gens qui ne pensent pas de la même façon mais qui ont de la haine", déplore-t-il. "Quand j’ai quitté le Cameroun à 15 ans, j’avais un rêve. C’était de conquérir le monde. Je voulais prouver qu’un jeune garçon qui vient d’Afrique est capable d’avoir du succès et de réussir beaucoup de choses". Que l’ancien Intériste se rassure, il a largement accompli sa mission.

Romain Lantheaume
© Afrik

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EN AFRIQUE DU SUD, LA MOSQUÉE QUI ÉBRANLE L'ISLAM

13/03/2015 - C'est une mosquée extraordinaire. On y trouve des femmes, des gays, des lesbiennes et les mots d'ordre y sont la tolérance, le dialogue, l'acceptation de l'autre. C'est l'"Open Mosque" (Mosquée ouverte), établie dans un ancien atelier de réparation d'autos, dans le quartier Wynberg, au Cap, en Afrique du Sud. Son fondateur, Taj Hargey, secoue le monde musulman avec sa pensée progressiste. Il explique qu'il a voulu créer une mosquée inclusive, "où l'on ne se mêle pas de savoir si vous couchez avec un homme et une femme".

Taj Hargey, né en Afrique du Sud, théologien, directeur du Centre d'éducation musulman d'Oxford, voit sa mosquée comme "une révolution religieuse", qui doit s'inscrire dans la lignée de la révolution politique que fut la prise de pouvoir par Nelson Mandela en 1994, après des décennies d'un régime de ségrégation raciale. Vendredi 19 septembre 2014, le jour de l'ouverture, il y avait plus de journalistes que de fidèles pour la toute première prière. Dehors, quelques protestataires musulmans, surveillés par plusieurs policiers, se sont contentés de cris hostiles comme "Vous irez en enfer". "Nous mettrons fin à ça, de n'importe quelle manière", a lancé l'un d'entre eux. Mais outre l'hostilité de ses coreligionnaires, Taj Hargey doit aussi composer avec la sphère politique sud-africaine. La municipalité du Cap a voulu fermer sa mosquée en raison d'un "manque de stationnements aux abords d'un lieu de culte", ce qui constitue une infraction.

Dans son premier prêche, Taj Hargey a condamné la tension croissante dans le monde entre musulmans et chrétiens, qu'il a attribuée à "la théologie pervertie" de pays comme l'Arabie saoudite ou le Pakistan, lesquels fournissent selon lui le terreau où poussent les groupes fanatiques comme Daech ou Boko Haram. Taj Hargey a assuré aux journalistes avoir été l'objet de menaces lorsqu'il a a annoncé son projet. "On m'a menacé de me castrer, de me décapiter, de me pendre par les pieds. Mais l'Afrique du Sud a la Constitution la plus libérale du monde, on ne pouvait pas nous empêcher d'ouvrir".

Minée par la violence criminelle et parfois politique et sociale, l'Afrique du Sud est paradoxalement un pays où la tolérance religieuse et la cohabitation harmonieuse entre toutes les confessions sont ancrées dans la culture nationale. L'Afrique du Sud est un pays majoritairement chrétien, où coexistent de multiples Eglises, mais compte une minorité de 737.000 musulmans, soit 1,5 % de la population, essentiellement d'origine indienne, selon des chiffres du centre de recherche Pew.

Taj Hargey n'en est pas à sa première polémique religieuse: en Grande-Bretagne, en juillet dernier, il avait lancé une campagne pour bannir la burqa. "Cela vient de l'Arabie saoudite, qui injecte beaucoup d'argent pour promouvoir cette vision particulière de l'islam". Evidemment, il n'en est pas question à la Mosquée ouverte. " Je hais ce truc. Je suis en pleine ménopause, c'est insupportable avec les bouffées de chaleur!", s'énerve une fidèle qui, subitement, retire son hijab avant d'ajouter: "Dans les autres mosquées, les femmes doivent être invisibles. Pourtant, les enseignements du Coran demandent que nous nous rendions à la mosquée tous les vendredis. Nous sommes ici dans le territoire de Dieu: personne ici n'a le droit de juger".

Pour un "islam éclairé"
Seul lieu de culte musulman au monde à avoir comme devise "Bienvenue à tous", la Mosquée ouverte suscite la controverse. Mais le nombre de fidèles qui s'y rendent chaque vendredi ne cesse de croître. Ils sont aujourd'hui une cinquantaine à y faire leurs prières.

Taj Hargey a vigoureusement condamné l'attentat contre Charlie Hebdo dans un sermon prononcé en anglais et en arabe: " J'ai expliqué que l'islam ne permet pas de tuer ceux qui vous insultent. J'ai apporté toutes les preuves théologiques qui démontrent que le blasphème n'existe pas dans le Coran, que c'est quelque chose d'inventé par le clergé", a-t-il assuré au journal canadien La Presse.

" Le problème avec le fanatisme religieux, de nos jours, c'est que l'on tire sur quelqu'un aussitôt qu'il n'est pas d'accord avec nous!", ajoute Taj Hargey, qui, malgré les menaces de mort, poursuit sa lutte pour un "islam éclairé". En trois mois d'existence, la Mosquée ouverte a été attaquée à trois reprises, la dernière, dans la nuit de l'Aïd al-Adha, fête qui marque la fin du ramadan, ayant été la pire. "Mon objectif est que la mosquée survive une année. Le pire, ce n'est pas l'attaque physique, mais d'être condamné comme hérétique, ce qui très difficile dans la société musulmane sud-africaine" confie Taj Hargey à La Presse.

"Hérétique", Taj Hargey réfute le terme. Selon lui et ses collaborateurs, le Coran est formel: les hommes et les femmes sont égaux. La lecture du chapitre qui leur est consacré sur le site de la Mosquée ouverte est à cet égard on ne peut plus claire: "La Mosquée ouverte est calquée sur le premier lieu de prière fondé par le prophète Mahomet à Médine. En termes d'égalité entre les sexes, ceci signifie qu'il n'y a pas d'entrée distincte pour l'un ou l'autre genre et que les femmes sont présentes dans la même salle de prière sans aucune séparation".

Taj Hargey va encore plus loin. D'une part, en intégrant des femmes au sein du Conseil exécutif de la Mosquée ouverte, une instance où elles jouent un rôle de premier plan à tous les niveaux de l'organisation. D'autre part, en permettant à des femmes de conduire la prière. "L'islam est une religion qui reconnaît l'égalité des sexes, mais aussi celle des orientations sexuelles, et réprouve, de manière irrévocable, quelque forme de discrimination sexuelle que ce soit".

Avouez-le, vous n'imaginiez pas que l'islam pouvait ressembler à cela.

Éric Azan, chef des informations du site Fait-religieux.com
© Huffington Post

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LE PREMIER MINISTRE AUSTRALIEN NE VEUT PLUS PAYER LES « CHOIX DE VIE » DES ABORIGÈNES

11/03/2015 - La dernière sortie de Tony Abbott, déjà mis en difficulté par des sondages catastrophiques, a provoqué un tollé dans le pays, y compris au sein même du gouvernement. Le premier ministre australien a en effet suggéré la suppression de quelque cent villages aborigènes en raison de leur coût social et financier, qu'il juge de moins en moins supportable pour les contribuables

« Nous ne pouvons pas éternellement subventionner des choix de vie si ces choix de vie ne permettent pas [à leurs bénéficiaires] de participer pleinement à la société australienne. »

Présentes sur le territoire depuis au moins 40 000 ans, certaines communautés Aborigènes vivent aujourd'hui dans des régions isolées, loin des grandes agglomérations et des pôles d'activité économique, dans des conditions souvent misérables, survivant surtout grâce aux aides sociales.

Une dépendance qui passe de moins en moins aux yeux du premier ministre libéral et conservateur, à l'heure où les contribuables australiens sont contraints à de gros sacrifices pour maintenir à flot le budget de l'Etat. Interrogé sur une radio locale, Tony Abbott a soutenu la proposition de supprimer plus d'une centaine de villages aborigènes dans l'Etat d'Australie-Occidentale si les services publics de base ne pouvaient y être garantis sans une dépense qu'il juge excessive. Les contribuables, a-t-il plaidé, acquittent leurs impôts « pour fournir des services décents » à condition que leur sacrifice soit tout aussi « décent ».

Pas des « choix de vie », un « mode de vie »
La formule « choix de vie » utilisée par le premier ministre a attiré les reproches de la communauté aborigène. Le leader aborigène Noel Pearson a qualifié les propos de « honteux » et « manquant de respect ». Tony Abbott avait pourtant juré à la fin de décembre de « suer sang et eau » pour la reconnaissance de la communauté dans la Constitution.

Dans une tribune, un universitaire australien a souligné qu'il ne s'agissait pas de « choix de vie, mais d'un mode de vie » pour les Aborigènes, et que les propos du premier ministre étaient « profondément offensants ».

Même le principal conseiller aux affaires indigènes de Tony Abbott, Warren Mundine, s'est dit abasourdi : « Ces gens vivent sur leurs terres originelles. Il s'agit de leur vie, de leur essence même, de leur culture même ! », a-t-il rappelé. Devant la polémique, le ministre des affaires indigènes, Nigel Scullion, a été obligé de reconnaitre que les déclarations de Tony Abbott étaient « une erreur ».

L'opposition a rapidement exigé des excuses du premier ministre, à l'instar de la sénatrice écologiste Rachel Siewert, qui a qualifié la sortie « d'incroyablement raciste, et complètement déconnecté de la réalité ».
© Le Monde

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IMMIGRATION: TONY ABBOTT EN A "ASSEZ DES LEÇONS DE L'ONU"! (Australie)

Le Premier ministre australien Tony Abbott a violemment réagi aux critiques de l'ONU envers la politique d'immigration de son pays, en déclarant que Canberra en a "assez de recevoir des leçons" en la matière.

10/03/2015 - L'Australie est critiquée de longue date sur la scène internationale pour le traitement qu'elle réserve aux demandeurs d'asile qui arrivent par bateau. Ceux-ci sont placés dans des camps de rétention sur l'île de Manus, en Papouasie-Nouvelle Guinée ou sur l'île de Nauru, dans l'océan Pacifique. Même si leur demande d'asile est considérée comme légitime après instruction de leur dossier, Canberra ne les autorise pas à s'installer en Australie.

Dans un rapport qui doit être soumis au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le rapporteur spécial sur la torture des Nations unies a estimé que l'Australie violait la Convention contre la torture.

"Je crois vraiment que les Australiens en ont assez de recevoir des leçons de la part des Nations unies, en particulier compte-tenu du fait que nous avons fait cesser l'arrivée des bateaux, et ce faisant, avons mis un terme aux décès en mer", a déclaré le Premier ministre à la presse.

Le gouvernement conservateur explique vouloir décourager le trafic des passeurs qui profitent d'immigrants venant pour l'essentiel d'Irak, d'Iran et d'Afghanistan. Depuis décembre 2013, un seul bateau a réussi à gagner les rives du continent australien. Auparavant, les arrivées de bateaux étaient quasi-quotidiennes et des centaines de demandeurs d'asile ont perdu la vie lors de ces périples dangereux.

Mettre le hola au trafic des passeurs, c'est faire preuve du maximum "d'humanité, de compassion et de décence", a déclaré M. Abbott. "Nous avons arrêté les bateaux, et les représentants de l'ONU seraient bien plus crédibles s'ils prenaient acte de ce que l'Australie a réussi à faire dans ce domaine", a-t-il dit.

Dans son enquête, le rapporteur de l'ONU estime que les accusations selon lesquelles l'Australie n'assure pas aux réfugiés de bonnes conditions de détention, ne met pas fin à la détention d'enfants ni un terme aux violences sur l'île de Manus, sont en partie étayées. Dans ce cadre, Canberra a violé le droit des demandeurs d'asile à être libres de toute torture ou de tout traitement cruel, inhumain ou dégradant, dit le rapport.
© Nouvelle Calédonie 1ère

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L'ONU EXIGE UNE ENQUÊTE SUR LES FEMMES AUTOCHTONES VIOLENTÉES (Canada)

Un comité des Nations unies fait écho à des demandes qui pressent le gouvernement fédéral de mettre sur pied une commission d'enquête publique nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées.

07/03/2015 - Dans un rapport publié vendredi, le Comité de l'ONU sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes affirme que le Canada a violé les droits des femmes autochtones en omettant d'enquêter sérieusement sur les raisons qui en font les cibles d'actes violents à répétition.

Il ajoute ainsi sa voix aux appels lancés au pays pour l'ouverture d'une enquête nationale. Le gouvernement conservateur a déjà déclaré à plusieurs reprises qu'une telle démarche n'était pas nécessaire.

Le rapport onusien explique que les autorités policières et judiciaires canadiennes ont failli à leur devoir de protéger efficacement les femmes autochtones. Le document affirme que ces femmes font face à des violations systématiques graves de leurs droits.

«Les femmes et les filles autochtones ont plus de chances d'être victimes de violence que les hommes ou les femmes non autochtones et sont plus à risque de mourir des suites de cette violence», statue le document.

«Malgré la gravité de la situation, l'État canadien n'a pas mis en place les mesures suffisantes pour s'assurer que de véritables enquêtes soient menées sur les disparitions et les meurtres des femmes autochtones et que des poursuites judiciaires s'ensuivent», ajoute le comité.

Le gouvernement canadien a officiellement exprimé son désaccord avec les conclusions du comité. Il rejette de nouveau la possibilité de mettre sur pied une commission d'enquête publique sur la question.

Deux membres du comité onusien, Nicklas Bruun et Barbara Bailey, ont visité le Canada en 2013 pour y mener une enquête confidentielle sur la violence subie par les femmes et les filles autochtones. Ils estiment que les racines du problème sont anciennes.

«La violence infligée aux femmes autochtones prend souvent sa source dans les profondes inégalités socioéconomiques et dans la discrimination à laquelle leurs communautés font face, qui remontent à l'époque de la colonisation», disent-ils.

Le Comité sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes est constitué de 23 experts indépendants du droit des femmes. Il supervise la mise en oeuvre de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes dans les 188 pays qui l'ont ratifiée, dont le Canada.
© La presse Canada

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L’UTAH ADOPTE UNE LÉGISLATION ANTI-DISCRIMINATION SUR LES PRÉFÉRENCES SEXUELLES (États-Unis)

L’Utah va entériner jeudi une législation pour protéger les homosexuels, lesbiennes, transsexuels et bi-sexuels contre les discriminations dont ils pourraient faire l’objet, tout en créant des exemptions pour préserver la «liberté religieuse» dans cet État conservateur de l’ouest des États-Unis.

12/03/2015 - Le projet de loi SB 296 a été «adopté» tard mercredi et doit être ratifié par le gouverneur républicain Gary Herbert jeudi soir.

Ce projet de loi "modifie" la législation déjà existante pour l’accès à l’emploi et au logement pour inclure l’orientation et l’identité sexuelles.

«Les PME de moins de 15 employés, les organisations religieuses et leurs affiliées, les propriétaires immobiliers possédant quatre propriétés ou moins et les “Boy scouts of America” font partie de exemptions», a expliqué à l’AFP Kent Frogley, président de l’organisation de défense des homosexuels, lesbiennes, transsexuels et bissexuels (LGBT) Utah Pride Center.

La future loi prévoit aussi de pouvoir exprimer des vues religieuses sans être sanctionné: «On peut dire “je ne suis pas en faveur du mariage homosexuels à cause de mes croyances religieuses” sans être renvoyé et à l’inverse on peut dire “je ne suis pas en faveur de l’église mormone”», très conservatrice et dont l’Utah est le fief, sans craindre d’être renvoyé, détaille Kent Frogley.

Le fait «que deux groupes aux vues diamétralement opposées", l’église mormone et les défenseurs des LGBT "aient réussi à s’entendre sur un accord est très positif», a ajouté M. Frogley. «Je pense que (la législation votée) est un grand pas en avant.»

Il compte aussi sur les «forces du marché» pour aller dans le sens de «la liberté et la tolérance»: «À l’heure d’internet, il sera difficile de dissimuler les croyances» et surtout les discriminations envers tel ou tel groupe de personnes qui pourraient choisir de boycotter les établissements qui refusent de servir ou employer des LGBT.

Le mariage homosexuel est par ailleurs déjà légal dans l’Utah depuis la fin 2014 après que des procédures d’appel pour invalider son autorisation eurent été déboutées par la Cour Suprême.
© Le Journal de Montreal

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APRÈS DES ACCUSATIONS DE RACISME, LE CHEF DE LA POLICE DE FERGUSON DÉMISSIONNE (États-Unis)

11/03/2015 - La ville de Ferguson enregistre une nouvelle démission. Après son « city manager », c'est au tour du chef de la police de cette ville du Missouri, théâtre d'émeutes l'été dernier après la mort d'un jeune Noir tué par un policier, d'annoncer son départ. « C'est avec tristesse que j'annonce ma démission de chef de la police », écrit Thomas Jackson dans une lettre publiée, mercredi 11 mars, dans le journal local St Louis Post-Dispatch.

L'annonce intervient après un rapport du ministère de la justice, publié la semaine passée, dénonçant des abus réccurents commis par les forces de police et des institutions judiciaires de la ville contre les Afro-Américains. Depuis sa publication, plusieurs démissions ont été enregistrées dans cette localité à majorité noire située dans la grande banlieue de Saint-Louis. Celles du « city manager » (fonction municipale qui n'a pas d'équivalent en France et qu'on pourrait traduire par « directeur des services de la ville ») et du juge du tribunal de Ferguson.

Volonté de réformer la police
Des manifestants avaient réclamé le départ du chef de la police depuis l'incident survenu en août, lorsqu'un policier blanc avait tué, à l'aide de son arme de service, Michael Brown, un adolescent noir de 18 ans désarmé, lors d'un contrôle de routine.

Le ministre de la justice Eric Holder a indiqué la semaine passée qu'il entendait utiliser tous les pouvoirs à sa disposition pour réformer les services de la police de Ferguson. Les officiers de ce département se sont livrés à un harcèlement régulier des administrés noirs de la ville pendant des années, selon le rapport ministériel.

Le chef Thomas Jackson était en poste depuis 2010 et comptait 54 officiers sous ses ordres.
© Le Monde

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RACISME POLICIER: DÉMISSION D'UN HAUT FONCTIONNAIRE DE FERGUSON (États-Unis)

11/03/2015 - Le directeur des services de Ferguson (Missouri) a démissionné après la publication d'un rapport accablant du ministère américain de la Justice pointant le racisme de la police de la ville. Des émeutes y avaient éclaté en août 2014 après la mort d'un jeune Noir tué par un policier blanc.

Le rapport publié la semaine dernière mettait en évidence des pratiques policières révélant l'inégalité de traitement réservé aux Noirs. Il dévoilait aussi l'existence d'une course au chiffre, sur ordre de la municipalité, pour que les amendes génèrent du revenu.

Le ministre de la Justice Eric Holder avait appelé les autorités de Ferguson à prendre rapidement des mesures. Il avait laissé entendre qu'il était prêt à démanteler la police de la ville.

La pression s'est alors faite plus forte sur John Shaw, le directeur des services de la ville. Le conseil municipal de Ferguson a indiqué mardi dans un communiqué avoir voté à l'unanimité "un accord mutuel de séparation avec John Shaw, qui prend effet immédiatement".

"Déductions fausses"
"C'est le coeur lourd que j'annonce ma démission en tant que gestionnaire des services de la ville de Ferguson. Après beaucoup de réflexion et de prière, je pense qu'il est dans l'intérêt de la communauté que je fasse un pas de côté pour le moment", a déclaré John Shaw.

Mais il a rejeté les accusations de racisme figurant dans le rapport du ministère de la Justice. "Mes services n'ont jamais demandé à la police de cibler les Afro-Américains, ni de falsifier des accusations pour administrer des amendes", a t-il déclaré.

"Ils n'ont pas commis d'abus sur le dos des pauvres. Toutes les déductions de ce genre figurant dans le rapport sont tout simplement fausses", a-t-il ajouté.
© Romandie News

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LE MASSACHUSETTS ADOPTE UN PROJET DE LOI CONTRE L’ANTISÉMITISME (États-Unis)

La mesure, probablement inédite, exhorte également à mieux enseigner la tolérance et l’Holocauste

11/03/2015 - – Les législateurs du Massachusetts ont approuvé, lors d’une session législative mixte, une résolution condamnant l’antisémitisme, appelant à lutter contre les préjugés élargis et à enseigner l’Holocauste.

Une résolution similaire dénonçant l’antisémitisme et toutes les formes de violence de motif religieux est à l’étude dans le New Jersey.

La résolution du Massachusetts a été approuvée lundi. Elle est initiée par Cynthia Creem et Lori A. Ehrlich, deux élues juives. Elle doit être signée plus tard cette semaine par le président de la Chambre Robert DeLeo et le président du Sénat Stan Rosenberg.

En tant que résolution commune, elle ne nécessite pas la signature du gouverneur du Massachusetts, Charlie Baker.

A l’origine de cette démarche, il y a la Ligue Anti-Diffamation [ADL] de la Nouvelle-Angleterre, qui s’est entretenue avec les deux principaux initiateurs au sujet de la recrudescence de la violence antisémite mondiale et de son impact au Massachusetts, explique Robert Trestan, directeur régional de l’ADL la Nouvelle-Angleterre.

Le Massachusetts serait le premier Etat d’Amérique à approuver une telle mesure.

« Les événements en Europe ont éveillé l’inquiétude de la communauté juive », déclare Trestan, se référant aux meurtres au supermarché casher à Paris et à l’assassinat d’un gardien devant une synagogue juive de Copenhague. L’ADL régionale a enregistré une hausse du nombre d’incidents antisémites signalés pendant le conflit de l’été dernier entre Israël et le Hamas à Gaza.

Il y a aussi une certaine préoccupation autour de la sécurité des institutions juives, dit Trestan, notant que les groupes juifs ont été spécifiquement ciblés. Mieux enseigner l’antisémitisme, le sectarisme et la haine devrait être une priorité dans toutes les écoles, dit-il.

« Cette résolution met en lumière une tendance inquiétante et envoie dans le même temps un message fort et sans équivoque : un tel comportement ne sera pas toléré dans le Commonwealth », déclare Ehrlich, qui représente un district du nord de Boston qui compte de nombreuses personnes et institutions juives.

« Dans les sociétés libres, l’éducation et le souvenir des tragédies passées comme l’Holocauste jouent un rôle crucial dans la lutte contre l’antisémitisme fanatique », affirme Creem, qui représente Newton, une banlieue de Boston dotée d’une population juive importante.

Un projet de loi condamnant l’antisémitisme et appelant les dirigeants américains et européens à prendre des mesures spécifiques pour y faire face est actuellement à l’étude au Sénat américain ; il est parrainé par Robert Menendez et Mark Kirk.
© The Times of Israel

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ETATS-UNIS: LES GROUPES D'EXTRÊME-DROITE EN BAISSE

11/03/2015 - Le nombre de groupes et groupuscules d'extrême-droite a diminué de 17% l'année dernière aux Etats-Unis, mais la violence extrémiste ne baisse pas, en raison notamment d'actes perpétrés par des "loups solitaires", révèle un rapport publié mardi. En 2014 existaient 784 groupes d'extrême-droite aux Etats-Unis, nourrissant généralement des idées racistes ou franchement anti-gouvernementales, selon le Southern Poverty Law Center, qui en comptabilisait 939 en 2013.

"La baisse du nombre de groupes extrémistes ne s'est pas accompagnée d'une baisse significative de la violence extrémiste", a souligné Mark Potok, qui a supervisé ce rapport. "Les extrémistes abandonnent ces groupes pour se réfugier dans l'anonymat d'internet ce qui permet à leur message d'atteindre un public très large", a-t-il ajouté. Ces dernières années, "quelque 90% des actes de terrorisme aux Etats-Unis ont été le fait de loups solitaires ou de groupes composés de deux personnes sans affiliation à une quelconque organisation".

Ces attaques "sont les plus difficiles à anticiper mais aussi celles qui sont le plus susceptibles de fonctionner", a souligné encore le Southern Poverty Law Center. Et ce sont celles que craignent le plus les autorités américaines, à l'instar des attentats du marathon de Boston que les frères Tsarnaev sont accusés d'avoir perpétrés. Trois personnes sont mortes au cours de cette attaque qui a également fait 264 blessés en avril 2013. Le plus âgé des deux frères, Tamerlan, est mort, abattu par la police quatre jours après les faits. Djokhar est à l'heure actuelle jugé à Boston.
© Le Figaro

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UN CHANT RACISTE PLONGE L'UNIVERSITÉ DE L'OKLAHOMA DANS LA TOURMENTE (États-Unis)

L'Université de l'Oklahoma a expulsé lundi l'une des plus importantes fraternités étudiantes de son campus, Sigma Alpha Epsilon (SAE), après la diffusion d'une vidéo qui montre certains de ses membres entonner une chanson ouvertement raciste.

09/03/2015 - « Il n'y aura jamais un nègre dans SAE. Vous pouvez le pendre à un arbre, mais il ne sera jamais des nôtres », y chantent des étudiants à l'unisson sur l'air de « Si tu aimes le soleil ».

L'extrait d'une dizaine de secondes semble avoir été tourné dans un autobus bondé d'étudiants portant des smokings, mais on ne sait pas qui a filmé la scène, ni à quel moment.

La vidéo a fait parler d'elle après que le groupe Unheard Movement, une association afro-américaine fondée dans la foulée de la mort de Michael Brown, à Ferguson, l'eut mise en ligne sur YouTube dimanche.

La direction nationale du réseau Sigma Alpha Epsilon a publié un communiqué dimanche soir pour dénoncer ce chant « inacceptable et raciste ». Elle a présenté ses excuses et a annoncé qu'elle allait fermer sa branche locale.

Dans une conférence de presse tenue lundi, le président de l'Université de l'Oklahoma, David Boren, a annoncé la rupture de tous les liens avec la branche locale de SAE et a ordonné à tous ses membres de quitter le local mis à leur disposition d'ici mardi minuit.

« J'ai un message pour tous ceux qui ont abusé de leur liberté d'expression d'une manière si répréhensible : vous êtes lamentables. Ce type de comportement est contraire à toutes nos valeurs. » — Le président de l'Université de l'Oklahoma, David Boren

« Si d'aventure des étudiants de l'université étaient impliqués, ce comportement ne serait pas toléré », a-t-il prévenu.

Cette histoire est mise au jour au moment où le racisme ambiant est revenu au coeur des débats aux États-Unis, après la mort de jeunes hommes noirs abattus par des policiers blancs.

Elle surgit en outre alors que diverses cérémonies ont eu lieu en fin de semaine pour souligner le 50e anniversaire de la marche de Selma, en Alabama, un évènement déterminant dans la lutte pour les droits civiques des Noirs.

L'Université de l'Oklahoma compte environ 27 000 étudiants, dont environ 5 % sont Noirs.
© Radio Canada

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UN JEUNE NOIR DE 19 ANS TUÉ PAR UN POLICIER AUX ETATS-UNIS

RACISME ? - Un jeune Noir de 19 ans a été tué dans le Wisconsin. La mort à Ferguson début août de Michael Brown avait entraîné de nombreuses manifestations.

07/03/2015 - C’est un nouvel épisode sanglant impliquant un jeune Noir et un policier blanc après la mort cet été à Ferguson, dans le Missouri, de Michael Brown. Cette fois, la victime a 19 ans et habitait Madison dans le Wisconsin (nord des Etats-Unis). Le jeune homme, tué vendredi soir, aurait agressé le représentant de l’ordre, selon le chef de la police de cette ville.

Comment un tel drame a pu se produire ? Voici le récit tel que rapporté par la police locale. Un policier s’est rendu au domicile du jeune homme, soupçonné d’avoir perturbé la circulation routière et “battu quelqu’un”. Ayant entendu du bruit, l’agent aurait alors forcé l’entrée du domicile. Le jeune homme, qui n’était pas muni d’une arme, aurait ensuite agressé le policier, qui aurait dégainé son pistolet et tiré.

Rapport accablant
Plusieurs dizaines de personnes se sont ensuite rassemblées sur les lieux du drame scandant “Blacks lives matter” (la vie des Noirs compte), le slogan utilisé par les manifestants qui protestent contre les violences policières faites aux Noirs, selon la chaîne locale WKOW.

L’incident s’est produit à la veille de la commémoration du cinquantième anniversaire de la marche pour les droits civiques des Noirs à Selma dans l’Alabama (sud) où doit se rendre ce samedi le président Barack Obama. Le ministère de la Justice a publié cette semaine un rapport accablant pointant du doigt les comportements discriminatoires de la police de Ferguson, que le ministre de la Justice Eric Holder s’est dit vendredi «prêt» à démanteler.
© Metro News

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OBAMA À SELMA: LA MARCHE CONTRE LA DISCRIMINATION RACIALE CONTINUE (États-Unis)

Un demi-siècle après la répression brutale d'une marche pour les droits civiques entrée dans l'histoire, Barack Obama a appelé, face à des milliers de personnes rassemblées à Selma, à poursuivre la lutte contre la discrimination raciale aux États-Unis.

07/03/2015 - Dans un discours prononcé samedi sous un soleil éclatant devant le pont Edmund Pettus sur lequel, il y a cinquante ans, quelques centaines de manifestants pacifiques furent violemment pris d'assaut par la police, le premier président noir de l'histoire des États-Unis a appelé à la lucidité et la vigilance.

S'il a souligné les progrès accomplis - «Si vous pensez que rien n'a changé, demandez à quelqu'un qui a vécu à Selma, Chicago ou Los Angeles dans les années 50!» - M. Obama a aussi appelé à refuser le raisonnement consistant à suggérer que le racisme a disparu.

«Nous n'avons pas besoin du rapport de Ferguson pour savoir que cela n'est pas vrai», a-t-il lancé, en allusion au document accablant publié cette semaine par le ministère de la Justice qui pointe les comportements discriminatoires de la police dans cette petite ville du Missouri, théâtre de violentes émeutes après la mort d'un jeune Noir abattu par un policier blanc.

«Il nous suffit d'ouvrir nos yeux, nos oreilles et nos coeurs pour savoir que l'ombre de l'histoire raciale de ce pays plane toujours sur nous», a poursuivi M. Obama dans cette petite ville de l'Alabama où s'étaient rassemblées plus de 40 000 personnes, 50 ans après un «Bloody Sunday» qui traumatisa l'Amérique.

M. Obama, qui était accompagné de sa femme Michelle et ses deux filles Malia et Sasha, a ensuite traversé à pied, avec un groupe d'une cinquantaine de personnes, le pont Edmund Pettus, au-dessus du fleuve Alabama. Son prédécesseur, le républicain George W. Bush, faisait partie du cortège.

Deux semaines après la marche du 7 mars 1965, plusieurs milliers de personnes emmenées par le pasteur Martin Luther King quittaient de nouveau Selma pour rejoindre la capitale de l'Alabama, Montgomery, à près de 90 km de là, où elles arrivèrent en un large cortège après plusieurs journées d'une marche entrée dans l'histoire.

Le 6 août 1965, le président démocrate Lyndon Johnson signait le Voting Rights Act, garantissant à tous le droit de vote en supprimant un nombre incalculable d'obstacles qui se dressaient sur la route des Afro-américains désireux de s'inscrire sur les listes électorales.

«Vous pouviez aller demander votre inscription, mais il fallait passer un test sur la Constitution de l'Alabama!», a raconté à l'AFP Louretta Wimberly, qui participa activement à l'organisation de ces marches.

«Comment cela est-il possible?»
Si la loi de 1965 a changé la donne, le débat n'est cependant pas clos. Les démocrates accusent régulièrement les républicains de brandir la menace de la fraude électorale pour introduire dans certains États des contraintes supplémentaires sur l'identification des électeurs dans le but de dissuader les minorités de se rendre aux urnes.

«Aujourd'hui, en 2015, 50 ans après Selma, il y a des lois à travers ce pays conçues pour rendre le vote plus difficile !», a lancé M. Obama. «Au moment où nous parlons, d'autres lois de ce type sont proposées», a-t-il ajouté. «Comment cela est-il possible ?», s'est-il interrogé avec véhémence.

Quelques minutes plus tôt, le pasteur Al Sharpton, militant des droits civiques, avait lancé une mise en garde similaire: «Ne pas protéger avec force ce qui a été acquis (sur le droit de vote), c'est manquer de respect envers ceux qui ont fait ces sacrifices».

«Nous avons beaucoup progressé (...), mais l'heure est plutôt à la protestation qu'à la seule célébration», a de son côté souligné le pasteur Jesse Jackson, appelant aussi à s'attaquer «à la question de la pauvreté, qui est une arme de destruction massive».

Selma, ville de 20 000 habitants (dont 80% de Noirs), connaît un taux de chômage supérieur à 10%, soit le double de la moyenne nationale. Près de 40% des foyers y vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Pour Letasha Irby, 36 ans, qui travaille dans une usine de pièces détachées pour l'automobile, «il y a d'autres combats à mener aujourd'hui» en Alabama. «S'ils se sont unis et ont fait front ensemble (il y a 50 ans), cela peut être fait aujourd'hui», ajoute la jeune femme, qui gagne 12 dollars de l'heure et cite, comme priorité, la lutte pour des «salaires décents».

Soulignant l'impact décisif de la marche non violente de Selma sur le «destin» des États-Unis, M. Obama a aussi jugé qu'elle restait une source d'inspiration pour des «millions de personnes» à travers le monde.

«Des rues de Tunis à la place Maïdan en Ukraine, une génération de jeunes gens peuvent tirer leur force de ce lieu».
© La presse Canada

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Les titres de l'actualité du 6 Mars, 2015

RACISME ET HOMOPHOBIE : LE PS DÉNONCE LES PROPOS « ODIEUX » D’UN CANDIDAT FN (France)

06/03/2015 - Le Parti socialiste a dénoncé les « odieux propos » tenus selon lui par Jean-Marc Buccafurri, candidat Front national aux départementales en Seine-Saint-Denis, à l’encontre de la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem.

RÉALITÉ SORDIDE
« Derrière la façade ripolinée des dirigeants du « FN bleu marine » se cache la réalité sordide du racisme, de la misogynie et de la haine des candidats du parti de la droite extrême », a indiqué la porte-parole du PS Juliette Méadel, dans une réaction transmise à l’AFP.

Selon le site d’information Rue89, qui publie plusieurs captures d’écrans réalisées par des internautes, ce militant FN, actif sur le réseau social Twitter sous le pseudonyme de « titifoso », s’en est pris le 26 août 2014 à la toute nouvelle ministre de l’Éducation, la traitant de « pute à PD LGBT soumise » et qualifiant sa nomination de « provocation de plus faite aux familles par ce gouvernement pourri ».

Le 5 octobre, il appelait à participer à la « Manif pour tous » en déclarant : « l’homosexualité n’est pas une norme, c’est une déviance ». Et le 17 janvier, il commentait le dénouement de la prise d’otages du 9 janvier et la mort des auteurs du double attentat de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en ces termes: « le GIGN a réussi là où l’éduc nat a échoué: ils ont réussi à mettre du plomb dans la tête d’un arabe. C’est ça la formation accélérée », selon ces captures d’écrans.

SANCTIONS ENVISAGÉES
« Il n’y a aucune preuve formelle que M. Buccafurri soit le titulaire de ce compte, il nie d’ailleurs en avoir jamais possédé un, et donc aucune raison de pénaliser le » qu’il forme avec Christine Jouani dans le neuvième canton d’Epinay-sur-Seine, a réagi auprès de l’AFP le secrétaire départemental du FN 93, Jordan Bardella.

Rue89 affirme qu’un « membre du FN local qui souhaite garder l’anonymat » a confirmé que Jean-Marc Buccafurri se cache bien derrière le compte « titifoso ». En outre, il est tout à fait reconnaissable sur la photo qui accompagnait le compte, désormais inaccessible. « S’il s’avère que c’est bien lui, il y aura des sanctions » après l’élection, a prévenu M. Bardella.

A la mi-février, le responsable du FN en Seine-Saint-Denis avait demandé l’exclusion d’un élu du département converti à l’islam, Maxence Buttey, pour des propos justifiant la lapidation des femmes sur Twitter.

par Bastien Bluzet
© Têtu

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CHIFFRER LES UNES DE « CHARLIE HEBDO » NE DIT PAS TOUT (France)

Par Damien Boone, docteurs en sociologie politique et Lucile Ruault, doctorante en sociologie politique

06/03/2015 - À propos de l’interprétation des Unes de Charlie-Hebdo « De qui se moque-t-on ? » interrogent Jean-François Mignot et Céline Goffette dans un article recensant les thèmes des Unes de Charlie Hebdo entre 2005 et 2015. Excellente question, qu’on peut autant poser aux membres de la rédaction de l’hebdomadaire qu’aux auteur·es de la tribune, affirmant que « Charlie Hebdo n’est pas obsédé par l’islam ». À l’appui de cette assertion, le constat, sur la période étudiée, de 38 Unes consacrées à la religion, dont 20 % « se moquent principalement de l’islam » (soit 7). « Au total, concluent les sociologues, seulement 1,3 % des “unesˮ se sont moquées principalement des musulmans. De fait, Charlie Hebdo n’était pas “obsédéˮ par l’islam ». L’utilisation de données quantitatives a toutes les apparences de la scientificité et fonctionne comme un argument d’autorité quasi imparable.

Pourtant, cette démonstration masque davantage d’éléments qu’elle n’en dévoile, en mettant en avant un simple chiffre. Ce chiffre évacue un ensemble d’hypothèses et de postulats qui, s’ils ne sont pas sérieusement interrogés et étudiés, ne lui confèrent qu’une faible valeur interprétative. Autrement dit, affirmer qu’à partir de cette étude, Charlie Hebdo « conformément à sa réputation, est un journal irrévérencieux de gauche, indéniablement antiraciste, mais intransigeant face à tous les obscurantismes religieux », laisser ainsi entendre que rien, dans le contenu du journal, ne pose problème (sur les musulmans ou sur d’autres sujets comme le sexisme), et que les personnes qui s’en indignent ou le questionnent ont tort, est un glissement qui ne peut résulter du raisonnement proposé.

Les « obsessions » d’un journal
Étudier les Unes, ce n’est pas étudier le journal : les deux universitaires le précisent bien. Mais alors le titre de l’article qui, en recourant à la métonymie, assimile tout le journal à sa Une, est abusif. Présupposer que les Unes sont à l’origine des accusations d’islamophobie relève davantage d’une intuition au doigt mouillé que d’une réflexion sérieuse : elles ont reposé sur des articles, éditoriaux et prises de position des membres de la rédaction, au cœur du journal et en dehors. En outre, étudier les Unes seulement en tant que produit fini, comme si elles arrivaient ex nihilo, sans s’interroger sur la manière dont elles sont élaborées, est problématique.

Gaël Villeneuve, sociologue des médias, souligne sur son blog que la sociologie du journalisme a depuis longtemps montré que le choix d’une Une relève davantage d’une logique commerciale que des « obsessions » des membres d’un journal. Même chez Charlie, la Une est souvent un dessin lié à l’actualité immédiate, un positionnement décalé sur ce qui fait parler dans le temps médiatique. Et, quand bien même on considérerait que les Unes reflètent les seules préoccupations des journalistes, on ne sait ici rien des manières dont elles sont collectivement discutées et débattues au sein de la rédaction. La seule étude des couvertures tend à homogénéiser la rédaction, alors que s’y expriment des opinions plurielles.

En fait, bien trop d’éléments entrent en ligne de compte dans la production d’une Une pour qu’on se contente d’en tirer des conclusions à partir de ce qui est immédiatement visible. Surtout, le fait d’exposer le débat en laissant entendre que les reproches faits à Charlie Hebdo se posaient quantitativement relève d’un procédé intellectuel douteux consistant à réfuter une proposition qui n’a pas été tenue en ces termes. Les polémiques suscitées par Charlie- Hebdo ne portent pas sur le nombre de références à l’islam, mais sur les manières dont cette religion est représentée.

Il est bien sûr autorisé de choisir un point de vue inédit, mais alors il conviendrait d’en préciser les limites. Imaginons le parallèle suivant : 1,3 % des discours d’un vieux leader d’extrême droite évoquent la Shoah. Doit-on en conclure qu’il n’a pas d’« obsession » antisémite ou négationniste ? Imaginons ensuite qu’une minorité des Unes du journal fasse figurer des femmes, ou plutôt une paire de seins, de fesses et un vagin. Leur faible représentation protégerait-elle la rédaction de Charlie de tout soupçon de phallocratie ? La question n’est pas « l’obsession » quantitative, mais les modalités, logiques et registres d’expression.

Par ailleurs, on ne peut traiter ce sujet sans s’interroger en amont sur les rapports de domination au sein de la société, sur la stigmatisation de l’islam, et donc sur les interprétations racistes qu’on peut faire de ces dessins. Songeons par exemple aux manières distinctes dont Charlie Hebdo s’en prend aux religions : à propos du catholicisme, ses dessins représentent majoritairement la hiérarchie ecclésiastique, quand l’islam est avant tout abordé par le biais des femmes voilées, ou de pratiquants « ordinaires ».

Chiffres
En nous attelant à notre tour à une première analyse statistique sommaire des Unes de Charlie Hebdo, il s’avère que nous n’aboutissons pas aux mêmes résultats : sur une période moindre (2009-2014), nous trouvons 3,5 fois plus de références à l’islam en Une que nos collègues (24 Unes). Il ne s’agit pas de trancher sur la vérité d’un chiffre, mais plutôt de souligner que toute étude statistique se construit en fonction de critères choisis par l’analyste ; il lui revient de les expliciter, sans quoi son approche n’est pas rigoureuse. Quelle définition de la catégorie « islam » adoptent donc les sociologues en amont de leurs calculs ? Enfin, si c’est « l’obsession » qu’on veut réfuter, alors on se doit de contextualiser les données, c’est-à-dire de les mesurer par rapport au traitement médiatique général de l’actualité, en l’occurrence Charlie Hebdo, obsédé par l’islam ?

Ce n’est pas en posant la question en ces termes que l’on pourra comprendre pourquoi des personnes se sentent offensées par ce qu’elles y trouvent. Si nous avons la faiblesse de ne pas savoir si Charlie Hebdo est islamophobe ou islamophile, nous savons avec force que l’étude des Unes ne permettra de conclure ni à l’une ni à l’autre de ces options, tout en suggérant toutefois une interprétation préférentielle. Dès lors, les sociologues qui font appel aux chiffres se doivent de garder prudence et humilité sur leurs résultats, en en signalant au moins les angles morts. Car, en effet, citant le sociologue Olivier Galland, nous rejoignons nos collègues sur leur conclusion : le manque de connaissances sérieuses « laisse le champ libre aux interprétations et aux solutions simplistes ».
© Le Monde

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MARINE LE PEN SUR L'ISLAMOPHOBIE: "IL N'Y A PAS D'ACTES ANTI-MUSULMANS, PAS PLUS QUE CONTRE LES FEMMES" (France)

06/03/2015 - "Marine Le Pen expose ses positions radicales pour gouverner la France". Le titre de l'entretien accordé par la présidente du Front national au très sérieux quotidien Financial Times nous en dit déjà beaucoup.

Alors que le parti d'extrême droite est donné en tête pour les prochaines élections départementales, Marine Le Pen dévoile dans un article mis en ligne ce jeudi 5 mars par le journal britannique son programme en vue d'une sortie de l'euro et renouvelle ses critiques contre "l'immigration de masse anarchique" qu'elle lie à la montée de la radicalisation religieuse.

Mais c'est une citation sur l'islam qui pourrait retenir l'attention. A en croire l'eurodéputée, "il n'y a pas d'islamophobie en France".

"Il n'y a pas d'actes anti-musulmans, pas plus que contre les femmes... ou les personnes de petite taille", explique-t-elle, tout en reconnaissant "la montée de l'antisémitisme".

Une affirmation étonnante au regard de la brusque poussée de fièvre visant les lieux de culte musulmans qui a suivi l'attaque contre la rédaction de Charlie Hebdo à la mi-janvier. Jointe par le site FTVI, la présidente du FN persiste et signe: à ses yeux, les chiffres du CFCM marquant une poussée des actes ant-imusulmans sont "bidonnés".

Coups de feu, jets de grenades et tags haineux
Et pourtant. Comme le relevait Le Figaro seulement 48 heures après l'attaque contre Charlie Hebdo, on dénombrait des tirs contre une salle de prière dans l'Aude et contre une mosquée du Tarn, des coups de feu visant une famille musulmane dans le Vaucluse, des jets de grenade d'exercice contre une mosquée dans la Sarthe (l'auteur a été condamné à trois ans de prison, dont un ferme), des tags "morts aux Arabes" inscrits sur la mosquée de Poitiers ou encore l'explosion d'un restaurant kebab à proximité de la mosquée de Villefranche (Rhône).

Le 19 janvier, à Lillebonne (Seine-Maritime), une jeune femme voilée se faisait agresser par deux agresseurs à coups de gaz lacrymogène qui lui ont arraché son voile. Selon la victime, ils lui auraient tiré les cheveux, cogné la tête contre le véhicule, insulté sa religion et assené plusieurs coups de poing dans le ventre.

En tout, 128 faits visant des personnes ou des institutions musulmanes ont été recensés en deux semaines, soit presque autant que pour toute l'année 2014. Le nombre d'actes "islamophobes" aurait augmenté d'environ 10% en 2014 par rapport à 2013 et de 70% depuis l'attentat contre Charlie Hebdo par rapport à la même période de l'an dernier, a dénombré le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF).

Cette association indépendante du Conseil français du culte musulman (CFCM) a recensé 764 actes "islamophobes" en 2014, soit une hausse de 10,6% par rapport à 2013, selon l'état des lieux transmis à la presse. Parmi ces actes figurent 22 agressions physiques, 586 discriminations et 25 attaques contre des institutions (mosquées notamment), toujours selon le CCIF.

Ces candidats FN qui veulent "éliminer" l'islam
Passons sur le lien entre actes anti-musulmans et ceux ciblant les personnes de petite taille pour lesquels il n'existe aucune statistique globale. La comparaison de Marine Le Pen entre les actes anti-musulmans et ceux visant les femmes n'est guère plus convaincante. Si les insultes et actes de violence visant la gent féminine sont numériquement plus nombreux que ceux visant les personnes de confession musulmane, rappelons que les femmes constituent plus de 50% de la population française contre seulement 8% de musulmans.

Le déni de la présidente du FN sur l'islamophobie et les actes anti-musulmans en France est d'autant plus surprenant que certains candidats du parti d'extrême droite se sont faits récemment épingler pour des propos appelant justement à "l'élimination" des "Mahométans".

Les tweets de Chantal Clamer, élue municipale FN de la Tour-du-Crieu (Ariège) et candidate aux départementales, sont ainsi sans ambiguité.

La dédiabolisation FN progresse gds pas ; sortie de candidate FN depart Pamiers Ariège. Alerte rouge (brune plutôt) pic.twitter.com/lmmId46I6b
— Guillaume Duval (@gduval_altereco) 22 Février 2015

Candidat FN dans les Hauts-de-Seine, Gérard Brazon, s'est lui aussi illustré en prônant "l'ablation" de l'islam. S'il dément sur son blog être l'auteur de la phrase " L'islamophobie est un droit, combattre l'islam un devoir", celui-ci affirme être "en phase" avec cette déclaration. Et de conclure: "L'islamophobie n'est pas un délit."

Par Geoffroy Clavel
© Huffington Post

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VALLS ET CAMBADÉLIS LÂCHENT LEURS COUPS CONTRE LE FN ET LE "FNPS" DE SARKOZY (France)

05/03/2015 - Manuel Valls et le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis ont lâché leurs coups jeudi soir contre le Front national, lors d'un meeting socialiste pour les départementales, en s'en prenant également au sigle "FNPS" lancé par Nicolas Sarkozy.

Devant environ 500 sympathisants et militants PS réunis dans une salle de spectacle de la petite bourgade de Boisseuil (Haute-Vienne) près de Limoges, le Premier ministre a dénoncé un "endormissement généralisé" face au danger "immense" du FN.

"Le danger est là devant nous, il est immense. Tout le monde le sait, tout le monde est au courant et pourtant, il y a comme une étrange accoutumance, presque une forme d'endormissement généralisé", a dénoncé Manuel Valls, pour son troisième meeting de la campagne après l'Aude et l'Ille-et-Vilaine la semaine dernière.

Face à un FN "en passe de devenir le premier parti de France" aux départementales des 22 et 29 mars, selon les sondages, il a regretté le manque de mobilisation, notamment à gauche et chez les intellectuels.

"Tous ceux qui aiment ce pays, ceux qui aiment notre drapeau, ceux qui aiment le génie, la beauté de la France, ceux qui ont cette émotion si forte quand résonne la Marseillaise, ceux-là peuvent-ils accepter, un jour, que la France soit kidnappée par l'extrême droite?", a-t-il lancé.

"Où sont les intellectuels, où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes, les femmes de culture, qui doivent monter, eux aussi, au créneau ? Où est la gauche ?", a demandé Manuel Valls, chemise blanche et sans veste.

Le Premier ministre, qui prévoit de participer à une dizaine de meetings pendant la campagne pour montrer sa détermination à éviter la nouvelle claque annoncée par les sondages, a aussi répliqué au sigle "FNPS" formulé lundi par le président de l'UMP Nicolas Sarkozy dans une interview.

'Les fonds de poubelles de l'extrême droite'
"Lorsque de toute part on dit que tout se vaut, lorsqu'une partie de la droite républicaine, elle-même, dit que le FN et le PS, c'est la même chose, alors on a cette équation désastreuse: les partis républicains sont égaux à l'extrême droite. Et donc l'extrême droite est un parti républicain! Cette équation, là encore, je la refuse", a-t-il lancé.

"La droite aujourd'hui, en tout cas une partie d'entre elle, est en train de faire le jeu du Front national. Nicolas Sarkozy l'a démontré en effet une fois de plus, lundi dernier", a accusé Manuel Valls.

L'ancien président de la République avait affirmé dans une interview que "Voter pour le FN au premier tour, c'est faire gagner la gauche au second. C'est le FNPS ! Voter pour l'UMP n'a jamais en revanche fait gagner la gauche. Voter FN, si. La seule réalité électorale, c'est le FNPS". Des propos qui avaient indigné à gauche.

Le terme de FNPS, écho à l'"UMPS" dénoncé par Marine Le Pen, est "surtout l'aveu d'une panique", selon Jean-Christophe Cambadélis. "La direction de l'UMP constate qu'après avoir abaissé les frontières avec le FN, son électorat file vers le Front national", a-t-il jugé.

Le patron du PS a également accusé son homologue du Front national d'avoir "fait les fonds de poubelles de l'extrême droite, de l'antisémitisme, de la xénophobie, de l'islamophobie" pour pouvoir présenter un grand nombre de candidats aux départementales. Une allusion à plusieurs cas de propos haineux de candidats FN méconnus, tenus sur les réseaux sociaux et repérés par la presse.

Les deux hommes, qui ont vanté un gouvernement et un PS "épaule contre épaule" pour la campagne, se sont également efforcés d'effacer l'idée d'une bataille déjà perdue, alors que le PS pointe derrière le FN et l'UMP selon tous les instituts.

"Rien n'est perdu. Oubliez les sondages, ce sont des sondages nationaux. Battez-vous!", a dit Manuel Valls aux élus PS de Haute-Vienne lors d'un pot avant le meeting.

La Haute-Vienne, contrôlée sans interruption par la gauche depuis les années 30, n'est pas certaine de rester dans le giron socialiste à la fin du mois. La situation est également jugée très délicate en Corrèze, fief électoral de François Hollande. Manuel Valls s'y rendra le 19 mars pour un meeting, a-t-il confirmé jeudi soir.
© La Dépèche

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ELSA RAY : « L’ISLAMOPHOBIE DOIT ÊTRE UNE PRIORITÉ DU GOUVERNEMENT EN 2015 » (France)

05/03/2015 - 2015 est bien entamé et la nécessité de lutter contre tous les racismes est martelée plus fort que jamais après les attentats de Paris. Face à l'inquiétude des citoyens de confession musulmane générée par une montée incontestable des actes islamophobes, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) monte au créneau pour défendre des mesures qui puissent endiguer le phénomène de haine. L'islamophobie, priorité des pouvoirs publics en 2015 ? C'est le voeu d'Elsa Ray, porte-parole du CCIF depuis 2014, qui répond aux questions de Saphirnews après la publication du bilan annuel de l'islamophobie.

Saphirnews : Comment décrivez-vous le climat ambiant qui règne en France, au regard du bilan annuel que le CCIF a présenté en février ?
Elsa Ray : Plus d’un mois après le rassemblement (du 11 janvier, ndlr) qui était sensé être une occasion d’unité nationale et de solidarité, on s’aperçoit que, dans les faits, ce n’est pas forcément le cas et qu’au contraire, très rapidement, un sentiment de suspicion et d’animosité s’est développé à l’encontre des personnes de confession musulmane. Ces sentiments existaient déjà avant les attentats mais l’ambiance est plus lourde maintenant, en adossant une responsabilité collective aux musulmans qui nous plonge dans une situation où les gens sont très méfiants, et les tensions, très fortes.

Quelles responsabilités particulières pointez-vous dans la situation que traverse la France ?
Elsa Ray : Nous, le CCIF, en tant qu’association de défense des droits de l’homme, prônons bien évidemment la responsabilité et les manquements de l’Etat dans la lutte contre le racisme et l’islamophobie. Ses manquements à mettre fin aux deux poids-deux mesures, au racisme et à l’intolérance sont nombreux et évidents, puisqu’on s’aperçoit que les représailles à l’encontre des musulmans ont été très fortes (après le 7 janvier, ndlr) et que l’Etat n’a pas été forcément à la hauteur pour lutter contre elles. On s’aperçoit que l’islamophobie est le parent pauvre de la lutte contre le racisme en France.

Des responsabilités plus fortes parce que vous présentez depuis des années l’Etat comme le premier discriminant vis-à-vis des musulmans...
Elsa Ray : Oui, tout à fait. Le racisme structurel de l’Etat français ne date pas d’aujourd’hui mais il prend des formes de plus en plus violentes qui ne font que générer de la violence au sein de la société. Il se trouve qu’aujourd’hui la forme la plus répandue de ce racisme structurel est l’islamophobie quand, dans les années 1970-1980, c’était le racisme anti-arabe, anti-maghrébin qui était extrêmement fort dans nos institutions.

Quel part ont les débats autour de la laïcité dans la montée de l’islamophobie ?
Elsa Ray : Il est vrai que les discours islamophobes qui essentialisent et stigmatisent l’islam et les musulmans sont bien souvent des discours tenus par ce qu’on appelle les élites intellectuels et politiques via les médias. Il faut bien comprendre que ces élites ne peuvent pas, par leur niveau social et d’éducation, tenir des discours du genre « Nous n’aimons pas les musulmans », ce serait trop simple. Il y en a certains qui se le permettent ouvertement mais globalement, il y a un discours beaucoup plus subtil qui consiste à, sans arrêt, opposer les musulmans à des principes fondamentaux de la Nation française.

Le principe de la laïcité, qui est un principe fondateur de la République française mais aussi une valeur découlant directement du principe des libertés de conscience, une liberté fondamentale inscrite dans le Constitution, a été complètement manipulé et déformé pour en faire un principe d’exclusion des religions dans l’espace public français. Et si on regarde bien, dès qu’apparaît un débat sur la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui sont visés ni les juifs. On sait parfaitement, et il savoir regarder les choses en face et arrêter d’être malhonnête, que les discours sur la laïcité vont systématiquement cibler les personnes de confession musulmane, et plus précisément les femmes voilées.

Des discours rassurants des autorités ont suivi les attaques. Quelles mesures devraient-ils être mises en place qu’elles soient à la hauteur des allocutions ?
Elsa Ray : Si François Hollande et Bernard Cazeneuve, entre autres, ont bien pris le soin, à plusieurs reprises, de dire qu’il ne fallait pas faire d’amalgames et de stigmatisation, cela prouve bien que la situation est grave. Ils savent qu’on va faire face à une islamophobie sans précédent en France qui peut aboutir à des violences assez graves. Leur discours permet de se dédouaner de toute responsabilité et de ne pas être accusé par la suite de n’avoir rien dit.

Cela ne veut pas dire que ce n’était pas bien de les faire (les discours, ndlr), ils sont importants. Maintenant, si on ne veut pas rester à ce stade purement politique, il faut que des mesures concrètes soient prises, la première étant d’organiser des campagnes de sensibilisation auprès des organes publics pour sensibiliser sur l’islamophobie. La seconde est de former des fonctionnaires à bien comprendre et identifier l’islamophobie, et à bien respecter les textes parce qu’il faut savoir que les 71 % des cas de discriminations recensés par le CCIF et survenant dans les institutions sont souvent du fait de la mauvaise interprétation des textes. Parfois de la mauvaise foi. Mais toujours est-il que l’Etat pourrait déjà prendre en main ce travail.

(…) Le terme islamophobie a été utilisé par le président lui-même. Pour aller plus loin que l'usage, cela doit être absolument suivi d’une déclaration publique et ferme sur la volonté de faire de la lutte contre l’islamophobie une priorité de ce gouvernement pour l’année 2015, comme l’antisémitisme et toutes les autres formes de racisme.

Avez-vous le sentiment que votre travail, celui du CCIF, est mieux reconnu des acteurs médiatiques et étatiques ?
Elsa Ray : Il est certain que le CCIF a vraiment réussi, depuis 2012, à gagner sa légitimité auprès des institutions internationales et des médias puisqu’on est considéré comme des référents sur la question de la lutte contre l’islamophobie. C’est très positif puisque la qualité et la rigueur de notre travail sont reconnues après 10 ans d’existence. Ce n’est pas positif en soi, croyez-moi sur parole qu’on préférerait ne pas exister !

Cette légitimité nous permet d’être mieux entendus des institutions nationales quand on fait remonter des cas. Avoir une meilleure visibilité médiatique permet d’apporter un autre angle d’analyse parce qu’on entend toujours les mêmes personnes et les mêmes discours et c’est très important d’avoir des organisations de la société civile qui puissent s’exprimer et apporter la réalité de ce qu’elles observent sur le terrain.

Quel message adressez-vous à la société française dans son ensemble ?
Elsa Ray : On a fait face à une terrible épreuve début janvier, tous autant que nous sommes. Il faut plus que jamais travailler sur nous-mêmes pour être ouvert à l’autre et ne pas rentrer dans le piège de la division et du repli sur soi mais, au contraire, de s’inscrire dans une dynamique d’unité et de solidarité. On parle tout le temps d’Etat, des autorités, des médias mais la société civile, plus que jamais, a son rôle à jouer. La France doit prendre ses responsabilités mais la France dans son ensemble, il est temps que la société civile soit plutôt dans une dynamique de solidarité.

Vous aurez l’occasion de l’adresser lors du meeting contre l’islamophobie le 6 mars qui n’est lui-même pas épargné par la polémique… votre mot dessus ?
Elsa Ray : Le meeting du 6 mars est organisé par de nombreuses associations et collectifs, et a pour objectif de dresser un état des lieux concret de la situation, en présence de différents acteurs de la société : militants, élus, universitaires, professeurs, etc. Des victimes d’islamophobie viendront témoigner de ce qu’elles ont vécu, et de ce qu’elles vivent, notamment depuis les attentats.

L’objectif est d’alerter sur une situation plus qu’alarmante, et de réfléchir tous ensemble à des moyens d’actions pour préserver les droits civiques et lutter contre la fracture sociale chaque jour plus profonde.

Hanan Ben Rhouma
© SaphirNews

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UN ATTELAGE DISPARATE À PARIS : CONTRE LES ACTES ANTIMUSULMANS (France)

05/03/2015 - Après les attentats du début de l’année, la résurgence d’actes antimusulmans a poussé le réseau politico-associatif qui œuvre pour les droits des populations étrangères à chercher à occuper le terrain, alors que l’extrême droite a le vent en poupe. Ainsi, il a été décidé de susciter des rassemblements et des manifestations pour protester «contre l’islamophobie», ce qu’on peut comprendre, mais aussi contre «le climat sécuritaire».

Doléance dont on se perd en conjectures pour savoir ce que cela signifie.Un grand nombre de petites associations, auxquelles se sont joints des mouvements plus structurés, comme le Parti communiste ou Europe écologie les Verts (EELV), Nouveau parti anticapitaliste, Attac, fondation Copernic et fondation Frantz Fanon (la liste est longue) signent sous ce double mot d’ordre un appel à un meeting le 6 mars à 19h, à la Bourse du travail de Saint-Denis.

Cette signature de structures laïques se mêle à des associations islamiques, comme le Collectif contre l’islamophobie en France (dont l’acronyme est CCIF) et l’Union des organisations islamiques de France. Qu’est-ce qui fait fonctionner cet attelage disparate ? L’appel le dit : «Notre solidarité avec les victimes de l’attentat sanglant contre la rédaction de Charlie Hebdo, avec celles de l’attentat antisémite contre l’Hyper cacher et avec la policière antillaise abattue Porte de Montrouge, doit s’étendre à toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui pris comme boucs émissaires et qui ressentent au quotidien, notamment dans les quartiers populaires, les effets d’une haine instillée depuis de nombreuses années.

Contre un Patriot Act à la française, nous affirmons notre attachement aux libertés individuelles, aux droits sociaux et aux libertés publiques. Le sacrifice des libertés au nom du tout sécuritaire ne serait que l’expression de notre faillite politique collective. Les musulmans et musulmanes, qui se défendent avec le vocabulaire du droit et de l’égalité, défendent de ce fait les droits de toutes et tous.»

Par ailleurs, à l’appel d’un collectif auquel se sont rajoutées de nombreuses associations, une manifestation est prévue lors de la Journée mondiale contre le racisme, le 21 mars, au départ du métro Barbès, à 15h, sous le mot d’ordre «Ensemble contre tous les racismes et le fascisme : l’égalité ou rien !» Dans un texte qui englobe des situations très diverses, les signataires disent condamner «l’islamophobie et l’antisémitisme et toutes les formes de racisme comme nous condamnons les stigmatisations contre les quartiers populaires».

Dans un listing qui n’est pas sans rappeler l’actualité pesante, et dont nous ne pouvons pas tout citer, chaque association y est allée de sa revendication, les manifestants demanderont «la fin des contrôles au faciès, l’arrêt des démantèlements de camps de Roms, le retrait des lois liberticides et sécuritaires, la régularisation de tous les sans-papiers avec une carte de séjour de 10 ans, la fermeture de Frontex, des centres de rétention et la liberté de circulation et d’installation, le droit de vote des étrangers».

Walid Mebarek
© El Watan

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MEETING DU 6 MARS CONTRE L'ISLAMOPHOBIE: UNE LUTTE NE FAIT PAS OUBLIER LES AUTRES (France)

Laurianne Alluchon, François Calaret, Marjolaine Christien-Charrière, Ingrid Hayes et Laurent Levy, militants du parti Ensemble!, composante du Front de gauche, défendent la participation de leur mouvement au meeting « contre l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire » organisé ce vendredi 6 mars par plusieurs organisations de gauche avec l'Union des organisations islamiques de France (UOIF).

05/03/2015 - Ensemble ! a choisi de s'associer à l'appel lancé par un collectif luttant contre l'islamophobie à un meeting organisé le 6 mars 2015 « contre l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire ».

Ce choix répond à notre volonté clairement affirmée et répétée de lutter contre tous les racismes, et de favoriser l'émergence d'un large front antiraciste.

Depuis les assassinats perpétrés dans les locaux de Charlie Hebdo, et les meurtres antisémites de l'Hyper Cacher, les actes islamophobes se sont multipliés à une vitesse inquiétante. Plus de 150 actes ont été répertoriés en deux mois, soit une augmentation de 70% par rapport à 2014 et, à l’image de l’ensemble des violences, il faut noter que les femmes en sont les premières victimes : 81,5% des agressions physiques islamophobes sont dirigées contre elles.

Ensemble ! est résolu à rendre visible toutes les formes de racismes, afin de mieux les combattre. Il y a urgence à ce que la gauche de transformation sociale prenne la mesure d’un racisme spécifique prenant la religion musulmane comme prétexte et qui, à l’instar de l’antisémitisme, également en nette recrudescence, constitue un terreau privilégié au développement de l’extrême droite.

À la suite de cet appel, il s'est développé un débat sur certains réseaux sociaux tendant à décrédibiliser cette initiative, notamment en raison de la signature de certaines organisations. La participation d’Ensemble ! à cet évènement ne signifie bien évidemment pas que nous partageons l’entièreté des positions défendues par les autres organisations signataires. Nous sommes en désaccord notamment avec les positions et de l’UOIF concernant le mariage pour tous et toutes auquel elle était opposée, ce qui l’a amenée à s’allier à des courants politiques réactionnaires comme la Manif pour tous. De même, n'est pour nous pas négociable le droit à l'avortement.

Mais ce type de situation sujette à frictions ne date pas d’aujourd’hui. En juillet 2014, les manifestations en soutien avec le peuple palestinien rassemblaient déjà les principales organisations de gauche, des syndicats, des associations et des structures comme l’UOIF, tout comme nous pouvons nous retrouver dans certains combats, en défense des Rroms ou de sans-papiers, en alliance avec des secteurs de l’Église catholique dont nous ne partageons pas les positions sur les droits des femmes.

Ensemble ! est une organisation féministe autant qu’elle est antiraciste, et ne peut avoir aucune complaisance dans la lutte contre le sexisme ou l’homophobie : homophobes et sexistes nous trouverons toujours sur leur chemin.

Nous n'avons heureusement pas hésité à combatte pour le mariage pour toutes et tous aux côtés d’organisations patronales LGBT ou de personnalités de droite dont nous combattons par ailleurs sans complaisance les orientations réactionnaires. La constitution de fronts, qui est au cœur de notre politique, suppose de réaliser, sur chaque combat, l'unité la plus large. Cette unité ne nous conduit jamais à abandonner nos fondamentaux. L’antiracisme est de ceux-là, au même titre que le féminisme et l’ensemble des luttes pour l’égalité.

Notre démarche est la même pour tous les combats émancipateurs auxquels nous participons, et que nous entendons faire converger.

C’est dans cette perspective nous avons fait le choix de participer au meeting du 6 mars contre l’islamophobie: pour les droits civiques, contre les dérives sécuritaires et pour les libertés publiques. Cette première initiative en appelle d’autres qui permettront de répondre à l’ensemble des défis qui nous sont posés.

Dans les périodes de réaction et de crise globale, ce sont l’ensemble de nos droits qui sont mis à mal. Alors que les repères politiques sont brouillés, les risques de division du camp progressiste à travers l’instrumentalisation de certaines luttes contre d’autres sont une réalité. C’est pourquoi Ensemble ! s’attache plus que jamais à travailler à la convergence des luttes, sans les hiérarchiser ni les faire entrer en concurrence, car quel sens cela a-t-il de lutter pour les droits des un-e-s si on oublie ceux des autres ? Pour un changement radical de société, tous les combats émancipateurs doivent être menés de front et chaque droit conquis doit être un pas de plus sur le chemin de notre émancipation collective.
© MédiaPart

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CES PROGRESSISTES QUI CRACHENT SUR LES MORTS DU 7 JANVIER (France)

05/03/2015 - Nous sommes le 5 mars et à ma connaissance, contrairement à EELV, le Parti communiste Français n'a toujours pas retiré sa signature d'un appel à une manifestation « contre l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire » en compagnie d'organisation intégristes ou proches des Frères musulmans comme l'UOIF, Présence musulmane, le CCIF (qui classe tout propos laïque comme « islamophobes »), le Parti des Indigènes de la République, les Indivisibles, Oumma.com, Junta islamica (indiquée seulement sur le tract)...

Que le NPA et ATTAC maintiennent leur signature, cela ne surprendra personne. Il y a longtemps que ces deux organisations ont cédé aux alliances douteuses sous prétexte de séduire « les quartiers populaires » (réduits à leur seule expression religieuse et réactionnaire). L'alliance nouée avec Tariq Ramadan lors de différents Forum Sociaux n'a fait que transformer certains ateliers altermondialistes en tribunes intégristes, tout en faisant fuir les plus progressistes... Ce n'est pas un hasard si ces deux organisations sont en perte d'adhérents et de dynamique, totalement décrédibilisées, dans une période où la critique du capitalisme financier est pourtant plus partagée et a besoin d'eux.

Mais que fait le PCF ? Quand j'ai vu sa signature au bas de cet appel, j'ai cru au dérapage d'une section. Quelques jours plus tôt, nous étions entourés de militants du PCF pour enterrer Charb. Dans les travées, il n'y avait pas assez d'agents pour nous protéger. Il n'y en a toujours pas assez. Les équipes de protection sont débordées par le nombre de cibles à abattre, d'amis menacés, en pleine explosion... C'est pourtant « le sécuritaire » que le PCF rend responsable de ce « climat de guerre », pas le terrorisme, en compagne d'organisation islamistes.

L'UOIF, avec qui ils signent, a milité contre le mariage pour tous, porté plainte contre Charlie Hebdo lors de l'affaire des caricatures et son théologien de référence, Youssef al Qaradawi, propose de brûler les homosexuels et autorise les attentats kamikazes contre les Juifs...

C'est avec eux qu'ils veulent donc combattre l'« islamophobie » : ce concept fumeux confondant racisme et blasphème, transformant tout laïque en cible, que Charb dénonce dans son dernier livre (1). Faut-il rappeler qu'il paraîtra à titre posthume ?

En signant cet appel, le PCF crache sur sa tombe et celle des victimes de l'attentat du 7 janvier. Odieux. Comme l'est la signature d'un collectif se revendiquant du Front de gauche (le Parti de Gauche n'a pas signé en tant que parti) : « Ensemble ».

« Ensemble » contre le fait de nous protéger ? « Ensemble » pour nous traiter d' « islamophobes » ? « Ensemble » pour refuser le droit au blasphème ? « Ensemble » pour légitimer l'intégrisme et l'extrême droite musulmane ? « Ensemble » pour refuser de soutenir Charlie Hebdo comme l'a fait le Parti des Indigènes de la République au lendemain de l'incendie du journal en 2011 ? « Ensemble » pour demander au Qatar de racheter Charlie Hebdo pour éviter les caricatures blasphématrices envers Mahomet comme l'a fait Les Indivisibles à la même période ?

En tout cas, les Indigènes de la République et les Indivisibles ont eu bien raison d'attaquer physiquement la conférence que le PCF m'avait demandé de donner à la « Fête de l'humanité » sur l'extrême droite il y a trois ans. Le SO a eu si peur qu'on m'a escortée vers la sortie. Depuis, je n'ai plus été invitée à la fête de l'Huma mais le PCF signe avec ces adversaires de Charlie, juste après l'attentat, contre « l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire ».

La prochaine étape, c'est quoi, nous traiter de « sales pédés » et nous jeter du haut d'un mur ? Tenir la kalachnikov ?

(1) « Lettres aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des communautaristes et des racistes », Charb, Les Echappés.

Caroline Fourest, essayiste, journaliste, éditorialiste, scénariste et réalisatrice engagée en faveur de l'égalité et de la laïcité et des droits de l'Homme
© Huffington Post

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MARINE LE PEN ET LES «FOLKLORIQUES» SOUTIENS DE LA LIGUE DU NORD (France)

La présidente du FN a fait parvenir au chef de file du parti d'extrême droite italien un message de soutien. Il a été diffusé devant une foule où se trouvaient des militants néonazis d'Aube Dorée, anti-islam de Pegida ou encore des néo-fascistes italiens. Par Marc de Boni

05/03/2015 - Samedi 28 février, dans les rues de Rome, la Ligue du Nord a montré ses muscles. Dans un rassemblement destiné à dénoncer les politiques d'austérité assumées par le gouvernement de Matteo Renzi, le parti d'extrême droite identitaire italien mené par Matteo Salvini a rassemblé la foule hétéroclite de ses soutiens. On trouvait pêle-mêle aux côtés des militants de la ligue, les néofascistes italiens du mouvement Casapound, des néonazis grecs du parti Aube dorée, des militants anti-islam allemands de Pegida ou encore quelques figures du mouvement identitaire français. Ne pouvant se joindre à la marche, Marine Le Pen a pris soin de faire parvenir à son «ami» Matteo Salvini une vidéo de soutien, repérée par Mediapart.

«Ciao a Tutti!» («Salut à tous», ndlr) lance en introduction la présidente du FN. Dans ce message, qui a été diffusé sur un écran géant près de la tribune, Marine Le Pen regrette de n'avoir pas pu «se joindre» au rassemblement, dont elle partage «les combats» contre l'Europe et l'immigration notamment. «Les États se ruinent dans des gaspillages inouïs dans le but avoué de sauver l'euro, laissant les peuples seuls, abandonnés aux vents mauvais de la mondialisation sauvage, privés de prospérité, de souveraineté et de frontières», fustige l'eurodéputée. Selon elle, la libre circulation des personnes «détériore la protection sociale et prive nos compatriotes d'une nécessaire solidarité. Notre identité s'en trouve bousculée», affirme la présidente du FN. Marine Le Pen achève son propos en appelant les manifestants à la liberté face à l'union «soviétique» européenne, qu'elle dépeint en «prison des peuples».

Interrogée ce jeudi sur France Info sur les composantes sulfureuses de cette manifestation, la présidente du FN affirme n'avoir pas été au courant de sa composition. «J'ai apporté mon soutien à la Ligue du Nord. Quand il y a une manifestation de milliers de personnes si il y a quelques folkloriques qui sont présents ce n'est évidemment pas de la responsabilité des organisateurs», affirme Marine Le Pen. Elle assure avoir ignoré la venue des représentants de Pegida et des «urluberlus d'Aube Dorée».

Partenaire du FN au Parlement européen, la Ligue du Nord est régulièrement épinglée pour ses coups d'éclats xénophobes et les dérapages de ses dirigeants. En 2002, le député européen Mario Borghezio avait tenté de désacraliser des terrains où devaient se construire des mosquées en y déversant de l'urine de porc. L'ancien ministre Roberto Calderoli a pour sa part lancé en 2007 l'opération «jour du cochon» à Bologne, invitant les propriétaires de porcs à approcher leurs bêtes du chantier de construction d'un lieux de culte musulman. En 2009, le parti a encore organisé l'opération «Noël blanc», incitant tous les étrangers à quitter la ville lombarde de Coccaglio avant les fêtes de fin d'année. Plus récemment, en juillet 2013, l'un des lieutenants de Matteo Salvini, le vice-président du Sénat Roberto Calderoli, s'est illustré en comparant la ministre italienne Cécile Kienge, d'origine congolaise, à un orang-outan.

À l'image de Marine Le Pen, ce jeune chef charismatique fait cependant évoluer son parti à marche forcée pour le recentrer sur la promotion d'un État fort, de politiques sociales réservées aux italiens «de souche», ou encore de la défense de l'identité catholique. Il se pose aujourd'hui en principal challenger du président du conseil de centre gauche Matteo Renzi.
© Le Figaro

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RACISME, ISLAMOPHOBIE : POUR ALAIN JUPPÉ, "CE PAYS DEVIENT FOU" (France)

Le candidat à la primaire pour 2017 se désole de l'explosion du nombre d'actes anti-musulmans et des courriers racistes adressés à sa mairie de Bordeaux.

05/03/2015 - Racisme quotidien, explosion des actes islamophobes... Pour Alain Juppé, "ce pays devient fou". Le maire de Bordeaux et candidat à la primaire UMP pour la présidentielle de 2017 l'a avoué devant le Bondy Blog, France Ô et La Chaîne parlementaire, dans une émission qui sera diffusée ce dimanche, et dont des extraits ont été publiés.

"Il y a aujourd'hui en France du racisme, de l'antisémitisme et de l'islamophobie", ne peut que constater l'ancien Premier ministre, que cette situation affole : "Le ministre de l'Intérieur disait récemment qu'en janvier, le nombre d'actes anti-musulmans a dépassé la totalité des actes anti-musulmans de l'année précédente. En un mois, autant qu'en un an."

"Ali Juppé"
Et s'il fallait une confirmation de ce climat, Alain Juppé dit l'avoir quotidiennement dans sa mairie, dans une autre interview donnée à L'Obs, dont il est ce jeudi en couverture. Le maire de Bordeaux se dit "horrifié" par le surnom d'"Ali Juppé" que lui donne un candidat du Front national aux départementales, au titre de son soutien à un projet de construction d'une mosquée. Et choqué par les courriers de ses administrés, notamment des lettres de protestation contre la présence d'une femme d'origine asiatique en couverture du magazine municipal.

Enfin, au sujet de la proposition de la nouvelle secrétaire nationale de l'UMP, Lydia Guirous, qui prône l'interdiction du voile à l'université, Alain Juppé estime qu'il n'est pas nécessaire de légiférer, selon des extraits tirés de l'émission. "Qu'on l'interdise (le foulard, NDLR) dans des lieux comme l'école, où les enfants sont en formation, n'ont pas encore complètement acquis l'esprit critique (...), je pense que c'est une bonne chose et j'ai voté cette loi et elle s'applique", explique l'ex-Premier ministre selon ces extraits. "À l'université, c'est différent. On a des jeunes gens et des jeunes femmes qui sont adultes, qui ont tout à fait leur liberté de jugement et je ne vois donc pas tout à fait nécessaire de légiférer dans ce domaine-là", a-t-il ajouté. "Mais dans l'espace public, moi, ça ne me choque pas de voir quelqu'un qui porte un foulard, voilà. Il faut apaiser ces tensions qui sont des tensions inutiles", a-t-il encore dit.
© Le Point

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«VALEURS ACTUELLES» CONDAMNÉ POUR PROVOCATION À LA HAINE ENVERS LES ROMS (France)

Le directeur de la publication de l'hebdomadaire, Yves de Kerdrel, a été condamné ce jeudi à 3 000 euros d'amende.

05/03/2015 - «Roms, l’overdose» : ce dossier paru le 22 août dernier dans les pages de Valeurs Actuelles avait provoqué l’indignation dans la classe politique et sur les réseaux sociaux. La rédaction de l’hebdomadaire, classé très à droite, assumait de son côté parfaitement ce choix éditorial. La justice a finalement tranché ce jeudi : Yves de Kerdrel, le directeur de la publication du journal a été condamné à 3 000 euros d’amende pour provocation à la discrimination, à la haine ou la violence envers les Roms et pour diffamation.

«Une fois encore, par ce jugement, c’est la liberté d’expression qui est attaquée, et plus encore, la liberté de témoigner du quotidien invivable de millions de Français qui ne supportent plus les campements illégaux, écrit l’hebdomadaire sur son site internet, il convient simplement de s’interroger sur une question majeure pour notre pays :" la liberté d’expression est-elle la même pour tous ?" Selon Yves de Kerdrel, qui pourrait faire appel de cette décision, «La liberté d’expression est une et indivisible. Il ne peut pas y avoir une liberté sans limite pour Charlie Hebdo et des censures systématiques pour Valeurs actuelles.» Le directeur de la publication et la société Valmonde, éditrice du journal, ont aussi été condamnés à verser solidairement 2 000 euros de dommages et intérêts à la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) et un euro à l’association «La voix des Roms.»

La Licra espère que ce jugement va marquer «un coup d’arrêt à la surenchère à laquelle Valeurs actuelles a l’air de se livrer avec elle-même», selon l’un de ses avocats, Me Romain Boulet. Le magazine multiplie en effet les unes nauséabondes et les assume. Geoffroy Lejeune, le rédacteur en chef adjoint chargé du dossier sur les Roms, avait d’ailleurs reconnu au moment de la polémique que le ton du magazine avait changé : «On s’est réveillé et maintenant on ose dire tout fort ce qu’on a toujours pensé».

La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a également ordonné la publication, dans Valeurs actuelles et un autre journal, d’un communiqué judiciaire qui souligne le caractère «particulièrement stigmatisant» de ce dossier envers les Roms. Selon les juges, le vocabulaire répétitif utilisé dans ce dossier comme «fléau», «overdose», «plaie» ou «invasion» fait allusion à des maladies ou des catastrophes et contribue donc «à opposer la communauté visée, appréhendée sous un prisme uniquement négatif, à la France ou aux Français».

L’association «la Maison des potes», dont la constitution de partie civile a été jugée irrecevable, a de son côté estimé que «les sanctions sont dérisoires et encouragent en fait Valeurs actuelles à récidiver ses provocations racistes qui lui rapportent de l’argent en dopant ses ventes». Le directeur de la publication de Valeurs Actuelles avait déjà été condamné le 3 février dernier à 2 000 euros d’amende pour sa une intitulée : «Naturalisés, l’invasion qu’on nous cache», présentant une Marianne voilée. Il a fait appel.
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LESBIENNES : «VIVONS HEUREUSES, VIVONS CACHÉES» TOUJOURS D'ACTUALITÉ (France)

L’association SOS homophobie publie ce jeudi son enquête sur la visibilité des lesbiennes et la lesbophobie. Anne-Claire GENTHIALON

05/03/2015 - Refréner son envie d’embrasser sa compagne dans la rue. Redouter d’être surprise à la sortie d’un bar lesbien. Contrôler ses gestes, ses mots pour ne pas dévoiler son orientation sexuelle. Deux ans après le vote pour le mariage pour tous et alors que le mot lesbophobie est enfin rentré dans le dictionnaire, pour les lesbiennes, le «vivons heureuses, vivons cachées» semble être toujours de mise. Par peur des «réactions hostiles», des violences qu’elles pourraient susciter, elles se rendent «invisibles» dans la société. C’est le constat – désespérant – dressé par SOS homophobie dans une enquête rendue publique ce jeudi.

Lancée en avril 2013, cette étude souhaite «montrer la réalité et la forme que prend la lesbophobie » en France et faire parler les femmes homosexuelles des violences dont elles sont victimes et qu’elles taisent trop souvent. «Les lesbiennes contactent peu la ligne d’écoute de SOS homophobie», expose Tania Lejbowicz, coréférente de la commission lesbophobie au sein de l’association. « Sur les 3 517 témoignages que nous recevons chaque année, seulement 329 concernent des actes lesbophobes. »

59% des lesbiennes concernées
Questionnaire diffusé sur Internet et dans les médias LGBT, présence de l’association lors d’évènements communautaires comme l’Eurolesbopride… «Il a vraiment fallu aller chercher ces témoignages, explique Tania Lejbowicz. Les lesbiennes ont elles-mêmes du mal à identifier les actes ou comportements lesbophobes.» Résultats ? Sur les 7 126 répondantes, majoritairement âgées de moins de 30 ans, elles sont 59% à avoir subi au moins un acte lesbophobe au cours des deux dernières années. Parmi ces femmes, 13% y ont été confrontées «régulièrement». Insultes, moqueries, refus de promotion, rejet de la part de leur famille, exclusion d’une équipe sportive, menaces jusqu’aux agressions physiques.

«Sortir de l’invisibilité»
Dans ce rapport, l’association a également voulu déterminer si le fait de vivre ouvertement son homosexualité et la lesbophobie vécue étaient liées. «Nous voulions voir si les femmes étaient victimes parce qu’elles étaient visibles ou si elles étaient plus visibles parce qu’elles avaient été victimes», explique Tania Lejbowicz.

Leur apparence, leur engagement au sein d’une association, le fait de parler de leur homosexualité à leur famille, à leurs amis, leur comportement dans la rue, leur visibilité a ainsi été analysée, décortiquée. Et le verdict est sans appel. «Le risque d’être discriminée est plus grand quand on est visible», note l’enquête. «Les lesbiennes adoptent des stratégies pour contrer les réactions hostiles.» Elles sont ainsi 18% à ne jamais manifester de signe d’affection à leur compagne en public. Et 21% à ne jamais se tenir la main dans la rue. « Cela signifie qu’on n’accepte toujours pas la différence. Il faut que les lesbiennes sortent de cette invisibilité, martèle Tania Lejbowicz. Les pouvoirs publics doivent se donner les moyens judiciaires, financiers et humains pour mettre fin à ces inégalités et violences vécues.»
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LE DVD DU SPECTACLE DE DIEUDONNÉ "LE MUR" INTERDIT À LA VENTE (France)

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) avait saisi la justice et demandé d'empêcher la commercialisation de ce DVD.

04/03/2015 - Le tribunal de grande instance de Paris a interdit mercredi la commercialisation du DVD du spectacle du polémiste controversé Dieudonné, Le Mur, dont la représentation avait déjà été interdite, a-t-on appris de source judiciaire. Saisi par la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), le tribunal a jugé certains passages du DVD constitutifs de provocation à la haine et à la violence raciale ou religieuse, d'apologie et contestation de crimes contre l'humanité, d'apologie des délits de crimes de collaboration avec l'ennemi.

Début janvier 2014, plusieurs arrêtés avaient été pris pour interdire les représentations du spectacle de l'humoriste, baptisé Le Mur, dans plusieurs villes. Dieudonné M'Bala M'Bala, 49 ans, les avait contestés devant la justice administrative, jusqu'au Conseil d'État, qui avait confirmé la validité des arrêtés. Le polémiste s'était ensuite engagé à ne pas reprendre les passages attentatoires à la dignité humaine et de nature à provoquer la haine et la discrimination raciale, mais le Conseil d'État avait de nouveau validé l'interdiction d'une autre représentation. Il n'a plus joué depuis ce spectacle, mais le DVD a été mis en vente sur le site internet de Dieudonné à partir de la fin du mois de juillet 2014. Le tribunal a ordonné le retrait du DVD de la vente et l'interdiction de sa commercialisation, des mesures rares.

Provocation à la haine envers les juifs
Dieudonné et les productions de la Plume ont en outre été condamnés à verser solidairement 5 000 euros de dommages et intérêts à la Licra et 2 500 euros pour les frais de justice. Les juges de la 17e chambre civile ont estimé que certains propos de Dieudonné, qui font un lien entre la Shoah et l'argent qu'aurait recueilli la communauté juive, relèvent de la provocation à la haine envers les juifs. Un passage dans lequel Dieudonné émet un doute sur la responsabilité respective des nazis et des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale a été jugé constitutif de contestation de crimes contre l'humanité.

Le tribunal a jugé un autre passage, dans lequel il s'en prend au journaliste Patrick Cohen, constitutif de l'apologie de crime contre l'humanité. Ces mêmes propos - "si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu'il ait le temps de faire sa valise. Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz... Dommage" - ont également donné lieu à des poursuites pénales contre Dieudonné. Le jugement doit être rendu le 19 mars.

Positions antisémites
Par ailleurs, le 18 mars, le tribunal correctionnel de Paris rendra son jugement concernant les poursuites engagées contre Dieudonné pour apologie du terrorisme pour son message sur Facebook "Je me sens Charlie Coulibaly", posté le 11 janvier, alors que des millions de personnes défilaient en France pour rendre hommage aux 17 victimes des attentats ayant visé Charlie Hebdo, des policiers et des juifs.

Rendu célèbre dans les années 90 par ses sketches avec l'humoriste juif Élie Semoun, Dieudonné, d'origine camerounaise, a ensuite exprimé de plus en plus ouvertement des positions antisémites. Il s'est aussi rapproché du Front national, dont l'ancien président, Jean-Marie Le Pen, est le parrain de l'un de ses enfants. Dieudonné a lancé récemment un parti politique avec l'essayiste d'extrême droite Alain Soral.
© Le Point

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VERBALISÉS PARCE QU’ILS DISTRIBUAIENT DES TRACTS SUR L’ISLAM (France)

Les membres d'une organisation musulmane qui avaient distribué des roses et des fascicules sur l'islam sur la voie publique, à Montargis (Loiret), ont été verbalisés. Le député-maire UMP de la Ville, Jean-Pierre Doo, qui leur avait refusé l'autorisation, estime qu'ils ont enfreint la loi.

04/03/2015 - Leur geste se voulait pacifique. Mais il a été mal perçu. Samedi dernier, les membres d’une organisation musulmane qui avaient distribué des roses et des fascicules sur l'islam, à Montargis, dans le Loiret, ont été verbalisés. C’est ce qu’a indiqué mardi Jean-Pierre Door, le député-maire UMP de la ville.

La Confédération islamique du Millî Görüs (turque), avait en effet demandé à pouvoir tenir samedi dernier un stand en centre-ville pour une action destinée à "expliquer que l'islam n'est pas une religion violente et à balayer les préjugés" dans un contexte "d'islamophobie" après les attentats de janvier à Paris. La rose, accompagnée d'un opuscule à visée pédagogique sur l'islam, "représente le prophète Mahomet", expliquaient les militants aux passants à qui ils remettaient des fleurs.

"L'espace public est laïc"
Mais le député-maire UMP Jean-Pierre Door, avait estimé qu'il s'agissait d'une action de "prosélytisme religieux sur la voie publique". Il avait refusé son autorisation. D’après lui, ce refus avait été confirmé par la sous-préfecture de Montargis. La Confédération a tout de même mené son opération.

"Ils ont bravé l'interdiction. En conséquence, la police nationale a relevé les identités des contrevenants et a dressé procès-verbal", a indiqué le maire, précisant qu’il s’agit "d'une simple contravention" passible de 35 euros d'amende. Il reste sur ses positions : "Cette distribution à caractère de propagande religieuse, de prosélytisme, avait lieu sur le secteur public, un jour de marché, dans une période préélectorale, dans une période difficile alors que nous débattons de laïcité... L'espace public est laïc par définition", a-t-il argumenté.
© Metro News

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DISCRIMINATIONS : HOLLANDE DÉGAINE L’ARME DES ACTIONS DE GROUPE (France)

François Hollande a souhaité ce mercredi que l’action de groupe soit «possible» face aux discriminations. De quoi inquiéter les DRH.

04/03/2015 - Sueurs froides en vue pour les DRH. Ce mercredi, dans « Le Parisien », François Hollande a donné son feu vert à la création d’actions de groupe pour lutter contre les discriminations, notamment professionnelles. Une telle démarche juridique, inspirée des « class actions » américaines, n’est possible, depuis octobre, que pour les consommateurs se considérant lésés (loi Hamon). L’idée d’une extension à la lutte contre les discriminations est de longue date sur la table : le rapport Pécaut-Rivolier de fin 2013 la recommandait, tandis que la sénatrice écologiste Esther Benbassa, puis le député socialiste Ramzy Hammadi ont chacun déposé, toujours en 2013, une proposition de loi en ce sens. Ces dernières semaines, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, puis la garde des Sceaux, Christiane Taubira, avaient plaidé pour un passage rapide aux actes.

Propositions en avril
Dans le prolongement des attentats de janvier, l’annonce permet à François Hollande de réaffirmer sa volonté de bâtir une République exemplaire en terme d’intégration. C’est, de fait, un geste fort, au moins sur le papier, dans l’attente du détail du dispositif. Les syndicats et le monde associatif le demandaient de longue date. A commencer par le Conseil représentatif des associations noires (Cran), qui avait lancé le débat dès 2007 et a estimé ce mercredi que la future loi « devrait être le texte le plus important jamais voté en France » dans ce domaine : « Au-delà des discriminations directes, on pourrait enfin lutter contre les discriminations systémiques, (...) les plus nombreuses, mais les plus invisibles. »

Mais à ce stade, ni le calendrier ni le véhicule législatif ne sont définis. L’exécutif attend notamment les recommandations du groupe de travail sur la lutte contre les discriminations lancé cet automne par le ministère du Travail, qui dévoilera ses propositions en avril. L’idée directrice est que ce nouveau type d’action puisse se faire par l’intermédiaire d’une association, d’un syndicat ou du Défenseur des droits. Outre le fait de se prononcer sur la responsabilité de la structure, le juge créerait un groupe de victimes bénéficiant de l’indemnisation, le tout visant à accentuer la menace pesant sur les employeurs discriminants, tout en rendant la procédure juridique moins lourde, moins onéreuse et plus sûre d’aboutir.

Derek Perrotte
© Les Echos

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HOLLANDE ATTAQUE UNE NOUVELLE FOIS LE FN DONT IL VEUT "ARRACHER LES ÉLECTEURS" (France)

04/03/2015 - François Hollande a une nouvelle fois mercredi mis en garde contre le FN, dont il dit vouloir "arracher les électeurs", le parti se faisant aussitôt une joie, Marine Le Pen en tête, de le renvoyer dans les cordes sur le terrain économique et social.

Face à un Front national donné en tête, autour de 30% d'intentions de vote, pour les départementales des 22 et 29 mars, "la seule attitude à avoir, c'est d'aller chercher (les électeurs frontistes), les arracher même pour leur parler et les convaincre", explique le chef de l'État dans Le Parisien/Aujourd'hui en France.

"Car si le FN est dans la République, puisqu'il participe aux élections, c'est tout sauf le parti de la République. Ses propositions sont autant de reculs pour notre pays et pour ses électeurs", met-il en garde. "C'est un échec collectif quand un parti d'extrême droite est le premier parti de France".

Avec ces déclarations, qui ont fait la Une du Parisien et que le chef de l'État a tenues lors d'une rencontre avec des lecteurs, M. Hollande met une nouvelle fois l'accent sur le parti d'extrême droite.

Déjà, à l'ouverture du salon de l'Agriculture le 21 février, il n'avait guère caché --il n'a pas été le seul-- son inquiétude face au niveau électoral du FN, en tête des européennes de mai 2014 et qui est parvenu en septembre à faire élire pour la première fois deux sénateurs.

"Je m'inquiète à chaque fois que je vois le populisme en Europe progresser, l'extrémisme et la contestation de ce qui est le fondement même de la République", avait-il fait valoir.

"Le Toc de la classe politique"
Sa déclaration en tout cas ne peut, au moins officiellement, que ravir le FN, qui ne cesse de se présenter comme "la seule opposition" au pouvoir socialiste face à une UMP qui serait réfugiée dans le mutisme ou la complicité.

Filant la métaphore de l'arrachement, Marine Le Pen a aussitôt réagi sur iTELE : "Quand on est président de la République, on doit arracher les Français à la misère, au chômage, à l'insécurité, au danger de l'islamisme fondamentaliste et on ne doit pas être un chef de parti".

"Le FN est devenu le Toc de la classe politique française. C'est le trouble obsessionnel compulsif. Dès qu'on leur tend un micro, ils n'ont aucune proposition si ce n'est lutter contre le Front national", a-t-elle raillé.

Son parti a d'ailleurs récemment dévoilé un tract sur le sujet. Au recto, les propositions du parti pour les départementales. Au verso, sur fond noir, en gros, "Le PS, l'UMP" et en plus petit, "l'UDI, le MoDem, les Verts, le Front de Gauche... proposent : 1/ de lutter contre le FN 2/ de lutter contre le FN 3/ de lutter contre le FN", etc.

Les dirigeants du FN ont embrayé rapidement sur twitter sur le même registre: "En dehors de sa lutte obsessionnelle contre le FN, Hollande a-t-il des idées pour sortir les Français de la crise?" s'est ainsi interrogé le vice-président du parti, Louis Aliot. "Après avoir traité des millions de Français de sans-dents, Hollande les assimile à de la mauvaise herbe", s'amuse aussi Éric Domard, conseiller spécial de Mme Le Pen.

Jean-Marie Le Pen s'est agacé auprès de l'AFP de voir M. Hollande commettre selon lui une "félonie". "Arracher" les électeurs FN ? Pour le président d'honneur du FN, M. Hollande les compare à "des poireaux ou des navets".
La dirigeante du FN Marine Le Pen à Paris le 26 février 2015 © Miguel Medina AFP

Mais avec cette phrase, Hollande ne fait pas que s'en prendre au FN, il répond au slogan de "FNPS" lancé lundi par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, salué par certains à l'UMP mais aussi vu comme une formule "réductrice" par François Fillon.

La numéro deux de l'UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet, est elle en accord avec cette "formule choc" et a conseillé au chef de l'État de plutôt "parler d'économie, de chômage, de tout qu'il y aurait à faire et qu'il ne fait pas, plutôt que faire des formules dans la presse".

Par Guillaume DAUDIN
© Le Point

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ENTREPRISE CHERCHE CADRE, « POUR LES CARICATURES ET CONTRE LE COMMUNAUTARISME » (France)

04/03/2015 - Une entreprise qui recherche la perle rare sur le site de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres), quoi de plus normal ? Mais lorsque celle-ci précise dans son annonce que le ou la candidate devra être diplômé d’une grande école de commerce − ou équivalent − mais aussi « pour les caricatures et contre le communautarisme », il n’en fallait pas moins pour affoler les réseaux sociaux.

L’annonce de la société PLES Convergence, un cabinet de conseil en recrutement parisien spécialisé dans les nouvelles technologies, publiée le 23 février, a été retirée une semaine plus tard. « Il y a eu un énorme buzz sur Twitter et des gens nous ont appelés pour nous avertir », reconnaît Bertrand Méhert, directeur adjoint de l’Apec.

Atterré par l’ampleur de la polémique, le dirigeant de l’entreprise, Sylvain Lagarde, se défend de toute prise de position politique : « J’ai voulu faire un trait d’humour, rien de plus. C’est dommage que cela prenne de telles proportions ». Le dirigeant assure « ne faire aucune discrimination à l’embauche », privilégiant des « traits de personnalité à un cursus universitaire précis ».

Si Sylvain Lagarde reconnaît une certaine « maladresse », il ne renie pas le fond de la phrase controversée. « Je suis républicain et laïc. Nous sommes une petite structure et j’ai besoin de partager certaines valeurs avec mes employés. Je dois pouvoir rire de tout avec eux », poursuit-il.

Or, si ce trait de personnalité n’était, évidemment, pas le seul requis, il figurait en tête du profil recherché. Le patron de PLES Convergence plaide la méprise. « C’est une phrase plus courte que les autres que j’ai placée en premier mais ce n’est pas le plus important », explique-t-il. Un poil agacé, Sylvain Lagarde se revendique « anti-extrémiste » et assure que de nombreuses personnes ont postulé pour ce poste « parce qu’ils trouvaient cela drôle ». Il dénonce « une atteinte à la liberté d’expression ».

Infraction
L’Apec, qui a retiré cette offre d’emploi, ne partage pas cet avis. « Ces critères ne sont pas conformes à l’esprit de la loi, notamment sur la discrimination », rappelle Bertrand Méhert. Sur ce point, les textes sont clairs. Le code du travail interdit les discriminations à l’embauche basées sur quinze critères, dont celui des opinions politiques et des convictions religieuses.

L’infraction est passible de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende pour les personnes physiques (225 000 euros pour les personnes morales). « Chez nous, les employeurs ne recrutent qu’en fonction des compétences des candidats », affirme-t-il.

Mais alors comment cette petite annonce a -t-elle pu être publiée sur le site ? Jusqu’à peu, le mot « caricature » n’était pas banni par le logiciel de modération du site. C’est désormais chose faite.

Cet épisode en rappelle un autre. Début février, l’agence NSL Studio avait publié une offre d’emploi pour un graphiste « si possible pas juif ». Le salarié à l’origine de cette annonce fait depuis lundi l’objet d’une procédure de licenciement.

Yohan Blavignat
© Le Monde

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LUTTE CONTRE LE RACISME ET L'ANTISÉMITISME: STOP AUX BONS SENTIMENTS ! (France)

C'est d'une maladie bien française dont il s'agit : à nouvelles difficultés répond sur le champ un projet de loi alors que l'arsenal juridique et répressif existe déjà. Par Maurice Szafran

04/03/2015 - Les statistiques officielles sont en effet effrayantes : en 2014, les démonstrations d'antisémitisme ont doublé par rapport à l'année précédente ; depuis les attentats de janvier contre Charlie et l'Hyper Cacher, les actes dits "islamophobes" (le mot n'est guère précis) ont augmenté de 70% par rapport à la même période en 2014. Et il ne faut pas manquer d'évoquer la multiplication des sorties homophobes depuis la loi autorisant le mariage pour tous. L'état des lieux, constatons-le, est à la fois inquiétant et démoralisant, les marques d'une période de régression collective et sociétale.

Dans ce contexte, le Premier ministre et le gouvernement ont décidé de durcir la répression et, pour y parvenir, d'aller jusqu'à modifier le Code pénal. Ce n'est pas une surprise car Manuel Valls l'avait laissé comprendre dès avant les attentats, en particulier quand il avait poursuivi Dieudonné d'une juste vindicte. Précisément, de quoi s'agit-il ? De ne plus examiner les propos antisémites, racistes et sans doute homophobes au regard du droit de la presse - très encadré, formaté, rigide au bon sens de l'expression car veillant à défendre la liberté des journaux, des journalistes et des opinions -, mais de les faire basculer vers le Code pénal, plus sévère, davantage répressif, moins pointilleux envers la sacro-sainte tolérance. Manuel Valls et la ministre de la Justice, Christiane Taubira, ne doutaient pas un instant que leur projet de loi ferait l'unanimité, aussi bien à l'UMP et au PS que dans les associations et parmi les militants des Droits de l'Homme. Ce n'est pas le cas.

On entendit d'ailleurs les premières récriminations dès le lendemain des attentats quand 70 procédures furent engagées pour "apologie du terrorisme". Quelques cas étaient en effet avérés et méritaient sanction. Parfois, ce fut limite quand, à Grenoble par exemple, un simple d'esprit, alcoolisé ce jour-là, écopa de six mois de prison ferme pour avoir lancé à des policiers : "Ils ont tué Charlie, moi j'ai bien rigolé". Six mois ferme... Quelques voix se firent entendre estimant tout cela déraisonnable. L'enjeu, cette fois, est autrement plus important, puisqu'il s'agit, pour les meilleures raisons qui soient cela ne fait aucun doute, sinon de porter atteinte du moins de modifier la fameuse loi de 1881 sur la liberté de la presse. Pour le coup, cela passe plus difficilement.

L'arsenal juridique et répressif existe déjà
La Commission nationale consultative des Droits de l'Homme, instance respectable et officielle s'il en est, s'est aussitôt exprimée : "La loi du 29 juillet 1881 définit, de manière subtile et évolutive, l'équilibre à maintenir entre la liberté d'expression, qu'elle protège, et ses limites. C'est pourquoi les infractions incriminant les discours de haine, abus de la liberté d'expression, présentent une spécificité telle qu'il n'est pas permis de les intégrer dans le Code pénal". Une position aussi claire, argumentée, que négative. Plus surprenant encore, l'ex-président de SOS Racisme, Dominique Sopo - il n'a pourtant rien d'un gauchiste... -, a fait lui aussi valoir de fortes réserves : "Le problème de la répression des discours racistes n'est pas que les peines sont trop légères, mais qu'il est difficile de faire reconnaître ces délits. Leur entrée dans le droit pénal n'y changera rien". Une nouvelle charge contre le projet et on en trouve à la pelle, notamment sur Internet. Internet, précisément, où se déversent tant d'immondices racistes, antisémites, homophobes jusque-là incontrôlables.

Voilà d'ailleurs la bonne clef de compréhension de l'initiative prise par le tandem Valls-Taubira que d'aucuns estiment dépareillé : ne pas se laisser tout à fait déborder par la puissance - et la folie parfois - du numérique. Et pourtant, le doute ronge déjà par tous les bords cet éventuel projet de loi.

Car c'est d'une maladie bien française dont il s'agit : à nouvelles difficultés répond sur le champ un projet de loi alors que l'arsenal juridique et répressif existe déjà, qu'il suffirait de l'appliquer avec force et intelligence. Mais non, mieux vaut, estiment les responsables politiques (de droite comme de gauche) complexifier un peu plus encore le moloch du droit français, empiler les lois sur les lois, quitte à ne jamais les appliquer, quitte à ce qu'elles se retournent, ces lois, contre l'objectif recherché et en faveur de ... l'ennemi déclaré. C'est l'idée forte, défendue par Laurent Joffrin dans un opportun éditorial de Libération.

Car tout un chacun peut jouer avec la justice, ses effets pervers et l'interprétation tordue des textes. Que se passerait-il par exemple si une association islamiste portait plainte contre Charlie Hebdo ou contre Le Point au prétexte fallacieux de racisme anti musulman ?

"On vise ses ennemis, on atteint ses alliés", écrit Joffrin. On ne peut mieux résumer le contrecoup potentiellement dangereux d'une démarche au départ salutaire.
© Nouvel Observateur

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DES DÉPUTÉS SOCIALISTES ACCUSENT LA DROITE DE RACISME APRÈS LES DÉCLARATIONS À L'ENCONTRE DE CHRISTIANE TAUBIRA (France)

04/03/2015 - Plusieurs députés socialistes ont dénoncé mardi 3 mars des propos "empreints de racisme" après les déclarations de Gérald Darmanin à l'encontre de Christiane Taubira sur LCI et Radio Classique.

"Comparer une femme à un tract, donc à un objet, c'est la réduire au rang de chose. Il y a déjà là une offense qui est faite à la femme qu'est Christiane Taubira. En plus, dire qu'elle est 'un tract ambulant pour le Front national' [dénote] bien un relent raciste", a estimé le député PS de l'Hérault, Sébastien Denaja.

Philippe Baumel, député de Saône-et-Loire, a de son côté critiqué l'emploi de la formule "FNPS" par Gérald Darmanin et répondu sur Twitter que le "FNUMP" était "une coalition politique en gestation assise sur le racisme et la démagogie".

Darmanin c'est le FNUMP: une coalition politique en gestation assise sur le racisme et la démagogie. Triste droite à la dérive!
— philippebaumel (@philippebaumel) 3 Mars 2015

Devant les caméras, le député de Seine-Saint-Denis Razzy Hammadi a lui aussi clairement dénoncé le discours tenu par Gérald Darmanin. "La droite a un problème avec une ministre noire. C'est évident. Elle est femme et elle est noire", ce qui amène certains députés de l’opposition à faire preuve de "discrimination et machisme" à "chacune de ses prises de paroles", a-t-il assuré.

Selon @RHammadi, "la droite a un problème avec une ministre noire. C'est évident." http://t.co/DH9JepdcYm https://t.co/7mYr5BxUly
— LCP (@LCPan) 3 Mars 2015

Manuel Valls a également dénoncé vertement mardi devant l'Assemblée nationale le député UMP pour ses propos au sujet de la Garde des Sceaux et reçu une standing ovation de ses collègues socialistes.

Jean-Luc Mélenchon, leader du Parti de gauche (PG), a quant à lui qualifié de "nauséabonds" les mots employés par Darmanin. "Mme Taubira n'est pas un tract contre quoi que ce soit, elle est la responsable d'une politique pénale par ailleurs discutable, sous l'autorité d'un gouvernement lui-même discutable", a-t-il dit.
© Huffington Post

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GRASSE : UNE BOULANGERIE ACCUSÉE DE VENDRE DES PÂTISSERIES «RACISTES» (France)

Après les biscuits «Bamboula et Negro» d'une chocolaterie d'Auxerre (Yonne), ce sont des pâtisseries de Grasse (Alpes-Maritimes) qui suscitent cette fois la polémique.

04/03/2015 - Dans la vitrine de la boulangerie «Aux délices de Grasse», trônent en effet d'étranges personnages obèses, recouverts de chocolat noir et affublés de sexe aux proportions démesurées.

Si certains clients semblent s'amuser de ces petits bonhommes de pâte sablée et mousse chocolatée, d'autres y voient clairement une allusion raciste. Mardi, le Conseil représentatif des associations noires (Cran) a dénoncé dans un communiqué des «caricatures négrières, obscènes et injurieuses qui puisent dans la vieille tradition du racisme colonial».

Une accusation qui fait bondir Yannick Tavolaro, le boulanger-pâtissier à l'origine des gâteaux polémiques, qu'il a nommés «Dieux» et «Déesses» : «Je ne comprends ni pourquoi ni comment est née cette controverse. Ce n'est pas nouveau. Je fais ces pâtisseries depuis 15 ans et il y en a dans mes trois magasins», plaide-t-il, interrogé par leParisien.fr.

Pour l'artisan, il n'est question que d'interprétation : «Si c'était à connotation raciste, on ne me commanderait pas ces gâteaux. La seule chose qu'on leur reproche, c'est d'être en chocolat noir. S'ils étaient blancs, personne ne s'en offusquerait. Mais le chocolat noir est plus facile à travailler et tient mieux, c'est tout», assure le boulanger-pâtissier, qui se défend de tout racisme. «Personne ne connaît mon histoire et on me juge sur ces pâtisseries. Je ne suis pas raciste, pas plus que mes clients», ajoute-t-il.

«Je n'ai pas l'intention de retirer ces pâtisseries de ma vitrine»
Pas sûr que ces explications suffisent à convaincre le Cran, qui estime que ces pâtisseries sont comparables à « la vision de Tintin au Congo, l'obscénité en plus». Pour Louis-Georges Tin, le président du Conseil représentatif des associations noires, «ces friandises s'inspirent des fantasmes coloniaux concernant les Noirs et tournent en ridicule les religions africaines en présentant ces divinités sous un jour grotesque, tout juste bonnes à être croquées». Dans son communiqué, l'association «exige le retrait immédiat de ces pâtisseries racistes et se réserve le droit de porter plainte pour incitation à la haine raciale».

Concrètement, ces fameux «Dieux et Déesses» de Grasse semblent s'inspirer d'un ancien gâteau qui s'appelait «négresse», ce qui laisse peu de doute quant aux personnages qu'ils représentent. «Le gâteau s'appelait autrefois négresse, reconnaît Yannick Tavolaro sur leParisien.fr. Toutes les pâtisseries sont faites selon la tradition. Mais on a changé le nom initial car je ne peux pas tolérer le racisme». Et pas question non plus pour le boulanger de céder aux pressions du Cran : «Je me défendrai. Je n'ai pas l'intention de retirer les «Dieux» et «Déesses» de ma vitrine. Je veux garder ma liberté».

Un rassemblement de soutien à l'artisan est prévu ce vendredi à 10 heures devant sa boulangerie-pâtisserie.

Mehdi Pfeiffer
© Le Parisien

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HOLLANDE VEUT AUTORISER DES ACTIONS DE GROUPE CONTRE LES DISCRIMINATIONS (France)

04/03/2015 - Un pas est franchi. Les victimes de discriminations pourront bientôt faire condamner ensemble en justice les structures coupables. Dans un entretien accordé aux lecteurs du Parisien, ce 4 mars, François Hollande prend l’engagement que l’action de groupe, aujourd’hui réservée aux biens et aux services, sera bientôt possible pour des particuliers s’estimant discriminés.

« Le racisme n’est pas que dans les stades de football. Il peut aussi être dans les transports, ou sur les lieux de travail. Je n’accepterai jamais sa banalisation », a affirmé M. Hollande. « Quand les actes se multiplient, les victimes se découragent et ne portent pas toujours plainte (…) Il ne doit y avoir aucune faiblesse face à de tels actes. Le gouvernement a introduit ce que l’on appelle l’action de groupe : elle permet à une catégorie de consommateurs ou de locataires qui se considèrent lésés par une décision d’aller ensemble en justice. Désormais, face aux discriminations, je souhaite que l’action de groupe soit également possible », a-t-il ajouté.

Le chef de l’Etat approuve ainsi sa ministre de la justice, Christiane Taubira, qui a annoncé le 18 février sa volonté de présenter prochainement au Parlement un projet d’action de groupe s’appliquant à la lutte contre les discriminations. D’ailleurs, une proposition de loi, défendue par le député de Seine-Saint-Denis Razzy Hammadi, est déjà prête à l’emploi.

Le texte donne la possibilité à plusieurs personnes s’estimant victimes d’une discrimination liée à l’origine, le sexe, le handicap, l’âge ou encore les appartenances religieuse, politique et syndicale, de saisir collectivement la justice pour obtenir réparation. Rien ne garantissait que cette idée, dans l’air depuis des années, ne voit le jour avant 2017, même si elle faisait partie des propositions du candidat Hollande en 2012.

Lutter contre les « inégalités structurelles »
À l’origine, l’action de groupe, version française de la « class action » américaine, avait été lancée en France en 2007, par le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) et son président Louis-Georges Tin. « C’était pendant la campagne présidentielle, et de nombreuses associations ont travaillé avec nous autour de cette idée que nous avons lancée », rappelle-t-il, aujourd’hui, heureux que ce dossier, que le CRAN n’a jamais abandonné, avance enfin.

Ensuite, l’idée a été reprise pour être portée politiquement. D’abord par la sénatrice EELV Esther Benbassa, qui a déposé, en 2013, une proposition de loi allant dans ce sens. Ensuite, des députés socialistes lui ont emboîté le pas.

Après les attentats de janvier, cette loi devient un moyen de lutter contre la persistance « d’inégalités structurelles ». Cette action pourra se faire par l’intermédiaire d’une association, d’un syndicat représentatif ou du défenseur des droits. Outre le fait de se prononcer sur la responsabilité de la structure, le juge créera un groupe de victimes bénéficiant de l’indemnisation. Tout cela rend la procédure moins lourde, moins onéreuse et plus sûre d’aboutir.

Simplifier la démarche pourrait permettre à la moitié des victimes qui jusqu’alors ne se manifestaient pas, selon une enquête du défenseur des droits et du Bureau international du travail, de porter collectivement un dossier. Ce qui pourrait en retour, estime Razzy Hammadi « créer un effet dissuasif fort, autrement dit une incitation majeure en faveur de l’équité, notamment auprès des établissements publics ou des sociétés qui avaient des pratiques condamnables ».

Si le député espère voir son texte discuté avant l’été, il n’est pas certain que le calendrier parlementaire le permette. Louis-Georges Tin, lui, sera vigilant aux discussions. « Des amendements peuvent tuer un texte », estime-t-il, pourtant confiant dans la qualité de la proposition.

Maryline Baumard
© Le Monde

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HAUTES-ALPES : AFFAIRE SUPPOSÉE D'ANTISÉMITISME, CINQ GAPENÇAIS POURSUIVIS (France)

04/03/2015 - - Affaire de l’agression antisémite à Gap et cinq hommes mis en cause. 23 juillet dernier : une femme de 49 ans, domiciliée rue Bayard, affirme aux forces de l’ordre avoir été victime à deux reprises de jets de pierres dans son appartement. Ses agresseurs auraient également proféré des injures antisémites. La victime présumée n’est pas de confession juive, mais possède un drapeau israélien, visible depuis la rue.

La veille au soir, une manifestation pro palestinienne s’était tenue dans les rues de Gap. Les policiers avaient également été pris à partie par un groupe de vingt à trente personnes, dont plusieurs avaient le visage dissimulé. Une enquête judiciaire avait alors été ouverte, confiée à la Brigade de Sûreté Urbaine du Commissariat de Gap.

Après avoir entendu plusieurs témoins, avoir exploité plusieurs photographies et vidéos, avoir mené des recherches ADN et avoir procédé à une série de gardes à vue en septembre dernier, cinq individus, originaires de Gap, sont poursuivis par le parquet de Gap. « Certains sont déjà connus de la police et de la justice », précise le Procureur de la République de Gap, Raphaël Balland.

Deux mineurs, qui seront jugés en avril prochain devant le tribunal pour enfants, pour violences en réunion avec usage ou menace d’une arme et en raison de l’appartenance supposée de la victime à la religion juive. Deux majeurs seront poursuivis pour les mêmes faits et un troisième sera jugé pour outrages à l’encontre d’un policier. Ils comparaîtront le 28 mai prochain devant le tribunal correctionnel de Gap et risquent jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende.
© Alpes 1

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PROPOS RACISTES : VERS UNE LOI TOUT NOIR TOUT BLANC ? (France)

Le gouvernement a affiché son intention d’extraire les discours haineux de la loi de la presse de 1881, cadre classique de la liberté d’expression, pour en faire des délits de droit commun. Juristes et associations s’inquiètent d’une justice expéditive. Sonya FAURE

03/03/2015 - Le projet était dans les cartons du ministère depuis l’été et les manifestations contre l’attaque israélienne de Gaza, en marge desquelles des propos antisémites ont été proférés. Tout s’accélère après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Christiane Taubira veut agir vite : la ministre de la Justice annonce vouloir durcir la répression des propos racistes et antisémites en les faisant basculer du droit de la presse, plus spécialisé, au code pénal, plus répressif. Sévir contre les racistes et les antisémites ? L’idée semble consensuelle. Depuis les attentats de janvier, les actes islamophobes ont augmenté de 70% par rapport à janvier 2014, indique le Collectif contre l’islamophobie. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) note, lui, un doublement des actes antisémites en un an seulement. C’est justement lors du dîner annuel du Crif, le 23 février, que François Hollande reprend à son compte la promesse de sa garde des Sceaux. La bonne solution ? «Il y a quelque chose de très politique à s’imaginer que tous les problèmes sont solubles dans la loi et que celle-ci peut changer le réel», estime le philosophe François de Smet, auteur de Reductio ad Hitlerum (PUF, 2014), ouvrage sur le point Godwin, procédé visant discréditer les propos d’un adversaire en les associant à Hitler. Le plan d’action contre le racisme et l’antisémitisme du gouvernement Valls sera précisé dans une dizaine de jours : les propos racistes et antisémites, mais peut-être aussi homophobes, devraient donc devenir des délits de droit commun et les sites racistes, antisémites ou homophobes pourront être bloqués administrativement.

Engrenage. Toutefois, deux mois après les attentats, le ministère de la Justice avance avec un peu plus de prudence. Le cabinet de la ministre a dû en effet recevoir la Ligue des droits de l’homme, dont le président, l’avocat de gauche Henri Leclerc, est vent debout contre ce projet qu’il juge être une atteinte à la loi sur la presse. La Commission consultative nationale des droits de l’homme n’est pas plus enthousiaste : «Les infractions incriminant les discours de haine, abus de la liberté d’expression, présentent une spécificité telle qu’il n’est pas permis de les intégrer dans le code pénal.» Même SOS Racisme ne soutient pas le gouvernement : «Je perçois depuis les attentats une volonté de remise en ordre de la société qui n’est pas de bon aloi, estime Dominique Sopo, le président de l’association. Le problème de la répression des discours racistes n’est pas que les peines sont trop légères, mais qu’il est difficile de faire reconnaître ces délits. Leur entrée dans le droit pénal n’y changera rien.» La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme comme l’Union des étudiants juifs de France soutiennent en revanche, le projet : «On ne cesse de dire que le racisme n’est pas une opinion mais un délit.Pourquoi alors ne le juge-t-on pas comme tel ?» s’interroge son président Alain Jakubowicz (lire son interview page 4).

Toucher au vieil édifice protégeant la liberté d’expression n’est pas sans risque. Aujourd’hui, la répression de l’injure, de la diffamation ou de l’incitation à la haine raciste, antisémite ou liée à la religion est définie par la loi sur la liberté de la presse de 1881. Comme tout délit, ces abus à la liberté d’expression sont jugés au pénal. Mais la loi sur la presse organise un système protecteur pour la liberté d’expression : ses abus ne peuvent pas être jugés en urgence, par le biais de la comparution immédiate, les délais de prescription sont raccourcis, les suspects ne peuvent pas être mis en garde à vue et, dans les grandes juridictions, les juges et avocats sont souvent spécialisés dans ces affaires.

La raison en est historique : à la fin du XIXe siècle, après des décennies de censure royale et impériale, il s’agissait de protéger la presse d’opposition, la liberté d’imprimer ou d’afficher. Elle est aussi symbolique : ce régime dérogatoire venait jusqu’à présent rappeler que, même s’ils sont odieux, les discours ne peuvent être jugés comme les autres délits, parce qu’ils touchent à une liberté fondamentale de la démocratie : la liberté d’expression. Ce qui ne veut pas dire, d’ailleurs, qu’ils ne peuvent pas être très sévèrement punis : l’ex-candidate FN Anne-Sophie Leclère, qui avait comparé Taubira à un singe sur Facebook, a été condamnée à neuf mois de prison ferme (elle a fait appel).

En transférant la répression des discours de haine dans le code pénal, le gouvernement voudrait les transformer en délits de droit commun, comme un viol ou un vol de bicyclette. Au-delà du symbolique, cette réforme aurait des impacts très concrets. Le mois dernier, les tribunaux ont eu l’occasion de donner un piteux exemple de cet engrenage répressif en sanctionnant tous azimuts l’apologie du terrorisme. La loi contre le terrorisme votée en novembre, rédigée par Valls et défendue par Cazeneuve, avait justement fait passer le délit d’apologie du terrorisme de la loi de 1881 sur la presse vers le code pénal. Ce durcissement visait les recruteurs jihadistes sur Internet. Mais ce sont avant tout des cas psy et des alcooliques égarés qui se sont retrouvés en comparution immédiate, et parfois même en prison pour avoir beuglé «je suis Kouachi» (lire page 5). Christiane Taubira, qui avait pourtant demandé aux procureurs de poursuivre avec célérité ces délits, a elle-même été catastrophée par les excès de cette nouvelle loi.

«Toilettage». Certains points du projet actuel sont donc toujours en discussion. Le ministère réfléchit sérieusement à limiter la portée de son texte en rendant impossible la comparution immédiate dans les dossiers réprimant les discours antisémites et racistes. «L’enfer est pavé de bonnes intentions, prévient Jean-Yves Dupeux, président de l’Association des avocats praticiens du droit de la presse. Il faut évidemment lutter contre le racisme. Mais la loi sur la presse de 1881 est équilibrée, elle a fait ses preuves. Le formalisme juridique qu’elle impose est très utile à la formation d’une décision pesée dans des dossiers parfois délicats.» On ne devrait pas pouvoir répondre en quelques minutes à la question : tel dessin est-il diffamant pour les croyants ou participe-t-il de la liberté d’expression ?

«Gardons-nous de toute superstition textuelle : la loi de 1881 ne doit pas devenir une vache sacrée à laquelle il serait interdit de toucher, prévient Gwenaële Calvès, professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise. C’est vrai que c’est une loi faite de sédimentations successives, mal rédigée, pleine de dents creuses.» Depuis la fin du XIXe siècle, quoi de commun en effet entre l’expression de journalistes couchée sur du papier et la prise de parole de tous via, notamment, le numérique et les réseaux sociaux ? «Un toilettage ne serait pas du luxe, résume la juriste. Mais la délocalisation vers le code pénal est dangereuse : la loi de 1881 organise délibérément une lenteur qui permet aux parties de se calmer et à la justice de passer plus sereinement.»
© Libération

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ALAIN JAKUBOWICZ: «LA PERCEPTION DE CES DÉLITS DOIT CHANGER» (France)

Pour . Selon Alain Jakubowicz, président de la Licra, le racisme ne doit plus relever de la loi de 1881.

03/03/2015 - L’avocat Alain Jakubowic préside la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme, il estime que les propos racistes sont un délit de droit commun.

Faut-il faire passer la répression des propos racistes et antisémites dans le code pénal ?
C’est mon cheval de bataille depuis dix ans. J’ai rencontré quatre ou cinq gardes des Sceaux sur ce sujet. Faut-il qu’il y ait sans arrêt des morts pour qu’enfin ces questions avancent ? La perception de ces délits doit changer dans l’opinion publique. Tous les politiques ne cessent de dire : «Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit.» Mais alors, pourquoi le juge-t-on encore comme un délit d’opinion, et pas comme un vrai délit ? La loi de 1881 est une loi de liberté, pas une loi de répression : elle fixe simplement des limites à la liberté d’expression et instaure un régime dérogatoire du droit commun. Les délits racistes n’ont donc rien à y faire.

Pourquoi ces abus à la liberté d’expression ne devraient plus bénéficier de la procédure dérogatoire prévue par la loi sur la presse ?
Concrètement, aujourd’hui, dans les chambres de la presse, des négationnistes, des racistes et des antisémites patentés sont jugés par les mêmes juges et selon la même procédure que les directeurs du Monde ou de Libé, dont les journalistes ont diffamé un chef d’entreprise ou un membre du gouvernement ! C’est la même jurisprudence qui s’applique à Dieudonné M’bala M’bala qui a pourtant été condamné sept, huit ou neuf fois ! Résultat, dans l’opinion publique, ces insultes racistes et antisémites ne sont pas de vrais délits, ce sont simplement des «délits d’opinion». Si le racisme et l’antisémitisme sont des délits, alors ils ne doivent pas relever d’une justice d’exception.

Une telle réforme pourrait avoir des conséquences concrètes : explosion du nombre de comparutions immédiates, et donc des peines fermes…
Il faut marquer le coup de manière plus ferme. Je ne demande pas à ce qu’on modifie l’échelle des peines pour la provocation à la haine raciale : celle qui existe déjà, allant jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende, est parfaite. Les propos racistes et antisémites représentent une atteinte d’une telle gravité à l’ordre public que la réponse de la justice doit être immédiate. A la 17e chambre [la chambre de la presse du tribunal de grande instance de Paris, ndlr], il faut dix-huit à vingt-quatre mois pour qu’une affaire soit jugée ! Entre-temps, on a oublié le propos. C’est bien, la théorie. Mais je ne me situe pas qu’au niveau des principes. Lorsque je vais aux audiences de la 17e, je vois des racistes et des idéologues qui publient des textes servant de littérature aux gamins qui entrent là-dedans comme dans une secte. De la plume au sang, il y a un fil d’Ariane qui a toujours existé dans l’histoire de l’humanité. Tant qu’on n’aura pas compris cela, on restera dans une position idéologique.

Les poursuites pour apologie du terrorisme qui ont multiplié les peines de prison en janvier et février ne plaident pas pour faire des délits d’expression des délits de droit commun…
C’est vrai, ces poursuites n’ont pas été faites avec le discernement nécessaire. Le parquet a un rôle immense dans ces affaires. Répondre rapidement aux propos racistes ne veut pas dire y répondre systématiquement par de la prison. Dans nombre de cas, je crois à la pédagogie, à des mesures de médiation pénale. Mais on ne peut rester sans rien faire devant l’augmentation exponentielle de ces faits.

Recueilli par Sonya Faure
© Libération

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UNIS CONTRE LES DISCRIMINATIONS AU TRAVAIL (France)

Communiqué des six organisations syndicales de salariés, CFDT, CFTC,CGC, CGT, FO, et UNSA.

03/03/2015 - Le groupe de travail de lutte contre les discriminations dans le monde du travail, installé depuis le 29 octobre 2014 par les ministres du Travail et de la Ville, a tenu sa réunion plénière le 24 février. Les travaux ont portés sur trois thèmes : la discrimination à l’embauche, la discrimination en emploi et les voies et recours. Après quatre mois de travail, les premières synthèses ont été présentées lors de la plénière.

L’ANI relatif la diversité dans l’entreprise et à la lutte contre les discriminations signé en 2006 par quatre organisations syndicales (CGT, CFDT, FO et CFTC) n’a pas été évalué par les partenaires sociaux, le patronat ayant refusé d’appliquer la clause de suivi malgré plusieurs relances des organisations syndicales de salariés. Cependant la DARES en a fait une étude exhaustive qui montre que les accords contiennent essentiellement des déclarations de principes et des rappels de la loi. Aucun accord n’a mis en place des indicateurs innovants permettant de repérer et mesurer les discriminations, ils ne contiennent pas non plus, de ce fait, d’outils efficaces pour corriger et réparer les discriminations.

Les discriminations perdurent et augmentent du fait de la crise, l’écart entre les droits et leur effectivité ne cesse de se creuser, menaçant le pacte républicain.

Devant le caractère insupportable et inacceptable de cette atteinte aux droits fondamentaux les six organisations syndicales de salariés, CFDT, CFTC,CGC, CGT, FO, et UNSA, participantes aux groupes de travail ont décidé de présenter ensemble des propositions.

Des moyens simples et concrets existent pour lutter efficacement contre les discriminations :

1- Moyens de lutte contre la discrimination à l’embauche. Mise en place dans les entreprises d’un registre des candidatures recensant les candidatures reçues et les recrutements et d’un référent chargé de recueillir les candidatures et de vérifier que les méthodes de recrutements ne soient pas discriminantes. Remise d’une notification de ses droits et des recours en cas de discrimination à chaque candidat à l’embauche.

2- Moyens de lutte contre la discrimination en emploi. La lutte contre les discriminations au travail impose l’implication des partenaires sociaux, syndicats et employeurs. Il est impératif que les partenaires sociaux soient à égalité de moyens pour traiter de ces questions. Nous proposons que les entreprises transmettent, de manière croisée, deux indicateurs supplémentaires qui sont en leur possession : le niveau de qualification par tranche d’âge et le niveau de rémunération par tranche d’âge. Ces dispositions n’entraînent aucun coût ni aucune contrainte supplémentaire pour les entreprises. En outre, pour le gouvernement, cela relève d’une simple disposition réglementaire qui aurait l’avantage de se conformer à la loi d’août 2014 sur l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

3- Moyens de recours contre les discriminations. Les organisations syndicales se sont toutes prononcées en faveur d’une action collective, permettant d’aller en justice au nom d’un collectif de salariés. Le ministère de la justice nous a fait part de réflexions en cours sur une action collective en droit du travail nous demandons à être associés à ce travail.

Des propositions simples, concrètes et opérationnelles sont sur la table. La lutte contre le racisme et les discriminations doit être une priorité nationale. Nous interpellons le gouvernement et le patronat : « Sur une question d’une telle importance, pas (ou) plus question de tergiverser : l’heure est à l’action ! ».
© L'Humanité

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LA MOUVANCE IDENTITAIRE, PÉPINIÈRE DE RECRUES POUR LE FRONT NATIONAL (France)

Dans le cadre des départementales, Christian Estrosi a dénoncé dans une lettre à Marine Le Pen la présence de transfuges du mouvement identitaire «dont la réputation sulfureuse n'est plus à faire». Par Marc de Boni

03/03/2015 - «Mieux vaut faire alliance avec des militants patriotes qu'avec des artisans de la déconstruction nationale M. Estrosi!», jugeait ce dimanche le maire FN de Fréjus David Rachline sur son profil Facebook. Une déclaration qui fait suite à la lettre adressée par le maire UMP de Nice à Marine Le Pen pour dénoncer un rapprochement du FN et du Bloc Identitaire. «Sur 18 candidats dans les cantons niçois, près de 25% d'entre eux sont issus du groupuscule d'extrême droite», a -t-il dénoncé dans un texte daté du 19 février dernier et publié par le JDD.

Le FN exclut officiellement toute alliance avec le Bloc identitaire, mouvement d'extrême droite régionaliste et spécialiste de l'action directe. En novembre 2011, Marine Le Pen affirmait sur BFM-TV : «Vous savez pourquoi je ne peux pas faire alliance avec le Bloc identitaire? Pour une raison simple c'est qu'ils sont européistes, (...) régionalistes, et ils contestent le rôle fondamental que j'accorde, moi, à la Nation qui est l'élément central du programme, du mouvement que je dirige». Des divergences profondes opposent en effet les deux mouvements. Mais Marine Le Pen admet qu'un nombre croissant de militants issus de cette mouvance rejoignent les rangs du Front national: «Certaines personnes dans les rangs du parti ont quitté les identitaires tout comme on accueille des anciens communistes et des anciens socialistes», a-t-elle déclaré dimanche à l'AFP.

Une «branche identitaire» au sein du FN
«C'est le fait de la croissance de notre parti qui recrute à gauche à droite et même ailleurs», explique au Scan David Rachline. «Le parcours de Gérard Longuet, d'Hervé Novelli ou de Claude Goasguen (suspectés d'avoir eu un passé militant à l'extrême droite, ndlr) est en réalité beaucoup plus à risque que celui des quelques candidats concernés que soutient notre mouvement. Et puis il s'agit d'élections départementales, ils ne seront pas ministres demain!» ironise le benjamin du Sénat. «C'est un phénomène heureux à partir du moment où ils s'engagent à rester dans la ligne définie par la présidente», ajoute le maire frontiste.

Les exemples se multiplient. Interrogée par le journal Nice Matin, Marie Valsim candidate dans le canton de Cannes 2 raconte: «J'ai eu une formation militante au sein des Jeunesses identitaires et j'ai essayé de me lancer dans une voie électoraliste en intégrant le Front national». Sur son profil Twitter, on trouve placardé le message «Je suis Charlie Martel». Problème: souvent considérés comme plus radicaux que les sympathisants FN, les anciens identitaires sont aussi moins enclins à se fondre dans le FN dédiabolisé voulu par Marine Le Pen. Exemple avec le cas d'Antoine Ormain, candidat dans le canton d'Angers 3 pour les départementales. Interrogé par Rue 89, il revendique: «Le FN est un parti qui conjugue différentes branches, il n'y a pas qu'une ligne et heureusement que la branche identitaire peut exister aussi. J'estime par exemple qu'il y a le bien et le mal, qu'il n'y a pas de vérité relative. C'est pour cela que, selon moi, la gay pride contrevient au bien et n'a pas droit de cité dans l'espace public». (Antoine Ormain n'a jamais été adhérent d'une coposante du mouvement identitaire indique Philippe Vardon, ndlr)

Les identitaires, des «cadres recherchés»
Autre exemple de dérapage, ce lundi au Mans, avec un élu cette fois. Louis Noguès, conseiller municipal FN et ancien identitaire, a comparé l'homosexualité à la zoophilie en plein conseil municipal. Une tendance qui inquiète les plus modérés au sein du parti du FN. Lors de la polémique liée à la vidéo de l'eurodéputé FN Aymeric Chauprade sur le choc des civilisations, l'entourage de Marine Le Pen s'est d'ailleurs alarmé de la constitution d'un courant identitaire au FN qui tenterait d'infléchir la ligne politique du parti «en misant sur les conflits de personnes».

Un phénomène qu'explique Fabrice Robert, président du Bloc: «Notre mouvement est avant tout une école de formation de cadres: ils sont recherchés, spécialistes de ‘l'agit-prop'. Nous assumons un rôle d'aiguillon vis-à-vis du FN. Il est d'autant plus normal que d'anciens identitaires rejoignent Marine Le Pen que le vote FN est un vote identitaire» juge-t-il. Fondateur de la branche identitaire niçoise Nissa Rebela, Philippe Vardon a un temps voulu rejoindre le Rassemblement Bleu Marine, avant de se voir accuser d'entrisme et d'en être écarté. Auprès du Scan, il explique: «Le Bloc identitaire a toujours été à côté mais aussi aux côtés du FN. Les gens ont le droit d'évoluer dans leurs positions: le FN a aujourd'hui une véritable capacité d'attraction, de rassemblement. Le FN a toujours respecté les identitaires et ils n'ont pas vocation à freiner la dynamique lancée par Marine Le Pen.»
© Le Figaro

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DÉPARTEMENTALES EN GIRONDE: EXCLU DU FN, GUILLAUME JAMBARD RENONCE FINALEMENT (France)

03/03/2015 - Guillaume Jambard, le candidat aux départementales en Gironde qui se réclamait de la devise de Pétain, "travail, famille, patrie" dans un tweet- message qui lui a valu de se faire retirer son investiture par le Front national sur le canton du Sud-Gironde (Langon) et d'être exclu du parti d'extrême droite- renonce finalement à se présenter aux prochaines élections.

"Les deux candidats remplaçants qui m'accompagnaient sont toujours militants au FN. Je ne veux pas les mettre en difficulté, même si j'aurais pu partir sous les couleurs du Parti de La France [parti fondé par Carl Lang, NDLR]", indique l'ancien frontiste.

Mais même s'il renonce, ce militant d'extrême droite ne peut pas retirer sa candidature. En effet, cela n'est plus possible depuis le 16 février à 16 heures, dernier délai pour les dépôts de candidature. Celle de Guillaume Jambard est donc toujours enregistrée et le sera jusqu'au premier tour, le 22 mars. A ce moment-là, le candidat fantôme ne présentera tout simplement aucun bulletin.

Un peu plus de quinze jours après que l'affaire a éclaté, il assume toujours son tweet et envisage même de se relancer en politique avec le Parti de La France. "Je suis en contact avec eux pour créer une fédération en Gironde", déclare-t-il. La guerre de l'extrême droite n'est pas finie...
© Sud Ouest

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LE MANS : LE FN DÉSAPPROUVE LES PROPOS DE LOUIS NOGUES ASSIMILANT HOMOSEXUALITÉ ET ZOOPHILIE (France)

Dans un communiqué, la Fédération du Front National de la Sarthe désapprouve les "termes utilisés par M. Louis Nogues, élu municipal du Mans lors du Conseil municipal du jeudi 26 février dernier à propos du vote d’une subvention en faveur d’une association LGBT." Par Fabienne Béranger

03/03/2015 - Jeudi soir, lors du conseil municipal au Mans, Marlène Schiappa, adjointe au Maire chargée de l’Égalité et des luttes contre les discriminations, défendait le dossier de l’actualisation de la charte LGBT visant à garantir aux couples homosexuels un accueil serein dans les lieux publics de la ville.

Louis Noguès, élu FN, prend alors ainsi la parole, selon Marlène Schiappa: "Vous défendez l’homosexualité et la bisexualité (…) Vous êtes la main du lobby LGBT". Avant de s’interroger :

"À quand une délibération sur la zoophilie ? Parce que cela revient au même, quand même..."

Dans un communiqué de presse, Pascal Gannat, secrétaire départemental de la Fédération FN de la Sarthe et Matthieu Demeleunaere, secrétaire départemental-adjoint "désapprouvent pleinement les termes utilisés par Louis Nogues,"

"En effet il n’est pas admissible que par le choix d’une comparaison injustifiée, M. Nogues puisse laisser croire que le FN se situe dans une attitude de discrimination à l’encontre des personnes homosexuelles : si le FN souhaite l’abrogation de la loi Taubira sur le mariage homosexuel, il récuse toute discrimination dans ses rangs comme à l’extérieur concernant la vie personnelle de chacun. M. Nogues a donc eu tort dans le choix des mots inadmissibles de son explication de vote." précise le FN ajoutant que "cependant sa prise de position quant à cette subvention était conforme à celle du FN : refus de la discrimination positive par subventions et refus de tout communautarisme, surtout fondé sur un mode de vie personnel, et nous l’approuvons."

Louis Nogues "devra s’expliquer de ses propos devant les instances disciplinaires du FN : le FN, si souvent rejeté, ne rejette personne, mais demande à chacun de respecter la dignité des personnes, quelles qu’elles soient." conclut la Fédération Départementale du FN en Sarthe.

Qui est Louis Nogues ?
Louis Nogues est un ancien militant du Bloc Identitaire, mouvement d'extrême-droite créé dans les années 2000, avec lequel le FN exclut toute alliance électorale.

Par le passé, il s'est plusieurs fois "illustré" notamment avec la "Rumeur du 9-3" qui veut que certaines villes feraient venir des immigrés de Seine-Saint-Denis en échange de subventions pour leur municipalité. En janvier 2014, il avait ainsi évoqué lors d'une conférence de presse "des cars entiers de Noirs déversés au Mans". Des propos pour lesquels Jean-Claude Boulard, le maire PS du Mans, avait décidé de porter plainte.

En février 2014, lors d'un débat sur les Municipales sur France 3 Pays de la Loire, Louis Noguès sort une pancarte en fin d'émission provoquant un incident majeur sur le plateau. Sur le thème de l'insécurité, Louis Nogués parle d'une "victime de l'insécurité au Mans, un mort dont le nom n'est pas de chez nous".
Xavier Rolland, rédacteur de France 3 Pays de la Loire et présentateur de l'émission, demande au candidat de respecter les règles du jeu et de retirer son affiche. Ce dernier refuse, son micro est coupé.
© France 3

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LE FESTIVAL DE CANNES ACCUSÉ D'HOMOPHOBIE (France)

Le film de Paul Verhoeven, Teenagers, a été rejeté par le festival en 2009. Le réalisateur français y voit une décision discriminatoire.

03/03/2015 - C'est une accusation surprenante, alors que La vie d'Adèle, sur l'histoire d'amour entre deux jeunes femmes, a reçu la Palme d'Or en 2013. Le réalisateur français de 73 ans, Paul Verhoeven (à ne pas confondre avec le réalisateur de Basic Instinct), a porté plainte contre le festival pour "discrimination à caractère homophobe", a-t-il confié à Europe 1. Son film, Teenagers, avait été rejeté par le festival en 2009. Pour Paul Verhoeven, qui s'appuie sur un mail envoyé accidentellement par les organisateurs, cette décision ne passe pas.

Que raconte Teenagers ? Le film à petit budget raconte la relation entre deux adolescents. "Tiré de faits réels", précise son auteur à Europe 1, il est en réalité "une compilation de trois de ses précédents films". Le point commun entre tous les films de Paul Verhoeven ? "Des scènes d'affection entre jeunes garçons", confie-t-il. En 2009, il avait envoyé une copie de son long-métrage au président du Festival, Gilles Jacob, "pour avoir son avis sur mon film". Mais celui-ci n'avait finalement pas été sélectionné.

Un mail reçu accidentellement. Paul Verhoeven demande alors des explications à la direction du festival. Mais au lieu de cela, il reçoit, par erreur, un échange de mails entre les organisateurs, faisant référence à son travail, "éthiquement douteux". Après avoir tenté d'obtenir des explications, en vain, il porte plainte pour "discrimination à caractère homophobe", mais "en désespoir de cause", explique le réalisateur.

Une audience est prévue au tribunal au mois d'avril. Contacté par Europe 1, le festival de Cannes n'a encore répondu à nos questions.
© Europe 1

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"SI POSSIBLE PAS JUIF": L'AUTEUR DE L'OFFRE D'EMPLOI ANTISÉMITE VA ÊTRE LICENCIÉ (France)

03/03/2015 - La sanction est tombée. L'agence parisienne NSL Studio a annoncé lundi 2 mars avoir engagé une procédure de licenciement contre un de ses salariés, à l'origine d'une offre d'emploi pour un graphiste "si possible pas juif", qui avait suscité une forte émotion début février.

La société "a été victime de la diffusion en son nom d'une offre d'emploi à caractère antisémite. L'auteur de cette annonce, qui est un salarié de l'entreprise et qui avait initialement indiqué avoir subi une prise à distance de son poste informatique, a reconnu être l'auteur de cette mention et l'avoir transmise pour publication à un site spécialisé d'offres d’emploi", a indiqué l'entreprise, basée à Paris, dans un communiqué.

Plainte de SOS Racisme
"L'exclusion de cette offre d'emploi à des personnes de confession juive a jeté la consternation et le discrédit sur l'entreprise. Il s'agit d’un acte odieux constitutif d'une véritable trahison de l'entreprise et qui porte à celle-ci ainsi qu'à ses salariés un tort considérable", a poursuivi NSL Sudio, qui a engagé une procédure de licenciement envers son salarié avec une mise à pied à titre conservatoire.

L'affaire avait fait le buzz début février sur Twitter, avec des centaines de messages indignés, mais aussi des réactions à la limite de l'antisémitisme.

SOS Racisme avait déposé plainte pour discrimination et la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) avait saisi le Défenseur des droits.
© Huffington Post

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SARKOZY ET LE « FNPS » : UN ARGUMENT CLASSIQUE À DROITE (France)

02/03/2015 - La formule a de quoi marquer les esprits. Nicolas Sarkozy met en garde contre le « FNPS » pour les élections départementales des 22 et 29 mars, dans un entretien paru lundi 2 mars dans Le Figaro. Se refusant à faire un pronostic pour ce scrutin, M. Sarkozy déclare : « Voter pour le FN au premier tour, c’est faire gagner la gauche au second. C’est le FNPS ! », en affirmant : « Voter pour l’UMP n’a jamais en revanche fait gagner la gauche. Voter FN, si. La seule réalité électorale, c’est le FNPS. »

Une offensive coordonnée dans le camp Sarkozy. « Le Parti socialiste fait monter par sa politique le Front national (…) Cela se passe entre eux et pour eux », a abondé Brice Hortefeux, lundi, sur France Info. « La montée du FN est du pain bénit pour le PS. C'est un système 'FNPS'. Ils sont entre eux. La réussite de l'un entraîne le maintien de l'autre », a renchéri le porte-parole de l'UMP, Sébastien Huyghe le même jour lors d'un point presse au siège parisien du parti de droite. « C'est une évidence que le Front national, depuis François Mitterrand, est la chose du Parti socialiste », a encore estimé Gérald Darmanin, dimanche, sur I-Télé.

UN ANGLE D'ATTAQUE RÉCURRENT
Un angle d'attaque tout sauf nouveau : depuis les élections législatives de 1986, pour lesquelles François Mitterrand avait rétabli la proportionnelle afin de contrer la « vague bleue » redoutée et permis l'entrée de députés FN à l'Assemblée, une partie de la droite accuse les socialistes d'instrumentaliser l'extrême droite à son encontre. Le prédécesseur de M. Sarkozy à la tête de l'UMP, Jean-François Copé, avait déjà utilisé ce slogan le 17 octobre 2013 en faisant porter sur l'actuel chef de l'Etat la responsabilité de la montée de l'extrême droite. « Oui, j'accuse François Hollande, par sa politique, de favoriser la montée du Front national (…) Ce n'est pas l'UMPS [comme le dit Marine Le Pen], c'est le FN-PS. »

En mai 2013, Nadine Morano avait également évoqué un prétendu axe « FNPS », en affirmant sur Twitter que ce serait « une réalité politicienne et mitterrandienne ».

Evoquer un axe « FNPS » est aujourd'hui une tentative de la part de M. Sarkozy de détourner l'expression « UMPS », régulièrement employée par la présidente du FN, Marine Le Pen, pour renvoyer dos à dos UMP et PS. L'ancien chef de l'Etat veut d'ailleurs absolument changer le nom de son parti pour casser ce slogan. « J’en ai assez des sigles qui permettent d’être caricaturés », a-t-il tonné le 13 décembre devant plusieurs centaines de cadres de son parti réunis à Paris. Depuis son retour,M. Sarkozy répète qu'il ne veut pas laisser prospérer l’idée que l’UMP et le PS feraient la même politique. Pas question de donner du grain à moudre au parti lepéniste, qui souligne le mimétisme et la connivence supposés entre les deux partis de gouvernement.

CASSER l'"UMPS"
En employant cette formule, le président de l'UMP cherche à susciter un vote utile en faveur de son parti lors des prochains scrutins. La droite espère sortir vainqueur des départementales mais la progression du FN pourrait venir contrarier son objectif. Selon un sondage Odoxa pour Le Parisien/Aujourd’hui en France, publié lundi, la formation d'extrême droite arriverait en tête du premier tour des départementales avec 33 % des intentions de vote, devant l’UMP/UDI (27 %) et le PS (19 %). Limiter la progression du FN est donc une priorité pour M. Sarkozy, dans l'optique des élections départementales et des régionales de 2015. « Si on est désuni, on sera derrière le FN », a-t-il prévenu devant les députés UMP, le 2 décembre.

En dénonçant un axe présumé entre le PS et le FN, M. Sarkozy cherche aussi à détourner les critiques sur la porosité existante entre les électorats de droite et d'extrême droite. Et à contenir le risque d'hémorragie de ses électeurs vers le parti frontiste. Lors de la dernière législative partielle du Doubs, 49 % des électeurs du candidat UMP au premier tour auraient fait le choix du FN au second, selon une étude de Joël Gombin, chercheur en science politique à l'Université de Picardie. Un niveau bien plus élevé que pour le PS. De la même manière, près d'un électeur sur cinq (19 %) ayant voté pour M. Sarkozy au premier tour de la présidentielle de 2012 « souhaitent » une victoire du FN aux élections départementales, selon un sondage IFOP pour Le Journal du dimanche, publié le 1er mars. Ce qui représente le taux le plus fort parmi les électeurs n'ayant pas voté pour Marine Le Pen en 2012.

« LE 'FNPS' N'A PAS DE TRADUCTION DANS LES URNES »
Depuis son départ de l'Elysée, M. Sarkozy dénonce une « alliance objective » entre le PS et le FN, en affirmant que Madame Le Pen a fait élire François Hollande à la présidentielle de 2012, en se prononçant pour un vote blanc et sans donner de consigne de vote. Au lieu de risquer de se retrouver sur la défensive sur l'attraction d'une partie des électeurs de droite pour le parti de Marine Le Pen, M. Sarkozy préfère porter le fer contre ses adversaires de gauche en les rejetant dans le camp de l'extrême droite.

Sauf que « ce slogan du 'FNPS' n'a pas de traduction dans les urnes », souligne le sondeur de l'IFOP, Frédéric Dabi, en rappelant que sur 100 électeurs ayant voté pour la candidate du FN au premier tour de la dernière présidentielle, 54 % ont voté de M. Sarkozy au second tour et seuls 21 % pour M. Hollande, selon une étude réalisée par son institut le 6 mai 2012.

En parlant de « FNPS », M. Sarkozy poursuit sa stratégie qui consiste à mettre le PS et le FN sur le même plan. Lors des cantonales de 2011, l'ancien chef de l'Etat avait acté -sous l’influence de Patrick Buisson, son ancien conseiller venu de l’extrême droite- la stratégie du « ni-ni », qui consiste à ne prendre parti ni pour le FN ni pour le PS. C'est l'autre objectif du président de l'UMP : détourner les critiques sur le manque de clarté de la position de l'UMP vis-à-vis du FN, après les tergiversations du parti de droite suite au premier tour de la partielle du Doubs.

Alexandre Lemarié
© Le Monde

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EXTRÊME DROITE RADICALE : UNE IMPLANTATION RATÉE À SAINTE-FOY-LÈS-LYON (France)

Ce samedi, un nouveau local de militants d’extrême droite radicale devait être inauguré avec concerts de groupes néonazis et flots de bière. Mais la mairie de Sainte-Foy-lès-Lyon, avertie par la police, a pris deux arrêtés municipaux pour interdire l’accès au hangar loué par ces nationalistes. Par Laurent Burlet

02/03/2015 - Une fois de plus, l’agglomération lyonnaise ne dément pas sa noire réputation de laboratoire de l’extrême droite radicale. Il y a une semaine, les jeunes identitaires tenaient en effet un meeting à Villeurbanne.

En novembre dernier, les nationalistes de l’ex-Oeuvre Française menés par Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac ouvraient quant à eux un local dans le Vieux Lyon.

En ce début d’année 2015, ce sont des nationalistes d’une autre tendance qui ont tenté d’inaugurer leur local.

Ouverture du « bar » sur Facebook et Twitter
L’ouverture du hangar de la route de la Libération, dans une petite zone commerciale de la commune cossue de Sainte-Foy-lès-Lyon, devait se faire en toute discrétion.

Sur Facebook, le nom du lieu « Lyon Non Conforme » n’est rattaché directement à aucun groupuscule. Il n’évoque le nationalisme qu’aux initiés des pratiques de l’extrême droite. On pense notamment à « Genève Non Conforme ».

Avant la date du 28 février, la page Facebook ouverte mi-janvier annonçait seulement l’inauguration ce samedi à 18h, avec « concert et fête jusqu’au bout de la nuit ». L’activité renseignée sur la page est « bar » et le visuel, un lion borgne qui rugit au milieu de la barre d’un navire, n’évoque pas spécialement l’extrême droite.

Ce sont d’autres comptes Twitter ou Facebook de la mouvance nationaliste qui en disent davantage sur l’activité de ce « bar ».

« Le Cercle du coeur rebelle » annonce sur sa page créée début février qu’il tiendra sa première conférence dans le local de « Lyon Non Conforme », sur le thème de la « liberté d’expression » et avec pour invité Georges Feltin-Tracol, un écrivain d’extrême droite proche du GRECE.

Quant au flyer de la soirée, il est notamment diffusé par le GUD Lyon. Sont annoncés les groupes Match Retour et Frakass. Ces deux groupes de « RAC » (Rock Against Communisme) tournent avec le réseau néonazi « Blood and Honour ».

Intervention concertée de la police et de la mairie
Informée de la nature du local par la police, la mairie (UMP) de Sainte-Foy-lès-Lyon a programmé la visite de la commission de sécurité le jour même du concert, juste avant l’ouverture des portes au public.

Cette visite est obligatoire puisque le local, accueillant notamment des concerts, est considéré comme un établissement recevant du public (ERP).

Vers 16h30, des représentants de mairie, des pompiers et des policiers se sont rendus sur les lieux et ont estimé que le local « n’était pas aux normes », selon la police.

Dans la foulée, la mairie de Sainte-Foy a pris deux arrêtés municipaux : l’un interdisant l’accès au local et l’autre interdisant la tenue d’un rassemblement (sous toutes ses formes, concert compris).

Les organisateurs ont alors envoyé des messages sur les réseaux sociaux pour annoncer « l’annulation par les autorités ».
Une cinquantaine de personnes étaient déjà sur les lieux, sous la surveillance de CRS.

Publication by Local – Lyon Non Conforme.

Les #CRS block l entre du concert Frakass et match retoure á Lyon #lyonnonconforme pic.twitter.com/ozaD92SevI
— Riposte Nationaliste (@ripostenatio) February 28, 2015

Dans un communiqué publié sur leur compte Facebook, les organisateurs de « Lyon Non Conforme » considèrent que la législation en vigueur a bien été respectée et « s’interroge sur cette action concertée des pouvoirs publics de longue date, étant donné que les camions de police étaient cachés dans le secteur dès la fin de matinée ». Ils annoncent également vouloir porter plainte par le biais d’un avocat.

Le GUD à la manoeuvre, mais pas que
Touché au portefeuille, « Lyon Non Conforme » a très vite lancé un appel à souscription. Ouvrir un local n’est pas neutre financièrement et montre une volonté d’organisation. C’est pourquoi ce nouveau lieu de l’extrême droite lyonnaise a été soutenu par plusieurs groupuscules.

En tête, on trouve le GUD Lyon. Mais dans l’agglomération, ce groupe est en difficulté.

Plusieurs de ses militants ont été condamnés à de la prison ferme à la suite d’une ratonnade à la Guillotière et du lynchage d’un couple à Villeurbanne. L’un de ses responsables, Steven Bissuel, est poursuivi pour un tweet antisémite publié le jour des 70 ans de la commémoration de la libération d’Auschwitz.

L’organisation recréée en 2011 à Lyon ne compterait aujourd’hui plus qu’une quinzaine de membres actifs, selon la police. Le GUD a dû faire appel aux copains :

- Le Mouvement d’Action Sociale (MAS) qui s’est fait connaître dernièrement pour avoir tenté d’infiltrer la ZAD de Sivens
- Terre et Peuple fondé par le professeur de l’université Lyon III Pierre Vial.

Avec la présence du groupe de RAC lyonnais Match Retour, on note surtout une volonté de la part de la mouvance néonazie de recréer un local comme celui qui avait existé à Gerland (Lyon 7e). Le chanteur du groupe, Renaud Mannheim, était en effet l’un des responsables du « Bunker Korps Lyon ».

Il a été membre du mouvement de Serge Ayoub Troisième Voie, dissous en juillet 2013 après la mort de Clément Méric.

Jusqu’en en mai 2011, pendant près d’un an et demi, le « BKL » (pour les intimes) était le lieu de convergence de ces militants d’extrême droite adeptes de « bière, foot et baston ». Il avait été fermé sur décision administrative de la Ville de Lyon pour non respect des normes de sécurité.
© Rue 89

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MADONNA COMPARE LA FRANCE À L'ALLEMAGNE NAZIE : ÇA FAIT MAL, MAIS ELLE N'A PAS TORT

Dans une interview accordée à Europe 1, Madonna s'est dit effrayée par "le niveau d'intolérance" en France et en Europe. La chanteuse américaine va même jusqu'à comparer cette "époque folle que nous traversons" avec "l'Allemagne nazie". A-t-elle tort ou raison ? Jean-Paul Fhima, professeur agrégé d'histoire-géographie et contributeur à la "Tribune juive", admire le franc-parler de la star.

02/03/2015 - "Ce qui se passe en France et en Europe fait peur. Cette intolérance, et cet antisémitisme, ça fait penser à l’Allemagne nazie !", confiait Madonna dans une récente interview accordée à "Europe 1".

Un tel constat fait mal. Que faut-il en penser ?

La kippa dérange plus que le voile
Les synagogues et les écoles juives sont bunkérisées, la communauté juive, repliée sur elle-même, est tentée de fuir en Israël, consciente que les incidents anti-juifs vont se reproduire, ici ou ailleurs, bientôt ou demain.

Montrer, dans l’espace public, tout signe extérieur d’appartenance au judaïsme est devenu une prise de risque et donc, par la force des choses, une restriction des libertés individuelles.

Le voile islamique fait partie du paysage, mais la kippa dérange. "Ça crée des problèmes" vous diront les plus prudents qui, "pour votre bien", soutiennent qu’afficher votre judéité est ressentie parfois comme une provocation.

Malgré les garanties répétées de l’État, on sait qu’il est bien difficile d’empêcher les vexations quotidiennes qui, patiemment, érodent la confiance que les Juifs font, depuis des siècles, à leur propre pays. Personne ne pensait en arriver là.

Le néo-nazisme est largement représenté
L'extrême droite néo-nazie est-elle responsable de cette situation ? "Non", nous dit Jean-Yves Camus, spécialiste de la question.

"Il n'y a pas de remontée dangereuse de l'extrême droite en Europe, mais plutôt une vague néo-populiste née dans les années 1980."

Le Front national en France, le Vlaams Belang en Belgique, la Ligue du Nord en Italie ou encore le FPÖ en Autriche, montrent que l’extrême droite européenne est très hétérogène, radicale parfois, moins intransigeante qu’il y paraît souvent.

Certes, on ne peut nier qu’il existe des formations dures, comme Aube Dorée en Grèce, arc-boutées sur des valeurs telles qu’un ultranationalisme violent, farouchement opposées à l’immigration et à l’Union européenne.

"Si quelques partis imprègnent leurs diatribes de références néo-nazies, la plupart cherchent la respectabilité et envahissent le terrain social", poursuit Jean-Yves Camus dans "Le Monde diplomatique". Même un parti peu fréquentable comme le Jobbik en Hongrie cherche à rénover son image pour mieux intégrer le jeu parlementaire.

Le néo-nazisme est donc un concept flou et marginal, contrasté et multiforme, qui échappe aux réductions idéologiques, et aux commentaires politiques simplistes.

En 2004, tout était dit et pourtant...
Quand on fait le point sur les multiples rapports et conclusions provisoires sur l’antisémitisme en France, depuis le début des années 2000, on doit, par contre, se résoudre à un constat navrant. On parle d’un nouvel antisémitisme, reflet d’une nouvelle menace totalitaire.

En 2004, le rapport Ruffin interpellait les pouvoirs publics sur les méthodes et les dispositifs pour combattre les dérives d’un "racisme organisé" et améliorer une formation policière insuffisante, des réponses judiciaires inappropriées, un cadre scolaire peu adapté.

On y préconisait avec lucidité et pragmatisme toutes les méthodes nécessaires pour faire face au danger qui apparaissait déjà : dresser le portrait-type des auteurs de ces actes ; distinguer entre doctrinaires et activistes, groupuscules et actes isolés ; combattre les "tags planétaires" que constituent les réseaux sociaux. Tout était dit, et pourtant…

Accusé de "dérapage" et d'attiser le feu au lieu de l’éteindre, ce rapport, vu comme "une erreur" et "un délit d’opinion" était rapidement rangé dans un tiroir, et oublié.

L'antisémitisme plus fort en France
Depuis, un antisémitisme à la française s’est sinistrement imposé et distingué : 20% des violences anti-juives en Europe se sont produites en France.

Si en Belgique et en Autriche, on note pareillement une recrudescence des attaques antisémites qui ont presque doublé, nulle part ailleurs les actions violentes ont conduit à tuer des juifs parce qu’ils sont juifs. À l’exception près de l’attentat du musée de Bruxelles, le 24 mai 2014, où deux juifs ont été assassinés … par un Français, Mehdi Nemmouche.

Les conclusions d’un colloque sur l’antisémitisme, organisé en octobre 2014 par la fondation Jean-Jaurès, l’AJC Paris (American Jewish Committee) et la Fondapol, regrettent une "triste exception française" qu’il s’agit de comprendre sans "idéologie, parano, ni grands discours trop rassurants ou trop inquiétants" (Annette Lévy-Villard, "Libération").

Alain Finkielkraut est un gardien de conscience
Or, pour éviter de prendre le même chemin d’erreurs et de catastrophes qu’autrefois, il est utile et même urgent, de mettre fin à la langue de bois et au discours émollient des démagogues et des irresponsables.

Sans tomber dans la radicalité absolue et indéfendable, mais sans compromis non plus, on doit pouvoir prononcer des mots qui fâchent et nous renvoient à une réalité moche qu’on n’a pas envie de regarder en face. Sans stigmatisation ni compassion, on doit pouvoir nommer l’innommable.

Accuser Alain Finkielkraut de racisme quand il tente de parler juste et franc, au nom de la raison et de la mémoire, est une faute morale et inexcusable. Conformément à la confusion des genres qui sévit de nos jours, on ferait presque passer ce gardien de conscience pour un dangereux ennemi de la nation.

On connaît la musique
Bien sûr, la France n'est pas un pays "rempli d’islamistes radicaux, prêts à égorger tout le monde" nous dit Jean-Luc Mélenchon qui regrette en même temps la dé-diabolisation du FN.

Il est vrai que les inquisiteurs du "vivre ensemble" préfèrent se contenter des apparences auxquelles plus personne ne croit vraiment mais qui s’imposent dans les efforts un peu pathétiques de "réconciliation forcée", comme celle entre les présidents du CRIF et du CFCM, obtenus à l’arraché par la présidence de la République.

Inutile de changer de disque. On connaît la musique. Et moi, pardon monsieur Mélenchon, je préfère les vedettes américaines.
© Nouvel Observateur

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CONTRE L’UNION SACRÉE, POUR UNE UNION ANTIRACISTE ET POPULAIRE (France)

« Contre la tentative de criminaliser ceux qui dénoncent l’islamophobie » ; « contre les lois sécuritaires visant à museler (…) ceux qui veulent déconstruire de racisme d’Etat. » Près de deux mois après les attentats de Paris, plus de 20 organisations s’unissent pour marquer leurs positions dans une tribune que publie Saphirnews. Une union qui se concrétise par la tenue d'un meeting organisé le 6 mars « contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire ».

02/03/2015 - Les attaques contre Charlie Hebdo et un Hypercasher ont soulevé une immense émotion que nous partageons. Mais elles ont été aussi le prétexte à une nouvelle offensive « sécuritaire » contre les populations des quartiers populaires, contre tous ceux qui refusent l’ordre dominant. Elles sont aussi l’occasion de restreindre les libertés, de justifier des opérations militaires à l’étranger.

Cette offensive menée au nom d’une mythique « unité nationale » est une machine à diviser ceux qui devraient être unis et à unir ceux qui devraient être divisés. Réunir en seul camp les classes dominantes de France et les Français qu’elles exploitent pour les opposer aux populations issues de l’immigration, à celles qui se disent ou sont dites « musulmanes », aux quartiers populaires : tel est l’objectif de l’unité nationale que l’on tente de nous imposer en instrumentalisant l’émotion.

Cette offensive nécessite une riposte unie de tous ceux qui sont non seulement attachés à la liberté d’expression mais refusent aussi l’ordre injuste, notamment le racisme d’État (anti-musulmans, anti-noirs et rroms), l’antisémitisme, les intolérables inégalités sociales et les guerres.

Contre l’injonction binaire « si vous n’êtes pas solidaire de Charlie et des valeurs positives inhérentes au monde occidental, c’est que vous êtes solidaire des terroristes et des valeurs négatives inhérentes au monde musulman », si vous n’affirmez pas publiquement que vous êtes d’accord avec les autorités bien pensantes de ce pays, c’est que vous êtes contre ce pays.

Contre la chasse ouverte au terroriste réputé sommeiller en tout musulman, voire en tout Arabe, en tout Noir, en tout métèque, avec son cortège d’agressions et de délations, y compris le fichage des élèves par les enseignants, et qui fait que nombre de musulmans et surtout de musulmanes ont peur dans la rue.

Contre la tentative de criminaliser ceux qui dénoncent l’islamophobie.

Contre les lois sécuritaires visant à museler ceux qui mettent en évidence et veulent déconstruire les racines structurelles, la construction politique, socio-économique et culturelle du racisme d’État.

Contre l’offensive libérale de grande ampleur qui se traduit en France par l’adoption de la loi Macron et l’accentuation des politiques d’austérité dont les premières victimes sont les couches populaires.

Contre la logique du « nous sommes en guerre » et contre les interventions militaires à l’étranger, notamment au Proche-Orient et en Afrique et la poursuite de l’oppression du peuple palestinien, qui alimentent la violence notamment contre les juifs associés abusivement au projet sioniste par les défenseurs d’Israël et par les antisémites.

Pour la liberté égalitaire de s’exprimer, de contester et de dénoncer tous les racismes, notamment le racisme d’État.

Pour la confrontation politique des idées et des analyses sur ces sujets qui fâchent – et où se combinent bien des préjugés et rapports de domination.

Pour le droit de condamner le crime sans pactiser avec ceux qui nous oppriment et veulent nous réduire à merci.

Pour que des femmes, des hommes, des enfants n’aient pas à raser les murs ou à accepter avec contrition une vindicte haineuse.

Pour pouvoir démonter, expliquer, déjouer le piège de la prétendue union sacrée.

Pour pouvoir construire ensemble une société où invoquer la liberté et l’égalité ne servirait pas qu’à camoufler la domination.

Les signataires appellent à construire une riposte collective en opposant l’Union antiraciste et populaire à l’Union sacrée et en s’efforçant de traduire leurs orientations dans les cités, les quartiers, les lieux d’éducation et de travail, les luttes contre les contrôles au faciès et le fichage des enfants « rétifs », pour les droits sociaux et politiques égalitaires, en multipliant les formes d’auto-organisation des populations concernées.

Ils s’engagent à se mobiliser de manière convergente lors des prochaines semaines et prochains mois pour s’opposer à la division, au racisme d’État et aux guerres.

Signatures collectives
Fondation Frantz Fanon, MTE (Mamans Toutes Egales), BAN (Brigade Anti-Négrophobie), PIR (Parti des Indigènes de la République), FUIQP (Front uni des immigrations et des quartiers populaires), CFPE (Collectif Féministe Pour l’Egalité), IJAN (International Jewish Antizionist Network), Respaix Conscience Musulmane, Les Indivisibles, La Voix des Rroms, UJFP (Union Juive Française pour la Paix), Quartiers Nord, quartiers forts (Marseille), Collectif féministe 8 Mars Pour Toutes, Collectif Toi plus moi, plus ma maman, Femmes en lutte 93, Collectif des Enseignants Pour l’Abrogation des Lois islamophobes (CEPAL), Collectif Palestine Libre (Toulouse), Capab (Collectif Anti-fasciste Paris Banlieue), Sud éducation Créteil, Collectif femmes révoltées (Toulouse), Collectif les mots sont importants (LMSI), NPA, Femmes plurielles, Revue Z

Signatures individuelles
Ismahane Chouder (Secrétaire générale de la commission Islam et Laïcité, coprésidente du CFPE, PSM), Ndella Paye (MTE), Sihame Assbague (Porte-parole du Collectif Stop le contrôle au faciès), Said Bouamama (Sociologue, FUIQP), Said Branine (Oumma.com), Rocé (Rappeur), Disiz (Rappeur), Alain Gresh (Journaliste), Rokhaya Diallo (Journaliste), Catherine Samary (Militante altermondialiste), Farid Bennaï (FUIQP, ASEFRR, Ensemble), Madjid Messaoudène (Elu Front de gauche), Mohamed Jaite (AMDH Paris), René Monzat (Auteur), Kamel Djellal (Président et fondateur du Collectif Citoyen), Houria Bouteldja (PIR), Youssef Boussoumah (PIR), Michaël Lowy (Sociologue, CNRS), Michèle Sibony (UJFP), Ivar Ekeland (Ancien Président de l’Université Paris-Dauphine), Fabienne Haloui (PCF), Eric Hazan (Editeur), Mohamed Bensaada (Quartiers Nord, quartiers forts), Ahmed Abbes (Directeur de recherche au CNRS), Marie-Hélène Bourcier (Sociologue, professeur Lille 3 et activiste queer), Antoine Boulangé (Enseignant, membre d’Ensemble-FDG, Vitry sur Seine), Mireille Fanon Mendès-France (Expert à l’ONU), Omar Benderra (Comité International de Soutien aux syndicats autonomes Algériens), Laurent Lévy (Militant du mouvement Ensemble! – Front de Gauche), Sonia Dayan-Herzbrun (Professeure émérite à l’Université Paris Diderot-Paris 7, Présidente de la Commission Islam et Laïcité), Maximilien Sanchez (Conseiller Municipal délégué à la Jeunesse de Gentilly), Eleni Varikas, Didier Lestrade (Militant associatif), Danièle Obono (Antiraciste/altermondialiste, Ensemble ! Front de gauche), François Burgat (Politologue), Georges Gumpel (UJFP), François Gèze (Editeur), Geneviève Rail (Ph.D., Directrice de l’Institut Simone-De Beauvoir, Montréal, Canada), Evelyne Perrin (Militante associative), Anne Larue (Professeure à l’université Paris 13), Laurent Gabaroum (Syndicaliste), Sarah Benichou (Collectif féministe 8 Mars Pour Toutes), John Mullen (militant Ensemble, Montreuil), Véronique Gallais (militante associative, actrice de l’ESS), Mohammed Ben Yakhlef (Co animateur de Respaix Conscience Musulmane, Secrétaire Général de l’Association Cultuelle Musulmane de Villeneuve-Saint-Georges), Insaf Chebaane (Conseillère municipale Front de Gauche Villeneuve-Saint-Georges), Omar Cheriguene (Conseiller municipal Front de Gauche Villeneuve-Saint-Georges), Nadia Ben Moussa (Conseillère municipale Front de Gauche de Villeneuve-Saint-Georges), Christine Delphy (Sociologue), Karine Parrot (Professeure de droit à l’université), Alice Dula (CFPE), Gustave Massiah (Militant altermondialiste)
© SaphirNews

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GILLES-WILLIAM GOLDNADEL : ANTISÉMITISME ET ISLAMOPHOBIE NE SONT PAS COMPARABLES (France)

Le président du CRIF a déclaré que «juifs et musulmans étaient ensemble victimes du racisme» lors de sa «réconciliation » avec le recteur de la Grande Mosquée de Paris à l'Elysée la semaine dernière. Gilles-William Goldnadel dénonce une dangereuse contrevérité.

02/03/2015 - C'était sûr. Promis, craché. Rien ne serait plus jamais comme avant. Le 12 janvier au matin, les nuées pestilentielles de la haine, de l'intolérance, et du terrorisme intellectuel seraient emportées par un ouragan nommé Charlie. Certains, très peu nombreux, demeuraient fort sceptiques.

Contre le vent qui soufflait, ils prophétisaient sans plaisir qu'il était douteux qu'un happening satisfait, un festival du consensus mou allant jusqu'à refuser de détester la haine et encore moins de la nommer, une escroquerie émotionnelle aux sentiments, ne fassent autre chose que bien rire les méchants. Ces mauvais prophètes maudissaient le roi et plus encore ses puissants opposants de ne pas avoir saisi l'occasion du malheur pour se libérer des fers que la religion de la préférence pour l'Autre avait posés sur les sujets de France.

La semaine dernière, dans ces mêmes colonnes, je disais que le seul scandale provoqué par les évidences affligeantes prononcées par le représentant censé représenter les juifs français résidait précisément dans le fait qu'elles aient pu faire scandale. Mais un autre habite dans le fait que les déclarations du même, le lendemain, n'aient déclenché, au rebours, aucun commentaire.

Le président du CRIF s'est en effet rendu à l'Élysée, comme d'autres à Canossa, pour se réconcilier, sous égide présidentielle, avec le très estimable président Boubakeur qui avait cru devoir se sentir insulté par le lieu commun, la banalité, l'observation ingrate de l'identité religieuse des assassins de juifs. Bref, en la circonstance, c'étaient les musulmans qui faisaient figure d'offensés.

On revoyait ainsi se dérouler au même endroit, la même scène qui avait été jouée au lendemain du massacre de Toulouse, et où les acteurs de l'époque avaient lourdement insisté sur le «pas d'amalgame!». Quelques jours après, le grand rabbin de France avait regretté , mais un peu tard, la centralité de cette thématique qui masquait la réalité des responsabilités respectives. Cette fois-ci, le président du Crif s'est senti obligé de déclarer publiquement que «juifs et musulmans étaient ensemble victimes du racisme»… Je comprends bien, et je la souhaite autant qu'un autre, la nécessité de bonnes relations entre les enfants d'Israël et ceux d'Ismaël. Mais pas au prix d'un mensonge au moins par omission pour se faire pardonner une dure vérité.

Il n'existe aucune équivalence actuelle entre la souffrance juive et la souffrance musulmane. Les renvoyer dos à dos est une offense dangereuse à la cruelle vérité. Que le représentant du CRIF m'oblige à m'imposer au nom de la vérité due aux victimes de la haine islamiste, cet exercice ingrat qui sera considéré par certains comme constitutif de concurrence victimaire, m'afflige.

Énoncer dans une même phrase que juifs et musulmans seraient victimes du même racisme donne à penser que, comme toujours, les racistes sont les non-juifs et les non-musulmans. Pour un peu les éternels franchouillards… Or dans la tragique circonstance actuelle, les tourmenteurs de juifs se recrutent au sein de l'islam radical.

Laisser également à penser qu'antisémitisme et islamophobie seraient les deux revers d'une même médaille ensanglantée relève de la dangereuse contrevérité. Comme l'a encore écrit mon cher Pierre André Taguieff dans ces mêmes colonnes «la symétrie entre islamophobie et judéophobie relève de l'escroquerie intellectuelle et morale.» «Point de musulmans assassinés en France parce que musulmans, point d'enfants musulmans tués en tant que musulmans. Point non plus en France, même après les tueries de janvier 2015, de manifestations islamophobes violentes avec des slogans comme «mort aux musulmans!» ou «musulmans assassins!». Ni même avec un slogan du type «musulman, casse-toi: la France n'est pas à toi!». Dieu merci.

J'ai défendu ici même le droit et même le devoir qu'avait le président de l'instance représentative des juifs de France de dire la vérité sans faillir. Dans la tempête médiatique s'il le faut. Ce n'était pas la peine de s'y risquer sans savoir tenir fermement la barre. Mais je sais aussi d'où souffle le mauvais vent qui gonfle la tempête. Si les choses ont changé depuis le 11 janvier, ce n'est pas en mieux.

Gilles- William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l'association France-Israël. Il tient une chronique hebdomadaire sur FigaroVox.
© Le Figaro

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LE FN MIXE SOCIAL, IDENTITÉ ET SÉCURITÉ POUR SA CAMPAGNE (France)

Le FN tenait samedi une convention pour lancer sa campagne des départementales. Le parti fait de la défense du département la clef de voûte de son discours sur la « France des oubliés ».

02/03/2015 - Jamais plus à l’aise que lorsqu’elle se sent au centre du jeu, avec un parti crédité dans les sondages de 30 % des intentions de vote aux élections départementales de fin mars, Marine Le Pen a donné, samedi à Paris, le coup d’envoi de la campagne du Front national lors d’une convention destinée à ses candidats. Les tables rondes y ont donné le ton de la campagne du parti d’extrême droite, avec un discours axé autour de la défense « de la nation, du département et des communes » face à « l’Union européenne et aux hyper-régions », et de la défense de « l’identité, la sécurité, la laïcité », contre « l’islamisme, le communautarisme, la délinquance ».

Et Marine Le Pen, désireuse d’attirer les déçus de droite et de gauche, mais aussi les bataillons d’abstentionnistes, de se lancer, dans son discours de clôture, dans une critique féroce de l’exécutif et de l’UMP, ironisant sur une « caste » qui redoute de « perdre des postes  ». Elle a accusé l’exécutif de « truquer » les chiffres du chômage après la petite embellie de janvier pour les chômeurs de catégorie A, qui n’arrange pas le FN, prompt à se nourrir des échecs des autres. Elle a raillé un Nicolas Sarkozy « inaudible ». Ou, activant le clivage des élites contre le peuple, elle a pointé des politiques qui, selon elle, « dédaignent la France rurale. Elle vote mal à leurs yeux ». Elle a elle-même rappelé que, au-delà des départementales, son objectif est la présidentielle de 2017. « Oui, en 2017, si nous le voulons, nous pourrons tenir tête à Berlin, Washington et Bruxelles ! » a-t-elle lancé, espérant alors « pouvoir défier la finance et les multinationales, rejeter les européistes qui appauvrissent la France et les ­mondialistes qui nous coupent de notre identité nationale ». De quoi ratisser large.

Un discours attrape-tout
En attendant, Marine Le Pen prend soin de décliner ce discours pour les départementales, faisant de la défense du département, auquel elle sait les Français attachés, la clef de voûte de son discours sur « la France des oubliés », contre une réforme territoriale imposée selon elle par Bruxelles. « Nous défendons ces Français qui ne manifestent pas et voient disparaître le peu qu’ils ont », a-t-elle affirmé, fustigeant la suppression programmée de « nos chers départements » . « Je n’accepterai pas qu’on sacrifie d’un même geste irresponsable nos départements et nos anciens », est-elle allée jusqu’à dire, assurant que le FN était le seul à vouloir revaloriser l’APA (allocation personnalisée d’autonomie).

Elle développe aussi au niveau du département un discours anti-immigration, sécuritaire et anticommunautariste. « On dépeuple d’une main en supprimant les services publics, on repeuple de l’autre avec des clandestins », a accusé la leader du parti d’extrême droite, qui a redit son opposition au « prosélytisme islamiste » et au « port du voile » dans les crèches, et sa volonté de mettre en place des plans départementaux de lutte ­contre les trafics de drogue et la fraude au RSA. Le tout, bien sûr, en baissant la fiscalité.

Un discours attrape-tout et plus facile à tenir pour un parti qui ne dirige pour l’instant aucun département et qui, s’il multipliera sans mal le nombre de ses élus départementaux fin mars – il n’en a que deux aujourd’hui – pourrait avoir plus de mal à décrocher la responsabilité d’un département.

Isabelle Ficek
© Les Echos

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DÉPARTEMENTALES : DES CENTAINES DE 21 AVRIL AU COIN DE LA RUE (France)

Le FN au second tour face à l’UMP ? Ce qui était un séisme en 2002 devrait s’imposer comme la norme lors des départementales, notamment grâce à une gauche divisée. Pour le plus grand bénéfice de la droite.

01/03/2015 - Le pire est assez probable. Dans trois semaines, le premier tour des élections départementales menace de tourner au naufrage. Et pas seulement pour le PS. A gauche comme à droite, on se résigne à voir le Front national au second tour dans plus de la moitié des 2 054 cantons de France. «Plus jamais ça», avaient juré les républicains au lendemain de la qualification de Jean-Marie le Pen au premier tour de la présidentielle de 2002. Longtemps décrit comme une exceptionnelle anomalie, la présence du FN au deuxième tour d’une élection est en passe de devenir une règle électorale. Ce qui ferait de ce 22 mars 2015 une sorte de 21 avril généralisé.

Certes, la droite a bon espoir de rafler la mise au second tour, après avoir profité de la suicidaire division de la majorité présidentielle au premier (lire page 5). Mais ce sera, n’en déplaise à ses dirigeants arc-boutés sur leur ni-ni (ni FN, ni PS), grâce aux électeurs de gauche toujours majoritairement attachés au front républicain. «Ce sera une victoire par défaut», reconnaissent en coulisse les responsables de l’UMP. Le reconnaîtront-ils publiquement ? Sans doute pas. Les plus zélés des sarkozystes se préparent déjà, en toute impudeur, à célébrer une «vague» pourtant plus brune que bleue.

Défouloir. Il est vrai que ces obscures départementales réunissent toutes les conditions d’une élection défouloir (lire page 6). Sur de nouveaux cantons aux périmètres parfois étranges, les Français sont invités à élire des binômes hommes-femmes de candidats souvent inconnus. On leur a par ailleurs expliqué que ces départements sont en voie de «dévitalisation». Les futurs élus auraient donc vocation à éteindre la lumière ? De quoi encourager une abstention record : moins de la moitié des électeurs ont l’intention de se déplacer.

Seuil. Dans ces conditions, le seuil de qualification au second tour pourrait approcher les 30% des suffrages exprimés. A de très rares exceptions près, les candidats arrivés troisième seront dont disqualifiés. C’était d’ailleurs l’objectif de la réforme votée par la majorité sarkozyste en 2011 : empêcher les triangulaires PS-UMP-FN qui favorisent la gauche en relevant le seuil d’accès au second tour de 10% à 12,5% des inscrits. Faute de majorité au Sénat, le gouvernement socialiste avait dû renoncer à revenir sur cette réforme.

Il faut interpréter avec prudence les nombreux sondages qui donnent le FN en tête, avec près de 30% des intentions de vote. Ces enquêtes nationales ne tiennent pas compte des caractéristiques très locales du scrutin départemental. Reste que le FN sera - c’est une première - en mesure de présenter des candidats dans la quasi-totalité des 2 054 cantons. Plus de la moitié d’entre eux peuvent espérer se qualifier au second tour, le plus souvent aux dépens des candidats d’une gauche divisée. Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop, a calculé que la droite et le centre avaient fait l’unité dans 54% des cantons, tandis que la gauche n’y est parvenue que dans 12% des cas. En conséquence de quoi le PS a de fortes chances d’être éliminé dans près d’un millier de cantons, soit quasiment la moitié des confrontations.

C’est ainsi que sont mécaniquement réunies les conditions d’une large victoire de l’UMP. Avec ses alliés, le parti de Nicolas Sarkozy est presque assuré de gagner plus d’une vingtaine de départements. Selon Jérôme Fourquet, le score de 2011 suffirait pour réaliser cette performance. Il s’agissait pourtant, avec 31% des suffrages au premier tour, de la plus mauvaise performance de la droite aux départementales sous la Ve République. Présenté comme très ambitieux par les proches de l’ancien chef de l’Etat, l’objectif que s’est fixé l’UMP - passer de 40 à 60 présidences de conseils départementaux - est en réalité plutôt modeste. Longtemps hégémonique dans les cantons, la droite a déjà fait beaucoup mieux sous la Ve République, étendant sa domination sur près de 80 départements tandis que la gauche n’en gouvernait qu’une vingtaine.

Nuisance. Cette «victoire» paradoxale ne mettra pas la droite à l’abri de ses déchirements. La question de l’attitude à adopter en cas de deuxièmes tours PS-FN se posera nécessairement. Plusieurs centaines de ces duels sont possibles et donc, potentiellement, autant de psychodrames opposant partisans du ni-ni à ceux qui appellent à voter contre l’extrême droite. Partout où elle sera privée de majorité absolue, l’UMP sera aussi confrontée au piège du «troisième tour» : l’élection du président de l’assemblée départementale. Selon le décompte du sénateur UMP du Loiret Eric Doligé, le FN sera en mesure d’emporter quelques dizaines de cantons, du Nord jusqu’au Var en passant par l’Oise ou le Vaucluse. Sarkozy a été très clair : «Tout responsable UMP qui conclura un accord avec le FN sera immédiatement exclu.»

L’avertissement vise ceux qui seraient tentés de se faire élire grâce au renfort d’une poignée de voix frontistes. A l’UMP, on rappelle qu’à défaut de majorité absolue, une majorité relative suffit, après deux tours, pour se faire élire à la présidence d’une assemblée départementale. Inutile, donc, de se compromettre avec le Front national. Mais les élus du FN ne se priveront pas d’user au maximum de leur capacité de nuisance. Personne ne les empêchera, ici et là, d’offrir d’embarrassantes majorités à des élus locaux susceptibles de céder à la tentation. D’autant que, dans les départements, le vote du budget et de toutes les délibérations se fait à la majorité absolue. Cela n’a pas échappé à Marine Le Pen, qui prépare «une charte» recensant«les points d’accord possible» dans la gestion. Certains présidents UMP de départements pourraient devoir choisir entre la gauche et l’extrême droite. S’ils s’en tiennent au «ni-ni», leur collectivité sera tout simplement ingérable.

En attendant les élections régionales de décembre - elles aussi prometteuses pour lui -, le FN voit s’ouvrir devant lui un terrain de jeu inespéré.

Alain AUFFRAY
© Libération

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LES DISCRIMINATIONS FREINENT L'INTÉGRATION ÉCONOMIQUE DES DESCENDANTS D'IMMIGRÉS (France)

01/03/2015 - Les discriminations freinent l'intégration économique en France des jeunes descendants d'immigrés, notamment originaires d'Afrique, aggravant des inégalités importantes, selon un rapport publié dimanche.

Les difficultés d'insertion économique sont un "problème au caractère massif, qu'illustrent les statistiques sur les aspects scolaires et de l'emploi", résume Jean Pisani-Ferry, le commissaire général de France Stratégie qui a réalisé la note compilant diverses études.

Parmi les jeunes actifs de moins de 25 ans, le taux de chômage des descendants d'immigrés africains atteignait 42% en 2012, contre 22% pour les descendants d'immigrés européens ou les "natifs" (les Français sans ascendance migratoire), selon cette note.

Le taux atteint 29% pour les descendants d'immigrés d'autres continents que l'Afrique, ajoute ce rapport, qui note que les hommes sont plus touchés par le chômage que les femmes.

Typiquement, "le jeune garçon d'origine sub-saharienne est celui qui aura le plus de difficulté", ajoute M. Pisani-Ferry.

Cette note du commissariat général à la stratégie et à la prospective (France Stratégie), placé auprès du Premier ministre, est publiée à quelques jours du Comité interministériel du 6 mars où un plan d'action contre les inégalités devrait être présenté.

Le rapport, qui compile diverses études existantes, note qu'une partie des inégalités économiques s'explique par des facteurs individuels (formation, âge, sexe, catégorie socio-professionnelle des parents) ou locales (lieu de résidence).

Mais une fois neutralisés ces facteurs, "le risque de chômage plus élevé persiste pour les descendants d'immigrés". Cela renvoie à des facteurs "non expliqués", dont une partie provient sans doute des effets de réseaux ou de langue par exemple.

Reste qu'"une partie peut être imputée à des comportements discriminatoires à l'encontre de ces populations".

"Cette discrimination, mesurée notamment via des testings, apparaît particulièrement marquée pour les jeunes descendants d’immigrés d'Afrique, et pour les jeunes hommes", note l'étude.

"Elle est ressentie comme telle: un quart des immigrés et des descendants d'immigrés déclarent avoir vécu des discriminations au cours des cinq dernières années; ils sont près de la moitié parmi les originaires d'Afrique subsaharienne, le principal critère de discrimination ressentie étant alors la couleur de la peau".

Le fait d’habiter un quartier prioritaire "augmente également le sentiment d’avoir subi une discrimination liée à l'emploi", selon cette note, alors que le débat sur les ghettos des banlieues a rebondi depuis les attentats de janvier.

Le Premier ministre Manuel Valls avait soulevé un débat houleux en parlant, dans le sillage des attentats de janvier, d'un "apartheid" dans les quartiers sensibles, terreau du sentiment d'exclusion et du risque de radicalisation.

Plus susceptibles d'habiter en Zone urbaine sensible(14% contre 4% pour les autres résidents en 2008), les jeunes descendants d'immigrés subissent de multiples inégalités: éducatives (24% sortent du système sans diplôme contre 16% pour les autres), de revenu (le niveau de vie médian des ménages immigrés était de 13.360 euros contre 20.310 euros pour les autres en 2011), ou sur le logement (33% des immigrés âgés de 18-50 ans vivent en HLM, contre 13% pour les ressortissants de l'UE).

En conclusion, le rapport rejette l'idée d'une "différenciation" du traitement en fonction de l'origine.

Mais "il semble légitime de réfléchir aux moyens de compléter les politiques de droit commun par des mesures particulières, en direction des quartiers de la politique de la ville d'une part, des descendants d’immigrés de l’autre", souligne le rapport.

Concrètement, ces mesures pourraient porter sur l'obtention du permis de conduire ou sur des allègements de charges sur les bas salaires par exemple, note M. Pisani-Ferry.
© La Dépèche

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LE COLLECTIF ANTIRACISTE ET SOS RACISME DANS LE VISEUR DU FRONT NATIONAL (France)

Dénonçant des « faveurs communautaires et clientélistes », le FN a voté contre l’enveloppe de 112 216 euros de subventions en faveur de quelque 70 associations.

01/03/2015 - A l'approche des élections départementales, le FN marque son territoire.A l'approche des élections départementales, le FN marque son territoire.

Comme il fallait s’y attendre, jeudi 19 février 2015, lors du vote des subventions, le Front national s’est fait « un devoir » de pointer du doigt « les dépenses qui ne constituent pas une utilité publique, mais une propagande clientéliste avérée ». Après avoir précisé que les élus FN ne sont pas les ennemis des associations et que la majorité des associations aidées par la municipalité ne soulève aucune critique, Nicolas Goury a insisté sur « l’intérêt indiscutable » pour les habitants que doivent présenter les associations aidées.

Ce faisant il a estimé que ce n’était pas le cas de certaines, à commencer par le Collectif Antiraciste de l’Agglomération Elbeuvienne mais aussi SOS Racisme. « Si cette association présente un intérêt local, pourriez-vous nous donner le nombre de ses cotisants ? (…) Les subventions ponctionnées aux porte-monnaie des Elbeuviens sont tout à fait discutables ».

La LDH aussi…
Autre association dans l’œil du cyclone : la Ligue des Droits de l’Homme, qui n’a pas trouvé grâce aux yeux du FN, pas plus qu’Amis du Réseau Éducation Sans Frontières, l’Association Elbeuvienne des Africains du Fleuve Sénégal ou la Communauté Africaine d’Elbeuf, pour lesquelles le parti d’extrême droite juge que ces subventions sont versées uniquement dans « le but de s’attirer la bienveillance d’une clientèle choisie ».

Bien que les trois quarts des subventions ne leur posent pas de problème, les élus frontistes ont donc voté contre la délibération, dénonçant des « faveurs communautaires et clientélistes que les Elbeuviens se retrouvent à financer malgré eux ».

« Arrêtez la caricature. Toutes ces associations ont une légitimité, lui a répondu le maire, Djoudé Merabet. Les dossiers de demandes de subvention sont déposés et remplis. Le nombre d’adhérents ? Demandez, vous l’aurez. Vous n’avez pas besoin de poser la question en séance de conseil municipal ! Celui-ci vous sert de perchoir plutôt que de débat serein. Ces associations travaillent, et pas uniquement sur ce champ-là mais aussi sur le vivre ensemble, la tolérance, l’égalité. Je vous invite à réviser votre jugement… même si je me doute que vous ne le ferez pas ».
© Le Journal d'Elbeuf

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RENNES: INTERPELLÉS POUR BRAQUAGE, DEUX NÉO-NAZIS AVOUENT LE VIOL D'UNE FILLETTE EN 2004 (France)

01/03/2015 - Interpellés en 2014 pour avoir tenté de braquer un routier à la Bouëxière, deux frères de 34 et 45 ans ont avoué avoir violé une fillette de 12 ans en 2004 à Vire dans le Calvados, rapporte Ouest-France. Le plus âgé des deux hommes, tous deux domiciliés à Fougères, a été confondu par son ADN. Il a reconnu les faits.

Il voulait qu'un étranger soit accusé
L'affaire remonte à 2004. Les deux frères, proches du milieu néo-nazi et arborant des tatouages de croix gammées, se rendent à un meeting d'extrême droite en Basse-Normandie. Sur le chemin du retour, ils enlèvent une fillette de 12 ans à la sortie du collège. Le plus âgé reconnait l'avoir violée, expliquant qu'il espérait que l'on accuse des étrangers, rapporte le quotidien.

Les deux hommes seront jugés mardi en correctionnel pour la tentative de braquage. Avant d'être convoqués devant les assises du Calvados pour répondre du viol.

Camille Allain
© 20 Minutes

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200 PERSONNES RASSEMBLÉES À LILLE AU CRI D’«ISLAMOPHOBIE, ÇA SUFFIT» (France)

Deux cents personnes ont manifesté, place de la République, ce samedi à l’appel du Front uni de l’immigration et des quartiers populaires pour dénoncer l’islamophobie dont elles se disent victimes.

28/02/2015 - Elles sont venues ensemble. Voilées, non voilées, mais les coudes serrés. « Ça s’est multiplié ces dernières années, et c’est pire ces dernières semaines », estime Anaïs. « On le voit dans le regard, dans le comportement des gens », ajoute Ouardia. « On doit sans cesse se justifier, y compris avec nos collègues de travail », s’indigne Louisa. Hier après-midi, le groupe d’amies se tient place de la République, au côté des 200 personnes rassemblées à l’appel du Front uni de l’immigration et des quartiers populaires (FUIQP). La foule est hérissée de poings gantés (symbole du FUIQP), de pancartes « Stop islamophobie » et de drapeaux politico-syndicaux.

« Islamalgame »
« Il y a une banalisation du passage à l’acte », dénonce le sociologue Saïd Bouamama, derrière la grande banderole, en citant les dépôts de tête de porc devant les mosquées, femmes dévoilées dans la rue, violences… Pour le sociologue, « les gens se sentent autorisés par la scène politico-médiatique et cet islamalgame qui mélange tout. »

De Zemmour à BFM TV en passant par François Hollande, l’intelligentsia en prend pour son grade. « Ce vent d’islamophobie ne vient pas d’en bas, mais d’en haut, juge Laila. Aujourd’hui, politiques et journalistes peuvent vomir sur l’islam sans qu’il y ait de réaction. Il y a quinze ans, ça aurait été impossible. » Oublié, « l’esprit du 11 janvier », et le rêve d’une société française post-Charlie ressoudée.

« On nous renvoie sans cesse à notre communauté , regrette Ouardia. Mais on ne vit pas en communauté, on vit tous ensemble, même si on n’a pas les mêmes valeurs. » « On a les mêmes signaux que dans les années 30, lâche Anaïs alors que le cortège se forme, direction Wazemmes. J’espère que ça ne finira pas pareil. »
© La Voix du Nord

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POUR 68 % DES FRANÇAIS, L'ANTISÉMITISME ET L'ISLAMOPHOBIE PROGRESSENT

Selon une étude Odoxa, une majorité de sondés ont l'impression que l'antisémitisme et l'islamophobie progressent en France depuis ces dernières années.

28/02/2015 - Une majorité de Français estiment que l'antisémitisme et l'islamophobie progressent en France, selon un sondage Odoxa pour i>Télé et Le Parisien/Aujourd'hui en France publié samedi. À la question "avez-vous l'impression que depuis ces dernières années l'antisémitisme progresse", 68 % des personnes interrogées répondent affirmativement. Elles sont plus nombreuses, 71 %, à avoir "l'impression que depuis ces dernières années l'islamophobie progresse". Et le journal d'expliquer "que phobie signifie peur, donc littéralement peur de l'islam, alors qu'''antisémitisme signifie hostilité envers les juifs".

Les sympathisants de gauche se montrent plus sensibles à ce climat (84 %, contre 75 % à droite, jugent que l'islamophobie se développe et 75 %, contre 66 %, que l'antisémitisme progresse).

Le rôle de l'État dans l'organisation de l'islam divise
"Les Français" en revanche "sont partagés sur le rôle de l'État dans l'organisation de l'islam", souligne le quotidien. À la question "l'État doit-il prendre des mesures pour réformer l'islam de France ou pensez-vous plutôt que c'est aux musulmans de décider eux-mêmes de l'organisation de leur culte, comme le font les autres religions ?" 51 % des personnes interrogées se disent favorables à la première solution, 48 % préfèrent la seconde.

Le sondage a été réalisé par Internet les 26 et 27 février, sur un échantillon de 1 003 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.
© Le Point

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ELECTIONS DÉPARTEMENTALES 2015: LE FN MISE GROS SUR L'AISNE, LE PAS-DE-CALAIS, L'OISE ET LE VAUCLUSE (France)

28/02/2015 - Bien que freiné par les polémiques incessantes sur les dérapages de certains de ses candidats sur les réseaux sociaux, le FN aborde en confiance la dernière ligne droite avant le premier tour des élections départementales.

Convaincue qu'elle se classera en tête au soir du 22 mars, la formation de Marine Le Pen réunit en nombre ses candidats titulaires ce samedi 28 février à Paris. Objectif: parfaire les argumentaires et battre le rappel des troupes avant la campagne officielle. La présidente du parti d'extrême droite clôturera la convention par un discours, comme elle l'avait fait en novembre 2013, quatre mois avant les élections municipales.

Mais contrairement au scrutin de mars 2014, le FN n'affiche pas ou peu de pronostics chiffrés en vue des élections départementales. Il faut dire que le scrutin majoritaire à deux tours lui est historiquement défavorable, d'autant que le parti fondé par Jean-Marie Le Pen peine toujours à forger des alliances avec d'autres formations politiques.

Le Front national a pourtant toutes les raisons d'être optimiste. Tout d'abord, il ne peut qu'améliorer son score précédent (15%) et son quota d'élus. Il ne dispose aujourd'hui que de deux sortants. Lors des précédentes européennes, élection à un seul tour, le parti a oscillé entre 40 et 48% des voix dans une petite vingtaine de cantons et a franchi la barre de 38% dans 132 d'entre eux.

Une dynamique qui devrait se confirmer au niveau national: avec 30% des intentions de vote, le FN est donné en tête au premier tour avec deux points d'avance sur l'UMP-UDI (28%) et dix sur le PS (20%), selon un sondage Ifop pour Le Figaro. Sans pour autant garantir la conquète de la présidence d'un département.

Voici les départements où le FN veut marquer les esprits.

1. AISNE: LA REVELATION DES EUROPEENNES
Surprise du scrutin européen de mai 2014, l'Aisne a offert au Front national sa plus belle moyenne départementale: 40,02% des voix, soit presque deux points de plus que le fief du Pas-de-Calais et cinq points de plus que le Var, berceau historique du vote FN. Aux municipales, l'Aisne avait en outre offert une mairie au parti de Marine Le Pen, celle de Villers-Cotterêts, dirigée depuis par le secrétaire départemental du Front Franck Briffaut.

Comme le relève le site de France3 Régions, le Front national a obtenu dans 40 des 41 cantons de l'Aisne un score supérieur à 12,5% des inscrits aux dernières européennes. Autrement dit: il est en position de se maintenir au second tour dans la quasi-totalité des circonscriptions. Encore faut-il l'emporter, ce qui est encore loin d'être sûr.

2. PAS-DE-CALAIS: LE LABORATOIRE DE MARINE LE PEN
Depuis que la présidente du Front national a décidé d'y faire campagne, le Pas-de-Calais s'est mué en laboratoire de la stratégie du "ni droite ni gauche" du marinisme. Avec un certain succès puisque Marine Le Pen a frôlé l'élection aux législatives de juin 2012. Son bras droit, Steeve Briois, a été élu maire d'Hénin-Beaumont dès le premier tour des municipales de mars 2014. Et deux mois plus tard, la liste dirigée par Marine Le Pen aux européennes obtenait une moyenne de 38,87% des voix sur le département.

Suffisant pour faire basculer le département? Dans au moins deux cantons jouxtant Hénin-Beaumont, le FN frôle la barre des 50% des voix aux dernières européennes. Mais le PS reste fort et l'UMP est en difficulté dans le département. Les reports des voix des électeurs de droite joueront donc un rôle prépondérant.

3. OISE: VALEUR SÛRE DE PICARDIE
Dans l'Oise, aujourd'hui dirigée par un PS affaibli, le FN joue presque à domicile. Aux dernières cantonales, le parti d'extrême droite y avait dépassé les 24%, soit presque dix points de plus que sa moyenne nationale. Aux élections européennes, la progression est incontestable: 38,23% de moyenne sur le département, ce qui en fait un des plus favorables au Front national. C'est aussi là que Marine Le Pen a dépêché sa prise de guerre à l'UMP, l'ancien secrétaire national Sébastien Chenu, lui-même ancien conseiller municipal de Beauvais.

Cette dynamique du FN dans l'Oise s'est confirmée lors de la dernière élection législative partielle dans la 2e circonscription. Le Front y a certes été battu au second tour par le député sortant UMP Jean-François Mancel, mais avec un écart de seulement 789 voix. Or, le Front national a prouvé qu'il pouvait trouver des réservoirs de voix à gauche dans ce département. Un atout considérable étant donné que, si son électorat ne se démobilise pas, le FN pourrait être capable de se maintenir dans au moins 34 des 41 anciens cantons.

4. SOMME: L'AUTRE TEST PICARD
Avec 37,15% des voix en moyenne aux élections européennes, la Somme figure dans le quinté de tête des départements de conquête du Front national. Présidé par le Parti socialiste, le département est menacé par le climat défavorable à la gauche. Symptôme du pouvoir d'attraction qu'y exerce le FN, une ancienne élue socialiste Céline Maillard s'y présente sous les couleurs du parti d'extrême droite.

5. VAUCLUSE: LES TERRES DE MARION MARECHAL
Le Front national a investi toutes ses forces dans le département d'élection de sa députée Marion Maréchal-Le Pen, aujourd'hui dirigé par une faible majorité socialiste. Le parti d'extrême droite y a recruté plusiers candidats venus de la droite et de l'UMP. Et il mise gros sur les cantons jouxtant la ville d'Avignon où le FN s'est qualifié pour le second tour des municipales de mars dernier.

Avec 36,42% de moyenne départementale aux dernières européennes, le Front national peut espérer, en cas de vague bleue marine, faire tomber le conseil général. Mais il faudra pour cela s'entendre avec la Ligue du Sud du député-maire Jacques Bompard, qui présente des candidats dans six cantons. Or les relations ne sont pas toujours simples entre l'ancien cadre du FN et son ex-formation politique.

6. VAR: LA REVELATION DES SENATORIALES
Rien n'est joué dans le Var où l'UMP est bien implantée et le PS peu présent. Pour autant, le FN espère bien y concrétiser l'élan des municipales qui a vu tomber les villes de Fréjus, de Cogolin et de le Luc. Le maire de Fréjus, David Rachline, a même réussi l'exploit de se faire élire sénateur. L'un des rares conseillers généraux sortants du FN est d'ailleurs issu du département.

De quoi nourrir quelques espérances. Avec ses 34,96% de moyenne aux européennes, le Var "fait partie des départements où il y a une probabilité de gagner", estime le secrétaire départemental du FN Frédéric Boccaletti mettant en exergue "les secteurs où nous sommes très bien implantés". Mais "il faut encore arriver à la majorité, c'est très difficile de faire des pronostics", tempère-t-il.

Les objectifs sont néanmoins ambitieux: 12 cantons sont à portée de main. Il faudra le double pour diriger le Var.

Par Geoffroy Clavel
© Huffington Post

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VINGT MOIS DE PRISON POUR NÉGATIONNISME (Allemagne)

Un discours sur l'holocauste prononcé en 2012 à Coire par la négationniste allemande Sylvia Stolz lui vaut une condamnation à 20 mois de prison ferme. La prévenue récidiviste a fait appel du jugement de la Cour suprême de Munich, qui s'était vu confier le dossier par la justice suisse.

05/03/2015 - La peine infligée fin février pour négationnisme relatif à l'holocauste est élevée, car l'avocate allemande radiée du barreau avait déjà été condamnée à la prison pour des faits similaires dans le passé, indique jeudi à l'ats une porte-parole du tribunal. Cette dernière confirme une information relayée par plusieurs médias suisses.

En Allemagne, ces faits sont poursuivis avec détermination par la justice, surtout lorsqu'il s'agit de récidivistes, a indiqué Andrea Titz, porte-parole du tribunal munichois. Dans le cas de Sylvia Stolz, l'accusation a requis 39 mois de prison. La défense a plaidé l'acquittement.

Plainte en Suisse
En Suisse, l'avocat bernois Daniel Kettiger a pris connaissance du discours de Sylvia Stolz à Coire. Il a déposé une plainte pénale auprès du Ministère public du canton des Grisons. Celui-ci a demandé à la justice allemande de s'occuper du dossier, ce qu'elle a accepté.

Le jugement de la justice allemande ne met pas fin à l'affaire dans les Grisons. L'avocat bernois a aussi porté plainte contre le chef de la "Coalition anti-censure", Ivo Sasek, pour discrimination raciale.

Invitée par la "Coalition anti-censure" basée à Walzenhausen (AR), Sylvia Stolz a présenté en novembre 2012 un exposé d'une heure et demie à Coire. La femme âgée de 51 ans y a nié le génocide perpétré contre les juifs européens durant la dictature nazie, selon l'acte d'accusation. "Il n'est pas possible d'établir une constatation concluante qu'un génocide ait eu lieu", a-t-elle notamment déclaré.
© Bluewin

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L'AMBASSADEUR D'ISRAËL EN ALLEMAGNE LIT DES MAILS D'INSULTES SUR YOUTUBE

Hadas-Handelsman divulgue des extraits de messages antisémites qu'il reçoit quotidiennement

05/03/2015 - Lorsque les stars lisaient des tweets d'insultes à la télévision américaine en plein prime time, le monde s'en est amusé. Mais quand il s'agit de regarder l'ambassadeur d'Israël en Allemagne faire de même avec les courriers de haine qu'il reçoit quotidiennement à son bureau, c'est beaucoup moins amusant.

Suite à l'atmosphère d'extrémisme et d'intolérance véhiculée par les manifestations PEGIDA, le journal allemand Berliner Morgenpost a demandé à l'ambassadeur Yakov Hadas-Handelsman de lire à haute voix des extraits de certaines des lettres offensantes qu'il recevait, au nombre de 20 par jour. Le résultat a été publié sur YouTube.

La vidéo montre Hadas-Handelsman triant une liasse de lettres, la plupart d'entre elles anonymes, l'une d'elle étant même accompagnée d'une photo de lui avec des moustaches d'Hitler dessinées. "C'est la vérité que les Juifs se reposent sur l'Holocauste et sont tout simplement trop paresseux pour travailler," lit-il dans l'une des lettres.

Et il poursuit. "Tueur d'enfants! J'espère qu'une roquette vous explosera le derrière", écrit un des auteurs, en ajoutant le hashtag #AngelaMerkel. D'autres sont plus polis: "Monsieur l'Ambassadeur, cette fois Israël est allé trop loin parce que tout le monde sait que les roquettes du Hamas ne sont que des jouets!".

Certains ne cachent pas leur sympathie envers les nazis: "Je suis très heureux qu'Adolf Hitler vous ait éliminé en masse, pu**** de Juifs, ici en Allemagne." D'autres font le choix de formules plus simples: "Israël, vous êtes des meurtriers et tout le monde vous déteste. Que Dieu vous punisse tous vous et vos familles, pour que vous sachiez à quoi cela ressemble."

"Titrer cela 'critiques contre Israël' serait une très mince couverture pour l'antisémitisme", a expliqué Hadas-Handelsman dans la vidéo. "Ce n'est pas une critique contre Israël, c'est de l'antisémitisme. Imaginons que les Juifs quittent un pays européen. Cela signifie-t-il que les problèmes de la société vont également disparaître? Non, même si les Juifs n'étaient plus ici, ceux qui rédigent ces lettres, e-mails et tweets continueront de le faire contre d'autres".

Le format de la vidéo a été inspiré par "Celebrities Read Mean Tweets About Themselves" (les célébrités lisent des lettres d'insultes), une émission de Jimmy Kimmel sur ABC, sur le ton des rassemblements de la poésie de haine allemande, au cours desquels les journalistes d'origines juives et turques lisent certaines des insultes qui leur sont envoyées par mail et sur les réseaux sociaux. La vidéo a été publiée mercredi dernier, comme par hasard le jour où l'Allemagne a été secoué par une déclaration d'un dirigeant de la communauté juive, qui a mise en garde contre le port de la kippa dans les zones musulmanes.

Depuis lors, la vidéo a reçu plus de 15 000 vues sur Youtube et Facebook, et a suscité un vaste intérêt des médias. En outre, dans une tentative de montrer l'autre face de la société allemande, le gestionnaire de la page Facebook Freundschaft Deutschland Israël, Andreas Boas, qui a 8000 fans, a lancé une campagne de solidarité et a appelé les amis d'Israël à montrer leur soutien.

"Les gens nous ont contacté et déclaré combien ils avaient honte et étaient consterné par les écrits, et que selon eux, ce n'était pas l'Allemagne", a déclaré la porte-parole de l'ambassade israélienne Adi Farjon. Selon elle, le nombre de mails haineux a atteint son apogée pendant l'Opération Bordure Protectrice, avec 20.000 mails par jour, mais a diminué depuis. "Bien sûr, on peut critiquer Israël, et nous encourageons cela, mais quand les gens se déchaînent comme ça et tout simplement attaquent, c'est sans nul doute de l'antisémitisme."

Polina Garaev est la correspondante de i24news à Berlin
© i24news

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FANTA FÊTE SES 75 ANS EN SE RAPPELANT LE «BON VIEUX TEMPS» NAZI (Allemagne)

La publicité pour les 75 ans de Fanta diffusée en Allemagne évoque le «bon vieux temps» de sa création, en 1940, à une époque où le pays était dirigé par un certain Hitler. Coca-Cola, l'entreprise qui commercialise cette boisson, a dû la retirer des écrans. Pa.D.

04/03/2015 - C'est un véritable faux-pas commercial. Pour fêter les 75 ans de Fanta, Coca-Cola a jugé bon de diffuser une publicité en Allemagne dans laquelle elle vante «le bon vieux temps» de la création de la boisson à l'orange.

Qualifier de «bon vieux temps» le régime nazi d'Hitler dans les années 1940 s'est révélée une bourde suffisamment importante pour obliger le groupe à arrêter la diffusion de ce clip.

Ce dernier est toutefois toujours visible sur la Toile. La vidéo rappelle les conditions de la création du Fanta. Les importations étant suspendues par le Troisième Reich, la filiale allemande de Coca-Cola raconte que la fabrication du Coca était devenue impossible. Par conséquent, la direction des «employés futés» s'est évertuée à créer un breuvage avec les ingrédients qu'elle avait sous la main : pomme, petit lait, saccharine et d'autres fruits. Fanta, contraction de «fantasievoll» (plein d'imagination en allemand), pouvait voir le jour.

Aux deux tiers de la vidéo, la voix-off du clip déclare : «Pour fêter (les 75 ans), nous faisons revenir le bon vieux temps avec le Fanta Classic.» Les réseaux sociaux ont aussitôt rué dans les brancards. Coca-Cola a dû retirer la publicité. Un porte-parole de la société s'est excusé d'avoir offensé le public et a expliqué que le clip était seulement conçu pour «évoquer des souvenirs d'enfance positifs».

«Fanta a été inventé en Allemagne durant la seconde guerre mondiale mais la marque âgée de 75 ans n'avait aucun lien avec Hitler et le parti nazi», a-t-il précisé. Une façon de faire taire à nouveau les rumeurs qui ont longtemps suggéré que la boisson orange avait été élaborée par le régime totalitaire.

La publicité pour Fanta contestée (en allemand)
© Le Parisien

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INCIDENT ANTISÉMITE À L'ULB: LES ÉTUDIANTS DU BDS ET DE L'UEJB REÇUS PAR LE RECTEUR (Belgique)

06/03/2015 - Le très polémique BDS, Boycott Désinvestissement Sanctions, a fait parler de lui pas plus tard que mercredi, rapporte le quotidien Le Soir. Des membres de cette association ont en effet insulté des étudiants juifs, les traitant de terroristes et de fascistes sur le campus de Solbosch. Le tout lors d'une manifestation censée protester contre l'occupations des territoires palestiniens par l'Etat d'Israël.

Contacté par nos confrères, le président de la Ligue belge contre l'Antisémitisme, Joël Rubinfeld, a exprimé sa volonté de porter plainte. "Ces étudiants ont été stigmatisés en raison de leur état de Juif", explique-t-il. "Nous en avons assez que BDS colle une étoile jaune sur les étudiants juifs de l'ULB".

De son côté, l'ULB n'a pas encore précisé si elle comptait sanctionner le BDS, mais les membres du cercle, ainsi que d'autres membres de l'Union des Etudiants juifs de Belgique (UEJB), passeront devant le recteur pour parler de ce dossier. "Le recteur a demandé à son secrétariat de convoquer les protagonistes de ces incidents, qui seront reçus dans le courant de ce jeudi", annonce Nicolas Dassonville, porte-parole de l'Université Libre de Bruxelles, à LaLibre.be. "Il entendra aussi bien les étudiants du BDS que ceux de l'UEJB. Il va les voir en même temps pour tirer cette affaire au clair et prendre les mesures qu'il estime être justes. Mais il veut d'abord avoir le point de vue des deux parties avant de s'exprimer".

"A la suite de la réunion organisée par le recteur de l'ULB, l'UEJB et le BDS ont estimé que les propos tenus par les militants de BDS à l'encontre de membres de l'UEJB ou d'étudiants qui assistaient à la manifestation, avaient étés maladroits et dommageables", a indiqué Nicolas Dassonville responsable communication de l'ULB.

L'institution a également apporté quelques précisions quant à l'enregistrement de ce cercle. "Il y avait en effet eu une polémique autour de l'inscription du cercle BDS en tant qu'association enregistrée par l'ULB", rappelle également le porte-parole. "Le CA avait fini par accepter l'enregistrement de cette association. Mais cela ne signifie pas que l'ULB se porte garante ou est responsable des propos et actions menés par ce groupe. Celle-ci s'engage à respecter les principes et les valeurs de l'Université dans le libre examen, le respect et la tolérance et nous leur mettons à disposition des locaux sur le campus pour faire vivre leurs activités envers les étudiants".

Notre interlocuteur ajoute que l'ULB n'était pas au courant de tout ce que le BDS comptait mettre en place sur le campus: "Dans le cadre de l'action organisée mercredi, la seule chose qui avait été annoncée était le fait de tenir un stand sur l'avenue Héger pour sensibiliser les étudiants à leur cause. Il n'y avait aucune description du Mur, ni des slogans ou autre", nous assure-t-il, tout en ajoutant ne pas encore pouvoir se prononcer sur les suites à donner à cette affaire.

Un montage vidéo qui ne donne "qu'une image partielle de la réalité"
Sur sa page Facebook, l'Union des Etudiants juifs de Belgique (UEJB) a diffusé un montage comprenant des extraits de l'événement:

Publication by UEJB.

"L'UEJB et le BDS ont également conclu que la vidéo de l'incident montée et diffusée par l'UEJB ne reflétait pas correctement la chronologie des faits et ne donnait qu'une image partielle de la réalité. Même si l'UEJB reste fermement opposée à la campagne de BDS, les étudiants des deux cercles se sont engagés à se respecter mutuellement à l'avenir, reconnaissant à chacun le droit de porter ses idées sans importer de conflit communautaire et sans stigmatiser les points de vues contradictoires, et le droit à s'exprimer en conformité avec les valeurs défendues par l'ULB", a-t-il conclu.

A. He.
© La Libre Belgique

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DES POLICIERS VICTIMES D'ISLAMOPHOBIE EN BELGIQUE

05/03/2015 - Des policiers belges auraient été victimes d’islamophobie de la part de leurs collègues, révèle un rapport de l’association de lutte contre l’islamophobie Muslims Rights Belgium (MRB), transmis mercredi 4 mars à Jan Jambon, le Vice-Premier ministre et ministre de la Sécurité.

Une dizaine de policiers ont récemment porté plainte, indique le rapport de MRB. « Le fait qu'un policier ait fini par se faire braquer par un de ses collègues a décidé les autres policiers à parler », précise Fouad Benyekhlef, l’administrateur de l'association. Le 11 janvier dernier, à Bruxelles, en marge d’une marche de solidarité avec les victimes des attaques terroristes commises en France, une discussion autour de la religion a dégénéré entre deux policiers. L’un d’eux a braqué son arme sur son collègue d’origine marocaine, qui a porté plainte.

Autre cas révélé par Fouad Benyekhlef, les collègues d’un policier de confession musulmane ont refusé de travailler avec lui. Il a dû patrouiller seul, en dépit des consignes de sécurité instaurées après les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hypercasher.

MRB préconise la fondation d’une association de policiers de confession musulmane, à l’image de celle créée par les agents gays et lesbiens (Rainbow Cops Belgium), qui se chargerait de suivre les plaintes déposées par les policiers victimes d’islamophobie. L’association de lutte contre l’islamophobie recommande aussi la mise en place de formations spécifiques auprès des forces de l’ordre pour endiguer le phénomène.
© SaphirNews

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GRÈCE: UN ÉLU NÉONAZI ACQUITTÉ DE L’AGRESSION D’UNE DÉPUTÉE DE GAUCHE EN DIRECT À LA TV

06/03/2015 - Le porte-parole et député du parti néonazi grec Aube Dorée a été acquitté vendredi de l’agression à coup de poing d’une élue de gauche lors d’un débat en 2012 en direct sur une chaîne de télévision nationale, dont les images avaient provoqué une onde de choc.

Ilias Kasidiaris, porte-parole de la formation Chryssi Avgi (Aube Dorée), a échappé à une condamnation de la justice pour avoir frappé à trois reprises au visage la députée communiste Liana Kanelli lors d’un débat télévisé au cours de la campagne pour les législatives de juin 2012.

Le tribunal d’Athènes devant lequel il a comparu a estimé qu’il n’avait pas infligé de «blessure grave» à son interlocutrice, faits pour lesquels il était poursuivi. Des poursuites pour «blessure simple» auraient nécessité une plainte des victimes dans un délai de quelques mois après les faits, ce qui n’a pas été le cas.

L’activiste néonazi avait d’abord jeté un verre d’eau à la figure d’une députée Syriza présente sur le plateau en l’insultant, avant de se tourner vers la communiste Liana Kanelli qui s’était levée pour protester. Il l’avait bousculée avant de la frapper au visage de deux gifles et d’un coup de poing avant de quitter le studio.

Le procureur a indiqué durant l’audience qu’il n’était pas convenable pour un homme de frapper une femme.

M. Kasidiaris a refusé de s’excuser si la victime ne s’excusait pas également.

La violence de l’incident avait soulevé une vive émotion en Grèce mais lors des élections qui avaient suivi, Aube Dorée avait pour la première fois fait élire des députés au parlement, 18 sur un total de 300.

Aux élections de janvier 2015 qui ont porté Syriza au pouvoir, Aube Dorée est arrivée en troisième position avec 17 députés, dont M. Kasidiaris qui est détenu depuis plusieurs mois, à l’instar d’autres parlementaires du parti, dans le cadre d’une enquête sur le caractère présumé «criminel» de la formation. Un procès est attendu au printemps.
© Libération

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ITALIE : L’EXTRÊME-DROITE DANS LA RUE CONTRE LE GOUVERNEMENT RENZI

28/02/2015 - Des milliers de manifestants, arrivés par trains et bus spéciaux à Rome, membres de plusieurs formations, ont répondu à l’appel de la Ligue du Nord.

Avec un discours anti-euro et anti-immigrés, son secrétaire fédéral se pose en leader de l’opposition, peut-être la naissance d’un front politique. “Je veux changer l’Italie et remettre à l‘économie italienne sur les rails, ce qui est impossible avec Bruxelles et les folles politiques européennes” a déclaré Matteo Salvini.

La Ligue du Nord s’inspire du Front National français, avec lequel il veut créer un groupe au Parlement européen.

“Nous sommes en Italie et nous pensons qu’une immigration limitée et contrôlée est une valeur positive. Mais au contraire, l’immigration permise par l’opération Mare Nostrum est un désastre” dénonce le secrétaire fédéral de la Ligue du Nord.

Des mouvements de gauche ont aussi organisé une contre-manifestation, soutenue par des acteurs et des écrivains. Elles dénoncent aussi la politique du gouvernement Renzi.

4 000 policiers ont été déployés pour empêcher que les deux marches se rencontrent. Ce vendredi, des manifestants anti-Ligue du Nord ont affronté la police.
© Euro News

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DISCRIMINATION: TRÈS FORTE AUGMENTATION DES PLAINTES EN PREMIER LEAGUE (Royaume-Uni)

03/03/2015 - Les plaintes pour discrimination dans le football anglais, à la fois professionnel et amateur, ont augmenté en 2014, selon des chiffres publiés mardi par l'association de lutte contre les discriminations Kick It Out. L'association a reçu 184 plaintes pour discrimination entre le mois d'août et le 28 décembre dernier, contre 136 sur la même période en 2013, a-t-elle indiqué. 117 dénonçaient des comportements racistes, 32 concernaient des comportements à caractère antisémite, 13 à caractère sexiste et 15 basées sur l'orientation sexuelle, a détaillé l'association.

«La réalité, c'est que le nombre de plaintes qu'on nous a adressé cette saison, même s'il a bondi de 136 à 184 à mi-saison par rapport à la saison 2013-2014, effleure à peine un problème courant», écrit le directeur de Kick It Out, Roisin Wood, dans le quotidien The Guardian. Dans le même temps, la Fédération anglaise (FA) a fait part d'une hausse de 70% des plaintes pour discrimination.

«Les gens sont davantage enclin à dénoncer ces comportements»
«Ca peut paraître étrange de dire que c'est une bonne chose de voir le nombre de cas augmenter de 477 l'an dernier à probablement 800 cette année, mais nous pensons que le problème en tant que tel ne grossit pas, et que cela signifie que les gens sont davantage enclin à dénoncer ces comportements», a estimé Mark Ives, en charge du dossier à la FA.

La publication de ces statistiques intervient au moment où la police britannique enquête sur trois affaires distinctes de comportements racistes de supporteurs de Chelsea, et alors que Tottenham a dénoncé fin février des chants à caractère antisémite entonnés par un groupe de supporteurs de West Ham dans le métro londonien.
© 20 Minutes

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LES ANTI-ISLAM DE PEGIDA RATENT LEUR PERCÉE À NEWCASTLE (Royaume-Uni)

Près de 400 personnes ont manifesté samedi à Newcastle à l'appel du mouvement islamophobe Pegida. Mais 2000 contre-manifestants les attendaient.

28/02/2015 - Au même moment, 2000 contre-manifestants se réunissaient pour dénoncer ce premier rassemblement au Royaume-Uni, selon la police de Northumbria, qui a fait état de cinq arrestations.

La police n'a pas précisé si les personnes arrêtées participaient à la manifestation ou à la contre-manifestation, se bornant à dire que les arrestations avaient été effectuées pour des incidents isolés. «Les deux rassemblements se sont déroulés sans problème», a ajouté Laura Young, de la police de Northumbria.

Selon la page Facebook de Pegida UK (acronyme allemand pour «Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident»), plus de 800 personnes étaient attendues.

«Pegida sensibilise. Nous voulons que le gouvernement prenne note et qu'il chasse les djihadistes et les extrémistes musulmans de nos rues», a déclaré dans le cortège Donna Trainor, l'une des organisatrices de Pegida UK.

Pegida UK annonçait sur sa page Facebook «une manifestation pacifique où des personnes de tous horizons vont se rassembler pour s'unir contre l'islam extrémiste, rien d'autre».

«Nous avons tous un objectif principal qui est de protéger nos valeurs britanniques et notre culture», expliquent les organisateurs.

«Groupe nazi allemand»
Parmi les contre-manifestants, réunis derrière la bannière «Newcastle Uni», figurait notamment le député d'extrême gauche George Galloway.

«Toutes les personnes sensées au Royaume-Uni condamnent l'idée qu'un groupe nazi allemand vienne dans le nord-est de l'Angleterre pour essayer de semer le trouble», a affirmé le député lors de la manifestation.

«Les personnes participant à la contre-manifestation représentent des millions d'autres», a-t-il martelé.

Perte de vitesse
Depuis le 20 octobre, les rangs des manifestants du mouvement allemand Pegida n'avaient cessé de grossir à Dresde, ville située dans l'ancienne Allemagne de l'Est communiste, rassemblant jusqu'à 25'000 personnes le 12 janvier après les attaques djihadistes à Paris.

Mais la mobilisation s'est fortement essoufflée après la démission du fondateur du mouvement le 21 janvier - suite à la parution dans la presse d'une photo le montrant grimé en Adolf Hitler - et les défections de figures importantes.

Le retour du fondateur à la tête du mouvement, le 23 février, a donné lieu à un rassemblement de 5000 personnes à Dresde, en légère hausse par rapport aux précédentes manifestations.

Des manifestations ont également eu lieu en Suède et en Autriche mais elles ont été éclipsées, comme au Royaume-Uni, par des contre-manifestations beaucoup plus importantes.
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L'AFFAIRE PERINÇEK, LE FAIT ET LE DROIT (Suisse)



02/03/2015 - L'année du centenaire du génocide des Arméniens est aussi celle du réexamen (en cours), par la Grande Chambre, du jugement du 17 décembre 2013 de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) dans l'affaire Perinçek. Dans ce jugement, les juges des droits de l'homme (cinq contre deux) condamnent la Suisse pour avoir violé la liberté d'expression du requérant. Président général du Parti des Travailleurs turc, celui-ci est le fondateur du Comité Talaat Pacha visant la réhabilitation et la défense de la mémoire du principal instigateur du génocide de 1915.

C'est l'un des arguments apportés par la CEDH, pour le désaveu des juridictions suisses dans cette affaire de négationnisme, qui retiendra ici génotre attention: selon la Cour, la négation exprimée par Doðu Perinçek lorsqu'il qualifie le génocide arménien de "mensonge impérialiste international" ne serait pas problématique du point de vue des droits de l'homme étant donné qu'il nierait la seule qualification juridique de génocide et que celle-ci, contrairement à ce qu'affirment les juges suisses, ne ferait pas l'objet d'un "consensus général". Ceci après avoir précisé qu'il ne lui incombe de se prononcer, ni sur la matérialité des faits, ni sur l'opportunité de les qualifier juridiquement de génocide. Elle oppose en outre ce cas d'espèce aux affaires portant sur la négation des crimes de l'Holocauste (fermement condamnée en 2003 dans l'affaire Garaudy), ceux-ci ayant été "jugés clairement établis" par le Tribunal pénal international de Nuremberg en 1945. Quoi que l'on pense du jugement de la CEDH par ailleurs, ou de la pénalisation du négationnisme, cet argument reste surprenant. Il offre l'occasion de revenir succinctement sur quelques points.

D'abord, en liant l'existence d'un consensus à celle d'une décision judiciaire internationale, les juges viennent à balayer d'un revers de main l'importance et la nécessité- du travail des historiens sachant, nous dit la CEDH, "que la recherche historique est par définition controversée et discutable et ne se prête guère à des conclusions définitives ou à des vérités objectives et absolues". Pourtant, aucun juriste ni historien sérieux ne daignerait, fort heureusement, remettre en question l'existence du génocide, en tant que tel, du peuple juif alors même qu'il n'existe pas de jugement international qualifiant ainsi l'Holocauste -le Tribunal de Nuremberg ayant en effet statué avant l'adoption, en 1948, de la Convention internationale sur la prévention et la répression du crime de génocide. Et quand bien même: on voit mal pourquoi et comment le travail du juge primerait sur celui, distinct et complémentaire, de l'historien, ou vice versa; ni en quoi la vérité judiciaire, certes présumée et absolue dans ses effets, ne serait pas relative et discutable d'un point de vue épistémologique. Ensuite, cet argument se base sur une distinction fragile entre la négation de la qualification de génocide et celle des faits historiques. Nier la qualification juridique de génocide revient à nier l'intention spécifique caractérisant ce crime (soit l'intention de détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux). Or nier une telle intention revient en l'espèce à nier la réalité de faits établis tant par les procès de Constantinople (1919-1920) que par la riche historiographie existante en la matière. Enfin, le raisonnement de la CEDH présuppose que seul un consensus général sur la qualification juridique de génocide justifierait une condamnation pénale pour négationnisme. Mais ni le droit suisse, ni d'autres droits nationaux tel que par exemple le droit français, ni, en outre, la décision-cadre européenne de 2008 en la matière, ne contiennent une telle exclusivité.

En tout état de cause, ce sont bien l'histoire, et l'archive, qui nous éclairent sur le contexte juridico-politique à l'origine du Tribunal de Nuremberg, auquel se réfère la CEDH pour expliquer, en miroir, le pourquoi de l'existence d'un consensus s'agissant des crimes nazis. L'argument de l'absence de "consensus général" sur le génocide de 1915 appelle dès lors une mise en perspective historique à la lumière de deux principales données. D'une part, les crimes de masse dont furent victimes les Arméniens sont à l'origine de la création du concept de crime contre l'humanité puis, avec l'extermination du peuple juif, de celui de génocide. Rappelons en effet que le premier concept apparaît au plan international dans une Déclaration alliée du 24 mai 1915, condamnant les "nouveaux crimes contre l'humanité et la civilisation" commis par l'Empire ottoman. Quant au concept de génocide, et comme en témoignera d'ailleurs son créateur, Raphaël Lemkin, à plusieurs reprises, il fut précisément élaboré à fin de nommer les crimes précités, avant d'être consacré en droit international en 1948. D'autre part, les massacres des Arméniens se trouvent au cœur de la première tentative, avortée, de mise en place d'une juridiction internationale pour le jugement des responsables, prévue dans le Traité de Sèvres de 1920. Celui-ci sera à terme remplacé par le Traité de Lausanne de 1923, marquant alors l'effacement de la question arménienne de la scène internationale et le lancement de la politique négationniste de l'Etat turc. Il est étonnant que, tant les faits historiques dont il s'agit, que leur legs dans la lente construction de la justice pénale internationale, fassent l'objet d'un constat d'absence de "consensus général" alors même qu'ils constituent une réalité historique à l'origine même des concepts juridiques destinés à en rendre compte.

Le paradoxe qui se cache derrière l'argument de l'absence de consensus sur le génocide de 1915 se dévoile alors. Et ce paradoxe en masque un autre, doublement problématique. En adoptant cet argumentaire, la CEDH se fait malgré elle l'écho de l'injonction de la preuve bien connue, propre à la rhétorique négationniste, au mépris des importants travaux historiographiques et en faveur d'une idéologie politique bien éloignée de la recherche scientifique. Les juges des droits de l'homme contribuent, ensuite, à la concurrence des victimes laquelle alimente souvent - ou est alimentée par - le discours négationniste: ils créent en effet une inégalité de traitement que le droit suisse évite en ne hiérarchisant ni entre les génocides, ni entre ceux-ci et les crimes contre l'humanité. Il peut paraître curieux que l'application d'une norme suisse antiraciste visant la lutte contre la discrimination et l'incitation à la haine - soit d'un droit qui exprime la solidarité entre les humains et fonde le principe même de leur égalité - donne lieu à un jugement de la CEDH porteur, en creux, d'une telle inégalité. Il est à espérer que le réexamen du jugement de 2013 par la Grande Chambre, laquelle se prononcera pour la première fois sur une affaire de négationnisme à la demande du Gouvernement suisse, permette, notamment, de résoudre de tels paradoxes.

Ce texte fait l'objet de développements par l'auteure dans l'ouvrage collectif Le génocide des Arméniens. Un siècle de recherche (1915-2015), à paraître aux éditions Armand Colin le 25 mars 2015.

Sévane Garibian, docteure en droit et enseignante-chercheuse aux Universités de Genève et Neuchâtel
© Huffington Post

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"DROITES EXTRÊMES ET POPULISTES EN EUROPE"

Le 12 juin s’est déroulée une table ronde dont le thème était :
Les scores élevés des partis de droite extrême,nationaliste et populiste en Europe,de quoi sont-ils le symptôme ?
Quelles en seront durablement les conséquences pour les réalités politiques en Europe ?


06/03/2015 - Les intervenant-es en étaient : Jean-Yves Camus, spécialiste de la droite extrême et populiste, chercheur à l’IRIS, Elisabeth Gauthier, directrice d’Espaces Marx et membre de la direction de Transform !europe, Alain Hayot, sociologue, délégué du PCF à la culture, auteur de Face au FN, la contre-offensive (éd. Arcanes 17), René Monzat, journaliste, spécialiste de la droite extrême et populiste, membre de la direction d’Espaces Marx, Dominique Vidal, historien et journaliste, spécialiste des relations internationales, collaborateur du Monde diplomatique

Elisabeth Gauthier présente la soirée et les intervenants.
Elle évoque le contexte des élections européennes marquées par le maintien de l’hégémonie des forces néolibérales malgré un certain effritement.
Les socio-démocrates sont en difficulté dans plusieurs pays.
Les forces de droite extrême, nationaliste, populiste progressent sensiblement en Grande-Bretagne, France, au Danemark. Elles se maintiennent en Autriche, Grèce, Finlande, Hongrie. Elles sont en baisse aux Pays-Bas, en Bulgarie, en Italie, en Belgique. Il convient toutefois de rappeler qu’en Autriche, le FPÖ a connu une remontée après une baisse sensible. En Allemagne, le NPD, ouvertement néonazi obtient un élu et Alternative pour l’Allemagne 7 élus.

Si le groupe GUE/NGL n’atteint pas partout les résultats espérés, il passe néanmoins de 34 à 52 élus, avec des progressions intéressantes en Grèce, Espagne, Portugal, Italie.

De quoi le score élevé de ces partis – d’extrême droite, nationalistes ou populistes – est-il le symptôme ? S’agit-il d’une rupture, d’un choc, d’un tournant ? Est-ce irrémédiable ? Répondre à cette question est nécessaire pour bâtir une contre-offensive à gauche. L’explication par une aspiration identitaire est trop courte. Ces forces semblent durablement installées dans un grand nombre de pays. Elles se sont particulièrement développées depuis la crise de 2008 et les années d’austérité. Ce ne sont plus des partis à la marge mais au cœur du système politique. Ils participent même parfois à des gouvernements avec la droite. S’agit-il d’un phénomène européen ou d’une addition de pays ?

Dominique Vidal souligne qu’il n’y a pas d’explication monocausale. Il cite plusieurs causes :
La crise sur la longue durée, depuis 30 ans, après les Trente Glorieuses, qui a également produit des effets importants au plan identitaire avec un repli sur les valeurs traditionnelles de ceux qui sont frappés par le chômage et la misère, durement touchés dans leur dignité. Il s’est installé une forme de peur de l’Autre désigné comme bouc émissaire.
Le racisme : à l’Est, ce sont les juifs et les Roms ; à l’Ouest, c’est l’islamophobie qui atteint en France des niveaux inédits.

Tout ceci est inséparable de l’hostilité à la mondialisation et à l’Europe qui est perçue comme responsable des attaques antisociales et sur laquelle on ne peut peser. La nation apparaît comme une forme plus protectrice. Le FN et nombre de ses partis frères prônent la sortie de l’euro.
L’incapacité de la gauche et de la droite à résoudre la crise. Le FN, en France, et les autres forces de droite extrême dans d’autres pays, sont la seule force à ne pas avoir exercé le pouvoir. Il faut donc les essayer. C’est, en France, le rassemblement des « cocus » – du Mitterrandisme, du Chiraquisme, du Jospinisme, du Sarkozysme, du Hollandisme –.

Nous sommes dans une période de flottement des identités. Toutes les étiquettes deviennent obsolètes.
La plupart des forces d’extrême-droite qui percent ont subi un lifting, un ripolinage pour mieux séduire l’électorat. Leur discours mêle le nationalisme, le social, le racisme.

Alain Hayot affirme d’emblée que le vote FN n’est pas le symptôme d’un cri, d’une colère, d’une protestation. C’est de plus en plus un vote d’adhésion à un modèle de société. Il est structuré, durable. C’est une réponse à trois types de crise :
Crise sociale avec le développement de l’angoisse du déclassement. Ce n’est pas le vote de désespérance sociale mais de la peur de la désespérance sociale. Il est interclassiste. Dans les quartiers populaires, il est plus fort dans les lotissements que dans les grandes cités. Il pose la question des divisions, du rejet de l’autre.

Crise politique sur deux aspects :
La fracture démocratique (rejet du système politique et des élites, méfiance et prise de distance à l’égard de la politique et des institutions républicaines.
Une recomposition politique et particulièrement une vaste recomposition au sein de la droite sous l’impulsion et l’hégémonie de l’extrême droite.
Crise du sens. Il y a perte de tous les repères traditionnels. L’idée prévaut qu’on ne peut pas influer sur le cours des choses. Les populismes en Europe se sont engouffrés dans cette crise du sens. Face au néolibéralisme de droite comme de gauche (« UMPS »), le FN se pose et apparaît comme la seule alternative. Le risque est grand de subir un face à face entre le libéralisme mondialisé et le national-populisme au service tous deux de la reproduction des sociétés de concurrence et de domination.

Jean-Yves Camus estime que notre époque rappelle celle de la révolution conservatrice allemande des années 1920-1930. Le vote pour l’extrême droite repose sur le pessimisme, le vitalisme, l’esprit identitaire, la capacité à capter le déclin social, la perte de repères.
Il y a béance idéologique à droite. Les repères idéologiques de la droite de gouvernement sont devenus inexistants (cf Finkielkraut à l’Académie Française). Il n’existe plus d’idéologue conservateur en Europe.
La force de l’extrême droite repose davantage sur un ensemble de phénomènes d’anticipation de la perte de statut social que sur la perte effective. Le FN pénètre de plus en plus non seulement chez les précaires mais aussi dans les couches moyennes et moyennes supérieures qui sont en situation de déstabilisation par rapport aux couches moyennes des Trente Glorieuses. Plus personne ne peut être sûr que ses enfants auront dans la société une place au moins équivalente à la sienne.
Il y a recherche d’un horizon d’espérance autre que celui de l’acceptation/adaptation à la crise.
Dans les pays où a été faite l’expérience de l’extrême droite, comme en Autriche avec le FPÖ, il a été constaté que sa politique n’était pas pire que celle de la droite et des gouvernements néolibéraux.
Toutefois la situation n’est pas monochrome. Il n’y a pas eu de raz-de-marée d’extrême droite en Europe aux dernières élections européennes. Le passage du groupe GUE/NGL de 34 à 52 députés est un signe positif à ne pas négliger.

René Monzat souligne que le vote pour les forces de droite extrême n’est qu’un symptôme un élément et qu’il faut s’intéresser aux mutations du champ politique européen.
Les systèmes bipartisans ne fonctionnent plus (cf GB, Autriche, Italie, Grèce, Espagne…).
Face au blocage du champ politique traditionnel par rapport aux demandes sociales, l’idée grandit que l’échelon national peut répondre à ces demandes, que c’est un échelon démocratique sur lequel on peut peser et cette idée est « portée » par les droites xénephobes.
C’est la fin d’un type de rapport au politique dans lequel des milieux sociaux votent « naturellement » toujours pour les mêmes partis. Ainsi, en Autriche, le rapport quasi « héréditaire » et spontané entre appartenance sociale, religieuse et vote politique a disparu avec l’émergence du FPÖ.
Un rapport plus utilitariste au vote pour les différents mouvements apparaît, dans lequel prime la fonctionnalité de tel ou tel parti pour peser dans le contexte du moment.
Le racisme et la xénophobie ne se diffusent pas à partir des groupes radicaux. Le mal est plus profond.
La panique sociale en Allemagne est plus importante que le vote pour le NPD qui reste marginal.
Le FN exprime une forme française d’articulation de thématiques aux conséquences discriminatoires, articulation qu’il n’a pas inventée.

Elisabeth Gauthier souligne qu’en Scandinavie où il n’y a pas traditionnellement de racines fortes de l’extrême droite, les atteintes contre le modèle social scandinave ont entraîné le désarroi. Au Danemark, par exemple, il y a érosion des partis traditionnels et progression de la droite populiste qui passe en tête aux européennes.
Le phénomène n’est pas seulement sociologique. Il y a articulation entre social et politique. Il s’agit d’une interprétation politique de ce qui se passe dans la société, de l’état de la société, de l’économie… et d’une recherche de pouvoir intervenir politiquement alors que la Gauche ne réussit pas à répondre à cette recherche.
La crise du système politique, comme en France, aggrave la situation. La simultanéité entre progression de la droite extrême avec l’implosion des systèmes politiques dans certains pays renforce le danger pour la démocratie
Dominique Vidal, tout en partageant l’analyse de Jean-Yves Camus, exprime sa méfiance à l’égard de la référence aux années 1920-1930. Le discours antifasciste et antinazi ne correspond pas à la réalité de la crise et des dangers. Nous ne sommes pas à la veille d’une prise de pouvoir de l’extrême droite par la force ni à la veille d’une nouvelle guerre mondiale, a fortiori d’un génocide. Les gens ne peuvent pas se reconnaître dans cette caricature. En France, il faut combattre un parti qui a effectué un « ravalement ». Les groupes identitaires ne sont que très marginaux. Il faut donc s’intéresser à ce que sont réellement ces partis.

Jean-Yves Camus précise que sa référence à la révolution conservatrice allemande des années 1920-1930 se situait par rapport à un corpus doctrinal alors que le monde d’avant 1914 se mourait. Il s’agit du passage d’un monde à un autre. C’est un moment de basculement social des repères, de perte globale de sens d’une société. Mais la situation historique n’est pas comparable.
L’extrême droite en affirmant son « vitalisme » signifie qu’elle promet la vie, le souffle, l’espérance face à une gauche qui véhicule une culture de mort, de fatalité.

Alain Hayot reprend l’idée que le slogan « F comme Fasciste, N comme nazi » est inopérant. Marine Le Pen parle aux Français d’aujourd’hui des problèmes d’aujourd’hui. Elle produit des messages auxquels les électeurs adhèrent : La nation comme but et moyen, la laïcité contre l’Islam, la priorité nationale au service du social, les immigrés, fauteurs de crise, l’autorité comme mode de régulation…Elle est entendue même par les anciens immigrés au détriment des nouvelles générations.
Par ailleurs le monde a changé. L’Occident a perdu sa domination. Ce changement effraie. Il s’agit d’une crise identitaire à l’échelle mondiale. Le populisme progresse au Danemark et en Suisse alors que le taux de chômage y est de 3%.

René Monzat fait référence au livre de Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne (1935), qui montre que les grandes batailles d’idées et la révolution intellectuelle ont eu lieu au début du XVIII° siècle et que la Révolution avec les changements politiques qui l’accompagnent ne viendra qu’après. On ne sortira pas du problème auquel nous sommes confrontés en agissant seulement sur le taux de chômage.
Il y a crise des institutions qui n’assurent plus la représentation politique, crise du projet stratégique européen et retour identitaire. Ainsi le débat sur l’adhésion de la Turquie n’a pas lieu sur le fond mais uniquement sur des normes économiques, ce qui alimente le sentiment de dépossession des enjeux politiques essentiels.
Dans le même temps, il n’y a pas d’alternative audible à gauche.
La quête d’une « fonctionnalité » du vote peut à un moment se retourner contre les partis d’extrême droite : le parti d’extrême droite séparatiste en Belgique a vu son influence décliner avec l’émergence d’un parti de droite nationaliste. Les électeurs des groupes d’extrême droite peuvent donc passer rapidement à d’autres partis.

Dans la guerre culturelle actuelle, l’idée grandit qu’ « on est mieux entre nous ». C’est un enjeu européen.

Débat
De nombreux intervenants estiment qu’il ne faut pas sous-estimer les risques et expriment leurs inquiétudes face à la progression du FN, à l’idée que les mécanismes qui conduisent au fascisme sont à l’œuvre. Ils craignent la suppression des libertés fondamentales en cas d’arrivée du FN au pouvoir. Dans les années 1930, on a minoré le danger fasciste. Pour prendre le pouvoir, le FN se normalise par rapport au fascisme. Certains s’inquiètent du rôle joué par les groupes identitaires dans le FN FN et estiment que le sous-prolétariat est de plus en plus nombreux et se reconnaît dans ce vote.

Avec la chute du « socialisme réel », il y a difficulté du projet alternatif de société. Les rapports de force sont mauvais, le néolibéralisme domine et il semble qu’il n’y ait aucune possibilité de peser en Europe. Marine Le Pen parle de la vie quotidienne. Dans ce cadre, tout est possible, tout peut arriver.
La Gauche, partout doit se concentrer sur son incapacité à répondre à la crise. Quand la gauche en est capable, comme en Grèce, il y a contre-offensive contre l’extrême droite.
Comment lutter contre le FN et des législations de plus en plus anti-immigrés ? Face au fait que le vote FN n’est que le symptôme d’un racisme existant, la gauche est incapable d’apporter une réponse internationaliste.

En Grèce, Syriza, a fait 27% avec le même programme que le Front de Gauche en France, En Espagne et en Italie, la gauche a également progressé de façon très significative mais, dans ces pays, le débat a porté plus fortement sur les enjeux de classe, souligne Christine Mendelsohn.. En Europe du Sud, les jeunes diplômés, précaires se sont soulevés. Le mouvement des Indignés se poursuit depuis plusieurs années, refusant la verticalité des partis. Il y a une question de génération.
Dans les pays du Nord, plus riches, où les couches moyennes sont moins touchées par la crise, il y a davantage recherche de sauver ce qu’on a. Au Danemark, par exemple, il y a incompréhension totale par rapport à ce qui se passe en Europe du Sud.
En Europe de l’Est, la gauche paie cher le discrédit des idées socialistes et communistes. A l’exception du Jobbik en Hongrie, l’extrême droite régresse. Le nouveau héros est Poutine qui, avec ses idéologues, a pour projet de reconstituer l’empire russe.

L’abstention aux élections européennes montre que la construction européenne n’est pas un projet qui suscite une adhésion majoritaire.

Le visage de l’extrême droite est protéiforme. Il répond à deux types de discours qui s’adaptent aux destinataires :
« On ne veut pas payer pour eux » que ce soit au sein d’un même pays ou dans d’autres pays d’Europe. C’est le discours de ceux qui ne sont pas « tout en bas ».
« Nous sommes tout en bas mais ceux qui sont en haut ne le méritent pas ».
Les plus précaires sont abandonnés de tous (partis, syndicats). La force de ces discours vient de la faiblesse des offres des autres partis. D’autres processus de radicalisation sont possibles.

Dominique Vidal estime qu’il n’est pas question de sous-estimer les dangers. Il y a en Europe 15 États où les partis d’extrême droite ont des scores égaux ou supérieurs à 10%, dont 6 des scores supérieurs à 20%. La situation est différente de celle des années 1920-1930 mais les discours sont comparables : nationalisme + socialisme + racisme. Le slogan « F comme Fasciste, N comme nazi » est dangereux car inaudible pour les électeurs du FN (10% des inscrits). Parmi ceux qui ont voté 43% des ouvriers, 36% des moins de 25 ans, 30% de ceux qui ont un niveau de formation inférieur au bac l’ont fait pour le FN, qui exerce une véritable percée dans les couches populaires.
Il faut regagner ses électeurs en débattant avec eux : en Espagne Podemos et la Gauche Unie ont rassemblé 18% des votants, Syriza, en Grèce a obtenu 26,56%, la Coalition Démocratique Unitaire et le Bloc de Gauche 17,3% au Portugal.
La force des partis d’extrême droite repose sur l’absence d’alternative à gauche. Il est donc capital de poser la question de l’alternative. De ce point de vue, les querelles entre PCF et PG dans la dernière période ont eu un effet désastreux.

Alain Hayot développe l’idée qu’il faut travailler sur les contenus de la contre-offensive sur les enjeux d’aujourd’hui.
Il faut partir du terrain, renouer les liens de solidarité dans les entreprises et les cités populaires. Comment faire émerger une nouvelle conscience de classe des rapports capital/travail dans les entreprises et des rapports sociaux dans les quartiers populaires ? Il faut mener ces batailles sociales en les politisant.
Face à la prétention du national populisme de représenter la République ou la laïcité parce qu’ils trouvent en face d’eux le « ventre mou » idéologique que la gauche est devenu, il faut réinventer la laïcité d’aujourd’hui, la démocratie d’aujourd’hui, de nouvelles formes de la République et de la démocratie.. C’est un chantier essentiel.

Il faut travailler à un nouveau projet de société d’émancipation humaine en croisant l’espérance multiséculaire à l’égalité et au, partage, le rêve féministe et libertaire, à l’émancipation , sans oublier l’urgence écologique à faire de la planète un bien commun, la mondialité culturelle respectant la diversité et suscitant le métissage, la révolution citoyenne répondant à l’aspiration de chacun(e) à pouvoir décider. tout cela suppose une la reconquête d’une hégémonique culturelle sur des valeurs progressistes.

Jean-Yves Camus souligne qu’il faut travailler à analyser, à déconstruire les droites extrêmes dans leur complexité.
La gauche doit s’approprier réellement le pouvoir. Depuis 1981, la gauche ne s’inscrit pas dans la durée ; elle n’est pas à l’aise en ce qui concerne sa capacité réelle à rester au pouvoir et, par conséquent, à impulser le changement. Elle est sur la défensive et anticipe sa défaite.

René Monzat souligne que l’abstention est une grève politique. L’idée que les ouvriers, ainsi que les immigrés et leurs enfants sont spontanément de gauche ne correspond plus à la réalité. Ces deux catégories ont boycotté la gauche (PS et FdG). C’est un phénomène –l’abstention- qui se développe depuis un certain temps chez les ouvriers mais qui est récent chez les enfants d’immigrés (80% avaient voté pour François Hollande). La gauche a été brutalement sanctionnée en 2014 au moyen d’une abstention massive et très politique par deux catégories qu’elle s’est abstenue de défendre, et qu’elle considérait néanmoins comme sa base obligée, témoignant de ce fait à leur égard d’un certain mépris.

Elisabeth Gauthier, en conclusion insiste sur l’alternative à construire mais aussi sur la nécessité de développer le pouvoir d’interprétation des causes de la crise afin de pouvoir construire les alternatives, une dynamique à gauche, seule piste pour une véritable contre-offensive.
© MédiaPart

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NOUVELLES MANIFESTATIONS EN EUROPE DU MOUVEMENT ANTI-ISLAM PEGIDA

03/03/2015 - À Anvers, en Belgique, 200 personnes se revendiquant du mouvement anti-islam Pegida, ont participé hier soir à un rassemblement, pourtant interdit par la municipalité. La police, déployée en nombre, a procédé à une dizaine d’interpellations pour trouble à l’ordre public et coups et blessures. Les manifestants, qui ont dû présenter leur pièce d’identité, recevront par ailleurs une sanction administrative.

Manifestation également en Allemagne, à Dresde, le berceau de Pegida. Il s’agissait du 17e rassemblement hebdomadaire depuis fin octobre. Le mouvement, qui s‘était quelque peu essoufflé après la démission de plusieurs de ses dirigeants, a repris un peu de vigueur, puisqu’ils étaient plus de 6.000 hier à défiler contre 2.000 il y a un mois.

Samedi dernier, c’est à Newcastle que le mouvement anti-islam avait fait parler de lui. 800 personnes ont participé à la première manifestation de Pegida au Royaume-Uni. Une contre-manifestation a toutefois réuni deux fois plus de participants.

Par Julien Pavy
© Euro News

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L'EXTRÊME DROITE SE RÉUNIT À MONTRÉAL (Canada)

Les militants d'extrême droite montréalais avaient un horaire chargé, samedi, alors que des groupes identitaires de Québec et de France ainsi que des militants néo-fascistes italiens tenaient des rassemblements dans la métropole.

01/03/2015 - Ces évènements inquiètent des minorités religieuses, qui craignent la propagation de discours violent et xénophobe.

En soirée, le groupe Légitime Violence et ses invités français In Memoriam ont tenu un concert dans un lieu tenu confidentiel, par crainte de perturbation par des militants antifascistes ou par la police.

Légitime Violence, considéré comme un groupe néonazi par ses détracteurs, ne se qualifie pas publiquement de fasciste, mais plutôt d'«anti-antifasciste».

«Ces petits gauchistes efféminés qui se permettent de nous critiquer n'oseront jamais nous affronter. On va tous les poignarder!», chante le groupe dans une composition de son cru.

Leur page Facebook contient d'ailleurs une longue litanie d'appels à la violence. Le groupe y fait la promotion de bâtons de baseball à son effigie, de t-shirts arborant une barre à clous ensanglantée destinée aux «snitchs» (informateurs de police), ainsi que de poings américains.

En plus de ses propres chansons, Légitime Violence reprend aussi les pièces antisémites d'autres groupes de la scène musicale d'extrême droite. «Déroulons les barbelés, préparons le Zyklon B!», chantent-ils dans Amours perdus, en référence au gaz utilisé dans les camps de concentration de l'Allemagne nazie.

Une figure historique
In Memoriam les accompagnait sur scène, selon l'affiche du spectacle. Le groupe français est une figure historique du «rock identitaire français», un courant intimement lié à l'extrême droite.

«Il n'y a eu aucune chanson antisémite hier [samedi]», a réagi le groupe par le biais de sa page Facebook. Avec Légitime Violence, «il y avait une bonne énergie, du bon son, et ils ont été plutôt sympathiques, même si nous ne jouons pas exactement le même style de musique.» La personne derrière le clavier a refusé de s'identifier.

Légitime Violence n'a pas commenté.

En matinée, ce sont «trois représentants» du groupe d'extrême droite italien Casapound et de son aile jeunesse Blocco studentesco qui donnaient une conférence publique à l'invitation de la Fédération des Québécois de souche (FQS) et du groupe La bannière noire. Là encore, les organisateurs n'ont pas révélé où aurait lieu leur évènement. Ils n'ont pas répondu au message de La Presse.

Casapound «peut être qualifiée comme étant une organisation d'extrême droite de type fasciste, dans le sens que ses fondements idéologiques sont à retracer dans l'expérience du fascisme historique italien», a indiqué une spécialiste de la question, Caterina Froio, à La Presse. Mme Froio est chercheuse postdoctorale à l'Université Paris 2. «Le groupe a incorporé dans sa rhétorique des positions plus ouvertement xénophobes», a-t-elle ajouté.

Crainte de propagation
À Montréal, des institutions représentatives de groupes minoritaires se sont dites inquiètes par la présence des groupes d'extrême droite dans la métropole.

Salam Elmenyawi, du Conseil musulman de Montréal, a particulièrement dénoncé un récent vidéoclip de Légitime Violence où l'on voit des versets du Coran transpercés d'une balle.

«Le message est très clair et très troublant, a-t-il déclaré au cours d'un entretien avec La Presse. Il n'y a pas de place à Montréal pour ça.»

Joint en fin de journée, hier, David Ouellette, porte-parole du Centre consultatif des relations juives et israéliennes, a qualifié la Fédération des Québécois de souche de «néonazie qui n'avancent pas à visière levée».

Le groupe Légitime Violence n'a pas voulu faire de commentaires à La Presse.
© La Presse Canadienne

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LES RÉSEAUX SOCIAUX DOIVENT STOPPER "LES MESSAGES DE HAINE", SELON LE CRIF (États-Unis)

Washington - Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Roger Cukierman a exprimé mercredi à Washington son espoir que les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter puissent "exclure les messages de haine" antisémites, comme cela s'est fait pour lutter contre la pédophilie.

03/03/2015 - Le responsable du Crif a indiqué lors d'une conférence de presse tenue en anglais qu'il "fallait faire pression sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Google pour qu'ils fassent en sorte que les messages de haine soient exclus de ces réseaux".

"C'est faisable, ils l'ont fait pour la pédophilie", a fait valoir le président du Crif, venu participer à une conférence de l'Aipac, le principal lobby pro-Israël aux Etats-Unis.

La veille, M. Cukierman avait lancé un appel "à nos amis américains", dans le New York Times, pour qu'ils soutiennent les efforts du Crif afin de combattre la haine et les jihadistes sur internet.

"Sur internet, les délires antisémites ne sont pas contrôlés. Sur internet, la médisance et le ressentiment se répandent comme un virus (...) Les fournisseurs de service, les moteurs de recherche, les sites de partage de vidéo sont américains. Nous avons besoin des Etats-Unis, nous avons besoin de les convaincre de stopper ce déferlement de haine", écrivait-il.

Evoquant la situation de l'antisémitisme en France, M. Cukierman a affirmé qu'il "ne changeait pas (son) appréciation de la situation". "L'antisémitisme vient de partout mais la plupart des actes violents viennent de la population musulmane", même s'il s'agit d'une "toute petite minorité" de cette population, a-t-il ajouté.

Le président du Crif avait suscité la polémique fin février après des propos controversés sur "les violences" commises par "les jeunes musulmans", qui avaient conduit le Conseil français du culte musulman à boycotter le dîner annuel du Crif.

Les responsables des deux communautés avaient ensuite enterré la hache de guerre sur le perron de l'Elysée, M. Cukierman affirmant: "Nous sommes sur le même bateau, nous avons le même combat à mener contre le racisme et l'antisémitisme".
© L'Express

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LA POLICE DE FERGUSON COUPABLE DE RACISME, ACCUSE LE FÉDÉRAL (États-Unis)

Le délit de faciès pratiqué par une police raciste et les flots d'amendes comme source de revenus pour la ville, étaient «routiniers» à Ferguson, au Missouri, théâtre d'émeutes après la mort d'un jeune Noir, a accusé mercredi le ministre de la Justice Eric Holder. Fabienne FAUR

03/03/2015 - Le ministre a dénoncé des «violations constitutionnelles qui étaient devenues une routine» pour les autorités de la ville, en présentant devant la presse deux rapports de son ministère, l'un sur la mort de Michael Brown, 18 ans, non armé, tué le 9 août 2014 par un policier, l'autre sur les pratiques policières de la ville.

Cette enquête était très attendue, les événements survenus à Ferguson, ajoutés à d'autres bavures policières, ayant attisé pendant des mois la colère de la communauté noire et des militants des droits civiques.

Le premier rapport conclut que la mort de Michael Brown, «bien qu'elle soit une tragédie, ne montre pas, au-delà d'un doute raisonnable, de comportement susceptible de poursuite judiciaire» du policier Darren Wilson, au titre d'une éventuelle violation des droits civiques, indique le ministre. Un grand jury local avait également décidé de ne pas le poursuivre.

Le second, accablant, énumère des pratiques policières parfois illégales ciblant surtout les Noirs de la ville dont «la seule explication en sont les préjugés racistes», dit le ministre, lui-même noir.

Ce rapport de 105 pages note que Ferguson compte une population à 67% noire. Pourtant, de 2012 à 2014, 85% des voitures arrêtées par la police étaient conduites par des Noirs, 90% des personnes recevant des amendes; 93% des personnes arrêtées; 95% des accusés d'infractions piétonnières et 94% des accusés de refus d'obéir, étaient noirs.

Les Noirs étaient deux fois plus fouillés que les Blancs lors des contrôles de véhicule et les chiens policiers n'étaient utilisés que contre les Noirs.

Un climat «malsain»
Le rapport pointe également un système, violant parfois la légalité, où la police «sous pression de la municipalité, n'était plus un service public mais un outil pour gagner de l'argent».

Des déluges d'amendes étaient distribuées, la plupart du temps aux Noirs, pour des infractions mineures qui, faute d'être payées, pouvaient conduire à des dettes grandissantes, à la prison, à la perte d'un emploi ou d'un logement.

«Trois ou quatre infractions» relevées lors d'une arrestation en voiture était «de la routine» et des policiers faisaient même des concours pour qui en trouverait le plus, dit le ministre. Les policiers pouvaient eux-mêmes être punis s'ils ne remplissaient pas leurs quotas.

Des courriels à contenu raciste échangés entre policiers se moquaient des Noirs, et notamment en 2008 du président Barack Obama qui, selon un exemple donné, ne serait pas longtemps président car «quel Noir a un bon boulot pendant quatre ans?».

L'enquête s'est appuyée sur des centaines d'entretiens et a passé en revue quelque 35 000 pages de rapports policiers et autres documents.

Ce climat «malsain» a conduit à l'instauration d'une «communauté profondément divisée, où la méfiance et l'hostilité caractérisaient souvent la rencontre de la police et des habitants», dit-il.

M. Holder a appelé les autorités de Ferguson à prendre rapidement des mesures, tout en soulignant que ces questions d'équité et de confiance en la police, étaient d'ordre national.

En fin de journée, le maire blanc de la ville, James Knowles, a brièvement annoncé qu'un policier auteur de courriels racistes avait été licencié. «Ce type de comportement ne sera pas toléré», a-t-il dit, précisant que deux autres policiers avaient été placés en congé en attente du résultat d'une enquête administrative.

«Nous devons tous mieux faire, dans la ville, dans l'État et dans le pays, pour nous attaquer au problème des disparités raciales», a-t-il dit avant d'énumérer des mesures prises comme l'embauche de trois femmes noires, la mise en place d'une commission de contrôle ou l'arrêt de l'augmentation des amendes.

Dans un pays où le spectre du racisme vis-à-vis de la population noire est toujours présent, le président Barack Obama, premier président noir des États-Unis, avait déjà reconnu que le problème dépassait largement Ferguson, pointant «la profonde défiance entre les forces de l'ordre et les communautés de couleur».

La famille de Michael Brown a exprimé sa «déception» de voir que «le meurtrier de (leur) fils ne serait pas tenu comptable de ses actions».

Elle s'est dite néanmoins «encouragée de voir que la police de Ferguson est tenu comptable de pratiques discriminatoires (...) La mort de notre fils n'aura pas été vaine si des changements interviennent, pas seulement à Ferguson mais aussi dans le pays», a-t-elle ajouté.

Le gouverneur du Missouri Jay Nixon a pour sa part qualifié le rapport de «profondément dérangeant» et «salué les recommandations pour restaurer la confiance».
© La Presse Canadienne

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ÉTATS-UNIS : UN HOMME NOIR SANS-ABRI, SURNOMMÉ "AFRICA", ABATTU PAR LA POLICE DE LOS ANGELES

Une vidéo montrant un groupe de policiers abattre un sans-abri noir dans un quartier défavorisé de Los Angeles, en Californie, a été publiée lundi sur les réseaux sociaux. Une énième "bavure" qui vient raviver les tensions liées au racisme qui tourmentent les États-Unis.

02/03/2015 - La question raciale n’en finit plus d'agiter les États-Unis. Une vidéo qui montre un groupe de policiers abattre un sans-abri noir dans le quartier de Skid Row à Los Angeles (Californie) a été diffusée lundi 2 mars sur Internet, suscitant un vif émoi dans le pays.

Un assaillant récalcitrant mais désarmé
L’enregistrement, capturé par un témoin sur son téléphone dimanche puis publié sur sa page Facebook, montre le sans-abri, surnommé "Africa" ou "Brother Africa" par d'autres SDF, se débattre violemment alors que les policiers tentent de l’appréhender. "Le suspect a tenté de se saisir de l’arme d’un des officiers", assure le porte-parole de la police de Los Angeles, Andrew Smith. On entend en effet l'un des policiers crier "Lâche l'arme". Puis, plusieurs coups de feu retentissent. "Deux officiers et un sergent ont tiré sur l’homme", indique Smith. Touchée, la victime git à terre. Transporté à l’hôpital, il est déclaré mort peu après sa prise en charge.

Attention certaines images de la vidéo peuvent choquer.

Selon le Los Angeles Times, les policiers étaient sur les lieux pour une affaire de cambriolage et ont surpris deux sans-abris en pleine bagarre. Tentant de mettre fin à la rixe, les forces de l’ordre se sont heurtées à la résistance d'un assaillant certes récalcitrant, mais désarmé selon les images en possession. "Deux enquêtes approfondies sont menées par nos services ainsi que par l’inspecteur général [la police des polices, ndlr], a déclaré la police américaine au Los Angeles Time.

La bavure de trop ?
Plusieurs sans-abris investissent les rues du quartier pauvre de Skid Row car ils bénéficient de la prise en charge de nombreux services spécialisés. Le drame, qui pourrait à nouveau mettre le feu aux poudre, survient après une série d’assassinat d’Africains-américains par des policiers blancs qui ont ravivé la fracture raciale aux États-Unis et suscité des manifestations de colère dans tout le pays.
© Jeune Afrique

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UNE COMMISSION D'ENQUÊTE RWANDAISE ACCUSE LA BBC DE NÉGATIONNISME

Dans un rapport rendu public le 28 février, la commission rwandaise chargée d'évaluer le documentaire controversé de la BBC "Rwanda's Untold Story" recommande notamment d'engager des poursuites judiciaires contre la chaîne de télévision. Selon elle, le documentaire "minimise et nie le génocide" perpétré contre les Tutsis en 1994. Par Mehdi Ba

02/03/2015 - Le torchon n'en finit pas de brûler entre Kigali et la BBC. Instituée le 3 novembre 2014 par l'autorité rwandaise chargée de la régulation des médias (Rura), la commission chargée d'enquêter sur le documentaire de Jane Corbin diffusé par BBC2 un mois plus tôt, "Rwanda's Untold Story" ("Rwanda, l'histoire jamais racontée"), a rendu son rapport ce samedi à Kigali. Présidée par l'ancien procureur général du Rwanda, Martin Ngoga, la commission, composée de cinq membres, conclut qu'en diffusant ce documentaire de soixante minutes, la BBC aurait tout à la fois "violé la loi rwandaise, les principes éthiques de sa propre charte interne et les limitations qui encadrent la liberté de la presse".

Épinglant un film documentaire qui, selon elle, "minimise et nie le génocide [perpétré contre les Tutsis]” en 1994, la commission Ngoga accuse en outre la chaîne britannique d'avoir failli à son devoir de sérieux et d'impartialité en relayant une thèse à sens unique qui propose une relecture inversée d'un génocide pourtant documenté par de multiples sources à travers le monde – dont la jurisprudence du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Égrenant les principaux passages problématiques de “Rwanda's Untold Story”, et insistant sur le fait que la quasi-totalité des témoins interrogés dans le film défendent des positions ouvertement hostile au régime de Kigali, la commission y voit une volonté délibérée de la chaîne de "laisser de côté tous les points de vue susceptibles de contredire la thèse qu'elle entendait promouvoir".

La principale révélation que prétendait apporter Jane Corbin dans ce film reposait sur l'enquête menée par deux universitaires américains, Allan Stam et Christian Davenport. Extrapolant les statistiques ethniques du régime rwandais de l'époque et se basant sur le nombre officiel de Tutsis rescapés, les deux hommes – dont le travail n'a jamais fait l'objet d'une publication scientifique, indique le rapport – concluaient que le nombre de Tutsis assassinés entre avril et juillet 1994 ne saurait dépasser 200 000 victimes. Or, selon Stam, "si 1 million de Rwandais sont morts [en 1994] et que 200 000 d'entre eux étaient des Tutsis, cela signifie que 800 000 victimes étaient des Hutus.”

Thèses négationnistes en série
Par cette simple phrase, Jane Corbin accréditait la thèse largement controversée d'un “double génocide” dont les Hutus auraient été les principales victimes. À ceux qui se demanderaient qui a pu exterminer ces 800 000 Hutus, le film apportait aussitôt la réponse. Au sujet du FPR, le mouvement politico-militaire à majorité tutsie dont la branche armée était commandée par l'actuel président Paul Kagame, une réfugiée hutue âgée de 12 ans en 1994 déclare en effet : "Lorsque le FPR est arrivé, il a semé le chaos partout autour de lui. Même les Hutus innocents que je connaissais ont été tués."

D'autres thèses prisées par les milieux négationnistes ou par les opposants radicaux au régime rwandais parsèment le reste du film. La justice internationale incarnée par le TPIR y est ainsi présentée comme "une justice de vainqueurs", dans la mesure où elle n'a condamné que des Hutus considérés comme les principaux responsables du génocide et n'a jamais poursuivi de responsable du FPR. En 1994, les "crimes politiques" auraient été "commis par les deux camps […] dans un contexte de violence aveugle". Les mémoriaux du génocide et les commémorations annuelles qui se déroulent en avril au Rwanda auraient pour but principal d'inculquer une "histoire officielle du génocide" alors que, selon le film, "il existe un fossé entre ce que le monde croit savoir et ce qui s'est réellement passé".

Quant à l'attentat contre l'avion de l'ancien président Habyarimana, qui servit de signal déclencheur aux massacres, il est présenté comme la cause exclusive du génocide et sa réalisation est imputée, sans relativisation aucune, au FPR de Paul Kagamé sur la base du témoignage de l'ancien chef d'état-major de l'armée rwandaise, Faustin Kayumba Nyamwasa, devenu entre-temps un farouche opposant au régime de Kigali : "Je sais [que Paul Kagame en est le commanditaire]. J'étais en position de savoir, et il sait que je sais", lâche, pour seule démonstration, celui qui vit réfugié en Afrique du Sud depuis 2010.

Relations tumultueuses
Outre le film diffusé sur BBC2, le rapport relate également l'historique des relations tumultueuses entre les autorités rwandaises et la radio BBC. En 1997, un accord avait en effet été signé entre les deux parties pour permettre à la station britannique d'émettre en kinyarwanda dans les pays de la sous-région, où de nombreux réfugiés rwandais s'étaient exilés. L'objectif était de leur communiquer des informations fiables sur la reconstruction du pays et sur les avancées de la politique de réconciliation en vue de leur permettre de décider si les conditions étaient réunies pour un éventuel retour.

Un amendement inséré par la suite dans l'accord prévoyait que "la BBC s'engage à ne diffuser aucun contenu susceptible d'inciter à la haine, à la violence ou à la division". Or selon la commission, à de nombreuses reprises, les émissions en kinyarwanda de la BBC en FM ont fait la part belle à des personnalités et mouvements en exil nostalgiques de l'ancien régime génocidaire, dont les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Entre 1998 et 2009, les autorités rwandaises ont, à plusieurs reprises, alerté les responsables de la BBC sur des violations de cet amendement constatées sur leur antenne, ce qui avait conduit à une première interdiction d'émettre, levée par la suite. Mais selon le rapport, la BBC aurait persisté dans la promotion de points de vue attentatoires aux lois rwandaises réprimant la négation du génocide et le divisionnisme. Depuis la diffusion du documentaire, le 1er octobre 2014, la diffusion de la BBC au Rwanda est à nouveau suspendue.

De son côté, face aux nombreuses critiques qui ont accompagné la diffusion de “Rwanda's Untold Story”, la BBC a procédé à sa propre enquête interne, dont les conclusions ont été rendues début février. Considérant n'avoir à aucun moment nié l'existence d'un génocide au Rwanda ni le fait que des Tutsis en avaient été victimes, le service en charge de ce travail, après avoir examiné les principaux griefs formulés contre le film, concluait n'avoir constaté "aucune violation des standards éditoriaux de la chaîne". Un auto-satisfecit aux antipodes des conclusions du rapport Ngoga. En guise de recommandations, la commission rwandaise préconise en effet de résilier l'accord de diffusion entre le gouvernement rwandais et la BBC et d'intenter des poursuites civiles et pénales contre la radio-télévision britannique. "Nous rejetons toute suggestion que ce documentaire puisse constituer une négation du génocide", a indiqué dans un communiqué la BBC, revendiquant "son droit à pratiquer un journalisme indépendant qui a fait de nous la source d'information la plus fiable du monde".
© Jeune Afrique

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LES MANNEQUINS BLANCHES TOUJOURS REINES DES PODIUMS : LA MODE EST-ELLE RACISTE ?

Le sociologue Frédéric Monneyron développe les raisons d'une sous-représentation des Noires et des Asiatiques dans les défilés qui perdure. Par Marie-Adélaïde Scigacz

01/03/2015 - La Fashion Week new-yorkaise a réveillé un vieux serpent de mer. Tandis que certains créateurs ont fait part de leur souhait de voir davantage de diversité sur les podiums, les défilés restent majoritairement unicolores. Les brindilles élancées, blondes à châtain clair sur peau blanche, dominent depuis plus de 40 ans et l'arrivée de la tornade Twiggy. Face à ce constat, des anciennes mannequins noires s'étaient déjà alarmées en 2013. Le combat des tops de légende Iman Bowie, Naomie Campbell et Bethann Hardison a-t-il porté ses fruits ? Derrière les success story des Jourdan Dunn et Joan Smalls se cache-t-il un racisme systématique ?

Francetv info a interrogé Frédéric Monneyron, sociologue de la mode et auteur de La Frivolité essentielle et de La photographie de mode : un art souverain, aux Presses universitaires de France.

Francetv info : Depuis plusieurs années, des mannequins noires ou originaires d'Inde ou d'Asie de l'Est ont dénoncé un milieu raciste, dans lequel elles sont réduites à une présence symbolique. Les mannequins non-blanches sont-elles victimes de discriminations ?
Frédéric Monneyron : Je ne suis pas convaincu qu'il soit pertinent d'accuser le monde de la mode d'être foncièrement raciste. Je ne pense pas qu'il y ait de blocages vis-à-vis des mannequins non-blanches. Les couturiers ne s'interdisent pas de faire appel à elles, comme Rick Owens en 2013, quand il a présenté sa collection avec des mannequins aux physiques très différents, dont une majorité de femmes noires. Souvent, les créateurs pensent d'abord à employer des modèles qui correspondent à l'idée qu'ils se font de leur collection, indépendamment de la couleur de la peau des modèles. Courrèges et Ungaro, pour n'en citer que deux, ont introduit des mannequins africains vers la fin des années 60 et le début des années 70, dans le sillage d'Yves Saint Laurent, le pionnier.

Cela fait donc au moins 40 ans qu'il existe de la diversité raciale sur les podiums, ou du moins qu'existe la possibilité de voir défiler des mannequins non-blancs. A la fin des années 70, ou dans les années 90, époque à laquelle la Sud-Soudanaise Alek Wek triomphait, les mannequins noires étaient d'ailleurs à la mode. Or, dans les années 2000, cela ne fut plus le cas, [la preuve en chiffres dans cet article de 2013 (en anglais)], alors qu'à l'inverse, nous avons vu une augmentation du nombre de mannequins issus du continent asiatique. Il y a aussi des effets de mode.

Au cours d'une Fashion Week à New York, le site Jezebel a calculé que près de 79% des modèles étaient blanches. Comment expliquez-vous une telle sur-représentativité ?
Il faut surtout noter que les critères de beauté sur lesquels s'appuie l'industrie de la mode sont des critères européens, occidentaux. L'impérialisme occidental est aussi un impérialisme esthétique dès lors que l'Occident a imposé ses codes esthétiques à toute la planète, avec des réelles conséquences, comme le phénomène du débridage des yeux en Asie ou le blanchiment de la peau, notamment en Afrique. Il est intéressant d'observer d'où sont originaires les célèbres tops noires. Il se trouve que beaucoup d'entre elles viennent d'Afrique de l'Est, comme la Somalienne Iman Bowie, par exemple. Or, au 19e siècle, les Occidentaux clamaient que ces populations avaient du sang blanc et de ce fait, ils les considéraient comme plus nobles que les autres populations du continent africain, avec qui ils disaient partager moins de traits physiques.

Encore aujourd'hui, la plupart des mannequins ont les cheveux lisses, par exemple. C'est la preuve que l'Occident a un mal fou à intégrer des critères de beauté qui lui sont étrangers. Ajoutez à cela le fait que les siens se sont imposés partout, vous obtenez la certitude qu'il faudra du temps pour qu'ils évoluent, quand bien même les sociétés occidentales sont de plus en plus diverses et métissées. Dans les années 70, les Noirs américains avaient lancé le slogan "Black is beautiful", pour s'élever contre ces modèles de beauté standard blancs, mais force est de constater qu'ils sont encore dominants aujourd'hui.
La diversité ne manque-t-elle pas chez les créateurs eux-mêmes, majoritairement blancs et moins enclins à s'emparer du sujet ?
C'est possible. Mais prenons l'exemple des créateurs japonais, sur la scène de la mode depuis de nombreuses années : ils n'ont pas travaillé différemment des Européens. Ils se sont, comme les autres, inscrits dans le contexte d'une mode basée sur des critères occidentaux. Chez Kenzo ou Yohji Yamamoto, les touches esthétiques attribuées à l'influence japonaise sont limitées. L'Occident a imposé ses codes à l'ensemble de la planète, au niveau du vêtement et de l'esthétique qui s'applique au corps des mannequins. D'ailleurs, en parlant de diversité, on se place d'un point de vue occidental.

Au-delà de la couleur de peau, il semble y avoir de plus en plus de demandes pour davantage de diversité. Les défilés mettant en scène des mannequins rondes ou handicapées sont salués par la société, qui se réjouit de voir des gens "normaux" et dénoncent les retouches des photos.
Ce discours n'est pas dépourvu d'hypocrisie. Si l'on assiste à une sorte de volonté de démocratisation extrême, la beauté reste un concept fondamentalement inégalitaire. Vouloir privilégier la différence revient à remettre en question les codes qui définissent la beauté dans nos sociétés. Les chances de succès d'un tel mouvement d'ensemble sont, à mon avis, assez limitées. Car il est difficile de faire passer pour beau des choses qui ne le sont pas pour la majorité de la société. Indépendamment du modèle, un corps anorexique ou obèse ne fera pas l'unanimité. Un corps handicapé non plus. On peut s'enthousiasmer devant les initiatives [telle que celle prise à la Fashion Week de New York], mais il ne faut pas oublier que les codes résistent fortement. Si des mannequins plus enveloppés apparaissent, ils ne deviendront pas pour autant des modèles pour l'ensemble des femmes.

Or, c'est le rôle des mannequins depuis leur popularisation dans les années 60. La mise en avant de ces mannequins plus rondes correspond autant à une volonté de sortir des critères traditionnels de la beauté, qu'à un besoin de se remettre à la mesure d'une société occidentale qui grossit de plus en plus. Si la majorité des femmes font du 40-42, ne montrer que des mannequins qui font une taille 34 pose problème. Pourtant, cela demeure la règle.

Dans cet univers focalisé sur le critère de beauté dominant, pourquoi certains couturiers font-ils appel à des mannequins qui ne correspondent pas à ce modèle ? Par intérêt marketing ?
La mode est fondée sur le rapport entre imitation et distinction, transgression et conformité : introduire de la variété au niveau des mannequins, cela obéit au système de la mode. C'est précisément ce dont la mode est faite. La question est : Jusqu'où aller pour se distinguer ? Par ailleurs, il faut qu'existe un standard pour que les créateurs choisissent ou non de s'en éloigner. [Dans l'introduction de la diversité], bien sûr qu'il y a un aspect marketing auquel les maisons de mode ne peuvent pas être insensibles. Il y a 40 ans, faire défiler ou poser des mannequins noires était une manière de s'adresser aux communautés noires, notamment aux Etats-Unis, à les reconnaître en tant que marché. Quant à l'apparition de mannequins asiatiques, elle accompagne le développement du marché du luxe dans des pays comme la Chine.[Dans cette logique de marché mondialisé], la diminution du nombre de mannequins noires sur les podiums peut s'expliquer par l'arrivée de modèles originaires d'Europe de l'Est, après la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'URSS. A l'époque, ces jeunes femmes coûtaient tout simplement moins cher.

[Quant à l'uniformisation des corps], elle est aussi due à une contrainte économique, selon les couturiers eux-mêmes. Il y a quelques années, Christian Lacroix, qui était encore en activité, m'avait dit au sujet d'Alek Wek, dont le corps était plus musculeux que la plupart de ceux des autres mannequins :"J'ai travaillé avec elle une fois, mais il y avait trop de retouches à faire [sur le vêtement], alors j'ai abandonné." Très pragmatiquement, les couturiers veulent un corps sans forme pour travailler le vêtement plus facilement.
© France TV Info

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